L’actualité de la crise: ils ont inventé la crise perpétuelle…, par François Leclerc

Billet invité.

ILS ONT INVENTE LA CRISE PERPÉTUELLE…

Après la téléconférence des ministres des finances du G7 de la fin de la semaine dernière, présentée de la manière la plus anodine possible une fois révélée de Tokyo, ceux de l’Eurogroupe vont se retrouver une nouvelle fois à Bruxelles lundi matin. Avec une grosse question à l’ordre du jour : comment stopper la chute brutale de l’euro, qui a repris ?

Ils vont devoir faire face à une situation paradoxale : les marchés, après s’être inquiétés de l’ampleur des déficits publics et avoir réclamé des mesures énergiques pour les diminuer, craignent maintenant que ces mêmes mesures n’entravent la croissance économique…

Wolfgang Schäuble, le ministre allemand, vient de prévenir dans le Spiegel qu’il va plaider pour la mise en place d’un « programme concerté » de réduction des déficits budgétaires. Angela Merkel a appelé les membres de la zone euro à « mettre de l’ordre dans leurs finances publiques » et à « améliorer leur compétitivité ». Mais les Allemands sont en retard d’un train, une nouvelle fois.

Dénoncer la simple spéculation sans en chercher les raisons, comme ils s’y tentent, sans les combattre, c’est se résoudre à perdre d’avance la bataille qui est désormais engagée à l’échelon supérieur. Exit la Grèce, bonjour l’Europe. Crier au diable ne l’a jamais fait renoncer. C’est lui qui imprime sa marque aux événements, reléguant les gouvernements – à la tête des Etats – dans un rôle subalterne qu’ils cherchent à nier contre toute évidence.

Jean-Claude Trichet, président de la BCE, qui cultive le genre mesuré et ferme, vient de reconnaître que les marchés se trouvent « dans la situation la plus difficile depuis la deuxième guerre mondiale, voire depuis la première (…) Nous avons vécu et vivons des temps véritablement dramatiques » a-t-il poursuivi, révélant que, la semaine dernière, « les marchés ne fonctionnaient plus, c’est presque comme  au moment de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 ».

A propos du krach boursier intervenu aux Etats-Unis le 6 mai dernier, qu’il a interprété comme un avertissement, Ben Bernanke, le président de la Fed, vient de déclarer qu' »il n’y a pas de possibilité d’éliminer les crises financières, même les plus graves, mais cela ne signifie pas qu’il n’y a aucune occasion significative de réduire les risques et les effets ». Il pourra toujours dire, maintenant, qu’il avait prévu la prochaine, bien qu’il pourrait mieux faire et expliquer comment sortir de l’actuelle.

En attendant, il élève les crises financières au rang de catastrophe naturelle, justifiant l’intervention de l’Etat pour en réparer les débats à sa façon, annonçant que, tout comme les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques, nous ne pouvons que les subir sans même savoir les prévoir. Il justifie les sacrifices à venir sur l’autel d’une rigueur qui n’est qu’une croyance travestie. Est-ce bien raisonnable ?

Tirer le bon petit fil rouge met pourtant à portée la résolution de la crise actuelle. Le fil qui a été choisi n’avait d’attaché que la réduction des déficits publics grâce à un mélange de mesures d’austérité et fiscales, que va-t-il réellement offrir au bout ? Pourtant, si au cours de cette pêche miraculeuse deux autres fils étaient saisis avec adresse, permettant d’attraper pour les démêler l’inséparable duo formé par la dette privée et publique, soudées dans une relation incestueuse, le gros lot serait en vue.

Venons-en aux faits. Contre toute vraisemblance, on continue de soutenir que le système bancaire est redevenu solide sur ses pieds, au vu de ses résultats trimestriels qui se succèdent sur un mode flamboyant. Ce qui est démenti par les nouvelles mesures adoptées par la BCE, dont l’objectif prioritaire est, une fois encore, de venir au secours des banques. Car ce choix a bien été fait, sans naturellement être explicité. L’option en a été également vivement recommandée outre-Atlantique, comme en témoignent les largesses sans façon du FMI ainsi que les interventions de Barack Obama et de la Fed, qui se sont mis à craindre une contagion systémique atteignant les banques américaines.

Avec la bénédiction de tous, la BCE achète désormais des obligations d’Etat sur le marché secondaire, c’est à dire aux banques. Elle prête à celles-ci, avec un intérêt de 1% et en quantité illimitée, de la liquidité, c’est à dire des fonds. Ce qui leur permet en toute sécurité de souscrire aux émission des Etats, dont les obligations seront rachetées. Quand on utilise des mots simples, le mécanisme n’a rien de compliqué ! Et que l’on ne vienne pas chipoter sur ces obligations que les banques s’étaient engagées auprès de leur gouvernements à ne pas céder, et dont ne sait plus très bien dorénavant où elles se trouvent…

Il reste donc de petits mystères à percer, ceux qui font toute la beauté étrange d’une banque centrale, enveloppée dans d’opaques voiles (défendant son intégrité avec opiniâtreté, un vote unanime du Sénat américain vient de réaffirmer celle de la Fed, qui a consenti à un petit examen de la Cour des comptes pour éviter le pire). Ainsi, on connaît le taux auquel la BCE prête de l’argent aux banques, mais on ne sait pas à quel prix elle leur achète leurs obligations d’Etat. Si c’est au prix du marché, les banques enregistrent une moins-value pour les obligations qu’elles avaient dans leurs livres. On ignore également si des limites de volume ou de temps ont été fixées à cette intervention.

Ne faisons pas les difficiles, ce mécanisme a déjà fait descendre les taux obligataires des sommets qu’ils avaient atteints. Le hic est qu’ils ne sont pas redescendus à des niveaux supportables, ce qui fait problème pour la suite. Car cela implique la poursuite de l’intervention de la banque centrale. Les Etats en situation de faiblesse, et qui auront été soutenus, ne pourront en effet pas revenir pour se financer sur le marché auquel ils sont actuellement soustraits. Serions-nous une nouvelle fois placés dans un cas de figure, déjà rencontré, face à des mesures qui – une fois mises en application, comme l’ont été les injections de liquidité – ne peuvent plus être rapportées  ?

Si cela devait se confirmer, la pente serait glissante qui amènerait la BCE, toute honte bue en raison de ce reniement suprême, à pratiquer stricto sensu une politique de création monétaire. Qui ne doit pas être automatiquement associée à la relance de l’inflation, car où se trouveront les liquidités déversées, une fois que les banques en auront bénéficié. Dans l’économie ? peu probable. Dans ces conditions, l’inflation qu’elles relanceront risquera fort d’être celle des actifs, et non celle des prix à la consommation ou à la production. Celle-là n’est pas mesurée, on croit à tort pouvoir respirer !

On se focalise sur la création monétaire et ses dangers, fort bien, et l’on oublie le principal d’entre eux : la bulle des actifs qui continue d’enfler. Dans ce système qui marche sur la tête, c’est donc le prix à payer pour dégonfler la dette publique ! Il risque d’être à nouveau élevé, lorsque la bulle éclatera car c’est son destin, impliquant un nouveau sauvetage du système financier. Le capitalisme financier a inventé la crise perpétuelle.

Va-t-il être possible de nier pendant longtemps – non plus la poursuite lancinante de la crise, car ce ne serait plus crédible – mais une autre incontestable et douloureuse vérité ? De toute urgence, c’est le système bancaire qui devrait faire l’objet de toutes les attentions (mais pas les mêmes qu’actuellement). C’est ainsi seulement que la question de la dette publique pourra entrer sur le bon chemin de son règlement. Dans le couple maudit dette privée / dette publique, il a été fait une mauvaise pioche qu’il est possible de réparer : ce ne sont pas les banques qu’il faut financer, afin qu’elles achètent de la dette publique pour la revendre, au profit de leurs spéculations financières ; c’est la dette publique qu’il faut réduire en imposant aux banques de subir le coût de l’opération.

En d’autres termes, tenter de leur interdire telle ou telle activité périlleuse par des mécanismes par nature imparfaits, leur permettre d’augmenter leurs fonds propres en les laissant à nouveau utiliser pour y parvenir des artifices, essayer de réguler l’inréglable, ou de tout faire reposer sur un impossible calcul des risques, c’est rester à la surface des choses. Cette régulation-là sera toujours à côté de la plaque.

S’attaquer au marché en lui faisant assumer le coût de la crise, à concurrence de l’accroissement brutal de la dette publique qui en a résulté du fait de ses acteurs, est la seule solution réaliste. Car le niveau sans précédent atteint par la dette publique n’a pas d’autre origine que la crise financière et ses conséquences. Une fois ceci admis, comment croire que c’est en serrant les dépenses d’investissement et de fonctionnement des Etats que l’on va pouvoir régler le problème ? C’est ce tromper de cible et, de plus, prendre tous les risques de ne pas y parvenir. C’est cela ou alors l’inflation, agitée comme un spectre. Que l’on ne vienne pas nous dire que l’on est contre cette dernière afin de protéger le petit rentier, il a bon dos dans l’affaire !

Décréter une forte décote de la dette publique, sélective afin de choisir sa cible et d’épargner ceux qu’il ne faut pas ruiner, n’est pas une mince affaire ; évidemment présentée comme impossible. Les lobbies des hedge funds britanniques n’utilisent pas un autre argument pour s’opposer à la réforme européenne en cours, ils se découvrent les plus ardents défenseurs des charities, ces fonds de bienfaisance dont les budgets sont grossis par leurs spéculations. Ceux qui aux Etats-Unis s’opposent à la régulation des produits dérivés, se réfugient derrière la défense des intérêts des entreprises et producteurs qui s’en servent effectivement comme des assurances, comme des terroristes qui font de leurs victimes des remparts.

Certes, une action résolue de cette nature opérerait une ponction brutale à la masse des capitaux dits flottants, dont l’horizon n’est que la spéculation. Cela reviendrait à faire non pas oeuvre de Dieu, mais de salut public. En complément avec l’interdiction des paris sur les fluctuations des prix, qui restreindrait très considérablement la taille du terrain de jeux, et empêcherait de recommencer la partie. Il n’y a pas trente six mille manières pour remettre à sa place l’activité financière et stopper sa fuite en avant.

« Les riches peuvent payer », dit la sagesse populaire quand elle n’applaudit pas à un Robin des Bois de fortune. En l’occurrence, la dynamique d’une telle mesure irait plus loin que ne l’a été le généreux brigand de Sherwood. Car le système bancaire tout entier serait emporté dans un implacable maelstrom, impliquant de le remettre ensuite d’aplomb. Ce qui pourrait avoir été anticipé, cette fois-ci. Nous nous retrouverions dans la situation qui a suivi la chute de Lehman Brothers, mais pour procéder tout autrement. En ressortissant, pour l’appliquer, le schéma inventé par Willem Buitter qui proposait de sortir les dépôts des banques (devenues des bad banks) pour, sous l’autorité de la puissance publique, les placer dans de nouvelles banques (appelées good banks), qu’elle créerait. (Il ajoutait en vue de les privatiser ultérieurement, pour être honnête, mais ne précipitons pas les choses !).

Ce schéma – purement théorique à ce stade, est-il besoin de le souligner, mais sur quoi les autres reposent-ils ? – réglerait de nombreux problèmes. Il aurait, entre autre avantage, de ne pas essayer de résoudre un problème d’endettement par l’empilement de nouvelles dettes. Une logique sans fin que le FMI voudrait bien briser, si la possibilité lui en est accordée, en s’engageant dans une politique de super création monétaire, une échappatoire de plus. Qu’il pourrait opérer dans le cadre d’une restructuration globale du système monétaire international, par contre inévitable.

Ce qui va advenir est totalement imprévisible, mais il peut être par contre affirmé, sans risque de se tromper, que ce ne seront pas des demi-mesures qui permettront de sortir de la crise actuelle, telle qu’elle est engagée et ne cesse de rebondir. Est-ce que cela n’autorise pas à préconiser une solution radicale, car de toute manière celle qui sera tentée le sera, quelle qu’elle soit ? A proposer alors de changer de système, en arguant que cela ne sera pas un drame, en tout cas moins que de vouloir à tout prix le sauver ? Mais tout dépend, il est vrai, du point de vue où l’on se place.

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131 réflexions sur « L’actualité de la crise: ils ont inventé la crise perpétuelle…, par François Leclerc »

  1. Puis-je vous faire remarquer que l’on peut prévoir les tremblements de terre et les éruptions volcaniques, et que l’on peut de plus dans toute notre modernité « diabolique » les déclencher, l’ONU ayant légiféré dans ce domaine en interdisant ces pratiques.
    Convention on the Prohibition of Military or Any Other Hostile Use of Environmental Modification Techniques, Nations Unis, Genève, 18 mai 1977)

  2. Si des solutions à la crise existent (vous semblez en détenir une) c’est qu’elles n’ont aucune chances d’êtres exploitées car ce serait déjà fait. Nous nous trouvons devant le casse du siècle et devons chercher à qui profite le crime. Un casse se prépare dans le temps et avec minutie. Pourquoi ôter aux responsables de la crise la possibilité de fomentation avec préméditation, pourquoi sous-évaluer leur intelligence? Celui contre qui est fomenté le crime est bien connu: le ou plutôt les peuples. Le mobile est-il seulement financier? N’y aurait-il pas une autre raison à cette situation catastrophique. Peut-être une autre catastrophe, inconnue du grand public que l’on essaie de dissimuler? Nous vivons un époque formidable, au sens littéraire du terme!

    1. L’hypothèse d’une « autre catastrophe » masquée par cette crise est intéressante.
      Une piste?

  3. La « solution radicale » viendra tôt ou tard, mais après les contestataires en seront bien marris car elle ne changera rien sur le fond. Elle permettra seulement au système de repartir sur des bases apurées. Et moins de dix ans plus tard on a de nouveau une nouvelle crise, car des tas de choses qu’on n’aura pas voulu prévoir se seront produites.

    1. Alors si ce que vous annoncez se produit, c’est que ce n’était pas une « solution radicale » mais un remède palliatif.

      Je ne dirai pas que vous êtes pessimiste car je n’aime pas le mot mais que vous êtes désepéré.

      La vraie vertu est le désespoir surmonté.

      Français, encore un effort pour être révolutuionnaires…

    2. « vous êtes désepéré » : pas au niveau psychologique, Dieu merci, je n’ai pas encore besoin d’antidépresseurs ! (Et sans doute le dois-je à ce blog si vaste et si attachant.) Mais intellectuellement, oui, car rien ne changera sur le fond. Le toilettage du système est sûrement dans les tuyaux, mais il ne peut pas se montrer tant que les plus gros capitalistes n’auront pas été assurés de leurs arrières. Il n’y aura pas de changement de paradigme : la loi du profit s’en trouvera renforcée et une fois de plus légitimée, parce qu’elle est une manière « civilisée » de partager le pouvoir. Et ça, c’est imprenable.

    3. « la loi du profit s’en trouvera renforcée et une fois de plus légitimée, parce qu’elle est une manière « civilisée » de partager le pouvoir. Et ça, c’est imprenable. »

      C’est peut-être le résultat d’une réflexion – plutôt désespérante – mais c’est quand même vit dit.
      Danser avec Zorba est imprenable.

  4. Comme vous le remarquez, la crise systémique est traitée par les banques centrales comme une « catastrophe naturelle »!
    Etrange si on se représente le fait que la monnaie est faite de papier et d’encre et qu’elle est donc simplement fabriquée par elles – histoire d’éviter un blocage général des marchés spéculatifs, financiers et du crédit!
    Or, comme vous le remarquez, cette création qui devrait être inflationniste ne l’est pas:
    tout simplement parce que cela n’alimente que les bulles d’actifs sans stimuler ni la production ni la consommation.
    Par ailleurs, les mesures d’austérité annoncées et tentées (« les allemands ont un train de retard », cela me semble excat) contribueront aussi à contenir les dérapages inflationnistes.
    Or, les chutes de recettes fiscales qui accompagneront ces mesures feront que ni la dette ni la crise vont finir dans un avenir proche.
    Au fond, la monnaie fabriquée par les banques centrales (souvent de simples créations via les comptes courants détenus par les banques auprès de la banque centrale) ne fonctionne que pour « sécuriser » les investisseurs qui, dès lors, ne s’en serviront que pour spéculer et pour thésauriser touhjours et encore. D’ailleurs, le chantage du blocage via une thésaursation massive est la vraie raison pourquoi il me semble impossible d’agir via des seules réglementations ou des « interdictions des paris sur les variations des prix »: en limitant la spéculation (car cela marcherait sans doute si le consensus était mondial, ce qu’il n’est pas…), car l’ultime « arme de destruction massive » de l’économie par les capitalistes investisseurs est tout simplement « la grève du capital »: personne ne prêterait plus à personne!, et les gouvernement tomberaient comme des châteaux de cartes.
    Autrement dit la « catastrophe dite naturelle » n’a rien de naturel, mais elle est la conséquence inéluctable d’une monnaie qui EST la crise systémique à elle toute seule!, d’une monnaie qui est émise POUR NE PAS CIRCULER!
    Comment soutenir encore plus longtemps que cela pourrait fonctionner quand cela ne fonctionne pas?
    Construit-on des routes pour les interdire à la circulation? Construit-on de maisons pour ne point les habiter? Non!
    Mais on fabrique une monnaie pour ne pas servir mais pour asservir!
    Cherchez l’erreur!
    Il suffirait, au fond, d’émettre des billets marqués par le temps, et nous n’aurions plus de crise systémique permanente!
    Un tel SMT ne permettrait tout simplement pas qu’on en fasse un usage spéculatif de la monnaie, car les spéculateurs auraient des risques à la hauteur du dommage qu’ils peuvent causer. N’oublions pas que le spéculateur est surtout un investisseur avisé qui réussit à se retirer d’un marché à temps et avec des profits.
    Faire payer les banques? Cela ne veut pas dire grande chose, car les banques, en faisant face à leurs déposants, fait inévitablement faillite quand elle ne peut récuperer ce qu’elle a prêté par ailleurs aux états (ou à des particuliers, peu importe) devenus insolvables.
    Je ne vois pas comment le système actuel pourrair trouver un quelconqu’équilibre dès lors que les créances sont inéluctablement dues.
    En augmentant, les dettes ne peuvent qu’augmenter symétriquement, quelles que soient les mesures d’austérité ou de relance.
    L’austérité pourrait éventuellement désendetter certains états (ce n’est même pas sûr), mais alors, les faillites personnelles et d’entreprises seront plus nombreuses, et l’insolvabilité se serait simplement déplacée de l’état vers les citoyens les plus pauvres et les plus endettés.
    Mais le volume de la dette ne baissera d’aucune façon avec la monnaie actuelle.
    Car cette monnaie NON CIRCULANTE et THESAURISABLE obtient toujours un intérêt qui s’ajoute au capital avancé, moyennant quoi, le capital prêté (et donc emprunté) ne peut qu’augmenter.
    Jamais, dans les passé, le système capitaliste n’a pu se terminer autrement que par un effondrement général!
    La monnaie actuelle telle qu’elle est fichue est en fait comme telle la crise systémique. Simplement, depuis l’année « zéro », en 1945, il fallait toutes ces années pour, malgré des progrès technologiques et sociaux, que finalement la quasitotalité de la richesse se reconcentre en très peu de mains, moyennant quoi, comme au monopoly, le jeu s’arrête!
    Prochain acte de la crise systémique: l’effondrement systémique de la Chine! Il y existe une énorme bulle du crédit déjà!
    Tant que l’on ne change pas de type de monnaie (en émettant un SMT), la « catastrophe naturelle » continue de se produire, et ce sur un mode désormais permanent et continu!

    1. Ach, ça se passera comme pour le peak oil et l’effondrement environnemental : le monde continuera d’ignorer les avertissements des esprits lucides, et continuera de foncer vers la catastrophe finale.

      Je n’envie pas les enfants qui viennent aujourd’hui au monde…

  5. A lire une excellente analyse / GlobaEurope Anticipation Bulletin
    « Nos Bretons cousins ne seront pas épargnés… »
    ici : http://www.leap2020.eu/Francais_r26.html

    – Communiqué public GEAB N°45 (15 mai 2010) –

    GEAB N°45 est disponible ! Crise systémique globale – Du « coup d’Etat de l’Eurozone » à l’isolement tragique du Royaume-Uni, la dislocation géopolitique mondiale accélère son rythme
    Comme anticipé par LEAP/E2020 dans les GEAB N°40 (Décembre 2009) et N°42 (Février 2010), le Printemps 2010 marque bien un point d’inflexion de la crise systémique globale, caractérisé par son aggravation brutale du fait de l’ampleur insoutenable des déficits publics (voir GEAB N°39, Novembre 2009) et de l’inexistence de la reprise tant annoncée (voir GEAB N°37, Septembre 2009). Les dramatiques conséquences sociales et politiques de ces évolutions reflètent par ailleurs bien le début du processus de dislocation géopolitique mondiale, comme anticipé dans le GEAB N°32 (Février 2009). Enfin, les récentes décisions prises par les dirigeants de la zone Euro confirment les anticipations de LEAP/E2020, inverses du discours dominant de ces derniers mois, sur le fait que non seulement l’Euro n’ « exploserait pas » à cause du problème grec, mais qu’au contraire la zone Euro sortirait renforcée de cette étape de la crise (1). On peut même estimer que depuis la décision de la zone Euro, sorte de « coup d’Etat de l’Eurozone » soutenu par la Suède et la Pologne, de créer ce vaste dispositif de protection des intérêts de 26 Etats membres de l’UE (2), la donne géopolitique en Europe a radicalement changé. Parce qu’elle va à l’encontre des préjugés qui façonnent leur vision du monde, il va bien entendu falloir quelques mois à la plupart des médias et opérateurs pour se rendre compte que derrière l’apparence d’une décision budgétaro-financière purement européenne, il s’agit d’une rupture géopolitique à l’impact mondial.

    Accroissement actuel des dettes nationales pour les USA, le Royaume-Uni, l’Euroland et le Japon (en vert : % de la dette par rapport au PIB / en rouge : augmentation prévue de la dette pour 2009 et 2010 / en jaune : données pour l’Allemagne) – Source :
    Accroissement actuel des dettes nationales pour les USA, le Royaume-Uni, l’Euroland et le Japon (en vert : % de la dette par rapport au PIB / en rouge : augmentation prévue de la dette pour 2009 et 2010 / en jaune : données pour l’Allemagne) – Source :
    Coup d’Etat de l’Eurozone à Bruxelles : Les Etats fondateurs de l’UE en reprennent le contrôle

    Nous analysons donc en détail dans ce GEAB N°45 les nombreuses conséquences pour les Européens et pour le monde de ce qui peut être appelé le « coup d’Etat » de l’Eurozone au sein de l’UE : face à l’aggravation de la crise, les Seize ont effet pris le contrôle des leviers de l’UE, construisant de nouveaux outils qui ne laissent plus d’autre choix aux autres membres que de suivre ou de s’isoler dangereusement. Dix des onze autres Etats membres ont décidé de suivre, à l’image des deux plus importants d’entre eux, la Suède et la Pologne qui ont choisi de participer activement au dispositif mis en place par l’Eurozone (les huit autres sont actuellement, soit en train de négocier leur entrée dans la zone Euro comme l’Estonie dès 2011 (3), soit assistés directement par la zone Euro comme la Lettonie, la Hongrie, la Roumanie, …). C’est une (r)évolution que notre équipe avait bien anticipée depuis plus de trois ans. Récemment nous avions même précisé qu’il fallait s’attendre à une évolution rapide de la position de la zone Euro une fois les élections régionales allemandes et l’élection législative britannique passées. Cependant, nous n’avions pas imaginé qu’elle se ferait en quelques heures, ni avec une telle audace quantitative (son montant de 750 Milliards €, soit 1.000 milliards USD) et qualitative (prise de contrôle de l’UE par l’Eurozone (4) et bond en avant en terme d’intégration économique et financière).

    Toujours est-il que, sans le savoir et sans qu’on leur ait demandé leur avis, 440 millions d’Européens environ viennent d’entrer dans un nouveau pays, l’Euroland, dont certains partagent déjà la monnaie, l’Euro, et dont tous partagent désormais l’endettement et les moyens communs de surmonter les problèmes importants qu’il pose dans le contexte de la crise systémique globale. Les choix budgétaires et financiers effectués lors du Sommet du week-end du 8 Mai en termes de réponse à la crise de l’endettement public européen peuvent être appréciés différemment selon l’analyse que l’on fait de la crise et de ses causes. Et LEAP/E2020 développe ses propres analyses en la matière dans ce GEAB N°45. Mais, il n’est plus discutable qu’une rupture radicale de la gouvernance de l’Europe vient de prendre place : une gouvernance collective continentale vient d’émerger brutalement, ironiquement, 65 ans exactement après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, célébrée d’ailleurs en grande pompe à Moscou le même jour (5) et au moment de la célébration de la fête de la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, l’ancêtre commun de l’UE et de l’Euroland. Cette simultanéité n’est pas une coïncidence (6) et marque une étape importante dans la dislocation géopolitique mondiale et la reconstitution de nouveaux équilibres globaux. Sous la pression des évènements déclenchés par la crise, l’Eurozone a ainsi entrepris de prendre son indépendance par rapport au monde anglo-saxon dont les marchés financiers restent encore l’expression. Ces 750 Milliards € et cette nouvelle gouvernance européenne (des 26) constituent la mise en place d’un rempart contre les prochaines tempêtes générées par l’endettement insupportable de l’Occident, et qui vont affecter le Royaume-Uni puis les Etats-Unis (cf. GEAB N°44, créant des désordres dont la « crise grecque » n’aura donné qu’un faible aperçu.

    Le FME privera à terme le FMI de 50% de sa principale contribution, celle des Européens

    A ce propos, LEAP/E2020 souhaite rappeler une vérité que la plupart des médias ignorent depuis plusieurs semaines : contrairement au discours dominant, le FMI c’est d’abord et avant tout de l’argent européen. En effet, un Dollar sur trois du FMI est apporté par les Européens, contre seulement un sur six pour les USA (leur part a été divisée par deux en 50 ans). Et l’une des conséquences des décisions européennes de ces derniers jours, c’est que cela ne sera plus le cas très longtemps. Notre équipe est convaincue que d’ici trois ans au plus tard, quand il sera temps de pérenniser en Fonds Monétaire Européen le fonds d’intervention créé les 8 et 9 Mai 2010, l’UE réduira d’autant sa contribution au FMI. On peut estimer dès maintenant que cette réduction de la contribution européenne (hors UK) sera d’au moins 50% : cela permettra au FMI de devenir plus global en rééquilibrant automatiquement les parts des BRIC, et en obligeant dans la foulée les USA à abandonner leur droit de veto (7) ; mais cela contribuera également à le marginaliser fortement puisque l’Asie a déjà créé son propre fonds d’intervention d’urgence. C’est un exemple qui illustre combien les décisions européennes du début mai 2010 sont grosses de changements géopolitiques d’envergure à l’échelle des toutes prochaines années. Il est d’ailleurs peu probable que la plupart des décideurs impliqués dans le « coup d’Etat de l’Eurozone » aient bien compris les implications de leurs décisions. Mais personne n’a jamais dit que l’Histoire était principalement écrite par des gens qui comprenaient ce qu’ils faisaient.

    Evolution des contributions au FMI par pays/zone (1948-2001) – Source : FMI / Danmarks National Bank – 2001
    Evolution des contributions au FMI par pays/zone (1948-2001) – Source : FMI / Danmarks National Bank – 2001
    Le Royaume-Uni : isolé désormais face à une crise historique

    L’une des causes et des conséquences à la fois de cette évolution, c’est la complète marginalisation du Royaume-Uni. Son affaiblissement accéléré depuis le début de la crise, concomitant à celui de son parrain américain, a créé la possibilité d’une reprise en main complète et sans concessions de l’évolution du projet européen par les Continentaux. Et cette perte d’influence renforce en retour la marginalisation de la Grande-Bretagne puisque les élites britanniques sont piégées dans le déni de réalité qu’elles ont également fait partager à leur peuple. Aucun des partis britanniques, pas même à ce stade les Libéraux-Démocrates pourtant plus lucides que les autres forces politiques du royaume, ne peut envisager revenir sur des décennies de discours accusant l’Europe de tous les maux et affublant l’Euro de toutes les tares. En effet, même si leurs dirigeants se rendaient compte de la folie d’une stratégie consistant à isoler chaque jour un peu plus la Grande-Bretagne alors même que la crise mondiale passe à la vitesse supérieure, ils se heurteraient à cet euroscepticisme public qu’ils ont entretenu au cours des années passées. L’ironie de l’Histoire a encore été bien présente au cours de ce week-end historique des 8/9 Mai 2010 : en refusant de se joindre aux mesures défensives et protectrices communes de l’Eurozone, les élites britanniques ont de facto refusé d’attraper la dernière bouée de sauvetage qui passait à leur portée (8). Le continent européen va maintenant se contenter de les regarder essayer de trouver les 200 Milliards € dont leur pays a besoin pour boucler le budget de cette année (9). Et si les dirigeants londoniens pensent que les spéculateurs de la City auront des états d’âmes pour briser la Livre sterling et vendre les Gilts, c’est qu’ils n’ont pas bien compris l’essence même de la globalisation financière (10), ni consulté les nationalités de ces mêmes opérateurs (11). Entre Wall Street qui est prêt à tout pour attirer les capitaux mondiaux (il suffit de demander à la place suisse ce qu’elle pense de la guerre que se livrent les places financières mondiales), Washington qui se démène pour aspirer toute l’épargne mondiale disponible et un continent européen qui s’est dorénavant placé sous la protection d’une monnaie et d’un endettement communs, les jeux sont déjà faits. Nous n’en sommes toujours qu’à l’étape du drame, car les principaux acteurs anglais n’ont pas encore compris le piège dans lequel ils se sont enfermés ; d’ici quelques semaines, nous passerons à la tragédie britannique car, à l’été, tout le Royaume-Uni aura identifié le piège historique dans lequel le pays s’est placé tout seul.

    Ainsi, au moment où l’Euroland émerge à Bruxelles, le Royaume-Uni se débat avec un Parlement indécis, l’obligeant à passer par un gouvernement de coalition qu’il n’a pas connu depuis 1945 et qui conduira le pays à de nouvelles élections d’ici la fin 2010.

    Des élites et un peuple britannique dans la difficulté qui vont devoir « penser l’impensable »

    Quoiqu’en disent les protagonistes de la coalition qui s’installe à la tête du Royaume-Uni, LEAP/E2020 estime en effet très improbable que cette alliance puisse durer plus de quelques mois. La structure très disparate des deux partis concernés (les Conservateurs comme les Libéraux sont très divisés sur nombre de sujets), conjuguée aux décisions impopulaires, conduit cet attelage tout droit vers des crises internes à chaque parti et donc à une chute du gouvernement. Les Conservateurs vont d’ailleurs jouer cette carte car, à la différence des Libéraux-Démocrates, ils ont les moyens financiers de « se payer » une nouvelle campagne électorale d’ici fin 2010 (12). Mais, l’écueil sous-jacent le plus dangereux est d’ordre intellectuel : pour éviter la tragédie qui s’annonce, le Royaume-Uni va devoir « penser l’impensable », reconsidérer ses convictions profondes sur son identité insulaire, sa « nature » trans-atlantique, son rapport à un continent désormais en voie d’intégration complète, lui qui depuis des siècles pense le continent en terme de division. Pourtant la problématique est simple : si le Royaume-Uni a toujours estimé que sa puissance dépendait de la division du continent européen, alors en toute logique, au vu des évènements en cours, il doit désormais reconnaître qu’il s’achemine vers l’impuissance … et en tirer les conclusions pour lui aussi effectuer un « saut quantique ». Si Nick Clegg semble équipé intellectuellement pour faire ce saut, ni les Conservateurs de David Cameron, ni les élites britanniques dans leur ensemble ne paraissent encore mûres. Dans ce cas, la Grand-Bretagne devra hélas en passer par la case « tragédie » (13).

    En tout état de cause, ce week-end des 8/9 mai 2010 en Europe plonge nombre de ses racines directement dans la Seconde Guerre Mondiale et ses conséquences (14). C’est d’ailleurs l’une des caractéristiques de la crise systémique globale telle qu’annoncée par LEAP/E2020 en Février 2006 dans le GEAB N°2 : elle met « fin à l’Occident tel qu’on le connaît depuis 1945 ».

    Une autre de ces caractéristiques est l’envolée du cours de l’or (en particulier par rapport au Dollar US), face à la crainte croissante concernant l’ensemble des monnaies fiduciaires (voir GEAB N°41, Janvier 2010) (15) ; car, pendant que tout le monde parle de l’évolution de l’Euro par rapport au Dollar US, le Dollar reste à ses niveaux historiques les plus bas quand il est mesuré par rapport à ses principaux partenaires commerciaux (voir graphique ci-dessous), signe de la faiblesse structurelle de la devise américaine. Dans les mois à venir, comme anticipé par GEAB, l’Euro va retrouver son niveau d’équilibre de moyen terme, au-dessus de 1,45$/€.

    Dans ce numéro, avant de présenter ses recommandations concernant les devises, la bourse et l’or, LEAP/E2020 analyse ainsi plus en détail la pseudo-reprise américaine qui est essentiellement une vaste opération de communication destinée en interne à faire repartir la consommation des ménages (tâche impossible désormais) et en externe à éviter l’affolement des créditeurs étrangers (au mieux ce seront quelques trimestres de gagnés). Les Etats-Unis prétendent ainsi pouvoir échapper à une brutale cure d’austérité, comme les autres pays occidentaux ; alors qu’en fait de reprise, c’est une « déprise » ou une « unrecovery » comme le titre avec humour Michael Panzner dans un article exemplaire publié le 27/04/2010 dans Seeking Alpha.

    Evolution du Dollar Index rapporté aux principaux partenaires commerciaux, et de l’index des hausses et baisses cumulées du Dollar par rapport aux huit devises principales – Source : BCA Research, Bloomberg, JP Morgan Chase, 04/2010
    Evolution du Dollar Index rapporté aux principaux partenaires commerciaux, et de l’index des hausses et baisses cumulées du Dollar par rapport aux huit devises principales – Source : BCA Research, Bloomberg, JP Morgan Chase, 04/2010
    ———
    Notes:

    (1) La faiblesse très relative de l’Euro par rapport au Dollar US constitue un énorme avantage compétitif pour les exportations de l’Eurozone et handicape au contraire les tentatives américaines de réduire le déficit commercial du pays (d’ailleurs le déficit commercial US s’est accru en Mars 2010). Les prochains mois vont voir cette détérioration s’accentuer. Source : AP/NDTV, 12/05/2010

    (2) Le Royaume-Uni s’est en effet de facto placé hors de cette protection. Pour notre équipe, c’est une étape de plus franchie par le Royaume-Uni en direction de la crise historique dans laquelle il va se débattre, tout seul, à partir de l’été 2010. Même le Financial Times s’est fait l’écho de ce risque croissant. S’il faut faire une comparaison avec la crise du système bancaire de 2008, le Royaume-Uni ressemble de plus en plus à Lehman Brothers, pilier d’un système qui refuse de s’avouer qu’un opérateur si central puisse être aussi dangereusement affaibli et qui finit par provoquer un effondrement du système lui-même. Pour pousser l’analogie une étape plus loin, demandez vous qui va jouer le rôle d’AIG dans les semaines et mois qui suivront ? Source : CNBC, 11/05/2010

    (3) C’est en Juillet 2010 que la décision finale sera prise. Source : France24, 12/05/2010

    (4) Le 9 Mai 2010, les 27 ministres des finances de l’UE ont en effet été sommés d’endosser les décisions du sommet de l’Eurozone qui avait réuni la veille les seize chefs d’Etat et de gouvernement de la zone Euro, faute de quoi l’Eurozone agirait seule et laisserait donc les onze autres pays dépourvus de protection face à la crise financière. Seul le Royaume-Uni, par réflexe et du fait de sa crise politique, a refusé le « diktat » mais sans être en mesure de s’y opposer comme il aurait pu le faire il y a encore un an, avant que son influence ne commence à s’effondrer.

    (5) Source : RFI, 09/05/2010

    (6) Non pas que Moscou ait quoique ce soit à voir avec les décisions prises à Bruxelles les 8 et 9 Mai

    (7) Source : Bretton Woods Project, 19/03/2008

    (8) A ce sujet, LEAP/E2020 voudrait tordre le cou à la fable monétaire qui circule à longueur de médias économiques et reprise en cœur par la plupart des économistes : le fait de pouvoir dévaluer sa monnaie à « volonté » n’est pas du tout un facteur d’indépendance, ni un instrument constructif de sortie de crise ; bien au contraire. D’une part, ces dévaluations sont imposées par les « marchés », c’est-à-dire par des forces extérieures au pays dont la dernière préoccupation est l’intérêt du peuple concerné par la dévaluation ; d’autre part, ces dévaluations conduisent inévitablement à un appauvrissement du pays et à sa dépendance croissante vis-à-vis de ses partenaires aux devises plus fortes qui, dans un système de libre circulation des capitaux, peuvent acheter les « bijoux de famille » du pays à peu de frais. Le processus en cours dans l’Eurozone, qui impose en effet de difficiles cures d’austérité, est entrepris dans un cadre collectif avec pour objectif de permettre aux Etats concernés de rétablir des finances publiques saines tout en préservant les grands équilibres du modèle socio-économique européen. Face à l’Eurozone, le FMI n’est qu’un acteur secondaire, qui n’est là que pour apporter un peu d’expertise technique et quelques dizaines de milliards d’Euros d’appoint, dizaines de milliards qui sont une part bien modeste de la grosse contribution des Européens au FMI en 2010 : plus de 30% du total, contre à peine plus de 15% pour les Etats-Unis.

    (9) Et ce n’est pas parce que c’est un Français qui le dit publiquement, à savoir Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité française des Marchés Financiers et ancien ministre des Affaires européennes, que c’est nécessairement faux. Source : Le Figaro, 11/05/2010

    (10) Comme le souligne fort justement Paul Mason dans son article publié sur la BBC le 11/05/2010, les réactions des marchés vont affecter le Royaume-Uni et, en matière d’obligations, à la différence des actions, la taille des opérateurs peut faire toute la différence.

    11) Il va être très intéressant de suivre le conflit avec la City que la coalition au pouvoir à Londres déclare vouloir ouvrir en annonçant qu’elle va morceler les grandes banques britanniques d’ici un an. Source : Telegraph, 12/05/2010

    (12) Source : DailyMail, 04/05/2010

    (13) Et nous ne nous attardons même pas sur l’émergence croissante de la « question anglaise » au sein d’un Royaume de plus en plus désuni suite aux « dévolutions » successives qui autonomisent de plus en plus l’Ecosse, le pays de Galles et l’Ulster. Il faut lire à ce sujet le très intéressant article de Tim Luckhurst, publié le 09/05/2010 dans The Independent.

    (14) Et même au-delà puisque David Cameron (43 ans) est le plus jeune premier ministre britannique depuis 200 ans et George Osborne (38 ans) le plus jeune Chancelier de l’Echiquier depuis 125 ans. Cela suffira-t-il ? Rien n’est moins certain puisque les lecteurs du GEAB savent que nous estimons que la crise remet en cause un ordre du monde établi il y a près de quatre cents ans, instituant la City de Londres comme place financière mondiale. Peut-être faudra-t-il aller chercher des dirigeants britanniques aux qualités inconnues depuis plus de quatre cents ans ? Source : Telegraph, 12/05/2010

    (15) Signe des temps, l’Emirates Palace, l’hôtel le plus luxueux d’Abou Dhabi, vient de mettre en place le premier distributeur automatique de mini-lingots d’or, en lieu et place des traditionnels distributeurs de billets. Source : CNBC, 13/05/2010

    Samedi 15 Mai 2010

    1. Excellente analyse d’accord mais très pro Europe et très optimiste sur la suite des évènements….un peu trop même je trouve …
      Je crois que les Anglais s’en sortiront toujours….malheureusement….
      S’ils doivent ‘tomber’ à un moment tout le monde tombera avec eux,ils ne vont pas
      nous faire ce cadeau…

    2. Hhmm…

      Beaucoup à dire car il est toujours évident qu’ils souhaitent qu’on leur achète leurs analyses.

      Le renvoi 2 attire tout de même mon attention.
      car :
      1) le RU ne recherchait ni n’aurait bénéficié d’aucun soutien, n’étant pas dans l’Euro.
      2) qui va jouer à l’ange assureur qu’est AIG…???

      AIG… redevenu bénéficiaire par une traite magique émise par son dieu…

      Quelqu’un a une piste..???

    3. Un article aux accents « quatremérien », très pro-européen (ce qui n’est pas un défaut) et très anti-anglo-saxons (ce qui n’est pas une qualité). Ceci dit, on n’y apprend rien sur la dynamique tout juste initiée par certains pays de l’UE de la « relance économique par l’austérité ». Où cela va-t-il mener ? Les bourses nous donneront peut-être un début de réponse cette semaine… Wait and see ! (m’ont quand même un peu déçu sur ce coup-là, LEAP 2020).

    4. D’une façon générale j’apprécie la clairvoyance des analyses du LEAP/2020 qui s’expriment dans une langue compréhensive pour les économistes à la petite semaine dont je suis. C’est avec conviction que j’ai repris certains de leurs billets sur le blog du groupe que j’anime (http://demetentreprises.wordpress.com/).
      Cependant, sur ce coup là je ne suis plus du tout : transformer cette mascarade des 750 milliards € qui sauvent l’eurozone en « coup d’état » des riverains méditerranéens et propulse notre leader minimo en rédempteur de l’europe qui va bouter l’anglois et les cow-boys hors du champ spéculatif, c’est beaucoup trop !
      S’il ne fait aucun doute que les anglais vont souffrir de là à imaginer que la coalition gouvernementale ne tiendra que quelques semaines et que l’effondrement du royaume précipitera la chute de l’empire US, le tout en épargnant totalement l’europe, est une utopie qui dévoile au premier chef des velleités politiques douteuses.
      On attend de l’europe qu’elle prenne de vrais mesures de régulation du système bancaire, que ses dirigeants politiques soient à l’initiative au niveau intégration économique et financière, qu’un équilibrage s’établisse avec l’allemagne…ors de tout celà : rien !
      Crier victoire semble donc absurde et irréaliste et je ne conseillerai pas de suivre les pistes d’investissement qui en découlent…

    5. Cet article déraille ou alors je doit être bête.
      Je l’ai lu. Il parle d’un coup d’état de la zone euro sur l’Europe.
      Vu l’état du rapport Franco-Allemand, je ne les vois pas fomenter quoique ce soit.
      Cet article semble oublier que c’est Obama qui a arraché l’accord à Merckel. Bizarre non? Obama à l’origine d’un coup d’état européen pour contrer les anglo-saxons et décrocher du dollar pour le laisser d’enfoncer?
      Je n’y connais pas grand chose, mais les économies européennes et américaines étant si étroitement enlacées, je n’en vois pas une chuter sous l’œil distrait de l’autre.
      Je trouve que ça ne tient pas la route.

  6. ALLONS, il faut réagir…plus je lis les blogs, plus je vois que nous sommes nombreux à penser que c »est maintenant qu’il faut bouger…avant qu’il ne soit trop tard !
    Le vrai problème est que les politiques sont conseillés par beaucoup de gens mal intentionnés, par exemple A.Minc condamné plusieurs fois, menteur et manipulateur (question sur le coût de l’hospitalisation de son papa…) mais c’est lui qui susurre à l’oreille du président !

    Il faut que les intellectuels se bougent! Qu’ils aident la société toute entière, qu’ils redistribuent leurs richesses eux-aussi !!
    Je vois qu’une chose à faire :si les profs illustres des écoles françaises illustres et autres institutions illustres et tous les autres rentraient tous ensemble dans la DANSE ! Polytechniques, Normale sup, Collège de France, Agro, HEC…..si tous ensemble, enfin, ils faisaient une vraie manif pour redonner à notre pays le SENS DES LUMIERES !
    Et pourquoi ne pas penser à une alliance des « intellectuels » en Europe. Une journée, et tous ces gens arrêtent de faire tourner les particules et leurs méninges pour leur intérêts propres…nous ne voulons pas d’une GUERRE comme moyen de régulation !!
    La GUERRE, c’est ce que tous les journalistes/économistes de malheur prédisent avec les sourires satisfaits de la clairvoyance ! C’est obscène et honteux tant qu’on sais si bien où cela mena…le chaos de l’Humanité, la terreur, la barbarie…des Humains dans des fours que Diable !!! Il faut réagir.
    Nous avons une chance inouïe dans ce siècle qui commence, nous ne sommes plus divisés, nous avons les moyens de communication à la hauteur de l’enjeu.
    Mais Internet ne doit pas être une fin en soi, c’est un outil, un moyen, qui a aussi subit l’assaut des financiers et l’explosion de sa bulle. La question n’est plus la lutte pour notre pouvoir d’achat, mais la lutte pour ne pas avoir la GUERRE.

    1. ça donne envie.

      Le problème est que tous les intellectuels n’ont pas les mêmes idées, les mêmes solutions. Il y a toujours eu des intellectuels plutôt de gauche et d’autres de droite.

      Lesquels écouter ? Lesquels ont raison ? Ce n’est pas à vous ni à moi de décider pour ceux qui ont été élus…

    2. Il est URGENT de ne pas bouger pour l’instant.
      Avant l’heure, c’est pas l’heure.

      Il sera toujours temps lorsque les choses se préciseront. Et… Messieurs les Anglais, tirez les premiers!

    3. Polytechniques, Normale sup, Collège de France, Agro, HEC…..si tous ensemble, enfin, ils faisaient une vraie manif pour redonner à notre pays le SENS DES LUMIERES !

      Hummm … quel catalogue ! Normal Sup sens des Lumières je veux bien, HEC je doute. Rêvons.

    4. mais les profs illustres des écoles d’excellence sont ceux là mêmes qui ont formé nos élites au dogme de la toute puissance et de infaillibilité du marché, pourquoi voudriez vous qu’ils défilent aujourd’hui dans la rue ? ça serait admettre que leur modèle ne marchait pas (ce qui entre parenthèses était une information que connaissait tout ouvrier depuis au moins 20 ans) …

      la seule manière pour ces gens là de regagner un semblant de respectabilité en défilant serait celle-ci :
      http://www.youtube.com/watch?v=x7wc55oXWf8

  7. Et voici le ‘plan de rigueur Italien’…ça continue…le suicide collectif vers la récession…

    http://www.europe1.fr/Economie/Italie-Un-plan-pour-reduire-le-deficit-public-195124/

    Le gouvernement italien prépare un plan de réduction du déficit public de 27,6 milliards d’euros sur deux ans, a déclaré dimanche le ministre de l’Économie italien. Le plan, qui comprendra des mesures semblables à celles déjà prises dans d’autres pays de la zone euro, devrait être validé d’ici la fin du mois. Parmi les mesures évoquées, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux comme en France, ou la baisse des salaires dans la fonction publique comme en Espagne. Le plan porterait sur une économie de 13 milliards d’euros en 2011 et de plus de 14,5 milliards en 2012.

    1. Au départ, le publicitaire qui avait conçu le plan avait imaginé 37,6 milliards…

      Ma.. lo Berluconi, il a dit, « ça me rappelle sa températoure quand elle se lève… »
      La somme a donc été réduite.

      Ca tient à peu de choses, tout de même…

  8. N’avez vous pas remarqué , en regardant les 2 interview Minc / Généreux que l’un des deux semblait crispé , aggressif et balançait des chiffres incohérents pour justifier ses  » analyses « 

    1. Après avoir vu les 2 vidéos, non, je n’ai rien remarqué de cela. Lequel des deux serait crispé en sortant des chiffres incohérents selon vous ?

      Cela m’intéresserait vraiment de le savoir…

  9. Le capitalisme sauvage serait-il devenu un colosse au pied d’argile , qu’un souffle frais pourrait balayer ?

  10. Vous êtes donc « en ligne » avec mon commentaire sur un billet de Paul Jorion ?

    EOLE dit :
    14 mai 2010 à 17:41
    Ne se dirige-t-on pas vers un scénario simpliste qui consisterait pour les occidentaux (USA, Canada, Japon, Europe) à décréter un moratoire de 50 ou 100 ans (cela revient à peu près au même) pour le remboursement des dettes souveraines, assorti d’une limitation des intérêts payés à un pourcentage très faible de l’ordre de 1% ?
    Cela reviendrait à faire payer la crise à ceux qui en on profité et à ceux qui l’ont favorisée, sans taxer les véritables acteurs économiques de la consommation et de la production.
    Puisque de toute manière il y aura nécessité d’un tour de passe-passe pour « sortir » de cette crise systémique, au moins qu’il soit le moins amoral possible et qu’il n’engendre pas une chute progressive de l’activité économique « réelle » en offrant un possible avenir à nos enfants.

    1. Le tour de passe-passe, c’est le FMI qui l’a proposé.

      Ne pas emprunter aux marchés pour les rembourser, mais les faire rembourser les dégâts qu’ils ont commis serait à l’inverse une opération vérité…

  11. Ce qui me stupéfait dans ce débat depuis le début de cette crise de l’Euro, c’est la mise de côté et l’absence de préoccupations de nos élites du problème N°1 de nos économies européennes, et plus généralement occidentales, celui de la concurrence asiatique, et principalement chinoise.

    En pleine crise, pas un mot de nos politiques aujourd’hui pour remettre en cause ce dogme de la mondialisation sauvage, générant nos maux et appauvrissement et conséquente du jeu de libre-échangisme international.

    On nous vend l’Euro comme une monnaie supposée nous en protéger. Mais d’une part, il a failli dans cet objectif, et par conséquent le tabou du protectionnisme devra être levé et mis en place pour accompagner la construction d’une Europe forte et sociale.

  12. @françois leclerc

    « la bulle des actifs qui continue d’enfler ». Désolé de vous poser une question aussi élémentaire, mais de quels actifs s’agit-il exactement ?

    De plus, si je vous suis bien, la BCE maintient toujours ses prêts aux banques et en plus rachète des obligations d’état? Cela revient donc à venir en aide aux banques deux fois !

    Merci encore pour votre éclairage.

    1. Indistinctement, tous les produits financiers susceptibles des meilleurs rendements, la palette s’est beaucoup élargie avec les produits dérivés.

      Par ailleurs, on peut décrire encore autrement ce qui est en train de se faire: les Etats empruntent aux marchés de quoi les rembourser.
      .

    2. Cette dernière courte formule de François Leclerc est pénétrante et limpide : « Les Etats empruntent aux marchés de quoi les rembourser ». Merci

    3. cela fait juste 40 ans que l’on se fait « vider » par le système financier, cela fait juste 40 ans que l’on assiste au démontage de notre industrie (les usines qui fume comme aime à le dire les économiste cela fait cliché et cela les fait beaucoup rigoler …. pas les gens qui perdent leurs emploies).

      C’est comme le mouvement systématique de ne pas expliquer clairement les mots et les méthodologies de la Finance en se retranchant systématiquement derrière le mur du « c’est trop compliquer pour vous expliquer laisser nous faire… » alors qu’il est simple d’expliquer aux gens le soucis c’est que si pas expliqué = pas compris = on peut continuer notre pillage…

      Donc 40 ans de mensonges, 40 ans d’aspiration de notre économie.

      Jusqu’à quand ?

    4. En fait, l’Europe s’est décidée à faire comme les US : « manger » sa propre dette. Voir aussi : Le 18 mars 2009 : fin du capitalisme, ou Paul explique :

      Aujourd’hui en effet, la Federal Reserve Bank, la banque centrale américaine, a annoncé son intention de racheter des Bons du Trésor (dette à long terme des États–Unis) en quantités considérables (pour un volant de 300 milliards de dollars), son budget atteignant désormais le chiffre impressionnant de 1,15 mille milliards de dollars. Pareil au serpent ouroboros dévorant sa propre queue, les États–Unis avaleront donc désormais leur propre dette, un processus désigné par l’euphémisme sympathique de « quantitative easing ». Pareille à celui qui tenterait de voler en se soulevant par les pieds, …

      La solution mise en place en Europe est peut-être un peu différente, mais ça revient au même.

  13. L’euro plonge à son plus bas niveau en quatre ans, et entraîne la chute des Bourses d’Asie.

    L’euro a plongé lundi à son plus bas niveau depuis quatre ans face au dollar et les Bourses asiatiques chutaient dans la foulée, l’inquiétude pour la dette des pays européens se doublant de craintes sur la reprise économique du Vieux continent.

    La monnaie unique européenne cotait 1,2234 dollar vers 02H30 GMT à Tokyo, son plancher depuis avril 2006.

    Les Bourses asiatiques chutaient dans la foulée, inquiètes de cette dégringolade et de la panique ayant soufflé en fin de semaine sur les places financières européennes.

    A la mi-séance, la principale d’entre elles, Tokyo, perdait 1,98 %.

    Vers 03H00 GMT, Sydney abandonnait 2,82 %, Shanghaï 2,60 %, Hong Kong 2,47 %, Taipei 2,20 % et Bombay 1,57 %.

    « Le marché n’a pas confiance en l’euro », a résumé Daisuke Karakama, analyste de marché à la banque Mizuho, qui notait que la monnaie unique européenne chutait en dépit de toute nouvelle susceptible de peser sur sa valeur.

    Les 750 milliards d’euros mis sur la table la semaine dernière par l’Union européenne et par le Fonds monétaire international ne suffisent pas à rassurer les investisseurs, inquiets du haut niveau d’endettement de plusieurs pays de la zone euro, en premier lieu la Grèce mais aussi le Portugal, l’Espagne et l’Italie.

    Boursorama

  14. La dernière analyse de W.Múnchau ce matin, dans la brume, au sens propre comme au sens figuré pourrait-on dire

    « Le ‘paquet de sauvetage’de l’eurozone a changé les chances du futur de l’eurozone. Il a ‘reduit la probabilité d’un effondrement d’ici à trois ans- et accru ses probabilités d’ici 10 ans.

    L’eurozone a frole l’effondrement il y a dix jours. Le quotidien espagnol El Pais a rendu compte d’un récit de José Luis Zapatero, le premier ministre espagnol, selon lequel Nicolas Sarkozy “tapa du poing sur la table et menaça de se retirer de se retirer de l’euro’, à moins que Berlin n’accepte l’accord. Que cette histoire soit vraie ou pas, l’accord est sans aucun doute le résultat d’une embuscade francaise, avec succès.

    Le plus important néanmoins est la question de savoir si le résultat est que l’eurozone soit devenue plus soutenable. SI vous croyez, comme les Français, que les spéculateurs sont à blamer, alors le nouveau ‘special purpose vehicle’ doté de 440 milliards d’euros pourrait simplement faire l’affaire.Si vous croyez, comme les Allemands, que les problèmes les plus profondément ancrés sont la propension à dépenser au-dlà de ces moyens, un pacte de stabilité et de croissance plus strict serait la réponse logique.

    Alors que les Francais et les Allemands sont en profond désaccord entre eux, ils ont tous les deux tort. L’eurozone n’a jamais fait l’objet d’une attaque spéculative. Ce qui est arrivé est que les investisseurs, les fonds de pension européens parmi eux, ont perdu confiance dans le système.Et alors que la prodigalité fiscale est la cause majeure des problèmes en Grèce, elle n’est pas la racine principale des autres problèmes au Portugal et en Espagne. Cela serait une combinaison d’un marché du travail dysfonctionnel et de l’endettement massif du secteur privé

    Mais, au lieu de s’atteler à leurs problèmes structurels, les deux pays ont répondu la semaine dernière avec un ajustement fiscal. Ce qui rend le problème économique de l’Espagne si difficile et la nécessité simultanée de réduire sa dette et d’améliorer sa compétitivité. Un lecteur de Madrid écrivait la semaine dernière pour faire part, que selon son estimation, le niveau des prix dans sa ville était de 30 à 40 % plus haut qu’en Allemagne-le résultat est qu’il commande tous ses biens de consommation durable à l’étranger. Il n’est pas surprenant que nous commencions à voir la déflation en Espagne, l’Espagne ne pouvant maintenir un important différentiel de prix avec l’Allemagne indéfiniment. Si vous y ajoutez l’orthodoxie fiscale à ce mélange toxique de dette et déflation, le résultat casi-inéluctable sera une dépression économique auto-entretenue, particulièrement en l’absence de réformes sturcturelles.

    Alors quand le programme de garantie de crédit de l’Union Européenne prendra fin dans trois ans, la meme combinaison de facteurs qui ont amené la crise la plus récente seront encore présents.

    La situation économique de l’Espagne et du Portugal se sera encore détériorée. Et meme si le programme d’austérité fonctionne, le pays devra éventuellement procéder à une restructuration de sa dette. Ce qui fait complètement défaut à Bruxelles-et plus encore à Berlin- est une compréhension de l’urgence de la situation. Aucune des propositions de réforme de la gouvernance qui sont débattues actuellement tentent de répondre à la question de comment l’Espagne va s’extirper du trou, et comment le différentiel de compétitivité entre le Nord et le Sud de l’Eurozone va etre comblé.
    La meme réflexion s’applique à la proposition la semaine dernière de réforme de la gouvernance par la Commission Européenne. Elle contenait quelques bonnes idées. A mon jugement, elle plaçait trop l’accent sur la politique fiscale et insuffisamment l’accent sur la croissance. L’initiative la plus récente de la Commission en matière de croissance, l’Agenda 2020, ne résoudra certainement pas aucun des problèmes à court terme. Ce dont l’Eurozone a besoin est un accroissement de la consommation au Nord, particulièrement en Allemage, et des réformes du marché du travail au Sud, particulièrement en Espagne. Tout ceci a besoin d’etre accompli maintenant, de facon à ce que soit implémenteé et déjà produisant ses effets, quand le programme d’aide de l’UE se termine en 2010.
    A présent, il n ‘y a aucune reconnaissance, encore moins un consensus, que ceci soit nécessaire. Au contraire, l’Allemagne continue à bloquer toutes initiatives visant à la diminution de son surplus de balance externe, et Mr Zapatero a choisi le programme d’austérité, de façon à ce qu’il puisse éviter le travail électoralement plus risqué de réforme de marché du travail.

    Alors que les propositions de la Commission évitant les questions de l’ajustement économique à court et moyen-terme, elles ont des choses à dire sur une gouvernance effective au sein de l’union
    monétaire. Elles reconnaissent que l’on doit aller au-dela de la coordination fiscale et incorporer des politiques structurelles. Il va étre intéressant de voir quelle partie de ces propositions survivra au boisseau législatif de l’UE. Je m’attends à ce que la chancellière Merkel poussera la majeure partie de son agenda. Le résultat le plus probable est un pacte de stabilité fiscale beaucoup plus dur. Les médias allemands ont rapporté la semaine dernière que la chancellière Merkel avait recueilli les soutiens nécessaires pour que Axel Weber succède en Octobre 2011 à Jean Claude Trichet, comme président de la BCE.

    Quand j’ai lu les détails du dernier ‘paquet de sauvetage’, j’ai pensé qu’il était ironique qu’un S.P.V
    ait été choisi pour sauver l’eurozone, étant donné notre expérience la plus récente avec ces structures les plus toxiques. Peut-etre que cela ne l’est pas. Ce sont les instruments les plus parfaits pour le manque de clareté, et la transparence est le but ultime. Quand le brouillard se leve, nous constaterons qu’en dépit du nouveau parapluie, peu de choses auront changé. »

  15. Sans rapport
    Lu su dedefensa.org ce jour ….

    L’envers de cette fulgurante envolée, c’est justement notre dépendance vis-à-vis des carburants fossiles. Du tableau détaillé que dresse l’ouvrage, on retiendra un chiffre : de par le monde, la moitié de l’azote consommé par les végétaux provient d’engrais produit à base de gaz naturel. Sans cet apport énergétique forcé, les quantités de nourriture produites chutent au point où la Terre ne nourrirait plus que deux milliards d’habitants, et encore faudrait-il faire l’impasse sur l’élevage, le textile et les agrocarburants. Avec l’augmentation de la population qui suit l’augmentation de la quantité de nourriture disponible, et sauf miracle énergétique de dernière minute, l’agriculture intensive prend des allures de génocide programmé.

    1. « Sans cet apport énergétique forcé, » : c’est l’un des principes de base du capitalisme : forcer tout ce dont il s’empare, ce qui casse les équilibres naturels. Sûr que j’enfonce une porte ouverte, mais c’est plus fort que moi car ce constat éveille la nostalgie d’un autre monde, désormais impossible, où le progrès n’aurait pas été synonyme de forçage. On pourrait appeler ça « l’évolution tranquille ». Mais l’évolution humaine a déraillé avec l’industrialisation.

    1. Bonjour Charles,

      Merci pour ces liens qui nous donne une vision « d’en haut » de la crise que l’on peut partager (ou pas), je préfère toutefois le billet Dany Rodrik, qui sans trancher sur les solutions , met en avant « aussi » la démocratie, plutôt que le second article, qui propose certes des solutions, mais qui s’assoit un peu sur les causes premières du mal, à savoir amha que le « marché » à pris le pas progressivement depuis 30 ans sur les besoins FONDAMENTAUX des hommes (y compris la justice), et sur la même période, a plus que largement entamés (consommés) les ressources de la planète.
      A mon sens, si il n’y a pas de nette inflexion dans ces domaines (et de plus au grand jour, pour pouvoir mobiliser toutes les énergies), tout plan de sortie de crise est condamné à l’échec.

      Sur l’influence respective du marché et des peuples, il faut lire absolument le livre d’Alain SUPIOT, « l’esprit de Philadelphie »
      http://www.seuil.com/fiche-ouvrage.php?EAN=9782020991032

      Par ailleurs, j’apprécie en général beaucoup vos commentaires.

      Cordialement,

    2. Barry Eichengreen voit une issue pour l’Europe, en autres mesures, grâce à nouvelle compétitivité résultant d’une plus grande flexibilité du marché du travail dans les pays connaissant la dépression.

      En fait de pertinence, j’ai lu plus probant.

  16. « Car le niveau sans précédent atteint par la dette publique n’a pas d’autre origine que la crise financière et ses conséquences »
    Je ne suis pas d’accord avec cette assertion.
    Je crois qu’en France, nous sommes en situation de déficit public depuis 1974.
    Cette situation est le résultat de politiques laxistes des gouvernants démagos qui se sont succédés au pouvoir.
    Plutôt que de parler de rigueur, on devrait parler d’austérité.
    Laissons le terme rigueur à la science, de vraie rigueur et d’honnêteté, les gouvernants actuels n’en montrent que rarement.

    1. Je partage votre avis: la rigueur qui nous est infligée est un abus de langage de plus. On n’aurait jamais fini de mettre des italiques !

      Mais je ne suis pas d’accord à propos de la dette publique: j’ai parlé de « niveau sans précédent », c’est cela qui fait la différence. Il suffit de regarder les courbes, que je n’ai pas sous la main, pour voir l’impact de la crise.

      Quel est le niveau de dette acceptable ? C’est une bonne question, n’est-ce-pas ? Faut-il y répondre avec des arguments recevables !

      S’endetter sert-il a quelque chose et à quoi ? En voilà une autre….

      Auprès de qui faut-il s’endetter, et à quelles conditions, cela en est encore une autre.

    2. @Jyves : « Cette situation est le résultat de politiques laxistes des gouvernants démagos qui se sont succédés au pouvoir. » : bien que je ne sois pas du tout d’accord avec vous, ce genre d’assertion ne laisse pas de me fasciner. François y répond très bien avec une volée de questions qui montrent que c’est plutôt compliqué, et qu’en fait on ne sait pas grand chose. De votre côté, vous semblez n’avoir pas compris ou pas appris que l’endettement actuel est dû pour une grosse part au sauvetage du système financier sur les deniers publics.

      Votre opinion « tombe du ciel », monsieur Jyves, comme le Saint Esprit descendu sur la tête des Apôtres. Elle provient des marchés qui, après des décennies de laisser-faire, découvrent avec horreur et stupéfaction que les comptes sont dans le rouge, et serrent les fesses. C’était prévisible depuis des lustres mais, pendant tous ces lustres, ni les déséquilibres (budgétaires et non budgétaires) ni les politiques ne posaient problème. Il y a donc revirement, un phénomène étrange que je ne comprends pas.

      Votre diagnostic vous semble sans doute « tout naturel », réaliste, plein de bon sens. ET VOUS AVEZ RAISON ! Le problème, c’est que vous aviez probablement une opinion toute aussi réaliste, naturelle et pleine de bon sens à l’époque où les affaires marchaient du tonnerre de dieu grâce à l’endettement. J’ai l’impression qu’ainsi votre opinion colle à la réalité comme un conducteur suit sagement les virages de la route. Je dis ça en pensant à une route de campagne sinueuse dont les herbes hautes dissimulent les virages aux yeux du conducteur, une situation qui m’inspire cette délicate question : doit-il considérer ces virages comme aléatoires ou prédéterminés ?

  17. Article sympa à lire d’Éric TOUSSAINT, docteur en sciences politiques, président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, http://www.cadtm.org) : La religion du marché. Il me fait penser que les politiques d’austérité, avec leur côté sacrificiel en référence à un corps doctrinal, sont dans leur esprit très proches des offrandes religieuses d’antan. L’on se doute bien que ça ne marchera pas, mais on les fait quand même…

  18. Il me semble qu’on arrive à un tournant dans cette crise, puisque les états découvrent la limite de leur soutien au système.

    Le bilan :
    -> Fin des plans de soutien + spéculation sur les matières premières = stagnation de la croissance *au mieux* dans les pays de l’OCDE et inflation en chine.
    -> Dettes + surévaluation de la plupart des actifs papier = équilibre instable.

    Les solutions envisagées actuelles :
    1) Hausse des impôts ou réduction des déficits => baisse de la croissance => abaissement de la limite de supportabilité des dettes publiques pour les marchés => hausse des taux => monétisation et baisse de l’euro, $… => difficultés de financement + baisse des actifs => krach => faillites bancaires.
    2) Dérive de l’endettement par de nouveaux plans de relance grâce au marchés => guerre de financement des états et des devises => instabilité et risques de Krach.

    Donc la question est : peut on mettre au point un nouveau plan de relance au niveau européen et américain sans faire appel aux marchés, sans dégrader la dette?
    Je crois qu’aucun Etat ne prendra l’initiative d’une rupture politique vis à vis des marchés, comme le souhaite Mr Généreux, pas sous cette forme « brutale » d’une répudiation réfléchie.

    1) Cela supposerait une réforme idéologique impossible à effectuer aux dirigeants actuels : la mission de l’État qui est d’être au service de la collectivité s’est désagrégée. L’Etat est devenu, dans l’esprit des dirigeants « une machine à perdre » dont les priorités se sont inversées : défendre des capitaux privés sans discernement.
    2) La faillite de certains créanciers mettrait en faillite certaines banques dont les comptes n’ont toujours pas été apurés, ce qui provoquerait un effondrement des actifs. La création de banques publiques permettant de prendre le relai n’a pas été préparée et ne permettrait pas d’éviter une nouvel effondrement des économies, car les banques pèsent plus lourd que les Etats.
    3) Par ailleurs, le risque pour les politiques des pays de l’OCDE serait, une fois le réajustement effectué, de voir le bras armé de la finance définitivement détruit. Ils n’organiseront JAMAIS cela.

    L’avenir :
    -> Les pays isolés dévalueront.
    -> Les grands blocs vont monétiser par intermittence, essayer au mieux de restructurer les dettes au compte gouttes.
    -> Des monnaies vont baisser en ordre dispersé => érosion des actifs => corrections boursières => pertes bancaires…

    A si, j’oubliais ! la solution TF1 : le coût des plans d’austérité est compensé par l’avantage à l’exportation lié à la baisse de l’euro. Oh il nous faudra payer l’essence plus chère, mais le monde entier achètera nos airbus ce qui permettra aux touristes de renflouer l’euro, tout est beau !!

    1. En tout cas, si les Grecs, Portugais, Espagnols, Italiens se voient imposer des gels de salaires voire des baisses, leurs produits seront plus compétitifs tant à l’extérieur de la zone euro qu’à l’intérieur.
      Bientôt on va nous dire que nos salaires français sont trop élévés pour concurrencer ceux des grecs qui furent réduits de 5 ou 10%…
      Un beau moyen de réduire plus encore les nôtre et nos futures retraites qui seront calculées sur des niveaux de salaires toujours plus faibles.
      La machine à paupériser est bien engagée.

  19. Pas de panique

    La crise perpétuelle est un mode de management, que je subis depuis 35 ans et auquel on survit très bien à condition de l’ignorer, qu’ y a t’il après le chaos ? …. Le chaos et on est où en ce moment ?

    Les marchés ont un vrai problème, ils ne servent plus à faciliter le commerce, ils ne sont plus efficients, ils ne favorisent pas la concurrence etc…

    Tant pis on s’en passera.

    Si mon boucher ne trouve pas de vaches de bonne qualité au marché, il va chez un bon producteur. Où est le problème ? aucun. mon boucher sait que s’il n’a pas de bonne viande, ce n’est plus mon boucher.

    Mon problème hier, c’était que mon banquier ne voulait plus que je lui prête mon argent car il en empruntait gratuitement ailleurs. Ce que mon banquier ignore encore, c’est qu’il n’est plus mon banquier.
    Mais c’est son problème.

    Joli mois de mai…

    Et merci à vous Mr Leclerc.

  20. Je lis pas tout tous les jours, et ne comprend pas tout, mais la fameuse « taxe Tobin » ne permettrait-elle pas de remettre un peu les pendules à l’heure ?

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