Archives par mot-clé : Aristote

150 citoyens ordinaires planchent sur le climat

Sur cette question, j’ai reproduit hier un de mes tweets : Comme les gens qui savent dérangent, demandons aux gens qui ne savent pas…, j’en ai parlé aussi dans ma vidéo : La démocratie en petite forme.

Comme le caractère grotesque de la proposition n’apparaît pas à tout le monde (vous m’écrivez), je vous ai fait un petit tableau à partir de ce que disait (déjà) Aristote (IVe siècle av. J-C) sur la question.

Aristote distinguait dans ce que nous appelons la « logique », trois domaines distincts, selon le public et les objectifs de ce qui est débattu : la rhétorique (conversation ordinaire), la dialectique (plaidoirie, discours politique), et l’analytique (technique, science).

Pertinence de tirer éventuellement au sort les participants au débat ? 

Domaine

Qui ?

Type d’argument

Le tirage au sort des participants a-t-il un sens ?

Rhétorique

Quiconque

Exemple isolé

Oui (question d’opinion)

Dialectique

Juristes, politiciens

Preuve par l’absurde

Oui (question d’opinion)

Analytique

Autorités reconnues

Démonstration scientifique

Non (question de savoir)

Je suis du même avis qu’Aristote.

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Brexit et apocalypse II, le 4 septembre 2019 – Retranscription

Retranscription de Brexit et apocalypse II, le 4 septembre 2019.

Bonjour, nous sommes le mercredi 4 septembre 2019.

Hier, je vous ai fait une vidéo à propos du Brexit. Je vous ai expliqué que, de jour en jour, je retardais le moment d’en faire une parce que l’actualité n’arrêtait pas de se modifier. Je savais en faisant ma vidéo – d’ailleurs, je vous l’ai mentionné – qu’il y aurait un évènement important par rapport à ça en soirée. Cet évènement a eu lieu. Il ne modifie pas ce que j’ai dit. Je campais le décor et ça m’évite d’en reparler aujourd’hui.

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Trends-Tendances, L’éthique seule, peut-elle nous sauver ?, le 25 juillet 2019

L’éthique seule, peut-elle nous sauver ?

Vous avez peut-être gardé le souvenir du cri du cœur à la une des journaux au lendemain de l’effondrement des marchés financiers en 2008 : « Moralisons la finance ! » Un appel était fait à l’éthique là où la réglementation avait manifestement trahi son impuissance. Or on reparle beaucoup d’éthique parce qu’en des temps aussi troublés que les nôtres, en appeler à la vertu des citoyens ordinaires apparaît comme une éventuelle alternative au désarroi de la classe politique.

Mais qu’est-ce que l’éthique ? Rien de plus que le fait que chacun adopte ce que l’on appelait autrefois un comportement « vertueux ».

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La presse : « Après l’affaire de Rugy, une exigence de moralisation de la vie politique »

Ouvert aux commentaires.

Le Monde : « Après l’affaire de Rugy, une exigence de moralisation de la vie politique », le 17 juillet 2019

On trouve décidément dans l’Éthique à Nicomaque tout ce dont on a besoin pour juger de l’affaire de Rugy. Je citais le passage suivant il y a trois jours :

Les distractions agréables font partie des choses désirables en soi ; elles sont cependant d’habitude plus nuisibles qu’utiles car elles nous incitent à négliger et notre santé, et nos finances. Les adeptes de ce genre d’amusements sont très appréciés à la cour des princes car ils offrent à ceux-ci le moyen de se rendre populaires auprès de leurs obligés en leur procurant les distractions qu’ils désirent (X, vi, 3-4).

Or, pour commenter l’actualité d’aujourd’hui, il suffit de se souvenir qu’Aristote, pensant à ceux à qui les notions d’« exemplarité » et de « moralisation » demeureront toujours étrangères, disait également ceci :

Alors que l’homme vertueux, qui guide sa vie par des idéaux éthiques obéira à la raison, la base, dont les désirs sont déterminés par le plaisir, doit être punie par la douleur, comme pour une bête de somme. […] La souffrance et les châtiments pour les contrevenants doivent être les plus opposés à leur plaisirs favoris (X, ix, 10).

À ceux qui ne peuvent comprendre, parce que la vertu exige la sagesse et l’usage de la raison, dont ils sont privés, on ne peut qu’imposer l’empire de la loi.

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Affaire de Rugy – Ce que j’en pense

Vous me demandez ce que j’en pense. Je vous dirai donc ce qui suit.

Les distractions agréables font partie des choses désirables en soi ; elles sont cependant d’habitude plus nuisibles qu’utiles car elles nous incitent à négliger et notre santé, et nos finances. Les adeptes de ce genre d’amusements sont très appréciés à la cour des princes car ils offrent à ceux-ci le moyen de se rendre populaires auprès de leurs obligés en leur procurant les distractions qu’ils désirent.

Si l’on pense ordinairement que les amusements contribuent au bonheur du fait que les princes et les puissants de ce monde y consacrent leurs loisirs, il se peut cependant que ni les princes, ni les potentats, n’offrent le genre de confirmation que l’on attendrait. Car la vertu et l’intelligence, qui sont à l’origine des actes les plus élevés, ne dépendent aucunement du degré de pouvoir dont chacun dispose… 

Oups ! j’ai oublié les guillemets (je ne serais pas le premier !), bon, d’accord, j’ai trouvé ça ici : Éthique à Nicomaque (X, vi, 3-4), d’un certain Aristote (le prénom n’est pas indiqué).

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Saint-Etienne, Conférence de l’hôtel de ville : « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie » (VII) Concurrence vs. entraide

Je publie en feuilleton la retranscription (merci à Éric Muller !) de ma très longue conférence le 29 novembre 2018. Ouvert aux commentaires.

Question de la salle : L’Union européenne s’est construite autour du dogme de la concurrence libre et non faussée. Est-ce vraiment une vérité incontournable, ou est-ce qu’on peut remplacer « concurrence » par « coopération » ?

PJ : Oui, c’est tout à fait ça. En fait, on nous vend ça essentiellement depuis les années soixante-dix. C’est Mme Thatcher en Grande-Bretagne, c’est M. Reagan aux États-Unis qui ont été les grands chantres de l’ultralibéralisme tel qu’il avait été conçu. Il est né… cette pensée ultralibérale est née au colloque Lippmann à la fin des années trente [1938]. Ça s’est passé à Paris, si j’ai bon souvenir c’était au Trocadéro. Ensuite, il y a eu création, c’était en 1947 si j’ai bon souvenir, de la Société du Mont-Pèlerin . Continuer la lecture de Saint-Etienne, Conférence de l’hôtel de ville : « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie » (VII) Concurrence vs. entraide

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Une genèse du « juste prix » – préface d’un ouvrage collectif sur Le « juste prix », par Paul Jorion et Vincent Burnand-Galpin

Une genèse du « juste prix » – préface d’un ouvrage collectif sur Le « juste prix » sous la direction de Jérôme Maucourant, par Paul Jorion et Vincent Burnand-Galpin

Ouvert aux commentaires.

Dans nos représentations communes fortement influencées par les « sciences économiques », le « juste prix » d’un bien est le prix qui équilibre l’offre et la demande. Plus précisément, le « vrai » prix est un équilibre entre les prix de réserve des acheteurs et des vendeurs : les acheteurs ayant un prix de réserve supérieur ou égal au prix d’équilibre achèteront les biens alors que les vendeurs ayant un prix de réserve inférieur ou égal au prix d’équilibre vendront leurs biens. Le prix d’équilibre est celui qui fait en sorte que, sous ces contraintes, qu’il y ait autant de biens vendus que de biens achetés.

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Piqûre de rappel – « Le prix » : Préface à l’édition en livre de poche en 2016

Ouvert aux commentaires.

Hier, dans le cadre de mon exposé au colloque « Refonder la finance », j’ai eu l’occasion de présenter rapidement mon livre « Le prix », paru initialement en 2010, mais en réalité recueil mis en forme des textes que j’ai consacrés de 1985 à 2003 à une nouvelle théorie de la formation du prix, en remplacement de la théorie de l’offre et de la demande due à Augustin Cournot en 1838.

Ma théorie du prix – extension de celle d’Aristote – est à ce point révolutionnaire, qu’elle provoque en général la consternation plutôt que l’adhésion immédiate. Je n’en suis pas davantage surpris : dans un ensemble de domaines, je propose un changement de paradigme, une tout autre manière de voir les choses, qui demande une véritable conversion de l’esprit plutôt qu’un simple glissement dans les représentations. Un jour les gens diront : « En fait, ce Jorion, il a raison sur la plupart des choses ! » Ce jour-là, le monde aura changé 😀

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Trends-Tendances – Et si le prix n’était pas un signal mais l’expression d’un rapport de force ? le 22 mars 2018

Et si le prix n’était pas un signal mais l’expression d’un rapport de force ?

La théorie économique dominante, ou mainstream, suppose qu’il existe pour les prix un niveau « objectif » assurant l’« efficience allocative » optimale, autrement dit permettant la satisfaction maximale de l’ensemble des consommateurs.

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Pierre Giorgini, La tentation d’Eugénie, Bayard 2018

Pierre Giorgini – La tentation d’Eugénie

Préface de Paul Jorion

Que nous propose Pierre Giorgini dans La tentation d’Eugénie. Technosciences : l’indispensable nouvelle alliance éthique ? Plusieurs choses, dont la tentation larvée depuis plusieurs siècles, de l’eugénisme, dont Stanislas Deprez nous offre l’historique dans son « Contrepoint » clôturant l’ouvrage, mais aussi, et peut-être surtout, de substituer dans nos sociétés, comme principe directeur de nos comportements et de nos prises de décision, l’éthique à l’économique. Programme admirable, mais aussi très vaste programme.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 29 SEPTEMBRE 2017 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 29 septembre 2017. Merci à Marianne Oppitz !

Bonjour, nous sommes le vendredi 29 septembre 2017 et je voudrais vous parler d’une réflexion au confluent de deux événements quasiment simultanés. C’est le fait que, hier, je suis passé à France Culture en compagnie de Pierre Dockès et d’une dame qui s’appelle Clara Gaymard et nous avons parlé de la mort du capitalisme. Et l’autre événement, c’est la sortie, je crois que c’est le 3 novembre – en tout cas pour moi il y a le bon à tirer qui est ces jours-ci, je crois que c’est aujourd’hui – du livre qui s’appelle À quoi bon penser à l’heure du grand collapse. Continuer la lecture de LE TEMPS QU’IL FAIT LE 29 SEPTEMBRE 2017 – Retranscription

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Le temps qu’il fait le 29 septembre 2017

Un tout autre regard

Paul Jorion, À quoi bon penser à l’heure du grand collapse ? Fayard (à paraître le 3 novembre)

France Culture, Entendez-vous l’éco : La mort du capitalisme, le 28 septembre 2017, avec Pierre Dockès et Clara Gaymard (et non « Gayraud » comme je le dis malencontreusement dans la vidéo)

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Marx aujourd’hui (texte complet), par Dominique Temple

Billet invité. Reprend le texte paru sous ce titre ici en sept épisodes.

Introduction générale

Jamais le système capitaliste n’est apparu aussi puissant. Toutes les phases de son développement sont déployées sur la planète. Le capitalisme prétend plus que jamais contrôler la science, l’éducation, l’enseignement. La révolution socialiste n’a pas eu lieu. Continuer la lecture de Marx aujourd’hui (texte complet), par Dominique Temple

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Marx aujourd’hui (II) L’aliénation et l’exploitation du travail, par Dominique Temple

Billet invité.

Les deux économies

Lorsqu’il cherche à préciser l’origine du capitalisme, Marx cite longuement Aristote. La valeur est une œuvre personnelle, subjective, qui s’inscrit dans la réciprocité où elle reçoit une fonction sociale. Elle dépend de son statut de production. Continuer la lecture de Marx aujourd’hui (II) L’aliénation et l’exploitation du travail, par Dominique Temple

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