Archives par mot-clé : Alexis Tsipras

Le Monde – Que pèse la théorie économique face aux intérêts financiers ?, mardi 6 – mercredi 7 janvier 2015

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Keynes, Friedman, Syriza et la Troïka

En 1978, à Milan, Joan Robinson, l’élève, puis la disciple la plus brillante de Keynes, intervint dans la discussion qui conclut les conférences Rafaelle Mattioli, consacrées par Richard Kahn à la genèse de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) ; Kahn ayant été, lui aussi, membre du « Cambridge circus », le « premier cercle » de l’économiste anglais.

Robinson dit ceci à cette occasion :

« Le principal problème de Keynes était qu’il était un idéaliste. Il pensait qu’aussitôt que les gens auraient compris sa théorie, auraient compris comment le système capitaliste fonctionne véritablement, ils se comporteraient de manière raisonnable et géreraient le système de telle sorte que des effets positifs en résultent. […] Keynes était un innocent qui croyait qu’une théorie intelligente prévaut sur une autre qui est stupide. Mais il va de soi que dans le monde réel l’impact d’une politique ne découle pas d’une compréhension intelligente de l’économie mais du jeu des intérêts particuliers et du désir de défendre le capitalisme contre les courants de pensée radicale de chaque époque. Comparer les mérites des approches est donc une perte de temps. Du point de vue du mérite, qui pourrait bien préférer Milton Friedman à Keynes […], mais ceci ne signifie nullement que l’influence de Keynes prévaudra sur celle de Friedman » (in Richard Kahn, The Making of Keynes’ General Theory 1984).

Pourquoi ces propos d’autrefois sont-ils toujours d’une brûlante actualité ? Parce qu’il demeure aussi vrai qu’il y a près de quarante ans que la validité d’une théorie économique sur un plan purement scientifique pèse de peu de poids au regard de son soutien ou non par des intérêts particuliers disposant du levier de l’argent.

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Mme Merkel, il y a une alternative, et elle s’appelle « écouter » !

Mme Merkel, Alexis Tsipras, en Grèce, vous dit qu’il faut faire l’Europe autrement. Vous lui répondez, en compagnie de M. Wolfgang Schäuble, votre ministre des Finances, que l’Allemagne n’est plus opposée à ce que la Grèce quitte la zone euro.

Mme Merkel, vous êtes une femme intelligente, et penser que vous ne comprenez pas ce que dit M. Tsipras serait vous insulter : il dit qu’il faut faire l’Europe autrement. Personnellement je comprends très bien ce que dit M. Tsipras : cela me paraît très clair, et il se fait par ailleurs que je suis d’accord avec lui.

En répondant, comme vous le faites, que la Grèce peut quitter la zone euro, vous dites que l’Europe se fera de la manière dont VOUS l’entendez et pas autrement.

C’est George Soros qui a affirmé il y a quelques années que si l’Allemagne n’aimait pas la zone euro, elle pouvait la quitter. « Love it or leave it! », comme disent les Américains. Comme vous faites semblant de ne pas comprendre, le moment est peut-être venu de vous le rappeler.

Il y a une alternative cependant, Mme Merkel, à faire semblant de ne pas comprendre, cela s’appelle « écouter », et cela vaut non seulement pour vous mais également pour M. Schäuble.

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SYRIZA, PODEMOS…, par François Leclerc

Billet invité.

Le premier tour des élections présidentielles grecques au Parlement a renforcé les incertitudes à propos du résultat à venir des deux prochains tours, les 23 et 29 décembre. Le candidat du gouvernement n’a recueilli que 160 voix sur les 200 nécessaires, moins qu’il n’espérait. Tout se jouera probablement au dernier tour, où seulement 180 voix pourront permettre au candidat unique Stavros Dimas de l’emporter, la chasse aux ralliements battant son plein et la stratégie de tension se poursuivant.

Les autorités européennes ont apporté leur plein soutien à Antonis Samaras, devant la crainte que Syriza ne remporte les élections législatives anticipées, faute d’élection du Président de la République. Mais elles ne peuvent s’en prendre qu’à elles-mêmes, n’ayant pas respecté leur promesse de restructuration de la dette grecque, sur la base de laquelle le premier ministre a basé sa stratégie de recherche à tout prix d’un excédent budgétaire primaire, sans finalement en recueillir le bénéfice. Il a dû ensuite changer son fusil d’épaule en affichant la perpective d’une sortie du plan de sauvetage et la fin symbolique du protectorat de fait instauré par la Troïka, qui ne lui a pas été accordée. Cherchant une issue, il a finalement joué le tout pour le tout en anticipant une élection présidentielle de tous les dangers. Au cas où son candidat à la présidence de la République ne serait pas élu par le Parlement, ne lui laissant comme perspective que de perdre les élections législatives, les hypothèses fleurissent. Elles portent en premier lieu sur l’ampleur de la victoire éventuelle de Syriza, qui pourrait se trouver dans l’obligation de former une coalition avec les indépendants et les restes du Pasok. Elles spéculent ensuite sur la nécessité dans laquelle le parti dirigé par Alexis Tsipras serait de mettre de l’eau dans son vin à propos de la question qui fâche : la restructuration de la dette. Car celle-ci est détenue à 90% par des intérêts publics et l’exemple qui serait donné en l’engageant pourrait susciter des vocations dans d’autres pays. Un coup d’arrêt est donc indispensable, d’autant qu’une victoire de Syriza représenterait un encouragement à ce qui n’est cessé d’être dénoncé dédaigneusement et non sans amalgames comme le danger populiste afin de faire repoussoir.

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La dynamique européenne : À bon entendeur, salut !, par Zébu

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C’est le poids, la quantité de mouvement en cours qui rompt l’équilibre, cet équilibre si instable et si difficilement acquis que l’on observe dans ce « no man’s land » politique et économique que nous connaissons actuellement.

« Il faut parler aux Allemands » a pu dire Paul Jorion à la télé. Car si Angela Merkel semble vivre une apogée sans déclin ces derniers temps, avec une réélection massive à la tête de son parti, cela ne peut masquer ce qui pourrait bien être le début d’un chant du cygne dans un de ces moments où tout semble redevenir possible. Car la position politique de la CDU/CSU se fragilise en Allemagne. En premier lieu, ce fut le FPD qui disparut, laissant place à la ‘grande coalition’ avec le SPD des sociaux-démocrates. Et en second lieu, c’est l’émergence d’un nouveau parti, europhobe, l’AfD, qui tend à tailler des croupières tant au SPD qu’à la CDU, sans oublier les manifestations de rues des islamophobes dont tous ne sont pas d’extrême-droite ou de partis nazis. Le vote conservateur de droite a cependant bien davantage à perdre que le vote conservateur de gauche en la matière.

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Grèce : ENCORE UNE DÉMONSTRATION TRÈS ABSURDE ! par François Leclerc

Billet invité

Les représentants de la Troïka vont demain mardi soumettre la Grèce à un nouvel examen de passage, occasion de dresser également le terrible bilan de deux plans de sauvetage successifs ayant plongé le pays dans une profonde récession, dont il est officiellement annoncé pouvoir sortir très timidement. Ces années de plomb qui ne sont pas finies ont connu un chômage colossal et une atteinte profonde des revenus, ainsi qu’un programme de réformes structurelles et de privatisations qui est encore loin d’avoir été totalement réalisé. 240 milliards d’euros d’aide auront été débloqués au total, et le seul chiffre qui mérite d’être placé en regard est celui du poids de la dette publique, actuellement de 318 milliards d’euros et ne déclinant que d’un soupçon – soit 174 % du PIB – qui est désormais détenue à 85 % par l’Eurosystème, BCE en tête ! Destinée à être un laboratoire, la Grèce est devenue au fil des ans, et du désastre, un cas d’école de ce qu’il ne fallait pas faire.

L’hypothèse d’un troisième plan de sauvetage n’est plus d’actualité pour des raisons politiques, l’Union européenne arrivant en décembre prochain au terme de son programme financier. La poursuite de celui du FMI, pour une dernière tranche de 12,5 milliards d’euros, est en question et donne lieu à de grandes manœuvres. Le gouvernement grec est sous la menace grandissante d’élections anticipées, qui donneraient la victoire à Syriza : faute de réunir une majorité qualifiée de 180 parlementaires pour élire le chef de l’État, en mars prochain, des élections législatives anticipées s’imposeraient, la coalition gouvernementale actuelle n’en comptant que 153.

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COMMENT RÉDUIRE CETTE DETTE POUR QU’ELLE CONTINUE A RENDRE SES SERVICES ? par François Leclerc

Billet invité.

Une étrange découverte vient d’intervenir au Japon : « il n’y a pas de plancher au rendement de la dette ! », se sont effarés les analystes, constatant que la Banque du Japon vient d’acheter des titres au rendement négatif, acceptant en conséquence de perdre de l’argent… C’est à ce prix que la banque centrale poursuit sa politique de création monétaire destinée à sortir vaille que vaille le pays de la déflation.

Les banques japonaises ne s’en plaignent pas, qui en profitent pour acheter sur le marché des titres à rendements positifs pour les revendre assortis de rendements négatifs à la Banque du Japon. L’État non plus, qui finance grâce à cette dernière son énorme déficit budgétaire, son budget atteignant le double de ses recettes fiscales. La banque centrale japonaise roule une dette publique en rapide progression, l’État devenant de plus en plus vulnérable à une éventuelle hausse des taux. Celle-ci risque d’intervenir lorsqu’il faudra se rendre sur le marché international, dès que la Banque du Japon, les banques privées et les fonds de pension ne la financeront plus dans son intégralité. L’incidence de l’évolution des taux de la Fed, promis à être relevés à une date faisant l’objet de toutes les interrogations, en donnera le signal. A moins que la Fed ne s’y résolve pas, condamnée alors à poursuivre sa mission d’assistance, qui deviendrait une composante structurelle du fonctionnement du capitalisme, l’expression achevée de sa fuite en avant…
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Incertitudes européennes : Ô TEMPS ! SUSPENDS TON VOL… par François Leclerc

Billet invité.

Le temps qui en Europe était à l’apaisement sur les marchés vire à la forte incertitude. La BCE a suscité jeudi dernier une déception prononcée en ne prenant aucune des décisions attendues en raison de la poursuite de la désinflation, au prétexte de la « complexité » de la situation. La meilleure des hypothèses est désormais que la Banque préfère garder pour plus tard ses dernières cartouches, la pire est qu’elle a fait une grosse erreur de jugement.

Les juges de la Cour Constitutionnelle allemande ont vendredi accentué le trouble, en déclarant à propos du programme OMT d’achat de titres souverains qu’il existe « d’importantes raisons de penser [qu’il] outrepasse le mandat de la Banque centrale européenne en matière de politique monétaire ». Tout en décidant, fait sans précédent, de demander à la Cour européenne de justice de statuer sur le point capital : y a-t-il en l’espèce violation des traités qui cadrent sa mission ? Mais le mal est fait, laissant planer le doute sur la possibilité qu’a la BCE d’activer désormais son programme pour calmer le jeu si nécessaire, cette menace qui lui donnait tout son poids.

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