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L’actualité de la crise: un manège qui tourne à vide (partie III et fin), par François Leclerc

Billet invité.

UN MANEGE QUI TOURNE A VIDE (partie III et fin)

L’édifice de la régulation financière repose sur une idée toute simple, tandis que sa mise en oeuvre ne l’est par contre pas du tout : les crises sont inévitables (certains disent même qu’elles sont nécessaires), mais il faut éviter leur débordement incontrôlé, le désormais fameux risque systémique. En d’autres termes, ne pas s’attaquer aux racines mêmes de la crise, mais s’efforcer d’en circonscrire à l’avenir les effets, saupoudrant quelques mesures préventives pour la forme, pour se concentrer sur des actions curatives. Celles-ci sont aujourd’hui l’objet de débats aussi serrés que le sont ceux qui se déroulent à propos de Bâle III.

Devant l’ampleur des dégâts et des réactions de l’opinion publique qui s’en suivirent, il a été ajouté un volet à ce concept passablement défaitiste, afin d’accréditer la promesse que les futurs naufrages du système financier n’impliqueront pas à nouveau l’utilisation des fonds publics. A cette occasion, on a découvert qu’un redoutable aléa moral planait au-dessus de nos têtes et qu’il convenait de le domestiquer pour s’en prémunir. Un danger pour lequel cette anodine expression a été préférée à celle d’appel au meurtre, lorsque celui-ci est impuni d’avance. Un nouveau gang appelé les TBTF (too big to fail – trop gros pour faire faillite) étant suspecté de se préparer à le commettre.

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Quelque chose de pourri au royaume de Danemark ? (mise à jour – 2)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Bon, il semblerait qu’on se réveille en Amérique : la SEC (Securities & Exchange Commission), le régulateur des opération financières, poursuit Goldman Sachs pour fraude.

Il est vrai que « Government Sachs » par-ci, « Government Sachs » par-là, ça commençait à faire désordre. Quand Mr. Bernanke a dit avant-hier qu’il n’y avait rien à y redire à propos des magouilles de Goldman Sachs en Grèce il y a quelques années (les swaps de change trafiqués visant à maquiller le niveau de la dette publique du pays), il y a eu comme des grincements de dents dans l’assemblée des opinions publiques.

Alors, qu’est-ce que Goldman Sachs aurait fait ? Ils n’auraient pas simplement continué de vendre à leurs très chers clients des CDO (Collateralized–Debt Obligations) synthétiques (1) basés sur des prêts subprime après s’être rendus compte que ce n’était plus que de la camelote – ce qui serait effectivement business as usual (l’un d’eux écrivait dans un mail : « le business du cdo est mort : il ne reste plus beaucoup de temps »), ils auraient vendu à leurs très chers clients des CDO, en s’arrangeant pour que ce soit de la camelote.

Ouch ! ça, tout le monde sera d’accord : c’est bien un cran au-dessous du business as usual. Quel aurait été le scénario ? Mr. John Paulson (sans rapport avec Mr. Henry Paulson, ancien Secrétaire au Trésor américain) dirigeant d’un hedge fund, d’un fonds d’investissement spéculatif, spécialisé dans les paris sur l’effondrement de l’immobilier résidentiel américain (15 milliards de dollars de profit, rien qu’en 2007), aurait demandé à Goldman Sachs le droit de déterminer lui-même les crédits subprime qui seraient agrégés dans ce CDO (ABACUS 2007-AC1). Ayant choisi les plus pourris d’entre eux, Paulson & Co a parié que ce CDO ne vaudrait bientôt plus grand-chose, et les faits lui donnèrent rapidement raison – il est vrai qu’il ne prenait plus alors qu’un risque limité ! Dont bénéfice pour Paulson & Co : un milliard de dollars ; Goldman Sachs reçut de son côté 15 millions de dollars pour ses bons et loyaux services.

Quelques remarques. Notons d’abord que Bear Stearns, la première grande banque d’investissement de Wall Street à tomber en mars 2008 aurait refusé une offre similaire de Paulson. Notons ensuite que le principal perdant d’ABACUS 2007-AC1 est la Royal Bank of Scotland, semi-nationalisée en 2008 (l’État britannique détient désormais 84 % des parts de la banque) qui y laissa 840,9 millions de dollars, versés à Goldman Sachs et dont la plus grande part aboutit entre les mains de Paulson & Co. Notons enfin, et à ce propos, que les autorités américaines semblent faire preuve de davantage de punch dans leurs rapports avec leur propre milieu financier quand les intérêts de puissances étrangères sont en jeu. Rappelons-nous en effet que le sauvetage de Fannie Mae et Freddie Mac fut « télécommandé » de Pékin ; celui de AIG, probablement « télécommandé » de Paris (à moins que le fait que la Société Générale soit le principal bénéficiaire du plein remboursement ne résulte que d’une pure coïncidence) ; alors ? poursuites contre Goldman Sachs « télécommandées » de Londres dans l’affaire qui nous occupe aujourd’hui ?

Jusqu’ici, seul un Vice-Président de Goldman Sachs est poursuivi, et John Paulson n’est pas mis en cause (il n’est pas directement mouillé dans l’affirmation faite par Goldman Sachs à ses clients que le choix des crédits individuels constituant le CDO s’était faite sur une base impartiale) mais on s’accorde à penser que cela pourrait ne pas durer.

Petite remarque pour terminer : en 2008, Mr. Alan Greenspan, ancien président de la Federal Reserve, est devenu conseiller de Paulson & Co.

Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume de Danemark, mon cher Horatio ?

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(1) Pour CDO, CDO synthétique voir le glossaire.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise: le fond de la rigueur, par François Leclerc

Billet invité.

LE FOND DE LA RIGUEUR

Ces derniers mois, la seule promesse qui pouvait encore être tenue dans les pays occidentaux était celle d’une croissance sans emplois, en application d’un nouveau concept de la science économique mal établi et que l’on hésitait encore à revendiquer.

Puis est brusquement survenu un mal qui répand la terreur, le déficit puisqu’il faut l’appeler par son nom, et qui a tout balayé ! De Tokyo à Bruxelles et de Washington à Londres, la dette publique est en peu de temps devenue l’ennemi public n°1. Reléguant à un second rôle le spectre de l’inflation et anéantissant par la même les velléités des banques centrales de fermer le robinet de leurs libéralités en faveur des banques, dont la poursuite est au contraire réaffirmée pour une longue période. Un nouveau spectre lui succédant, à ce point craint que son nom est le moins possible prononcé : la déflation. Une plaie dont on sait quand on y rentre et jamais comment on peut en sortir. Un mécanisme face auquel le danger de la dette publique devient secondaire et impose d’en trouver le financement pour jouer la relance.

L’Europe et la Grèce ont tenu ces dernières semaines le devant de la scène dans le grand drame de la dette, et l’on constate aujourd’hui que rien n’est toujours réglé, comme le démontre la remontée des taux sur les obligations souveraines grecques, qui viennent à nouveau de dépasser le seuil des 7% (taux à 10 ans). Un plan de sauvetage européen existe désormais, mais les conditions dans lequel il pourrait être activé restent floues, aussi politiques que ses principales mesures, dont on commence à douter qu’elles seront assez efficaces.

Espérant détourner les foudres qui les menacent, les Espagnols et les Portugais multiplient dans la précipitation les déclarations de bonne volonté, les premiers annonçant être prêts à tenir les objectifs de réduction de leur déficits à « n’importe quel prix », les seconds avoir de nouvelles mesures de rigueur en réserve. Il en faut plus pour impressionner les marchés, dont il se confirme, en fait de conjuration, qu’ils sont en ce qui concerne la dette souveraine européenne très bien représentés par les banques européennes.

D’autres signaux d’alerte retentissent plus lointains. Aux Etats-Unis, Ben Bernanke, président de la Fed, donne à nouveau de la voix et se fait de plus en plus insistant en entonnant l’air de la réduction du déficit. Au Japon, une dévaluation drastique du yen accompagnée d’amples mesures de création monétaire finançant la dette publique sont proposées par le parti social-démocrate au pouvoir.

Chacune à leur manière et dans des contextes économiques différents, les deux premières puissances mondiales recherchent comment elles vont bien pouvoir gérer au mieux les impératifs contradictoires d’une dette qu’il faudrait réduire d’un côté et amplifier de l’autre, afin de retrouver la croissance ou bien la conserver en soutenant l’économie. L’Europe reste en première ligne, mais le tour des Etats-Unis et du Japon se rapproche inéluctablement. L’un toujours protégé par le dollar, l’autre par son épargne intérieure qui fléchit.

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L’actualité de la crise: le pari stupide de la rigueur, par François Leclerc

Billet invité

LE PARI STUPIDE DE LA RIGUEUR

De réunion en réunion, les gouvernements de la zone euro ne sont toujours pas parvenus à lever le veto de l’Allemagne, dont l’objectif est de pousser la Grèce dans les bras du FMI, afin de ne pas être financièrement impliqué dans son sauvetage, et de défendre ce que l’on commence à appeler le deutscheuro.

Une téléconférence de l’Eurogroup doit avoir lieu ce dimanche à 14 heures, sans attendre la réunion des ministres du week-end prochain de Madrid, la situation réclamant qu’une décision soit prise sans tarder. C’est sans doute la réunion de la dernière chance, la Grèce n’ayant ensuite plus comme issue que de demander tôt ou tard l’intervention du FMI, dont les experts sont déjà à pied d’oeuvre.

Cette gestion calamiteuse de la première crise de la dette publique augure très mal de celles qui vont suivre. En Europe pour commencer. L’heure n’est plus à déplorer l’impéritie dont les gouvernements font preuve ou bien de tenter de décrypter leurs calculs. Peu importe, car le fait est là : la Grèce va être pour les Etats le signal que Lehman Brothers a été pour les banques, aussi résolument même si son effet va être plus progressif. L’affaire ne peut pas et ne va pas en rester là. De premiers Etats, les plus vulnérables, vont rejoindre les banques dans un même statut de sinistré. « Dans quoi nous entraînent-ils ? quelle démonstration veulent-ils faire?”, nous commençons à la comprendre.

Si la crise grecque a mis en évidence une chose, c’est que l’effet domino (on dit systémique maintenant) est susceptible de fonctionner en Europe, non pas selon un seul mécanisme mais avec la combinaison de deux : une brutale et incontrôlable hausse des taux obligataires atteignant un nouveau pays – la liste des pré-sélectionnés est connue – les banques pouvant ensuite vite répandre le mal, comme le cas de la Grèce le montre en ce moment. Car les grandes banques européennes sont gavées d’obligations d’Etats, et un plan global de restructuration de la dette qui interviendrait à la faveur de la crise d’un pays européen, avec réduction de peine à la clé, pourrait générer en retour un rude choc pour certaines. Confirmation du fait que les secousses successives de la crise – dégonflement brutal puis très lent de la dette privée, gonflement irrésistible de la dette publique – influent l’une sur l’autre, ce qui n’arrange rien.

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Le rôle de la Federal Reserve Bank of New York dans le sauvetage d’AIG

J’ai l’intention de commenter les dépositions hier à la commission Oversight and Government Reform du Congrès américain. Je lis en ce moment l’ensemble des documents et je visionne la vidéo de la séance.

Mise à jour (I) : Il me faudra encore plusieurs heures pour avoir lu, vu et écouté ce qui fut écrit et dit hier. Une chose est déjà claire cependant, c’est la réponse que l’on peut donner à celui d’entre vous que me demandait : « Pourquoi parle-t-on tant des Etats-Unis ? » : par-delà le fait évident que la crise est née là et qu’il existe là encore le carburant qui pourra continuer à l’alimenter (sous la forme d’une crise qui persiste dans l’immobilier résidentiel, une autre crise qui est en train de se dessiner dans l’immobilier commercial, et la crise de la dette publique américaine), il y a le fait que l’information est disponible – même si c’est avec retard : lorsque le même degré de transparence sera atteint en Europe, il sera possible pour ceux qui comme nous analysons les faits, de parler davantage de notre propre continent.

Mise à jour (II) : On demande à tous ces braves gens : « Est-ce que vous avez délibérément favorisé Goldman Sachs ? » Et ils répondent : « Non », et je crois qu’ils sont de bonne foi, parce que la question qu’il faudrait leur poser, c’est : « Avez-vous inconsciemment favorisé Goldman Sachs ? », et là, la réponse serait évidemment : « Oui ».

Mais on ne peut pas bien entendu poser cette question : « Avez-vous inconsciemment favorisé Goldman Sachs ? » parce que personne n’a accès à ses motivations inconscientes, sauf à les avoir découvertes comme analysand dans le processus de l’analyse. Et c’est cela qui est si révélateur dans ce processus de reconstitution à l’identique du système failli de la finance par les financiers : il n’est même pas nécessaire qu’il y ait là une intention délibérée, les automatismes suffisent bien. Durkheim parlait dans ces cas-là de « social intériorisé » : quand un processus relève du « social intériorisé », il n’est même plus nécessaire qu’il soit soumis à réglementation, il vient naturellement : on dit qu’il « va sans dire ».

Le seul moment d’hésitation que j’ai noté jusqu’ici (je n’ai encore visionné que les deux premières personnes interrogées : Geithner et Paulson, le Secrétaire au Trésor actuel et son prédécesseur), c’est quand un parlementaire demande à Paulson : « Est-ce que quelqu’un a seulement pensé qu’on aurait pu offrir à Goldman Sachs moins que le pair (100 % de la somme due) ? » C’est la première fois qu’un des témoins est pris à contrepied. Il est interloqué et son hésitation ne peut signifier qu’une seule chose : la réalisation par lui que, effectivement, personne n’y a même pensé.

Mise à jour (III) Il y a encore deux témoignages écrits que je voudrais lire. Je vous reviens ensuite.

Mise à jour (IV) Je poursuis l’enquête. Ça se corse mais voici un indice que l’on trouve dans le premier paragraphe d’
Un assureur bien tranquille, le billet que j’écrivais le 16 mars de l’année dernière :

Les chiffres publiés par AIG et le nom des contreparties bénéficiaires des fonds qui lui furent versés par les autorités américaines pour le tirer d’affaire sont intéressants à plus d’un titre. Ils nous montrent que les Credit–Default Swaps (CDS) ne constituaient peut–être pas sa seule exposition majeure et que l’emprunt d’instruments de dette constitue avec 43,7 milliards de dollars perdus un poste presque aussi important que les 49,5 milliards perdus sur les CDS.

Mise à jour (V) Une autre centaine de pages plus tard, et ma conclusion consiste à confirmer la thèse que j’émets dans ma Mise à jour (II) : « tous ces braves gens ont favorisé Goldman Sachs inconsciemment, parce que c’était le réflexe qui leur venait naturellement ». À ajouter comme détails supplémentaires (trouvés dans How Paulson’s People Colluded With Goldman to Destroy AIG And Get A Backdoor Bailout par David Fiderer) : qu’une autre issue que celle qui fut choisie aurait pu faire douter de la pertinence de certaines décisions prises par Paulson à l’époque où il dirigeait Goldman Sachs (le poste qu’il occupait avant de devenir Secrétaire au Trésor), que Dan Jester qui ne défendit que mollement – au nom de Paulson – l’approche alternative consistant à obtenir des détenteurs de CDS une réduction des sommes dues, était un ancien de Goldman Sachs, et que la personne qui sembla à tout le monde la plus apte à remplacer de manière impromptue le P-DG d’AIG était lui aussi un ancien de Goldman Sachs.

Comme je l’ai dit hier dans Le temps qu’il fait : gouvernement, régulateur, Goldman Sachs, tout cela ne constitue aux États-Unis qu’un grand club. Stephen Friedman (l’homme qui achetait des actions de Goldman Sachs alors qu’en tant que régulateur il prenait des décisions favorisant cette firme), le dit bien mieux que moi dans sa déposition devant le Congrès (je cite de mémoire) : « Quand on a réussi sa carrière dans la banque, il vient un moment où il semble normal de faire quelque chose pour son pays. C’est une chose que tout le monde comprenait dans le temps ».

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L’actualité de la crise: la crise de société américaine, par François Leclerc

Billet invité.

LA CRISE DE SOCIETE AMERICAINE

Une bagarre à l’issue incertaine est en cours à Washington, là où on ne l’attendait pas. Elle a pour cadre le Sénat et pour objet la confirmation de la nomination à la présidence de la Fed, pour un second mandat, de Ben Bernanke. Un vote pourrait intervenir à partir de mercredi prochain, alors que le mandat en cours se termine le 31 janvier, le calendrier est donc serré. Ce qui est le plus significatif, dans cette situation que nul n’aurait prédit il y a quelques semaines, c’est que les votes qui pourraient manquer à Ben Bernanke viennent à la fois du camp démocrate et de celui des républicains. Prenant doublement à revers Barack Obama, qui a réaffirmé son soutien à son candidat et pourrait le voir défait, et qui peut constater que l’alliance bipartisane dont il n’a cessé de se revendiquer depuis qu’il a été élu, cherchant l’appui à la fois des démocrates et des républicains, se constitue bien, mais contre lui en l’occurrence !

Ce n’est pas non plus un des moindre paradoxes de la situation politique Américaine actuelle que de constater que le président assure de son soutien, pour diriger la Fed – principal artisan et bailleur de fonds du sauvetage du système financier – un homme qui était aux commandes durant toute la période de montée en puissance de la crise et n’a rien fait pour l’endiguer. Alors qu’il a entrepris depuis peu, en proposant une taxation des mégabanques, puis dans la foulée un projet de restriction de certaines de leurs activités (à la portée toutefois indécise), une véritable croisade contre ce que représente ce même candidat, qui était et reste l’homme de Wall Street.

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États-Unis : la fin de l’ère du semblant ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On ne manque pas depuis hier d’établir un lien entre le réveil inopiné d’Obama – accompagné de la montée au front de Paul Volcker, le prédécesseur d’Alan Greenspan à la tête de la Federal Reserve, et le désaveu cinglant du bilan de sa première année à la direction des affaires que constitue l’élection du candidat républicain Scott Brown aux sénatoriales partielles dans le Massachusetts.

Mais il y a peut-être à ce sursaut, une autre raison : l’audition qui doit avoir lieu mercredi 27 devant une commission du Congrès américain, et devant laquelle Timothy Geithner, le Secrétaire au Trésor, doit témoigner. Il s’agit d’établir avec cette enquête pourquoi les avocats de la Federal Reserve de New York – l’une des composantes régionales de la confédération que constitue la Banque Centrale américaine – sont intervenus à l’automne 2008 pour contraindre au silence AIG la plus importante compagnie d’assurance américaine, sauvée de justesse de l’effondrement par une pseudo-nationalisation au coût faramineux (182 milliards de dollars aux dernières nouvelles). La consigne de silence visait tout particulièrement l’identité des bénéficiaires du versement de la totalité des sommes dues dans le cadre des Credit Default Swaps dont la chute de Lehman Brothers déclenchait le paiement. La banque française Société Générale et Goldman Sachs seraient les principaux bénéficiaires de cette manne.

Timothy Geithner témoignera mercredi, au côté des avocats de la Fed de New York à l’origine des pressions, et dont il a affirmé jusqu’ici qu’il ignorait les agissements, selon la formule classique que le bruit de ce genre de ronron administratif ne s’entend pas dans le cercle des instances supérieures. Témoignera aussi, Henry Paulson, le prédécesseur de Geithner à la tête du ministère américain des finances. On pouvait penser jusqu’à ces jours derniers que l’omerta règnerait entre gens du même monde mais la nouvelle atmosphère électrisée pourrait changer la donne.

Que symbolisent en réalité les pressions sur AIG datant de l’automne 2008 ? L’ère du semblant dans laquelle on entrait alors d’intention délibérée alors que la chute de Lehman Brothers provoquait un effondrement généralisé du marché monétaire américain. Le silence devait se faire désormais sur l’état réel de la finance et dans son sillage – par le truchement du crédit –, de l’économie. Les moyens utilisés, on les connaît : manipuler les règles comptables dans un sens favorable aux chiffres financiers, repousser les échéances de paiement des dettes selon des critères mal définis, coups de pouce discrets aux marchés boursiers et obligataires.

Quelle que soit l’issue des auditions, il y sera dit des choses que les artisans de la politique du semblant n’aimeront pas entendre dire, et Geithner en sortira de toute manière affaibli. Autre consul du triumvirat, Larry Summers, l’homme à qui l’on doit l’abrogation du Glass-Steagall Act en 1999, le feu vert donné aux banques pour utiliser l’argent provenant des dépôts de leurs clients dans des opérations spéculatives, Summers qui vient d’être désavoué publiquement puisque la « Volcker Rule », la « règle Volcker », comme l’appelle Obama, n’est rien d’autre qu’une réinstauration ne voulant pas dire son nom de ce même Glass-Steagall Act.

Aux côtés de Geithner et de Summers, Ben Bernanke, le chef de la Fed, est lui le troisième consul de ce triumvirat de l’ère du semblant, et l’on comprend soudain pourquoi l’un des événements de la journée d’hier a été le vent de défections dans les rangs de ceux qui, au Sénat, avaient promis de voter sa confirmation pour un second mandat avant le 31 de ce mois, date à laquelle son premier mandat s’achève.

Deux autres événements de la journée d’hier viennent compléter ce tableau d’une détérioration brutale de la santé de l’ère du semblant : le renchérissement soudain des Credit Default Swaps portant sur la dette des compagnies américaines – on comprend en effet qu’un retour à la transparence dans leur comptabilité provoquerait des dégâts sérieux dans l’image qu’on se fait de leur solvabilité et, plus significative encore, la chute des bourses américaines dans la journée de vendredi, chute au profil inquiétant (voir figure – merci à Dow Jones & Cy.) et dont l’accélération en cours de séance ne présage rien de bon pour la journée de lundi.

Marches 22-01-10

© Dow Jones & Cy.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise: la facilité pour les uns, les efforts pour les autres, par François Leclerc

Billet invité.

LA FACILITE POUR LES UNS, LES EFFORTS POUR LES AUTRES

La BCE devrait annoncer en fanfare, jeudi prochain à l’occasion de la réunion de ses gouverneurs, que sa prochaine adjudication à un an sera la dernière. Des spéculations font par ailleurs état dans la presse spécialisée d’une modification des conditions dans lesquelles certaines de ses autres adjudications, à plus courtes échéances, pourraient à nouveau être soumises à appel d’offres (et non plus, comme c’est actuellement le cas, être illimitées en volume selon un taux annoncé à l’avance). Ces ajustements signifient que la banque centrale s’efforce, en entamant un processus de modification des mesures de soutien financier aux banques, de sortir celles-ci de l’addiction dans laquelle elles semblent être tombées, dont Jean-Claude Trichet (le président de la BCE) s’était inquiété, et les engager à revenir sur le droit chemin. Tout en cherchant à contenir la croissance de la bulle financière qui continue de prospérer, ce qui pourrait être sa véritable intention.

La suite dira si ces objectifs ont des chances d’être atteints, au moins partiellement, alors que les autres grandes banques centrales ne s’engagent pas sur le même chemin, ni aux Etats-Unis, ni au Japon, ni au Royaume-Uni. Le problème de la synchronisation des politiques financières reste entier. Dans ces conditions, on peut se demander (façon de parler) s’il n’est pas illusoire de chercher ainsi à relancer le crédit, le système bancaire européen, à commencer par les banques allemandes, restant pour sa part très fragilisé. Pour considérer que les banques européennes risquent de s’adapter à cette nouvelle politique de la BCE, un peu plus restrictive, en réactivant des marchés qui étaient délaissés, pour avoir trop contribué à la crise, et qu’elles vont ainsi accroître leurs prises de risques afin de continuer à renforcer leurs marges pour de se renflouer…

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Le Congrès se rebiffe !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On aurait tort de bouder son plaisir : les élus démocrates semblent s’être souvenus à point nommé que pour être réélus il faudrait qu’ils aient autre chose à présenter à leurs électeurs que leur sourire coincé et la bonne volonté maladroite dont ils font preuve depuis janvier. Les voilà donc émergeant soudain du tombeau.

Depuis que le Président nouvellement intronisé les avait laissés en plan, otage pitoyable d’un gouvernement et d’une équipe de conseillers recrutés dans la chambre aux horreurs qui s’étaient empressés de le bâillonner, ils étaient là, vacillant sur leurs jambes flageolantes et complètement sonnés.

Les voilà donc qui reviennent à la vie sous l’impulsion d’une équipe de super-héros bizarroïde composée du libertarien Ron Paul et du démocrate de choc Alan-Où sont passés les ronds ?-Grayson, lesquels sont donc parvenus à obtenir le principe d’un audit de la Federal Reserve, et ceci par un vote de 43 voix contre 26 à la Commission des Services Financiers du Congrès.

Le challenger en KO technique s’est donc remis sur ses pieds et en a profité pour décocher un crochet du droit fulgurant à la mâchoire de Mr. Bernanke, lequel n’en revient pas : son visage décomposé reflète sa prise de conscience soudaine de deux dures vérités : primo, qu’il faudra peut-être expliquer un jour quelle proportion exacte des 182 milliards de dollars dégagés sans piper mot lors du sauvetage d’AIG sont allés droit dans l’escarcelle de Goldman Sachs et secundo, que sa nomination pour un second mandat à la présidence de la Fed n’aura sans doute pas lieu dans un fauteuil. La foule exulte !

D’accord, il reste encore onze rounds à assurer ! Comme le disait Laetitia Bonaparte : « Pourvou que ça doure ! »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : Quadratures du cercle, par François Leclerc

Billet invité.

QUADRATURES DU CERCLE

C’est avec des mots choisis que les temps prochains nous sont contés. « USA : le patron de la banque centrale mise sur une reprise à court terme » titrait hier encore une dépêche d’agence, à propos de la réunion des banquiers centraux de Jackson Hole (Wyoming) ; mais seule la lecture de celle-ci nous apprenait toutes les réserves que Ben Bernanke mettait à la réalisation de cette perspective, ainsi que la modestie de la reprise pour laquelle il formulait ses vœux. Au fil de la lecture des titres de la presse internationale, il est flagrant de constater combien de nombreux journalistes, ces temps-ci, aimeraient bien pouvoir annoncer de bonnes nouvelles. A leur décharge, ces titres de leurs papiers ne sont généralement pas rédigés par eux-mêmes, mais par les secrétariats de rédaction, ou les desks pour les agences.

Au-delà des phrases alambiquées qui sont employées par les « décideurs » pour annoncer la suite des événements, que les médias reproduisent, effets de leurs recherches soutenues de la formule qui pourra signifier que cela repart, alors que ce n’est pas encore le cas, un fait est considéré comme assuré et ne fait l’objet d’aucun débat : l’économie devrait redémarrer, mais le chômage va encore progresser. Ne cherchez pas dans leurs propos une explication à ce phénomène singulier, vous n’en trouverez pas ! Tout au plus vous sera-t-il explicité qu’il y a un temps de latence (du à l’écoulement des stocks, nous disent-ils), que c’est normal et c’est comme cela, et puis que cela ira mieux ensuite. Nul part la croissance qui nous est promise est analysée. D’où proviendra-t-elle donc ? Mystère, son moteur n’est pas décrit, le secteur d’activité qui en sera responsable pas cerné. Les plus explicites des commentateurs procèdent par élimination et, après avoir en premier lieu tous biffé d’un trait la relance par la consommation, en arrivent à la même conclusion : ce sont des exportations que viendra la délivrance, sans hélas préciser quels seront les pays importateurs ! Dans un premier temps, la Chine avait été chargée de cette lourde mission, mais l’accumulation de ses propres problèmes a fait réfléchir. On en est à l’Amérique Latine, excusez-nous du peu ! En réalité, la seule croissance que l’on connaît est celle des services financiers, et l’on s’attend – des hausses notables étant déjà constatées dans le secteur des « commodities » (matières premières, dont les énergétiques et les alimentaires), alors que l’économie est en pleine récession – à une nouvelle flambée des prix. Une relation de cause à effet serait-elle envisageable entre les deux ?

Le discours sur le chômage fait donc l’objet d’une unanimité pas vraiment rassurante, mais le mot qui fâche n’est pas encore prononcé. Il n’est pas encore explicité que celui-ci va inévitablement être structurel pour partie, une manière de dire permanent ou, tout du moins, très difficile à résorber. Car ce n’est pas la « prime à la casse », dont le gouvernement américain vient d’ailleurs d’annoncer la fin, qui va régler durablement les problèmes (également structurels) de l’industrie automobile, par exemple. Et, d’une manière générale, rien ne va venir efficacement contrarier l’essor industriel des pays « émergents », ainsi que ses conséquences sociales dans les pays « développés », si la reprise est au rendez-vous, même faiblement. Par ailleurs, les économistes reconnaissent que les ménages vont continuer d’avoir des « difficultés d’accès » au crédit (une expression anodine qui signifie insolvabilité accrue des uns et durcissement des conditions de prêt des autres), ils disent craindre que les particuliers, par précaution, vont consacrer d’avantage leur revenu à l’épargne qu’à la consommation. Dans ce panorama peu engageant, le haut niveau persistant du chômage ainsi que la faiblesse de la consommation sont déplorés par des commentateurs navrés, mais il n’est pas encore parlé de la poursuite de la montée des « nouveaux pauvres ». Cela va venir, car on va vite reparler de la fracture sociale.

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L’actualité de la crise : Déflation ou pas ?, par François Leclerc

Billet invité.

DEFLATION OU PAS ?

C’est le sujet de la rentrée. Rappel : certains analystes, au premier rang desquels les experts de la BCE, ont ces derniers temps insisté sur le fait qu’il y a avait déflation et déflation, ne pas confondre ! Que ce que nous enregistrions en avait certes l’apparence, mais que celle-ci était trompeuse. Qu’il ne fallait pas se fier aveuglément aux chiffres (pour une fois que ce sont eux qui le disent !) et prendre en compte que le niveau historiquement très élevé des prix du pétrole, il y a un an, faussait la comparaison. Tout va rentrer dans l’ordre à la fin de l’année, prédisent-ils, sans expliquer si c’est de la hausse du pétrole, et d’une manière générale des matières premières, qu’il va falloir attendre cette amélioration des données de l’inflation, effaçant un peu magiquement la déflation constatée. Car cela serait alors tomber de Charybde en Scylla, la déflation ne serait peut-être plus aux portes (ce qui reste à vérifier), mais la hausse du prix des « commodities » ferait en contrepartie obstacle à la relance économique. De fait, la hausse du prix des matières premières est attendue par de nombreux commentateurs financiers. Comme il sera difficile de l’expliquer par une forte demande résultant d’une croissance économique échevelée, les mauvais esprits considéreront certainement qu’elle résultera de la spéculation financière. Arguant du fait qu’il faut bien se refaire une santé et qu’il n’y a pas tant de terrains de jeux disponibles, depuis qu’un certain nombre d’entre eux sont désertés. Mais n’anticipons pas !

Quoi qu’il en soit, le Financial Times, vient d’annoncer que les prix des produits industriels avaient chuté de 7,8 % en un an en Allemagne, ce qui ne s’était jamais vu depuis la fin de la seconde guerre mondiale (1949), « éclairant la faiblesse des pressions inflationnistes dans toute l’Europe », précise le journal avec une de ces formules contournées qui sont l’apanage des financiers et le privilège de ceux qui ne veulent pas employer les mots qui blessent. Le même article, signé de Ralph Atkins, correspondant à Francfort, considère que cette donnée « renforce la crainte que les forces déflationnistes se renforcent dans la principale économie européenne. » Le mot est finalement dit.

L’appréciation des données déflationnistes n’est pas un exercice d’école. Les économistes sont familiers avec la notion de « core inflation » (noyau de l’inflation), qui exclut du calcul de celle-ci le prix de l’énergie et des produits alimentaires, considérés comme les plus volatiles et pouvant être trompeurs. Le malheur veut que cette mesure du noyau de l’inflation est déjà négative en Irlande et qu’il est difficile de soutenir que ce n’est pas un signe inquiétant qui pourrait se révéler précurseur. Selon Eurostat, l’office de statistiques Européen, les prix à la consommation, et donc le taux d’inflation (incluant pétrole et produits alimentaires), sont négatifs à -0,6% en juillet (sur une année), accentuant le – 0,1% du mois de juin précédent. Il ferait bien voir que ces pourcentages modestes ne puissent pas être considérés comme significatifs, alors que l’on fait des gorges chaudes de modestes pourcentages identiques lorsqu’ils mesurent la croissance (en Allemagne et en France).

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