Archives par mot-clé : Afrique

La mort en Afrique : Rappel à Dieu ou règlement de compte ?

Ce texte est le dernier d’une série de quatre (« L’histoire véridique de Simon, envoûté et maudit », « La conquête du Dahomey (1894) : Ce qui s’est vraiment passé » et « Les concepts centraux de la religion vaudoue ») appartenant à la même famille : des comptes-rendus qui m’ont été confiés en tant qu’Européen ouvert à la manière dont les Africains conçoivent le monde et qui ne les passera pas, avant de les rapporter, à la moulinette des préjugés propres à sa culture. La dernière partie du texte m’a été communiquée par l’une de mes étudiantes au département de psychanalyse de Paris VIII en 1985-86. Je ne vois pas d’autre raison à son anonymat qu’une demande expresse de sa part à cette époque. Si l’autrice de cette réflexion se reconnaît et s’est ravisée sur ce point, qu’elle se fasse connaître : je lui reconnaîtrai bien volontiers la maternité de son texte en l’indiquant ici. 

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La conquête du Dahomey (1894) : Ce qui s’est vraiment passé

Vous croyez savoir comment la France a conquis le Dahomey en 1894 ? La version que vous connaissez est trompeuse. Voici l’authentique déroulement des faits : vous trouverez ici les propos d’une personne qui a tenu en 1984 à ce que je sache ce qui s’était véritablement passé.

Gbéhanzin se réfugie à quelques lieues d’Agbomé. Il a un gri-gri (gbo) que seul le Gucili a aussi, un gri-gri qui permet de se cacher (de se rendre invisible). Gbéhanzin n’avertit pas son frère et quand les Français approchent il va se cacher avec cette « science ».

À l’origine, Gbéhanzin s’appelait Kondo. Le naja mord rarement car il a du mal à ouvrir la bouche, mais quand sa queue est enroulée autour de quelque chose, on ne peut la dénouer. « Quand le naja fait ce nœud on ne peut (aucune chose) ne peut dénouer ».
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L’histoire véridique de Simon, envoûté et maudit

J’ai rédigé ce récit en 1987. Les faits rapportés se déroulent au Bénin trois ans auparavant. Tous les noms propres de personnes et de lieux ont été modifiés. J’ai maintenu le ton sur lequel ces événements m’avaient été racontés, de préférence au style distancé dit « ethnographique ».

J’entendis parler pour la première fois de Simon le 30 avril 1984. Et si je n’entretiens à ce sujet aucun doute, c’est qu’à cette date, j’ai couché par écrit dans mon carnet de notes, quinze lignes qui relatent fidèlement ce que je crus comprendre, ce jour-là, de l’histoire de Simon.

Je ne sais plus dans quelles circonstances exactes Anastase me parla de lui ; il s’agissait sans doute d’une de nos plus longues tournées, celle qui nous conduisaient régulièrement dans les villages frontaliers.
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Quand la Chine se comporte comme les USA en 1947 avec le plan Marshall, par Thom Billabong

Ça y est, la Chine offre de soigner l’Afrique et de lui remettre sa dette.

Diplomatie vaccinale : la Chine promet à l’Afrique 1 milliard de doses et une annulation de dette (latribune.fr)

Elle se comporte donc exactement avec la générosité (bien comprise) des USA à la fin de la 2de guerre mondiale, quand ses surplus et sa machine à produire avaient besoin de marchés d’accueil solvables. Le plan Marshall visait entre autres cet objectif d’apporter rapidement des débouchés aux biens qui ne seraient désormais plus détruits dans les combats, tout en faisant un bien réel aux économies des pays ruinés par le conflit. Ce faisant, les USA pouvaient asseoir par la manne financière et la relance de la machine économique, un contre pouvoir puissant à l’idéologie soviétique, qui elle-même cherchait à émanciper les peuples du joug capitaliste.

C’était la quadrature parfaite : des ressources quasi-illimitées à ceux qui en avaient besoin, détournant ces derniers d’un autre « possible » porté par l’URSS, avec une des abandons de créances – les dettes des pays via le plan et durant le conflit – au fur et à mesure que la prospérité des uns augmentait celle des autres. Continuer la lecture de Quand la Chine se comporte comme les USA en 1947 avec le plan Marshall, par Thom Billabong

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L’Afrique et moi VIII. Les rapports que je rédigeai pour la FAO

Rappel : L’Afrique et moi I. Fonctionnaire des Nations-Unies ; II. Un poste de tout repos ; III. Des pêcheurs ne sachant pas pêcher : IV. La vérité : vraiment pas bonne à dire ; V. « Jorion se fâche » ; VI. Pêcherie et sorcellerie : VII. Un environnement pas toujours très sûr.

La FAO publia en 1985 deux de mes rapports *  : l’un sur l’organisation des villages et, en parallèle avec la présence de fonctionnaires et d’élus, l’influence encore des structures traditionnelles que sont la chefferie et les églises locales vaudou ; l’autre relatif à l’autosubsistance dans les villages : la part de ce qui est pêché, de ce qu’on récolte, et qu’on ne cherche pas à vendre à l’extérieur parce que l’on en vit prioritairement.

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L’Afrique et moi VI. Pêcherie et sorcellerie

Rappel : L’Afrique et moi I. Fonctionnaire des Nations-Unies ; II. Un poste de tout repos ; III. Des pêcheurs ne sachant pas pêcher : IV. La vérité : vraiment pas bonne à dire ; V. « Jorion se fâche ».

La raison de l’inefficacité des équipages constitués de Vilis s’avéra résider dans les accusations réciproques de sorcellerie qui minaient rapidement la bonne entente au sein des équipages. Le problème ne se posait pas lorsque ces pêcheurs trouvaient de l’emploi sur les bateaux de Ghanéens ou de Béninois, non pas que la question de la sorcellerie cesse d’être pertinente dans leur cadre mais du fait que les Congolais trouvaient là leur maître, ce qui réglait la question. Les Béninois, venus du pays du vaudou (« vaudoun » veut dire « saint », « sacré », en fon, la langue de l’ancien royaume du Dahomey) étaient réputés à Pointe-Noire comme étant tout particulièrement puissants de ce point de vue. Un Congolais interrogé par moi à propos de l’atmosphère sur le bateau béninois où il était embarqué me dit de son patron : « Il a un poisson magique comme je n’en ai jamais vu ! » Comme cela semblait régler l’ensemble des problèmes de relations humaines susceptibles de se poser sur une pirogue, je ne cherchai pas à en savoir davantage.

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L’Afrique et moi IV. La vérité : vraiment pas bonne à dire

Rappel : L’Afrique et moi I. Fonctionnaire des Nations-Unies ; II. Un poste de tout repos ; III. Des pêcheurs ne sachant pas pêcher.

La nouvelle que les pêcheurs béninois étaient migrants fit très mauvaise impression : toute la représentation de notre projet FAO s’écroulait. Que faire de nos filets danois et de nos moteurs japonais censés résoudre les problèmes de la pêche locale ? J’aggravai mon cas en cherchant à apporter une solution au cas des pêcheurs malades que l’on voyait effectivement assis à longueur de journée sur la plage, alimentant aux yeux d’un passant peu curieux (comme l’est un expert en aide au développement), l’image d’une paresse atavique. J’allai les voir eux. 

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L’Afrique et moi II. Un poste de tout repos

Quand j’arrivai à Cotonou, le représentant de la FAO m’attendait à l’aéroport. Il riait, il me dit : « Vous êtes le premier expert qui arrive ici sans avoir signé son contrat ! » Il en avait un exemplaire, au rang qui m’avait été offert initialement. Je le signai sans hésitation.

En attendant que je me trouve une habitation permanente, je logeais dans un petit hôtel très sympathique dans la zone du port. Toutes les chambres ouvraient en grand sur la cour intérieure et il y avait là une piscine modeste et une véranda-paillotte tout aussi modeste donnant sur elle et sous laquelle étaient servis les repas. L’hôtel offrait une cuisine africaine teintée de globalisation qui me conquit immédiatement.

Quelques jours après mon arrivée, une femme, une Anglaise, demanda à me voir et nous eûmes une conversation au bord de la piscine. Elle m’expliqua que son mari avait occupé avant moi le poste qui était désormais le mien. Elle me dit : « Il est en mission en ce moment et ne sait pas que je cherche à vous parler mais il est important que je le fasse, il est essentiel que je vous prévienne : votre patron, Alphonse Collart, a cherché à assassiner mon mari ! »

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À l’Afrique !, le 1er juin 2020 – Retranscription

© Emmanuel Rousseaux Retranscription de À l’Afrique !, le 1er juin 2020. Bonsoir ! D’habitude, je dis bonjour. Nous sommes…

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