L’actualité de la crise: le fond de la rigueur, par François Leclerc

Billet invité.

LE FOND DE LA RIGUEUR

Ces derniers mois, la seule promesse qui pouvait encore être tenue dans les pays occidentaux était celle d’une croissance sans emplois, en application d’un nouveau concept de la science économique mal établi et que l’on hésitait encore à revendiquer.

Puis est brusquement survenu un mal qui répand la terreur, le déficit puisqu’il faut l’appeler par son nom, et qui a tout balayé ! De Tokyo à Bruxelles et de Washington à Londres, la dette publique est en peu de temps devenue l’ennemi public n°1. Reléguant à un second rôle le spectre de l’inflation et anéantissant par la même les velléités des banques centrales de fermer le robinet de leurs libéralités en faveur des banques, dont la poursuite est au contraire réaffirmée pour une longue période. Un nouveau spectre lui succédant, à ce point craint que son nom est le moins possible prononcé : la déflation. Une plaie dont on sait quand on y rentre et jamais comment on peut en sortir. Un mécanisme face auquel le danger de la dette publique devient secondaire et impose d’en trouver le financement pour jouer la relance.

L’Europe et la Grèce ont tenu ces dernières semaines le devant de la scène dans le grand drame de la dette, et l’on constate aujourd’hui que rien n’est toujours réglé, comme le démontre la remontée des taux sur les obligations souveraines grecques, qui viennent à nouveau de dépasser le seuil des 7% (taux à 10 ans). Un plan de sauvetage européen existe désormais, mais les conditions dans lequel il pourrait être activé restent floues, aussi politiques que ses principales mesures, dont on commence à douter qu’elles seront assez efficaces.

Espérant détourner les foudres qui les menacent, les Espagnols et les Portugais multiplient dans la précipitation les déclarations de bonne volonté, les premiers annonçant être prêts à tenir les objectifs de réduction de leur déficits à « n’importe quel prix », les seconds avoir de nouvelles mesures de rigueur en réserve. Il en faut plus pour impressionner les marchés, dont il se confirme, en fait de conjuration, qu’ils sont en ce qui concerne la dette souveraine européenne très bien représentés par les banques européennes.

D’autres signaux d’alerte retentissent plus lointains. Aux Etats-Unis, Ben Bernanke, président de la Fed, donne à nouveau de la voix et se fait de plus en plus insistant en entonnant l’air de la réduction du déficit. Au Japon, une dévaluation drastique du yen accompagnée d’amples mesures de création monétaire finançant la dette publique sont proposées par le parti social-démocrate au pouvoir.

Chacune à leur manière et dans des contextes économiques différents, les deux premières puissances mondiales recherchent comment elles vont bien pouvoir gérer au mieux les impératifs contradictoires d’une dette qu’il faudrait réduire d’un côté et amplifier de l’autre, afin de retrouver la croissance ou bien la conserver en soutenant l’économie. L’Europe reste en première ligne, mais le tour des Etats-Unis et du Japon se rapproche inéluctablement. L’un toujours protégé par le dollar, l’autre par son épargne intérieure qui fléchit.

C’est à se demander si la Grèce n’a finalement pas eu de la chance d’être choisie en premier pour l’exemple, bénéficiant à l’arraché de mesures de sauvetage, même si certains considèrent que celles-ci vont la soutenir comme la corde soutient le pendu. On s’interroge non pas sur l’identité de celui des pays pré-sélectionnés qui va la suivre, mais sur la hauteur de la marche qui va être franchie la prochaine fois, la crise montant d’un cran, et rendant peu vraisemblable la réédition du plan de sauvetage grec : on parle de 80 à 90 milliards d’euros sur trois ans pour la seule Grèce. Si l’Espagne devait être aidée, on changerait d’ordre de grandeur.

Mais il ne s’agit pas seulement de cela. Les objectifs de réduction des déficits fixés par Bruxelles ne sont pas tenables et ne peuvent pas tenir lieu de stratégie économique. Pas plus que le plan de sauvetage n’est, contrairement à ce qu’a imprudemment déclaré Christine Lagarde, la ministre française de l’économie et des finances, un mécanisme valable pour de nouvelles crises.

Si aucune avancée dans ces deux domaines n’est effectuée, il faudra revoir les objectifs et repousser les échéances pour le retour aux paramètres de bonne conduite, après avoir constaté qu’elles n’ont pas été tenues ou ne pourront l’être. On se sera entre temps installé, grâce aux premières mesures de rigueur et en raison de l’absence d’un plan européen de relance, peu ou prou dans la déflation, et pas seulement dans quelques pays particulièrement mal en point, comme le concède désormais le président de la BCE, Jean-Claude Trichet. Qu’en sera-t-il de l’euro  ?

Venant de publier ses nouvelles « Prévisions économiques mondiales », le FMI fournit un éclairage juste à propos. S’en tenant pour l’instant à la période qui va jusqu’à la fin 2011, l’organisation internationale estime que le taux de chômage va rester à un niveau élevé, chiffré selon une moyenne peu significative à environ 9%, constatant qu’il continue de monter en raison de « l’expansion continue de la population active  ». Sans qu’il soit besoin de chicaner le FMI pour son chiffrage et ses commentaires, on est en droit de craindre qu’il n’a pas pris en compte – ou les sous-estime en tout cas – les effets des plans de rigueur en cours d’application ou de conception. Mais il constate néanmoins que le chômage ne va pas régresser.

Un autre document, cette fois-ci de l’OCDE, est plus alarmant. Etudiant le chômage des jeunes (moins de 25 ans), il évoque le risque d’une « génération sacrifiée ». Connaissant actuellement, dans les 30 pays de l’OCDE, un taux de chômage de 19%, cette génération aurait des perspectives « plutôt sombres » dans les deux ans à venir. « Les jeunes peu qualifiés qui, même avant la crise, étaient confrontés à de multiples obstacles pour trouver du travail, sont maintenant exposés à un risque élevé et prolongé d’inactivité et d’exclusion”. La question serait de leur fournir, à court terme, un « filet de sécurité ».

Ce n’est pas autre chose que vient de faire, pour les salariés en général, le gouvernement Allemand, en décidant de proroger jusqu’à la mi-2012 les subventions au travail à temps partiel qui ont déjà permis d’éviter que 1,2 millions de travailleurs allemands ne rejoignent les rangs des chômeurs. On voit que la rigueur est facile à décréter mais plus difficile à instaurer.

A l’heure où le dossier des retraites fait l’actualité, et où sont adoptées dans certains pays les premières mesures restrictives, on peut s’interroger sur le sens d’une société où les jeunes vont avoir de plus de difficultés à accéder au marché du travail, alors que les plus âgés en sont sortis de plus en plus précocement (et vont voir leurs retraites très amoindries). Ce n’est pas seulement en raison du vieillissement de la population que le régime des retraites est déséquilibré (sans entrer dans d’autres aspects du dossier), mais aussi en raison de la diminution de la taille du marché du travail.

De fait, la question ne va plus pouvoir être traitée sous son angle purement financier. Elle va impliquer une réflexion plus globale et, à tout le moins, des mesures de protection sociale, faute desquelles la société à deux vitesses que l’on connaît déjà va se développer très rapidement.

C’est dans ce contexte social que la crise de la dette publique va devoir être traitée.

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111 réflexions sur « L’actualité de la crise: le fond de la rigueur, par François Leclerc »

  1. Il serait peut-être intéressant, après avoir consulté billet et réactions, de se pencher d’une autre façon sur les retraites, dont les “fondamentaux” nous sont présentés une fois encore (dont hier matin par A.Minc sur France Inter) comme “incontournables”. Soit on augmente les cotisations, difficile en période de récession, car mauvais pour la consommation, soit on augmente les charges, impensable en période de récession, car mauvais pour l’investissement, soit, donc, on travaille plus longtemps, oubliant le chômage et la productivité. René Passet, lors du dernier débat sur les retraites, avait fait le parallèle suivant : il y a de moins en moins de paysans, donc on devrait mourir de faim !

  2. Comment justifier que le super-Etat européen refuse de soutenir efficacement la Grèce alors que tout le monde s’y est mis pour sauver les entreprises privées que sont les banques ? Il aurait peut-être mieux valu laisser s’effondrer le système bancaire privé quitte à faire un moratoire des dettes pour repartir de zéro, comme l’avaient fait les Athéniens lorsqu’ils créèrent la drachme il y a deux mille cinq cents ans plutôt que de laisser s’effondrer une nation (et pas n’importe laquelle !). Des banquiers, on en trouvera toujours, un peuple, lui, n’a pas à payer pour les inconséquences desdits banquiers. Les Grecs ont toujours vécu à crédit depuis qu’ils ne purent rembourser à partir de 1830, les dettes contractées pendant la Guerre d’Indépendance ! Donc, contrairement à la thèse de Bernanke, qui comme presque tous les économistes a une crise de retard, ce qui a été une catastrophe en 1929, aurait peut-être été bénéfique en 2008!

    1. C’est en effet ce qu’à dit Sorros en début de crise.
      Ne pas aider les banques aurait été beaucoup plus violent, mais beaucoup plus COURT comme crise.
      Et là, on recule pour mieux sauter.. dans l’abime. Génial ce système, non?

      Hors, les “enjeux” des plus riches ont pesé plus lourd.
      On a beau retourner le problème dans tous les sens, on revient toujours et encore à ces pauvres riches qu’il FAUT sauver.
      Alors que nous sommes dans une concentration de richesse supérieure à celle de 1929.

      Moi, je dis : bravo les gars. Coté autodestruction, champions toute catégorie voire, même hors catégorie.
      N’empêche qu’on a bien fait de venir au monde pour voir cette période. Je m’en serais voulu de louper ça 😉 🙂

  3. Le Canada s’oppose à une taxe pour les banques
    http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/international/201004/14/01-4270508-le-canada-soppose-a-une-taxe-pour-les-banques-avertit-flaherty.php

    Mais M. Flaherty croit plutôt que la taxe pourrait encourager le contraire, c’est-à-dire inciter les banquiers à prendre plus de risques puisque la taxe leur donnera l’impression que le gouvernement doit les aider en cas de problème.

    Le ministre canadien estime qu’il y a de meilleures façons d’obtenir le même résultat. Il a proposé la création d’un fonds d’assurance contre les risques du système.

  4. Merci à Lambert Francis de citer la revue TOUDI en ligne. Je ne sais pas où l’on peut trouver ce chiffre qu’il a cité auparavant d’une Wallonie ou Belgique représentant 60% du PIB français (au début du 19e siècle) et, à première vue, cela ne semble pas possible sauf si l’on ne retient que la puissance industrielle éventuellement (le charbon et l’acier)???

    Bien cordialement et à simple titre d’information,

    José Fontaine

    Félicitations aussi pour ce Blog et sa bonne tenue, ce qui change de beaucoup de discussions sur la toile…

  5. Pourquoi vous inquiétez-vous de la hausse des taux des obligations grec, étant donné qu’a chaque fois qu’il y a une levée de fonds, le taux est bien plus bas, et que c’est ce taux qui est réellement payé, le taux du marché est seulement pour les gens qui se les échangent il me semble.

  6. Cela n’a pas tardé. Signe précurseur d’une demande d’activation, la Grèce cherche à clarifier le mécanisme du plan de sauvetage avec la Commission de Bruxelles, la BCE et le FMI, et en a fait la demande par courrier. Le FMI vient d’annoncer qu’il envoyait une mission à Athènes.

    1. Ils vont aller “évangéliser”..??
      Qu’elle sera leur position?

      Blague à part, une réaction relativement rapide comme celle-ci montre bien que certains commencent à mesurer les conséquences futures.
      A quand une impossibilité d’honorer qui provoquerait l’autodestruction finale des “investisseurs”..???

    2. @ F. Leclerc :
      L’analyste de la BNPPARIBAS avait dans un article de FT Alphaville déclaré que ‘les marchés’ étaient fatigués de ce petit jeu du ‘plan d’aide’, activable ou non, par les pays de la zone euro.
      “It must stop. No more spikes in spreads. Flash the cash. Now.”
      A priori, ce n’était pas une déclaration mais bien un avertissement.
      Paul Jorion avait dit dans sa vidéo de la semaine dernière que la durée de réaction sur les évènements se déroulant sur les marchés sont de 48h maximum.

      Moins de 48h se sont écoulés …
      L’UE n’a pas réagit. Les pays de la zone euro non plus. La Grèce, oui. Et advienne que pourra.
      On ne pourra pas reprocher à la Grèce d’être un acteur ‘irrationnel’.

      PS : l’Athex (la bourse d’Athènes) est en pleine augmentation après deux jours de chute. + 2,07%.
      Pour les valeurs bancaires (Athex-CSE banking index), c’est même + 4,23% !!
      http://www.ase.gr/content/en/MarketData/Indices/Prices/default.asp
      Les banquiers seraient-ils contents qu’enfin le FMI intervienne ou que le plan d’aide européen se déclenche ? Etonnant, non ?

      http://ftalphaville.ft.com/blog/2010/04/15/203481/the-greek-debt-merry-go-round-goes-round-again/
      http://ftalphaville.ft.com/blog/2010/04/14/202351/bored-with-greece-bnp-paribas-is-too/

    3. Bien sûûûr, Zebu.

      Regardons l’Islande qui, malgré les 97% de refus de rembourser va tout de même se faire endetter sur des siècles et des siècles…
      Amen.

      C’est TOUT le système qui est “maintenu” en dessus de cette épée de Damoclés.
      L’amusant, est qu’il s’y est mis tout seul…

  7. Une question me vient à l’esprit en lisant les différents billets de François Leclerc et Paul Jorion: pourquoi pensez vous au Portugal et à l’Espagne comme les prochaines victimes de la spéculation sur l’endettement publique? Je comprends que leur dette et surtout leurs déficits soient un réel problème, comme cela était le cas pour la Grèce (qui y a pour son malheur ajouté une tendance à la fraude et la dissimulation, en esprit si ce n’est dans la réalité). Mais quand je repense à la situation de la Grèce juste avant que ça ne tourne très mal pour elle, je ne peux m’empêcher de trouver l’analogie bien plus pertinente avec le Royaume Uni.

    Voilà un pays qui va bientôt changer de gouvernement (probablement sans majorité claire), dont les déficit sont autrement plus abyssaux (12% du PIB), dont l’économie repose sur une City dévastée et qui n’a même pas le parapluie (certes léger dans le cas de la Grèce) de l’euro! Pire, le sauvetage du Royaume-Uni s’il venait à suivre le chemin de la Grèce serait tout simplement in-envisageable, car dépassant de loin les capacités des états amis.

    Bref, d’ici 3 semaines je me demande s’il ne fera pas meilleur être portugais, espagnole ou même grec
    qu’anglais…

    1. Pourquoi après la Grèce viendront l’Espagne et le Portugal? Parce que ces pays sont dirigés par des socialistes! Alors que le Royaume-Uni non.
      Je plaisante???

    2. Mon dieu!!
      Quand je pense que notre président citait il y a encore peu Jaurès!!!!
      Tous aux abris!!!!

      🙂

    3. J’en suis bien d’accord : il n’y a que l’embarras du choix!

      En prélude à la réunion des ministres des finances de l’eurozone du week-end à venir, à Madrid, Jean-Claude Junker vient de déclarer  à l’Expansion : “Nous avons eu recours à ces prêts parce qu’il n’y avait pas d’autre solution au sein du traité de l’UE. Pour le futur, il faudra instaurer un mécanisme européen, sans que cela n’autorise certains pays membres à se relâcher et à ne pas lancer leur assainissement budgétaire”, ce qui vaut aveu implicite du fait qu’il pense que ce n’est pas fini. « Il n’est pas exclu, toutefois, que nous ayons besoin d’un changement de traité”, a-t-il ajouté.

    4. @ Julien :
      A socialiste, 1/4 de socialiste alors …
      Le PASOK n’a rien à envier aux partis sociaux-démocrates espagnols et portugais (quoique …).
      Par contre, dans les ‘PIGS’, si décriés, il y a l’Irlande, avec le Fianna Fail (centre-droit voir droite type UMP). Sans compter que l’on peut aussi parler de l’Italie de Berlusconi, dans le lot des pays ‘concernés’.
      Mais il est vrai que l’Irlande a appliqué immédiatement la politique de rigueur nécessaire dès février 2009 et que l’Italie de Berlusconi a encore de beaux jours devant elle pour les marchés … parce qu’il y a Berlusconi au pouvoir et que l’on sait compter sur lui (il a déjà suffisamment prouvé combien il connaît la déflation) !!
      Cordialement.

      PS : ceci dit, il reste que les ‘seuls’ pays dont on parle actuellement sont des pays à gouvernements sociaux-démocrates (je n’ose inclure le gouvernement anglais dans le lot, tant ceci semblerait incongru). Les autres pays gouvernés par les sociaux-démocrates, notamment du nord de l’UE, ont appliqué à la lettre les ‘bonnes gouvernances’ depuis déjà lurette, leur évitant ainsi ‘la fessée’ que les marchés administrent à la Grèce.

  8. http://www.leap2020.eu/GEAB-N-44-est-disponible–Crise-systemique-globale-USA-UK-Le-couple-explosif-de-la-seconde-moitie-2010-Ete-2010-la_a4523.html

    Je ne sais pas s’il faut prendre au serieux ces prospectives, mais les lendemains qui chantent de la reprise ne semblent pas pour demain.

    Si l’on as tres justement admis, certe apres la bataille, que les arbres ne montaient pas au ciel, tout autant, il me semble que la poche de l’epargnant n’est pas sans fond et que le besoin de financement rien que des USA est insoluble.

  9. @ F. Leclerc et à tous :
    Un autre élément de réflexion, ‘inversé’ dirais-je et auquel je n’avais pas pensé (comme quoi, il suffit de changer sa position pour changer son regard) :
    “Les Bunds ont bénéficié ces dernières semaines des problèmes persistants de la Grèce, qui ont alimenté un mouvement de refuge vers la sécurité des emprunts d’Etat. Une résolution de ce problème, même à court terme, pourrait raviver l’appétit des investisseurs pour le risque.”
    http://www.investir.fr/infos-conseils-boursiers/actus-des-marches/infos-marches/obligataire-les-bunds-patissent-de-la-requete-de-la-grece-243147.php

    En clair, la situation de la Grèce (maintenue ‘en vie financière’, non faillie mais non sauvée non plus) … profiterait aux bunds allemands !! Que la situation se ‘résolve’, d’une manière ou d’une autre et les bunds allemands seront pour le coup moins attirants. Alors que tout le monde avait le syeux rivés sur l’augmentation du spread AU DETRIMENT de la Grèce, personne n’a relevé aussi qu’à l’inverse le spread était A l’AVANTAGE de l’Allemagne pour accéder prioritairement et à moindre coût aux financements … Et plus la position de l’Allemagne était intransigeante quant à la résolution de la crise et plus le spread était favorable à celle-ci et défavorable à la Grèce.
    Evidemment, vu comme ça, on comprend que les allemands n’étaient pas très favorables à un plan IMMEDIAT pour sauver la Grèce. Et que la Grèce, ne voyant rien venir, préfère prendre les devants et arrêter de payer … pour l’Allemagne.
    La course aux obligations et aux financements, comme mobile de la perpétuation de la crise (attention, je n’ai pas dis ‘à l’origine’).

    Qu’en pensez-vous, François Leclerc ? Plausible ou pas ?

    1. Vous pourriez aussi dire qu’à 6% et plus les obligations grecques ont été une bonne affaire pour ceux qui ont souscrits et estimé qu’un sauvetage interviendrait nécessairement, sous une formule ou une autre.

      Je ne crois pas que le calcul que vous évoquez soit plausible. Le taux des bunds est resté globalement stable et les Allemands n’ont rencontré aucune difficultés avec leurs émissions, qui auraient justifié de les rendre plus attractives, au moins relativement.

    2. @ F. Leclerc :
      C’est sûr, vous avez raison : à 6%, ceux qui en profitent le plus, ce sont ceux qui ont eu accès au ‘pactole’ de la dette (sauf risque, très minime mais ‘nucléaire’, d’annulation de la dette grecque).
      Je parlais de cette hypothèse car l’article faisait état suite justement à l’annonce de la lettre à l’UE du ministre des finances grec et de la sollicitation du FMI d’une baisse du ‘rendement’ du bund :
      “Le contrat de juin sur le Bund perd 19 points, à 122,95, tandis que le Bund à dix ans se replie à 100,77, pour un rendement de 3,154%.”

      Est-ce anecdotique, sans relation ou est-ce parce que je n’y comprend (absolument, tout à fait) rien ?

  10. Le fond de la rigueur? Peut-on faire mieux qu’aux USA en ce moment? Voir à ce sujet deux articles sur l’augmentation des saisies immobilières:

    Dans le New York Times (en anglais, évidemment):

    http://www.nytimes.com/2010/04/15/business/15mortgages.html?ref=business

    Et dans Capital, la revue française:

    http://www.capital.fr/immobilier/actualites/le-nombre-de-saisies-de-logements-en-forte-hausse-aux-etats-unis-493893

    Nota: Le “mieux” que Capital semble espérer à la suite de RealtyTec tient sans doute au programme de “modification des hypothèques” des ménages en défaut de paiement. Selon le papier du NYTimes précité, ces ‘modifications’ ne feraient à la base pas grand chose pour régler le problème, car, après rééchéancement de leur dette, les emprunteurs sont toujours incapables de payer. Ceci va de pair avec l’annonce de la nouvelle augmentation des demandeurs d’allocations chômage.

  11. “Europe, figure spirituelle” disait E.Husserl dans un discours prophétique prononcé à Vienne en mai 1935.

    Eh bien, Europe, pour reprendre le titre du dernier essai de Peter Sloterdijk: “Du muBt dein Leben ändern”, tu dois changer ta vie, ce que les entrepreneurs politiques européens, à l’exception de l’Irlande et des Pays-Bas qui se sont mis ou vont se mettre avant les autres le harnais, ne parviennent pas à comprendre, et il va etre intéressant comment des gouvernements de gauche ou de centre-gauche, PVDA, le parti qui semble se profiler comme le vainqueur des élections de juin vont gérer la rigueur contrainte, dans le cas des Pays-Bas, des coupes annuelles d’entre 29 et 37 milliards d’euros pendant cinq ans, Dutch cutbacks proposals unique in Europe

    Evidemment si votre billet, par l’ampleur de son spectre n’incite guère à l’optimisme ce qui reste le plus remarquable à l’examen du panorama de la ‘global economy” aux yeux d’observateurs non-européens est l’absolue incapacité de gestion de la crise grecque, l’UE semble aux yeux des Sud-Américains, friands du genre, la nouvelle ‘Telenovela’ ( avec, très symboliquement parralèlement, les mouvements de retraits des pays demandeurs d’une adhésion à l’UE, et, en un rappel douloureux de la récente actualité, la recommandation du gouverneur disparu de la Banque Centrale de Pologne de ne pas précipiter le passage du zloty à l’euro ), car,
    faut-il le rappeler, il était prévu d’annoncer les détail du plan UE / FMI ( ‘Codename: SCHULD, un mot à deux entrées en allemand, parfait dans le contexte ) demain à l’occasion de la réunion Ecofin qui aura lieu demain à Madrid, le commissaire Ollie Rehn chargé de la tache ingrate de maintenir la pression et menacer les autres pays ‘passagers clandestins’ de l’Eurozone, et que le FMI fait savoir maintenant, un camouflet de plus pour l’UE et la BCE, qu’il se rendra à Athènes le 19 Avril.

    Pour terminer sur une note positive, je rappelerais que le fondement de l’unité de cette ‘figure spirituelle’ évoquée par E.Husserl, avait comme source principale l’esprit de la philosophie grecque, la Raison et l’esprit critique, la rationnalité universelle de l’esprit critique, pouvant faire surgir, selon ces termes, ‘une supranationalité d’un type entièrement nouveau, la forme spirituelle de l’Europe..un nouvel esprit, un esprit de libre critique et de normation par des taches infinies ‘. Que ses voeux puissent etre exaucés…

  12. Juste une petie idée concernant la déflation. En baissant les prix ont favorise la demande et ont diminu l’ccés au crédit. Le problème de solvbilité des banques devrait donc en fin de compensation s’améliorer a condition que la mase monnaitaire diminu mais soit compensé par une plus grande fluidité de l’argent.

    9a doit pouvoir se mettre en place se genre de mécanisme. Puisque le but reste de toute façon de faire tourner l’économie. Sauf bien sur pour ceux qui ne s’iterresse qu’aux plus value. Il y a donc un choix a faire entre l’optimisation des bénéfices et la stabilité du système.

    La stabilité restant la seul argument valable en face de la déstabilisation qui dans beaucoup de cas amméne a la chute.

    C’était juste en passant, puisque persoone ne fait de billet sur la déflation.

    1. Je me demandais d’ailleurs pourquoi les billets de François Leclerc ne sont pas des articles “press’lib” comme ceux de Paul ? Ils mériteraient d’être très largement diffusés.

    2. Ce n’est pas mentionné, mais ils sont libre de reproduction…et ils sont reproduits !

  13. La Grèce n’aura probablement pas besoin de recourir au plan de soutien financier mis au point par les pays de la zone euro, a déclaré vendredi le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaeuble, à la radio allemande Suedwestrundfunk.

    “Nous pensons toujours que les Grecs sont sur la bonne voie et qu’ils ne devraient pas avoir besoin de recourir au plan de soutien”, a déclaré le ministre.

    Wolfgang Schaeuble a souligné que si la Grèce désirait utiliser les prêts de 30 milliards d’euros prévus par ses partenaires de la zone euro, elle devrait le faire au taux du marché : “Nous ne pouvons accorder aucun taux préférentiel, cela invaliderait le pacte de stabilité européen”.

    Le ministre a précisé que le gouvernement autoriserait la banque publique KfW Banking Group à fournir un prêt à la Grèce, et qu’il garantirait ce prêt.

    Investir

    1. Elections obligent, il est évident que les allemands cherchent à se convaincre que la Grèce n’aura pas besoin d’aide.

      La Tribune titre : “La Grèce au bord de l’activation de l’aide de l’Europe et du FMI”. Les grecs demandent à entamer des discussions avec les autorités européennes et le FMI car le taux de l’obligation à 10 ans est passé à plus de 7,3% hier.

      Ca se précise donc et les politiques vont devoir faire un choix plus tôt qu’ils ne le pensaient.

    2. Et pendant ce temps là, DSK, préconise une baisse générale des salaires du privé en Grèce….
      DSK l’homme de la déflation?
      Il faudra s’en rappeler en 2012…

  14. Dans “Charlie-hebdo” de cette semaine, Bernard Maris dit que la Grèce va emprunter 50 milliards à 8% aux banques, alors que la BCE prête à 1% à ces mêmes banques ! Cherchez l’erreur !

  15. Juste pour dire que c’est à chaque fois un immense plaisir de lire du François Leclerc : un économiste littéraire. Ou un littéraire économiste. Le Balzac des budgets, en quelque sorte. De ceux dont la hauteur de vues, qui ne se formule plus, ni en équations, ni en concepts, mais bien en paradigmes, atteint une très impressionnante vériclarté.

  16. Pour continuer sur le Portugal, et “le fil rouge”, voici un intéressant article du NYT :

    http://economix.blogs.nytimes.com/2010/04/15/the-next-global-problem-portugal/?src=me&ref=business

    J’ai du mal à comprendre la logique du paragraphe ci-dessous. Pourquoi est-ce la BCE qui décide si le Portugal, ou la Grèce peuvent émettre de la dette? Quelqu’un peut-il m’éclairer ? Merci.

    “Last week the European Central Bank had a chance to dismantle this doom machine when the board of governors announced new rules for determining what debts could be used as collateral at the central bank.

    Some anticipated the central bank might plan to tighten the rules gradually, thereby preventing the Greek government from issuing too many new bonds that could be financed at the bank. But the bank did not do that. In fact, the bank’s governors did the opposite: they made it even easier for Greece, Portugal and any other nation to borrow in 2011 and beyond. Indeed, under the new lax rules you need only to convince one rating agency (and we all know how easy that is) that your debt is not junk in order to get financing from the European Central Bank.”

    1. Si de la dette émise par un Etat est noté en dessous du plancher défini par la BCE pour accepter en garantie des titres, les banques ne peuvent alors plus acheter cette dette, qu’elles ne peuvent échanger auprès de la BCE contre des liquidités en prêt.

  17. Je crois rêver lorsque je lis les doctes avis de nos brillants commentateurs : mon dieu !!, comment allons nous faire pour payer ces emprunts à des taux pareils ?? Et comment ils vont faire les chômeurs pour faire face ? C’est simple, quand on pousse le bouchon trop loin ( par exemple en agitant une torche enflammée devant le chat, tout en l’acculant dans un coin, loin de la porte de sortie, et bien le chat vous saute à la figure toutes griffes dehors). C’est exactement ce qu’est en train de faire la maffia mondiale qui nous dit depuis des lustres que le progrès technique, est la clé de la réussite et du bonheur !! A la finale, on s’aperçoit que le progrès technique fabrique du chômage (une machine égale “x” travailleurs) parce que les revenus qu’il génère ne sont pas redistribués à l’ensemble de la population, soit en diminution du temps de travail, soit en numéraire, mais ces revenus, ne sont pas perdus pour tout le monde, et ceux qui en profites, sont de moins en moins nombreux, mais en profite de plus en plus. Tout cela pour dire que l’équation travail = salaire est complètement dépassée dans la mesure ou l’on ne donne plus de travail (lequel est de moins en moins nécessaire, vu justement le progrès technique). Conclusion, cela va péter un sacré coup, quand tout le monde aura pigé l’arnaque. Et comme toujours, il y aura des bavures et de la viande collé au mur !! Bon courage aux nouvelles générations, car la lame de fond c’est eux qui n’ont plus d’avenir.

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