Archives de catégorie : sociologie

Qu’est-ce que la zemmourisation et comment lutter contre elle ? par Alexis Toulet

S’agissant de la « zemmourisation », je la décrirais personnellement comme :
  • D’une part la focalisation sur un problème d’insécurité croissante certes réel mais petit à côté des principaux problèmes se posant à la France – et à l’Humanité en général
  • D’autre part un discours d’un pessimisme radical sur la capacité du pays à forger et maintenir son unité – historiquement pourtant maintes fois vérifiée, et face à des perturbations autrement plus grandes que ce que peut être la prégnance réelle de l’idéologie islamiste en France
Je verrais en ce qui me concerne trois angles possibles de contribution :
  • Lister quelques-uns des problèmes objectivement incomparablement plus menaçants et dont on parle pourtant si peu : épuisement prévisible des ressources en énergie fossile, réchauffement climatique et toutes ses conséquences, baisse continue du niveau éducatif, désindustrialisation, contrôle d’intérêts privés sur les principaux moyens d’information, taux de profit exagéré et optimisation fiscale des grandes entreprises, etc. Et les comparer avec le problème d’insécurité : quelle est l’échelle des dégâts de chacun d’eux ?
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L’homme qui dit : « Les femmes sont comme ça »

Dans Identification d’une femme (1982), le moins connu sans doute des films de Michelangelo Antonioni, un adulte improvise à l’intention d’un enfant un conte de science-fiction où un astéroïde a été creusé et sculpté pour en faire un vaisseau spatial. Il conclut son récit par ces mots : « Nous aurons compris l’univers tout entier et les raisons qui se cachent derrière tant de choses ». Et l’enfant de commenter : « Et après ? ».

Ayant tout compris, nous pourrions aussi bien quitter le monde l’âme sereine, suggère l’adulte, mais l’enfant ne l’entend pas de cette oreille : le moment serait alors venu au contraire pour l’histoire de véritablement commencer.

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Autres temps, autres mœurs…

J’ai acheté un coffret de films de Gabin. J’ai fait allusion l’autre jour au fait que j’avais revu le French Cancan (1955) de Jean Renoir. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est l’histoire d’un patron de revues (Jean Gabin) qui couche avec toutes les jeunes filles qu’il recrute et quand il y en a une qui se plaint d’être remplacée (François Arnoul), il lui dit : « Mais qu’est-ce que tu crois, poulette ? etc. », et tout le monde autour de lui de s’esclaffer. Je suppose que tout le monde dans la salle s’esclaffait aussi.

Dans le bonus making of de French Cancan, quelqu’un vous explique que Jean Renoir trouvait lui-même la formule très drôle, et il ajoute que le père de Jean Renoir, Auguste, y recourait abondamment lui-même. Comme il n’était pas patron de revues mais peintre, je suppose qu’il est question de la relation de « l’artiste » avec ses modèles…

Mais il y a pire encore !

Hier j’ai regardé, avec le même Gabin, complété de Jean-Paul Belmondo, Un singe en hiver (1962) d’Henri Verneuil, d’après le roman éponyme (1959) d’Antoine Blondin.
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Le drôle de retour de l’individualisme (1988)

Le drôle de retour de l’individualisme

A paru dans Libération, le 21 mars 1988, en page 6

Il y a dix ans, dans un ouvrage intitulé The Origins of English Individualism (1978), Alan Macfarlane, historien britannique, apportait comme preuve d’une origine précoce à l’individualisme bien connu de ses concitoyens, la fréquence des ventes de terre entre paysans à la fin du Moyen Age. Pour lui ces nombreuses transactions reflétaient l’esprit indépendant d’un chef d’entreprise rural qui cessait alors d’être un paysan pour devenir historiquement un entrepreneur. Depuis, les travaux des collègues de Macfarlane (Hilton, Dyer, Razi, Smith) ont révélé que la cause principale de ces ventes répétées était la dépendance étroite existant entre la taille d’une ferme économiquement viable et la capacité de travail de l’équipe qui la fait produire, c’est-à-dire, essentiellement, la famille.

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« Les nervures du chaos » ou une physique sociale de Durkheim à Lacan (1988)

« Les nervures du chaos » ou une physique sociale de Durkheim à Lacan a paru dans Synapse, mai 1988, n°44 :…

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Coursiers Deliveroo : « le sous-prolétariat du XXIe siècle », par Vincent Burnand-Galpin

Coursiers Deliveroo : « le sous-prolétariat du XXIe siècle »

Dans le contexte de la crise sanitaire, les restaurants sont fermés mais certains travaillent encore grâce à une armée d’invisibles : les coursiers Deliveroo (ou Uber Eats, Stuart, Glovo,…) ont remplacé les serveurs pour nous apporter nos plats… jusqu’au pas de la porte. Apparus en France à partir de 2016, ces nouveaux travailleurs du numérique ont connu une croissance exponentielle. Réservé à l’origine à une certaine élite de jeunes sportifs attirés par l’auto-entreprenariat pour arrondir les fins de mois, le visage de ces travailleurs a aujourd’hui changé pour une main d’œuvre principalement immigrée et très précarisée. A qui la faute ? La baisse des tarifs d’abord, mais aussi la transformation progressive des conditions de travail passant du job étudiant « sympa » à l’esclavagisme moderne. Je suis allé à leur rencontre pour qu’ils nous livrent cette fois-ci, non un Big Mac ou des sushis, mais leur témoignage édifiant.

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Vie quotidienne – Les jupes des filles

Dans Le Monde, un entretien dont je vous recommande la lecture avec l’historienne Christine Bard, qui déclare entre autres :

Le vêtement met en tension permanente trois fonctions traditionnelles : la parure, la pudeur et la protection. L’émancipation des femmes s’est jouée sur la modification des dosages entre ces trois fonctions. […]

Au lieu d’affronter les urgences sanitaires, sociales, on discute de manière un peu routinière, avec un petit côté de déjà-vu, sur la façon dont doivent s’habiller des jeunes filles. C’est fou. Les lycéennes en crop top de 2020 sont aussi, à mon avis, les victimes collatérales d’une angoisse diffuse qui active les désirs autoritaires de contrôle du corps des femmes. Au risque de nous faire régresser collectivement.

Ce qui m’a rappelé, sur cette question, Jeanne Huet, la jeune fille qui s’est vu refuser l’accès au Musée d’Orsay en raison de sa tenue. Le Média l’a interviewée à ce propos :

Jeanne Huet
[Corrigez-moi si je me trompe, mais la robe objet du scandale me semble coupée dans un splendide wax hollandais.]

Mon opinion sur la question étant identique à celle de Christine Bard, je vous renvoie à ce que dit l’historienne.

J’ai cependant une interrogation, à propos d’une phrase prononcée par Jeanne Huet, et qui me semble représentative de ce que d’autres jeunes filles ont dit récemment ici et là :

C’est les autres qui voient en moi un potentiel sexuel et moi non, je porte juste une robe que j’aime.

Il me semble qu’à d’autres époques il serait allé de soi que le potentiel sexuel d’une personne, c’étaient bien les autres – et eux seuls – qui en décidaient. Comment en est-on venu à penser que son potentiel sexuel, on soit seul juge de sa présence ou de son absence ?

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Un non-billet pour m’aider à rédiger une leçon de mon cours d’anthropologie interculturelle

J’annonce la couleur franchement : « Un non-billet pour m’aider à rédiger une leçon de mon cours d’anthropologie interculturelle ». Je ne me prononce pas (encore…) personnellement. Je voudrais d’abord vous entendre vous.

Le Monde : Emmanuel Macron présente son plan contre « le séparatisme islamiste », le 2 octobre 2020

Le chef de l’Etat a assuré avoir écarté l’idée, un temps envisagée, de retenir une « approche concordataire » pour parvenir à « construire un “islam des Lumières” dans notre pays, en paix avec la République ».

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Les saisons du plaisir (1988) de Jean-Pierre Mocky

« Les saisons du plaisir » (1988) est un film où tout le monde, les jeunes, les vieux, les hétérosexuels, les homosexuels, les zoophiles, ne pense qu’à baiser, ce qui le rapproche du documentaire plutôt que du film de fiction où l’on rencontre en général ce qu’on appelle des « sentiments plus élevés ».

Ceci permet au spectateur transporté d’entendre dire des horreurs pendant 1h22m par Bernadette Laffont, Jean Poiret, Eva Darlan, Fanny Cottençon, Richard Bohringer, Sylvie Joly, Stéphane Audran, Bernard Menez, Judith Godrèche, Darry Cowl, Jean-Pierre Bacri, Jacqueline Maillan, Jean-Luc Bideau et Sophie Moyse puisqu’on est chez Mocky.

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États-Unis : Une nation où le refoulé pèse des tonnes

The Guardian : They look white but say they’re black: a tiny town in Ohio wrestles with race, le 25 juillet 2019

Je vous parle beaucoup des États-Unis, et depuis longtemps : douze ans. Durant les deux premières années du blog, je rédigeais mes billets et je tournais mes petites webcams de mon domicile à Santa Monica en Californie.

Ce que je vous dis ici des États-Unis vous intéresse beaucoup moins que le reste ; les chiffres sont là. Ce n’est pas important pour moi : ce pays continuera de me passionner. Le livre où j’annonçais la crise des subprimes, La crise du capitalisme américain (2007), combinait tous les outils de ma boîte : la sociologie, l’économie, la démographie, la science politique et l’histoire.

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