Archives de catégorie : Nucléaire

L’actualité des crises : LE BAL DES ZOMBIES, par François Leclerc

Billet invité

La centrale de Fukushima Daiichi est un zombie, un mort-vivant. Elle ne produira plus jamais d’électricité, condamnée à un démantèlement lointain, mais ses miasmes continuent de se répandre et ses explosions se font toujours menaçantes. Au mieux, elle est devenue une véritable passoire d’où s’échappe en permanence, dans l’air, le sol et la mer, une contamination radioactive qui ne peut être stoppée, avec l’unique espoir de partiellement la contenir.

Irrésistiblement, la centrale est en passe de devenir le lieu maudit d’un impossible sauvetage, où l’on tente, le dos au mur et dans un bain de radiations, de limiter autant que possible les dégâts en improvisant tous les jours. En subissant les événements, ne pouvant prétendre les contrôler, sans avoir même la garantie de bien les mesurer afin de les apprécier.

Les ouvriers qui travaillent par rotations dans cet enfer, dans des sous-sols inondés, contaminés et sans éclairage, sur un site encombré de débris radioactifs, pourront-ils un jour parvenir à remettre en état des installations de refroidissement dont on attend tout, puisqu’il va falloir tenir des mois durant, et même bien davantage ?

S’inscrire dans la durée est des plus incertain quand la contamination ne cesse d’augmenter par des fuites non identifiées, que l’eau de refroidissement injectée et aspergée par des moyens de fortune devient piège mortel après avoir été contaminée.

Sera-t-il même possible, quand cette eau aura été évacuée à grand-peine dans la mer, ou vers des installations de stockage pour la plus contaminée, de pénétrer dans ces bâtiments détruits dont les intérieurs sont bouleversés, dont la contamination interne est plus élevée que sur le site, pour effectuer les tâches indispensables qu’impliqueront des réparations dont l’inventaire même reste à faire ?

Que faire sinon continuer vaille que vaille ? En espérant, sans cesser d’y penser, que les fusions du combustible se sont arrêtées d’elles-mêmes et ne reprennent pas, que les processus de fission sporadiques restent limités, que les cuves des réacteurs tiennent le coup, que les fuites des éléments les plus mortels et de longue durée de demi-vie ne s’accentuent pas, et enfin qu’aucun incendie ou explosion n’intervienne, qui projetterait dans l’atmosphère une gigantesque contamination.

Plus tard, peut-être, viendra le temps où il faudra ensevelir la centrale zombie et l’entourer d’un glacis dont les frontières devront alors être tracées. Dans dix ans ?

En dépit de ce long délai qui s’annonce, Fukushima n’entrera pas dans la routine. La centrale s’affirme déjà comme le symbole vivant et malfaisant à la fois d’un monument d’un genre nouveau, à la gloire du génie humain quand il déraille.

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L’actualité des crises : LA MACHINE INFERNALE, par François Leclerc

Billet invité.

A la suite de Three Mile Island et Tchernobyl, Fukushima s’inscrit dans le livre des grandes catastrophes suscitées par la main de l’homme. Certes, celles-ci ne sont pas toutes d’origine nucléaire et peuvent être de natures très diverses ; le réchauffement de l’atmosphère ou la pandémie du diabète en sont des exemples. Mais les accidents nucléaires ont cette particularité d’être plus spectaculaires en raison de leur soudaineté, de leur issue très incertaine et de leurs conséquences à très long terme.

Dans sa catégorie, Fukushima innove. Sauf accélération subite de la catastrophe, pouvant toujours survenir à tout moment, celle-ci est partie pour durer des semaines, voire des mois. Avec pour conséquence une lente montée de la contamination radioactive, avec des pics, dans une zone très étendue de plusieurs dizaines de kilomètres dans les terres, avec des concentrations par endroits. Fukushima, c’est une catastrophe dans laquelle il va falloir s’installer, mais dont on ne pourra pas s’accommoder.

La remise en marche des installations de refroidissement, au départ présentée comme une opération simple et rapide, n’est aujourd’hui même plus assurée, condamnée au mieux à s’éterniser. Faute d’instruments de mesure en état de fonctionner, l’état des réacteurs est indirectement estimé en aveugle. Des fusions partielles de combustible ont eu lieu et selon toute vraisemblance se poursuivent. Des radio-éléments hautement radioactifs s’en échappent, on ne sait comment, et sans que la possibilité de les contenir existe. L’état exact des enceintes de confinement ainsi que l’étanchéité des cuves des réacteurs ne sont pas plus connus. Ce tableau est celui d’une calamité qui va durer. A Fukushima, ce que l’on sait, c’est que l’on ne sait rien ou si peu !

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