La mort en Afrique : Rappel à Dieu ou règlement de compte ?

Ce texte est le dernier d’une série de quatre (« L’histoire véridique de Simon, envoûté et maudit », « La conquête du Dahomey (1894) : Ce qui s’est vraiment passé » et « Les concepts centraux de la religion vaudoue ») appartenant à la même famille : des comptes-rendus qui m’ont été confiés en tant qu’Européen ouvert à la manière dont les Africains conçoivent le monde et qui ne les passera pas, avant de les rapporter, à la moulinette des préjugés propres à sa culture. La dernière partie du texte m’a été communiquée par l’une de mes étudiantes au département de psychanalyse de Paris VIII en 1985-86. Je ne vois pas d’autre raison à son anonymat qu’une demande expresse de sa part à cette époque. Si l’autrice de cette réflexion se reconnaît et s’est ravisée sur ce point, qu’elle se fasse connaître : je lui reconnaîtrai bien volontiers la maternité de son texte en l’indiquant ici. 

Saviez-vous que les femmes de la ville de Glétoho se sont fait une spécialité d’épouser des vieillards riches qu’elles s’empressent d’empoisonner dès que l’union (il n’y a pas ici de mariage à proprement parler) a été confirmée par le don des présents d’usage à la famille de l’épousée ? Le fait est à ce point patent que l’opinion publique demeure dans de tels cas vigilante, et il n’est pas rare (lorsque la manipulation a été trop visible) que la veuve se retrouve illico devant la justice. Dans un cas récent, la famille du mari, à qui certains agissements de l’intrigante avaient paru suspects, fit ouvrir une enquête aussitôt après le décès de leur parent. Le Fâ [l’esprit du système divinatoire à l’aide de noix palmistes] consulté confirma que la mort n’avait pas été accidentelle : elle avait été délibérément provoquée par un agent humain. Au procès, la jeune veuve avait commencé par nier pour reconnaître ensuite que, par peur de perdre l’amour d’un homme qui était pour elle comme un père (mais qui, sitôt son installation dans la maison, s’était hélas entiché d’une jeune intrigante) elle avait fait concocter par un « préparateur d’infusions » (nouwatokwé), un philtre qu’elle avait (emplie d’un espoir retrouvé) administré à son mari quelques heures seulement avant son décès inopiné. Le nouwatokwé impliqué fut alors convoqué comme témoin et, lors de sa première audition, il avoua tout de go devant un parterre stupéfait qu’au lieu du philtre commandé il avait en fait délivré à sa cliente de bonne foi, un poison violent ! La femme fut acquittée sur le champ et le pharmacien meurtrier, promptement mis sous les verrous. 

Cette histoire peut surprendre sans doute, car les faits étaient avérés, et les femmes de Glétoho, sous le coup d’une suspicion universelle légitime, mais l’aveu immédiat du préparateur d’infusions bouleversait le cours prévu d’une affaire qui – chacun dut l’admettre en son for intérieur – s’annonçait linéaire en raison seulement d’un préjugé communément répandu. La façon pernicieuse dont tout a priori obscurcit le jugement apparaît encore plus clairement dans un autre cas récent de malveillance qui me fut conté par une de ses victimes. L’histoire est celle d’une vieille femme foncièrement mauvaise : au moment où mon ami et quelques autres conjurés (dont la propre fille de la mégère) décidèrent de la mettre hors d’état de nuire, elle avait à son actif la mort d’une multitude d’enfants en bas âge. Alors que la réputation de cette bonne femme était déjà bien établie, mon ami avait connu la frayeur de sa vie : n’avait-elle pas pris l’initiative de rendre visite à son épouse qui venait d’être hospitalisée pour quelques douleurs inquiétantes liées à une fin de grossesse difficile ! « Qu’allait donc faire cette femme à l’hôpital? », me dit-il, « quel pouvait bien être le sens d’une telle visite de « courtoisie », alors qu’elle n’avait pas même cotisé aux frais d’hospitalisation ? Quand on se souvient que rien ne réjouit autant un sorcier que le présent d’un fœtus bien gras ! ».

Quelques mois plus tard, c’était aux enfants d’un sien cousin d’être menacés par l’odieuse bonne femme. Voilà qu’un jour en effet la vieille se présente au carré du parent pendant que son épouse est absente et confie aux enfants au titre de « bois de chauffage » (sic !), un bol rempli d’éclats de noix palmiste partiellement carbonisés. La mère revenue, elle inspecte le cadeau suspect (ces misérables coques sont à peine combustibles bien sûr), elle n’y trouve pas de gri-gri mais reste néanmoins sur ses gardes. Hélas, le mal était déjà fait : quelques semaines plus tard, le bébé de huit mois tomba malade. Résultat, hospitalisation, médicaments coûteux et cætera. Quand la petite put enfin revenir à la maison elle avait beaucoup dépéri.

Or, la vieille insiste pour la voir, et parvenue à ses fins après avoir été cependant moultes fois découragée, elle s’extasie impudemment : « Comme cette enfant a bonne mine ! Comme elle a profité ! » contre toute évidence bien entendu. Sur ce, voilà que l’aînée tombe malade à son tour. Là, les parents n’y tiennent plus et après une longue concertation, ils décident de mettre la mégère au pied du mur : ils se rendent chez elle dans la soirée et la somment solennellement de remettre sur pied les enfants qu’ils abandonnent là, déclarant qu’ils ne veulent les revoir que guéris.

La foule commence à se masser. Des passants disent : « Laissez donc en paix cette pauvre vieille ! », mais les habitants du quartier qui la connaissent bien ne s’en laissent pas conter. « Elle a déjà mangé plusieurs enfants, il faut régler son problème une fois pour toutes ! », expliquent-ils aux étrangers. Certains vont quérir en groupe un père de famille dont on sait qu’il a des révélations à faire. Conduit au milieu du cercle, celui-ci s’adresse aux badauds et leur raconte comment la mégère lui a déjà ravi deux de ses enfants au cours des années récentes. Quelqu’un s’écrie à l’endroit de la femme retranchée dans son carré : « Sorcière, si tu veux manger de la chair humaine, va donc plutôt te régaler des cadavres à la morgue ! ». Cette fois-là elle ne s’en tira que de justesse.

Mon ami avait donc jugé que pour le bien de tous, il fallait maintenant urgemment se débarrasser de la mégère. Il ne manquait pas d’alliés pour cette entreprise, y compris, je l’ai dit, la propre fille de la vieille. Ils devaient alors découvrir (mais comment ne s’en étaient-ils pas doutés ?) qu’une sorcière n’est pas une créature sans ressources. Un jour donc, les conjurés se réunirent pour creuser une fosse à proximité d’un bas-fond et, dans la soirée, ils attirèrent la vieille dans un guet-apens : on la fit appeler sous un prétexte quelconque et, quand elle s’avança dans l’ombre, ils se jetèrent sur elle à plusieurs, l’entravèrent et la bâillonnèrent en lui bourrant la bouche de chiffons. Ensuite, ils la traînèrent jusqu’à la fosse où ils la précipitèrent avant de la recouvrir en hâte de la terre qui avait été excavée. Las ! Quand ils rentrèrent à la maison, couverts de sueur et de poussière, les membres tremblants des efforts qu’ils avaient dû déployer pour maîtriser la sorcière mais aussi, sans doute, à la pensée de l’acte juste mais brutal qu’ils venaient de commettre ensemble, quel ne fut pas leur effroi d’apprendre que la vieille était de retour chez elle depuis plusieurs minutes déjà !

Une autre fois, ils décidèrent de l’empoisonner. Voici comment ils procédèrent. S’étant cotisés pour acheter une batterie d’automobile, l’un d’entre eux en siphonna d’abord l’acide dans une fiole. Le jour convenu, on s’assembla pour bavarder et, tandis que les verres étaient remplis d’alcool de palme, la compagnie parvint à distraire la vieille pendant qu’un comparse mêlait dans celui qui lui était destiné, une dose massive de vitriol à un fond de sodabi. On trinqua, et la bonne femme vida son verre d’un trait selon l’usage. Il lui fallut quelques instants pour séparer dans sa conscience, la brûlure de l’alcool, d’une autre, non familière. Ses yeux écarquillés roulèrent un moment dans leur orbite, puis elle se leva précipitamment et, passant le seuil d’un bond, elle s’élança dans les fourrés avoisinants où on la vit cueillir avec rapidité des feuilles qu’elle ingurgitait sur le champ. On l’entendit ensuite vomir pendant quelques minutes. Elle réapparût enfin et vint se rasseoir à la table commune sans prononcer une seule parole, se contentant de fixer, l’un après l’autre, chacun des convives. Un mois ne s’était pas écoulé qu’ils avaient tous choisi l’exil : l’un vit aujourd’hui à Djagou, un autre s’est établi à Abidjan, quant à mon ami, il habite aujourd’hui l’ancienne capitale du Royaume où l’on visite encore de nos jours les palais de souverains inflexibles.

La mort est ici le plus souvent violente ; entendez, voulue : occasionnée par un parent jaloux, par un voisin rancunier, par un vaudoun contrarié d’une infraction quelconque, voire par un ancêtre furieux d’avoir été négligé par un descendant trop préoccupé des choses du bas-monde. Lors de certains décès pourtant éminemment suspects, les membres de la famille conviennent parfois de ne pas interroger le Fâ qui ferait apparaître les responsabilités meurtrières. Mal leur en prend cependant, car c’est alors le mort lui-même (ou plutôt son lindon – voir « Les concepts centraux de la religion vaudoue ») qui décide de rappeler aux siens le devoir de vengeance. On conçoit aisément ce souci de ne pas envenimer davantage un climat familial déjà sérieusement malmené par une suspicion légitime et que les révélations du Fâ pourraient soumettre à des déchirements plus considérables encore, prémices de ruptures proprement irréversibles. Mais la désignation du coupable (qui se révèle quelquefois très proche du défunt) n’est-elle pas de beaucoup préférable à la honte et au danger que présente un cadavre qui décide de prendre les choses en mains en manifestant brutalement sa colère au moment même de l’ensevelissement ?

N’en a-t-on pas vu des morts qui, bien que diligemment empaquetés, se sont soudain mis à gigoter avec frénésie au moment où les préposés les soulevaient ? Sans compter ceux qui causèrent la mort de leur fossoyeur ! La coutume exige en effet que le corps soit enterré, non pas au fond de la fosse creusée sous le sol de la case, mais dans une manière d’alcôve évidée dans sa paroi. Or, tandis que le cadavre est descendu et passé par ses acolytes au fossoyeur qui se tient debout dans le trou et qui s’apprête à le déposer dans la niche préparée, il arrive que le lindon manifeste son courroux d’une mort provoquée (et dont le coupable ne sera jamais connu) en étreignant alors le serviteur des pompes d’une prise soudaine qu’aucune force ne saurait desserrer. Au même instant, une chaleur intense envahit la fosse par son fond, chassant de celle-ci l’air qu’elle contient, si bien que le malheureux fossoyeur suffoque doublement : sous l’effet irrépressible de l’étreinte mortelle et par asphyxie commune. Il ne lui reste alors, dans un dernier râle, qu’à implorer ses aides de le recouvrir de terre aussitôt, faute de quoi, dès qu’il se sera débarrassé de lui, le cadavre mû par le lindon qui en demeure prisonnier, trouverait le moyen d’échapper à la tombe à laquelle on a voulu prématurément le condamner, pour semer la terreur parmi la foule des témoins (tous également compromis) de l’équivoque inhumation.

La mort africaine, autant que le vaudou, a stimulé l’inspiration d’auteurs trop nombreux. Rien n’est plus étranger en effet à l’âme noire que le désintérêt gêné que l’homme blanc porte aujourd’hui à des disparus qu’il n’appelle plus « chers » que par simple habitude. Qui a mieux saisi les ressorts de la mort africaine qu’une de mes étudiantes dont les propos firent un écho judicieux à certaines de mes spéculations les plus hasardées sur la condition humaine ? C’est pourquoi je tiens à reproduire sur le sujet, les lignes suivantes, tout entières de sa plume :

« La mort, on ne sait pas encore la définir en Afrique : on ne sait si c’est un rappel à Dieu ou un règlement de compte.

On ne pleure plus ses morts parce qu’ils sont morts mais bien plutôt suivant ce qu’ils on fait ici-bas.

Chaque mort a sa classe qui se définit par la gentillesse, la méchanceté, l’avarice, la pauvreté, la richesse, etc. Rien qu’en regardant les gens qui sont à la veillée ou ceux qui accompagnent le cortège, vous savez sans risque de vous tromper ce qu’était le défunt de son vivant : si c’était un homme qui aimait les femmes, il y aura beaucoup de femmes, si c’était un homme qui fréquentait les bars, il y aura beaucoup d’ivrognes, si c’était un enseignant, il y aura beaucoup d’enseignants et d’élèves, etc.

Le caractère que prennent les funérailles peut être mis en relation avec une pathologie propre au milieu dans lequel le défunt vivait. Si le mort était un homme serviable, le pilier de la famille, sa mort sera un grand handicap. Mais s’il était radin, orgueilleux, fumiste, sa mort sera un bon débarras – bien que non souhaitée !

Toute mort, même si elle est naturelle, entraîne toujours des soupçons. Après l’analyse médicale, les gens de la famille, les proches parents, évoquent les circonstances de la mort. Si le défunt est mort naturellement, c’est-à-dire de maladie, les obsèques se font dans le calme. S’il est mort subitement ou accidentellement, il peut y avoir préméditation : il faut alors rechercher les assassins. On finit toujours par les retrouver, car dans la vie de tous les jours, les parents se côtoient plus ou moins bien et, durant les visites que certains font pour tromper les apparences, ils commettent malgré eux certains actes machinalement et ont la langue trop longue. Et quand vient le drame, on se souvient de ce qu’un tel avait dit l’autre jour.

D’autres personnes renfermées, qui mijotent dans leur coin un complot, paraissent étonnées quand on vient les dénicher. Comment concevoir que des parents préparent minutieusement et dans le secret un projet pour liquider les autres, pour se débarrasser d’eux en les tuant ?

Si l’enquête s’avère délicate, on procède à la danse du cercueil. On met le cercueil sur deux planches et, au rythme de la musique, le cercueil vous conduit droit vers le ou les assassins. Mystère !

Les assassins méritent la peine criminelle suprême qui sanctionne les crimes les plus graves : la peine de mort. Si la police s’en mêle, les assassins sont gardés à vue. Si la police reste étrangère à l’affaire, les assassins sont exécutés par les membres de la famille. À chacun son tour, comme chez le boucher ! ».

« Rappel à Dieu ou règlement de compte » ! Les termes sont exacts, mais terribles dans leurs implications !

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Une réflexion sur « La mort en Afrique : Rappel à Dieu ou règlement de compte ? »

  1. Monsieur Jorion,

    Je suis votre blog de manière occasionnelle et je m’y intéresse, la plupart du temps, à titre « citoyen ». Cependant, ce sont vos textes de blog liés au Bénin qui m’incitent à vous écrire. J’avais d’ailleurs failli le faire lorsque vous aviez publié l’an passé votre série de textes sur les pêcheurs du golfe de Guinée.

    J’ai vécu au Bénin 2 années d’août 2017 à août 2019.

    Je précise que je n’ai aucune compétence particulière en matière d’anthropologie.

    J’ai donc lu ces derniers jours avec intérêt vos trois derniers textes sur le sujet.
    « La mort en Afrique »… qui m’évoque, de très loin certes, les épreuves traversées par une de mes chères connaissances franco-béninoises, suite à la mort brutale de son père il y a quelques mois (d’une manière très singulière et bien différente de ce que vous racontez ici).

    « La conquête du Dahomey »… Quand dès la première phrase de cette note de blog, on constate avec grand plaisir que l’auteur du texte écrit « Gbéhanzin » et « Agbomé » (prenant en compte la consonne [gb] du fon), on se dit qu’on va bien évidemment pouvoir le prendre au sérieux !… Nul besoin ensuite de faire de plus amples commentaires sur ce que vous rapportez, Monsieur Jorion. Tout simplement merci pour ce texte.

    Je tiens juste, pour faire écho au sujet du « vodoun » ou « vaudoun », à vous signaler la contribution essentielle et très personnelle de l’écrivain béninois Olympe Bhêly-Quenum, « Les Appels du Vodún ». Je rappelle qu’Olympe Bhêly-Quenum est l’auteur de plusieurs classiques : « Un piège sans fin », « Le chant du lac » et « L’Initié », sans parler des recueils de nouvelles. Mais je partage l’avis de l’écrivain brésilien Jorge Amado (natif de Salvador de Bahia, principal lieu d’arrivée de la Traite transatlantique en provenance de Ouidah) : « Les Appels du Vodún », c’est bel et bien le livre majeur d’O. Bhêly-Quenum, une sorte de « mémorial des profondeurs ». Malheureusement, très peu de gens l’ont lu. Et le fait que la version définitive (qui remplace la 1ère édition fautive chez L’Harmattan) soit publiée à compte d’auteur n’arrange rien à l’affaire. J. Amado souhaitait que ce livre soit traduit en portugais (du Brésil), cela reste aujourd’hui du domaine de l’utopie.

    Alors, de mon côté (étant donné mon profil de pur littéraire) je suis peut-être d’abord sensible à la dimension proustienne du récit, mais je suis persuadé que ce livre pourrait (devrait) intéresser les anthropologues. Je pense en particulier à certaines descriptions de cérémonies vodoun, ponctuées de chants. La mère de Bhêly-Quenum était une grande Prêtresse de Glexwé (Ouidah). J’ai la chance d’avoir en ma possession un CD de 9 hymnes vodoun chantés par la mère d’Olympe Bhêly-Quenum…

    Il est temps pour moi de préciser que je suis toujours en contact avec lui. Il est en bonne forme à 95 ans passé (et non 93 comme le stipule wikipedia et toutes les fiches biographiques). Il vit toujours près d’Uzès, auprès de son épouse.

    Il est l’une des figures majeures de mon premier livre, « Grand souffle », paru l’an passé aux éditions Passage(s).

    Heureux hasard (?) du moment : des images d’archives d’Olympe Bhêly-Quenum (datant de 1966) ont été diffusées un peu avant la fin du documentaire « Noirs en France » (Aurélia Perreau/Alain Mabanckou) diffusé sur France 2 mardi 18 janvier 2022 en 1ère partie de soirée. Dans le commentaire off, Alain Mabanckou précise que c’était la première fois à la télévision française (1966, donc) qu’était présenté un « couple mixte ». Dans les extraits retenus, on voit surtout l’épouse (Maryvonne) et la belle-mère de l’écrivain.

    Ces images d’archives interviennent un peu avant la fin du film à 1h32mn50sec jusqu’à 1h34mn08 puis, de façon plus fugitives entre 1h35mn57sec et 1h36mn20sec.

    Ce documentaire est accessible en ligne jusqu’au 19 mars prochain.

    Mieux : le documentaire originel filmant les époux Bhêly-Quenum, « Un couple comme les autres » (1966 – durée 1h), partie intégrante de l’émission « Les femmes aussi » d’Eliane Victor sera disponible sur la plateforme madelen de l’INA dans les prochains jours, suite à ma demande tout juste validée.

    De l’anthropologie à la psychanalyse…

    De Gbéhanzin à… Solange Faladé, petite fille du dernier roi (souverain) du Dahomey, grande psychanalyste, proche parmi les proches de Jacques Lacan… Elle est enterrée à Porto-Novo, ville où elle voulait revenir vivre à la fin de sa vie.

    Certains de ses séminaires sont publiés. D’autres le seront plus tard. Bref, je me doute bien que vous en savez beaucoup plus que moi sur Solange Faladé ! Je serais juste curieux de savoir ce qu’elle évoque pour vous.

    En tout cas, j’ai eu la chance, à Cotonou, de rencontrer sa sœur cadette, Géraldine Faladé, journaliste, co-fondatrice en son temps de la radio qui allait devenir RFI, 1ère intervieweuse à Paris, comme elle aime le rappeler, de Miriam Makeba…

    J’ai eu la chance, aussi, de m’entretenir, à mon retour en France, avec un psychanalyste qui avait contribué au milieu des années 90 à faire venir Solange Faladé à Nantes (elle souhaitait vraiment venir dans cette ville), à l’époque où il lui arrivait de tenir des conférences à des publics plus élargis.
    A ce sujet, il faut lire et relire le texte de sa conférence de Fort-de-France (1995, prononcée devant Césaire), « Penia et Poros ».

    Inutile de dire que Solange Faladé et Olympe Bhêly-Quenum se connaissaient bien (elle l’a emmené plusieurs fois à Sainte-Anne, si j’ose dire, pour entendre la parole de Lacan). Elle fut même la première à lire le texte le plus « fou » de Bhêly-Quenum (y compris sur un plan formel, syntaxique), « As-tu vu Kokolie ? », finalement publié à compte d’auteur après 25 ans de travail, mais dont deux passages furent publiés dans la NRF et dont Hubert Nyssen (Actes Sud) louait la grande valeur. La première réaction de Solange Faladé fut de dire à O. Bhêly-Quenum : « il est singulier que tu aies pu aborder un cas de la genèse de la folie. »

    Pour terminer, un peu de musique, avec la chanteuse togolaise de légende Bella Bellow.
    Je pourrais renvoyer un lien vers « Blewu » (qu’Angélique Kidjo a aussi reprise de fort belle manière le 11 novembre 2018 à Paris, sous l’arc de triomphe, en présence de tous les principaux dirigeants de la planète) ou « Dasi ko », sa dernière chanson enregistrée en 1973, peu de temps avant sa mort brutale, chanson arrangée et produite par Manu Dibango, mais je vous mets plutôt en lien « O Senyé », ma préférée parmi les préférées (ce qui n’est pas peu dire).


    (je vous laisse repérer Manu Dibango parmi les musiciens)

    Je vous remercie encore, Monsieur Jorion, pour toutes vos activités.

    Bien à vous,

    Damien Robin

    PS : en bonus, toujours Bella Bellow, « Zelié », la chanson qui l’a fait connaître

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