Archives par mot-clé : agriculture

Augmenter la productivité pour rémunérer le capital et le travail rare : exemple de finitude de la mécanique, par Christophe Diss

Billet invité

Dans mon dernier billet (ici) évoquant le cas de la rentabilité des exploitations laitière inscrites dans un rapport de force de filière, j’évoquais par quel mécanisme de la pensée économique, les chefs d’exploitation et les financiers ont cherché à augmenter le flux de liquidité par l’argument de la productivité du travail, facteur de rentabilité face à une déflation du prix du lait, une hausse de charge et une confiscation de la valeur ajoutée le long de la chaine de valeur.

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FILIÈRE INDUSTRIELLE LAITIÈRE : CHANGER DE PARADIGME EST INDISPENSABLE, par Christophe Diss

Billet invité

D’après l’agence Agra Presse, la commission de l’agriculture du Parlement européen a voté trois propositions dans le cadre de la réforme de la PAC pour permettre aux agriculteurs de gérer leurs volumes de production laitière en cas de crise. Ce vote n’est pas du goût de l’European Dairy Association, le porte-voix à Bruxelles du lobby de l’industrie laitière. Le vote des eurodéputés n’est pas seulement « un pas en arrière » selon eux, mais il remet en question « l’évolution progressive du secteur en vue d’une plus grande orientation vers le marché ».

Et de rajouter : « Adopter des mesures de gestion des volumes serait tout à fait incompatible avec les exigences du fonctionnement de notre industrie sur le marché mondial », martèle Joop Kleibeuker, le secrétaire général de l’European Dairy Association. Un système de gestion des volumes « ne marcherait pas dans le monde d’aujourd’hui ». En effet, pour doper la dynamique industrielle, la conquête des marchés internationaux devient une norme indéfectible. Pourtant, ces mécanismes ont fait leur preuve au Canada et les États-Unis souhaitent s’en inspirer.

La production et l’industrie dans le sillage d’un marché objectif et efficace.

Cette réaction du lobby laitier est une démonstration florissante de son intégration à l’idéologie du marché efficace, méprisant ainsi l’idée d’une régulation du secteur, privilégiant le report du risque de la volatilité des prix sur le secteur de la production. En effet, les industriels indexent désormais davantage la paye du lait cru sur la valorisation des marchés de ses dérivés. Elle demande en revanche la mise en place de filets de sécurité exceptionnels d’aides au secteur de la production, pour les « coups durs », ou des aides au stockage privé des quantités excédentaires présentes sur le marché, comme cela se faisait couramment par la force publique avant l’instauration des quotas en 1984 (politique au combien coûteuse et qui n’est plus du tout au goût du jour). Au milieu des années 2000, la commission européenne a mis l’Europe sur les rails du commerce international et de la loi du marché : la fin des contingentements laitiers (quotas) est prévue pour le 1er avril 2015. À une échelle plus petite, en Suisse, la disparation du contingentement laitier est intervenue dès 2008 et s’est soldée par un échec cuisant suite à la volonté de certains industriels de « conquérir ». Par manque d’organisation collective et de défense sectorielle des producteurs, la vingtaine d’organisation de producteurs – rattachée chacune par contrat à une laiterie différente – ne s’entendent plus, du fait de l’intégration à la logique de leur industrie respective sur la façon de gérer le développement « volumique ».

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CIRCUITS COURTS ET COURTS-CIRCUITS, par zébu

Billet invité

« Nos clients des circuits courts en Europe payent par l’achat un prix généralement plus élevé que dans d’autres circuits de distribution. »

Dans Circuits courts, vente direct et construction des prix, Jean-Claude Balbot pose plusieurs constats, dont celui-ci, ajoutant par ailleurs que ces mêmes clients s’acquittent ainsi d’une double peine, payant tout à la fois un prix plus cher et les externalités imposées par le système agro-industriel au travers des subventions, sous forme d’impôts.

Pourtant, Patrick Mundler (Directeur du Département Sciences Sociales et de Gestion ISARA Lyon – LER) et Albane Audras (Alliance Paysans Ecologistes Consommateurs de l’Isère) ont démontré dans une étude récente que la formation des prix dans 7 AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) de la Région Rhône-Alpes tendrait à prouver le contraire : dans 63 % des cas, ce type de circuit court s’avère être moins cher que les autres modes de commercialisation (grande distribution, marché traditionnel, magasin bio, marché bio, magasin de producteurs). Si cette étude est limitée quantitativement, géographiquement mais aussi quant à sa saisonnalité, ces résultats ne manquent pas d’interroger. En fait, on obtient la réponse un peu plus loin, puisque l’étude intègre des prix minimaux et maximaux par type de commercialisation : les prix sont inférieurs de 13 % en moyenne pour la GMS (grandes et moyennes surfaces) et les marchés traditionnels aux prix des AMAP… pour les prix minimum de ces types de vente. À l’inverse, dans quasiment tous les cas (sauf pour les fruits et le pain sur les marchés traditionnels), les prix maximum sont égaux ou supérieurs aux pris des AMAP, parfois même du double (légumes) !

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PRODUIRE TROP, POUR PRODUIRE ASSEZ ?, par Jean-Claude Balbot et Goulven Le Bahers, « paysans durables »

Billet invité.

À l’automne 2008 il nous fut donné de participer aux réunions préparatoire à la Loi de Modernisation Agricole dans une commission « Alimentation ». C’est avec beaucoup d’effroi et de colère mais sans surprise, que nous entendîmes les chiens de garde de l’agri-bizness écarter avec véhémence toutes les propositions d’amélioration des conditions de l’alimentation des Français (diminution du sel, du sucre, des pesticides…). Représentant l’ordre établi de la production et distribution des fruits et légumes, des vins, des produits lactés, des viandes de toutes provenances, des céréales, ils se tiennent devant leur niche. Chacun, persuadé que sa profession est le cœur de l’économie française, est prêt à aboyer et à mordre le premier qui remettra en cause ce statu quo établi depuis 1962. Un représentant de la recherche, directeur d’une quelconque division de l’Inra, complétait le spectacle, réclamant des sous pour démontrer que ce qu’il entendait était vrai. D’ailleurs, en aurait-il douté que l’argent lui aurait échappé !

Du cœur de cette musique « bavaroise » émerge une revendication bien plus « jésuite ». Le représentant du syndicalisme majoritaire, auteur quelques années auparavant d’un livre sur la faim dans le monde, demandait, avec l’appui de tous les aboyeurs, que : « Madame la présidente, l’aide alimentaire soit inscrite dans le code rural ; car pour produire assez il faut produire trop et il faut que nous soyons assurés d’écouler ce trop ».

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LES DÉFIS DE L’AGRICULTURE DU 21ème SIÈCLE, par Gilles Domenech

Billet invité

Au cours du XXème siècle, l’agriculture a vu sous toutes les latitudes des changements radicaux dans les pratiques qui sont devenues un peu partout de plus en plus intensives. Cette intensification se traduit par l’emploi de plus en plus important d’intrants provenant de l’industrie chimique (engrais minéraux et pesticides), par l’intensification du travail du sol, par une mécanisation croissante et par une sélection génétique très poussée (incluant l’hybridation F1 et les OGM) permettant d’atteindre de très haut rendements, à condition que les itinéraires techniques leur conviennent en termes de fertilisation et de traitement.

Grâce à cette évolution, la production mondiale a fortement augmenté, permettant de produire suffisamment pour nourrir 7 milliards d’humains (aujourd’hui les problèmes de famine sont uniquement dus à des problèmes politiques et non agronomiques).

Cependant, ces évolutions ont des conséquences dramatiques sur le plan social et sur le plan environnemental : destruction du tissu social traditionnel, déforestation, pollutions des eaux, dégradation et érosion des sols, etc.).

Nous voici donc devant une problématique majeure : quel modèle de réflexion pour faire avancer l’agriculture vers des pratiques alliant durabilité des systèmes, respect de l’environnement et productivité ?

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AGRICULTURE : LA CHIMÈRE D’UN CAPITAL QUI VOUS PROFITERA, par DIX

Billet invité.

Paul, merci à vous et bonne année !

Je suis producteur de lait en Alsace, jeune installé en pleine crise. Vous décrivez la toile de fond du paradigme économique comme peu de gens. A vrai dire, lorsque j’ai découvert vos propos sur la concentration des richesses, et le remplacement du salaire par le crédit… j’ai de suite adhéré puisque c’est ce que j’ai vécu en 2009 avec ma famille.

Ingénieur de formation dans le secteur agricole et agroalimentaire (spécialité développement des territoires ruraux), mon expérience professionnelle en tant que conseiller d’entreprise puis exploitant agricole m’a permis d’asseoir confortablement dans mon esprit la thèse de la concentration des richesse et du déterminisme des trajectoires sociales de mon milieu. Après tant d’années passées sous la protection parentale et celle de mes anciens patrons qui me payaient en tant que jeune cadre dynamique pour « rendre service » aux professionnels du secteur : les agriculteurs ne pouvaient se payer mes services et je ne pouvais accepter de me faire payer par ceux qui ne les payaient pas, j’ai découvert lors de mon installation la façon brutale dont on a traité mes parents qui ont bien failli perdre tout leur courage en 2009, après 40 ans de bons et loyaux service à l’État, l’Europe, les Industriels, les Syndicats, les Élus, les Consommateurs, 7/7, 12/24, 365/365.

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