Archives par mot-clé : Chine

Le temps qu’il fait, le 28 mai 2010

Je fais le bilan de l’année écoulée en réexaminant les prévisions que j’avais faites dans un entretien à « Parlons net », sur France Info le 5 juin 2009.

La conversation avec Éric Woerth, alors ministre du Budget, aujourd’hui ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique.

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L’actualité de la crise: banques qui rient, banques qui pleurent, par François Leclerc

Billet invité.

BANQUES QUI RIENT, BANQUES QUI PLEURENT

C’est en passe d’être réalisé : une loi de régulation financière va être dans les semaines à venir promulguée par Barack Obama, après un rapprochement des textes successivement adoptés par la Chambre des représentants et du Sénat qui va permettre d’encore en édulcorer l’ensemble. Les mégabanques ont d’ores et déjà remporté aux Etats-Unis une écrasante victoire dont elles entendent se prévaloir, dans le monde entier, afin de poursuivre leurs jeux délétères. Il n’y a pas à tergiverser, mais à s’interroger sur ses conséquences.

Avec l’appui de l’administration – en dépit de quelques batailles menées par des agences de régulation et d’escarmouches à portée limitée – et avec le soutien qui ne s’est pas démenti, sauf à l’occasion d’alertes qui n’ont pas duré, d’un Congrès miné par le lobbying et la corruption, les mégabanques viennent d’illustrer le fameux « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». La gloire n’était qu’accessoire, elles se contenteront de la victoire. Seuls quelques élus auront tenté de sauver l’honneur, sans succès.

Durant ces mois de travail législatif, Barack Obama n’aura cessé de mettre en scène son courroux et sa détermination pour masquer qu’il n’entendait pas mettre la bride sur le cou au capitalisme financier dont il est en réalité, avec son administration, partie largement prenante. Justifiant l’utilisation du concept d’oligarchie pour qualifier le pouvoir qu’il représente, certains préférant le terme de ploutocratie.

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L’actualité de la crise: le marché monétaire atteint, par François Leclerc

Billet invité

LE MARCHE MONÉTAIRE ATTEINT

A un rythme choisi, mais suivant des modalités qui convergent, les gouvernements européens s’engagent dans la voie d’une austérité injuste, que l’on n’appellera pas rigueur, car elle est tout sauf rigoureuse.

Laissons à l’OCDE, célèbre pour sa pantalonnade à propos de la radiation les uns après les autres des paradis fiscaux de la liste de la honte, le soin de mettre les points sur les « i ». Présentant un rapport sur l’économie Française, son secrétaire général Angel Gurria a dit aujourd’hui tout haut ce qui n’est encore exprimé que mezzo voce dans la plupart des capitales européennes. Laissant encore espérer que l’austérité salariale et les coupes dans les programmes sociaux, c’est pour les autres.

“La France est bien placée pour assurer une reprise solide à la suite de la crise économique, à condition qu’elle redresse ses finances publiques en opérant des coupes dans les dépenses et en réformant son système de retraites. (…) Des réformes structurelles supplémentaires sont nécessaires”, ajoute-t-il pour ne pas être en reste, la principale étant à ses yeux une refonte qualifiée de “vitale” du marché du travail :”le coût du travail doit être réduit, et les taux d’emploi parmi les travailleurs âgés et les jeunes peu qualifiés doivent être accrus”.

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L’actualité de la crise: le pivotement du monde, par François Leclerc

Billet invité

LE PIVOTEMENT DU MONDE

Il y a comme une confusion et une précipitation montantes dans l’air, rien sur le marché boursier ou sur le cours de l’euro ne préfigurant une accalmie, comme si la crise était rampante et durable et pouvait à tout moment jouer un nouveau tour. Ce n’est pas seulement le cas en Europe, où le gouvernement allemand continue de jouer en solo pour se faire entendre, mais également aux Etats-Unis. A l’occasion, là-bas, du bouclage de la loi de régulation financière, qui continue d’être à rebondissements. Elle est pour l’instant bloquée, un compromis sur les produits dérivés n’ayant pu être trouvé, les banques jouant l’intransigeance via leurs alliés au Sénat, après avoir été pris à contre-pied.

La face du monde – et la poursuite de la crise – ne vont pas pour autant en être changés, mais il faut prendre cette situation pour ce qu’elle est : l’expression d’une grande indécision à propos de ce qu’il convient de faire, alors que l’étau continue de se resserrer et les contradictions de s’intensifier. Ce tunnel, décidément, est sans fin, et a-t-il une issue ? Des dynamiques contradictoires s’affrontent avec vigueur, entre ceux qui veulent reprendre le cours de leurs occupations spéculatives et ceux qui doivent gérer les dégâts que les premiers ont laissé derrière eux, sans en avoir les moyens.

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Vers un « mark reconstitué » ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

C’est un beau tollé ce matin, une belle levée de boucliers : « Regardez ce qu’a fait l’Allemagne : elle enfonce encore davantage l’euro ! ». Ou encore, le titre d’un article du Wall Street Journal : « L’interdiction par l’Allemagne des positions nues dans la vente à découvert de certains instruments de dette et des Credit–Default Swaps, ainsi que de certains titres cotés en bourse, pourrait affaiblir l’économie globale ». Ah ! quelle touchante sollicitude de la finance spéculative pour l’économie globale ! Elle a parcouru du chemin apparemment depuis 2008, ne nous plaignons donc pas !

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne donne pas pour autant l’Allemagne perdante. Ni la Chine d’ailleurs, à l’autre bout du monde. Le tri est en train de se faire à vive allure entre les gagnants et les perdants. Curieusement je ne vois pas le Royaume-Uni parmi les gagnants – malgré sa garde prétorienne imposante de hedge funds.

Si la France et les autres ne rejoignent pas rapidement l’Allemagne dans sa mise au pas de la finance spéculative, on risque de voir se constituer un euro « vitaminé », équivalent à un « mark reconstitué », regroupant l’Allemagne et sa zone d’influence en Europe – qui ne s’étend pas seulement au Benelux et à l’Autriche, mais peut inclure aussi une grande partie, voire la totalité des anciens pays communistes d’Europe Centrale. Il y aurait alors au centre, un Saint-Empire, et sur le pourtour, ce qu’on appelait à l’époque, les « marches » : « zones de confins entre deux dominations », si l’on en croit le dictionnaire. Il ne faudra pas alors venir se plaindre.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise: briser l’encerclement de la dette, par François Leclerc

Billet invité.

BRISER L’ENCERCLEMENT DE LA DETTE

Deux réunions vont se tenir en Suisse ce dimanche et en début de semaine, dont nous ne saurons probablement pas grand chose. Mais ce n’est pas la discrétion qui les entoure qui fait en soi leur intérêt, mais plutôt leurs objets respectifs. La première est une réunion régulière de la Banque des règlements internationaux (BRI), la seconde un forum organisé conjointement par le FMI et la Banque nationale suisse (BNS), la banque centrale du pays.

La crise européenne est suivie de près dans le monde entier, en raison de ses conséquences systémiques potentielles à court terme, et de ses incidences à moyen terme : l’Europe, première puissance économique, représente plus de 30% du PIB mondial. Le G7 s’est donc penché dessus dans l’urgence vendredi dernier, à l’occasion d’une téléconférence.

Quant aux banques centrales, restées aux premières loges de la crise générale depuis son démarrage, elles ont de nombreux sujets à discuter ce week-end. Notamment Bâle III, cette future réglementation internationale qui vise à renforcer les fonds propres des banques, et qui est l’objet d’un bras de fer avec les Américains d’un côté et les Européens de l’autre.

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L’actualité de la crise: nous y sommes!, par François Leclerc


Billet invité.

NOUS Y SOMMES !

La dynamique de la crise européenne joue désormais à plein.

Tandis que les taux obligataires continuent de grimper (dépassant pour les obligations à 10 ans le seuil de 11% dans le cas de la Grèce et celui de 5% pour le Portugal), deux autres alarmes retentissent. Les taux courts grecs (à deux ans), sont plus élevés que les taux longs, signe de la crainte que la Grèce fasse désormais défaut. Les unes après les autres, les bourses baissent brutalement, en raison de la chute des valeurs financières, c’est à dire des banques. Ceci en raison de leur exposition à la dette grecque, de leurs engagements auprès des établissements grecs, ainsi que de l’existence de filiales grecques quand elles en ont une.

Un autre aspect de la crise n’est pas encore apparu mais est menaçant : l’abaissement de la note de la dette souveraine de plusieurs pays, en cours, va avoir comme conséquence la fermeture du guichet de liquidités de la BCE pour leurs banques, ne pouvant plus donner en garantie les obligations d’Etat, les déstabilisant totalement alors et induisant un effet domino dans toute l’Europe. La crise atteint le système bancaire de plein fouet. A tel point que l’économiste en chef de Citi, Willem Buiter, a rompu son silence et vient d’expliquer dans une note publiée par le Financial Times que les pays de la zone euro n’avaient désormais plus d’autre choix que de sauver les pays attaqués par les marchés ou bien se préparer à renflouer leur système bancaire. Précisant qu’à son avis la première solution serait la moins onéreuse.

Tandis que le FMI, l’OCDE et la BCE font depuis ce mercredi matin le siège des autorités allemandes à Berlin, car le calendrier de prise de décision qui était hier encore envisagé n’est plus tenable, la convocation d’une réunion des chefs d’Etat se précise : pour l’instant Herman Van Rompuy, président en exercice du Conseil Européen, évoque la date du 10 mai. Visionnaire mais un peu décalé, Nicolas Sarkozy vient pour sa part de commencer sa visite en Chine, accompagné de son épouse, afin de préparer “un nouvel ordre monétaire multipolaire”…ainsi que sa présidence à venir du G20.

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L’actualité de la crise: la dette, un cadavre dont on ne peut se débarrasser comme ça, par François Leclerc

Bilet invité.

LA DETTE, UN CADAVRE DONT ON NE PEUT SE DÉBARRASSER COMME ÇA

La série à suspens grecque a focalisé ces dernières semaines toute l’attention, faisant presque oublier que la crise de la dette publique était globale et touchait potentiellement tous les pays occidentaux.

L’Europe, et plus particulièrement la zone euro, était et reste sur le devant de la scène, faisant passer au second plan des situations tout aussi préoccupantes (pour manier la litote) mais pas encore arrivées à maturité : celles du Japon et des Etats-Unis. Les deux premières puissances occidentales où ont été émises les plus grandes masses de dette publique, ce qui mérite d’être rappelé.

Le Japon, plus que jamais condamné à une déflation dont il ne parvient pas à sortir, est dans une situation à force inextricable. On dit souvent, pour décrire le financement de son énorme dette publique, qu’il provient de l’épargne intérieure, à la différence de celui des Etats-Unis. Ce qui est exact mais omet de préciser qu’une grande partie de la dette japonaise est en réalité achetée par les banques du pays, qui se financent auprès de la Bank of Japan où elles déposent en garantie les obligations souveraines qu’elles ont acquises.

L’épargne des ménages joue parallèlement son rôle, mais elle parvient de moins en moins à éponger les nouvelles émissions, tandis que le bilan des banques – et de la BoJ – continuent de gonfler. Par voie de conséquence, le Japon commence à se tourner vers les marchés financiers internationaux, ce qui ne va pas être sans conséquences pour les autres pays.

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L’actualité de la crise: ils marchent sur notre tête, par François Leclerc

Billet invité

ILS MARCHENT SUR NOTRE TETE

Après la Chine, coupable d’obstinément sous-évaluer sa monnaie afin de favoriser ses exportations, l’économie occidentale vient de se trouver un deuxième grand responsable des déséquilibres mondiaux qui la perturbent gravement : voici venu le temps de l’Allemagne, dénoncée comme appliquant une politique néfaste de modération salariale, à qui l’on demande désormais de diminuer les impôts (pour ne pas donner à quiconque de mauvaises idées).

On remarquera qu’il s’agit des deux plus grandes puissances économiques exportatrices mondiales, atteintes d’un mal que l’on n’avait pas encore détecté et que le docteur Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et président (tournant) de la Banque des règlements internationaux, vient de diagnostiquer avec perspicacité sur les ondes de la radio française BFM : “La situation où un pays accumule les excédents est une situation qui traduit un déséquilibre entre la consommation et la production” (sic). On est loin du temps où la puissance d’un pays se mesurait aux excédents de sa balance des payements !

Dans les deux cas, ces pays et la politique économique qu’ils défendent sont montrés du doigt, sommés de la corriger afin de contribuer à remettre sur ses pieds un monde qui marcherait dorénavant sur sa tête (ce que l’on avait déjà remarqué). Ceux-là mêmes qui avaient hier droit aux félicitations du jury. Les impétrants, on ne s’en étonnera pas, protestent de leur innocence et se drapent outragés dans leurs vertus en prétendant ne rien vouloir changer.

Les réactions n’ont pas tardé. Aux Etats-Unis, des sénateurs annoncent vouloir déposer une loi prévoyant des sanctions (des taxes à l’importation) pour les pays dont la monnaie sera sous-évaluée. On attend avec intérêt la définition des critères d’évaluation de la juste valeur de la monnaie, ainsi que l’acronyme de la nouvelle agence fédérale chargée de la calculer ! En Europe, le premier de la classe est sommé de diminuer ses impôts, afin que le danger d’une déflation qui est aux portes du continent s’éloigne.

Dans les deux cas, la Chine et l’Allemagne devraient, afin de remettre le monde à l’endroit, réorienter leur activité économique en privilégiant le développement de leurs marchés intérieurs (en accroissant le pouvoir d’achat). Nous en sommes là ! pas à un paradoxe près, si l’on contemple les effets de la politique de distribution de la richesse de ces dernières décennies, dont cela n’était pas spécialement l’objectif principal !

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La remise en question nécessite un retour du courage politique, par Homard

Billet invité.

Christine Lagarde a critiqué en début de semaine la politique économique allemande. La ministre reproche à l’Allemagne sa stratégie fondée sur la compétitivité de sa production de biens et services à l’export. Les Allemands ont gagné de nombreuses parts de marché en modérant leurs coûts salariaux ces dernières années. Ce dumping social, que les Européens critiquent tout bas, a été remis en cause de façon judicieuse par C. Lagarde.

Cette attaque en règle a fait la une du Financial Times en début de semaine. En France, le premier réflexe a été d’incendier la ministre. Au lieu de critiquer et jalouser nous dit-on, notre pays ferait mieux de s’inspirer du modèle allemand et d’améliorer sa compétitivité afin d’en finir avec une balance commerciale déficitaire. Alors oui, les Allemands déposent plus de brevets que nous, consacrent une plus grande part de leur PIB à la recherche, dépensent plus pour l’éducation et disposent d’un tissu industriel de PME solides et innovantes. Mais alors pourquoi les écarts se sont-ils creusés à partir de 2002 quand l’Allemagne a clairement modifié sa politique en comprimant les salaires ? Soyons honnêtes, il n’est pas contestable que l’Allemagne bénéficie d’avantages structurels, mais ces atouts n’expliquent en aucune façon l’écart considérable, qui se creuse sans cesse, entre les déficits de la balance commerciale de la grande majorité des pays de la zone euro et l’excédent de notre voisin d’outre Rhin.

La critique est d’autant plus ardue que les salaires allemands ne sont pas spécialement faibles dans l’industrie. Mais ils stagnent depuis longtemps alors que les coûts salariaux ont augmenté de plusieurs dizaines de points de % dans les autres pays de la zone euro depuis 1995. De plus, les Allemands, en exportant massivement, ont aujourd’hui l’économie probablement la plus solide du monde, même si comme partout ailleurs l’endettement public s’envole. Cette stratégie s’est donc révélée payante pour l’Allemagne, jusqu’à maintenant, et au prix de l’affaiblissement des autres pays de la zone euro. Certains ont compensé, comme la Grèce et l’Espagne, en ouvrant les bras à l’endettement et à une croissance artificielle dopée par l’envolée des prix immobiliers. Certes, ces pays n’ont pas fait preuve de la plus grande rigueur budgétaire. L’écart croissant entre la France et l’Allemagne au sujet des déséquilibres de la balance commerciale est plus révélateur. Selon une étude de Natixis, au moins 30% de cet écart vient du « dumping social » provoqué par l’Allemagne. Il faut également mentionner qu’en délocalisant dans les pays à bas coûts, les Allemands ont accru leur compétitivité au détriment de l’emploi domestique, aussi faible qu’en France. Pour un pays aussi fortement exportateur, on aurait pu penser que le taux de chômage serait mieux orienté qu’il ne l’est, à l’instar du Japon ou de la Chine qui ont peu de chômeurs grâce à la vigueur de leurs exportations.

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Un moyen révolutionnaire de réduire le surplus commercial de la Chine

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

En 2005, le yuan – encore appelé renminbi – la monnaie chinoise, cessa d’être exclusivement ancré au dollar pour l’être dorénavant à un panier de devises où le dollar américain continue cependant de dominer massivement. Depuis juillet 2008, le cours du yuan a à peine fluctué autour du cours de 6,83 yuan pour un dollar. Cet ancrage permet une grande stabilité dans les opérations commerciales entre la Chine et les États-Unis. Ces derniers se plaignent amèrement de cet état de fait qui équivaut selon eux à un dumping sur l’ensemble des marchandises produites en Chine, la monnaie chinoise s’étant de facto appréciée mais étant sérieusement sous-évaluée du fait de cet ancrage.

Quand les États-Unis réclament le désancrage du yuan par rapport au dollar, ils invoquent en sus du caractère « déloyal » de l’ancrage actuel, également la simple logique économique : « Votre surplus commercial est considérable, disent-il en substance aux Chinois : réévaluer votre devise vous permettra de le faire baisser ». Ce surplus s’élève en effet aujourd’hui à 284,1 milliards de dollars, une somme qui reste considérable même si elle est en baisse de 35 % par rapport au montant qui était le sien l’année dernière.

Mais depuis janvier, la Chine est moins disposée que jamais à se conformer aux vœux des États-Unis puisque ceux-ci ont promis de livrer à Taïwan du matériel militaire pour un montant de 6,4 milliards de dollars. Une consigne circulerait en Chine enjoignant aux banques de cesser d’acheter de la dette émise par les compagnies américaines ainsi que les titres adossés à des crédits immobiliers émis par les Government–Sponsored Entities, Fannie Mae et Freddie Mac. Il y a d’autres motifs possibles à cet arrêt que des représailles pour les ventes d’armes à Taïwan : le simple bon sens économique en est un, alors que la reprise aux États-Unis – si reprise il y eut – s’essouffle, un autre est le fait que la Federal Reserve cessera au printemps d’acquérir ces titres constitués de crédits immobiliers et que leur valeur pourrait du coup baisser considérablement. Quoi qu’il en soit, la Chine s’abstient soigneusement de démentir qu’il pourrait y avoir un rapport entre l’arrêt dans l’achat de la dette immobilière ou des entreprises et la vente d’armes à Taiwan.

« Il serait bon que nous réduisions notre surplus commercial, disent les Chinois, qu’à cela ne tienne, nous connaissons le moyen, et il est indépendant du cours de notre devise ». Le moyen auquel ils ont décidé de recourir n’a en effet qu’un rapport indirect avec le yuan : il réduit la dépendance vis-à-vis du taux de change de la devise parce qu’il fait que la bonne santé économique de la Chine dépendra moins à l’avenir du niveau de ses exportations, l’accent étant désormais mis sur le développement du marché intérieur.

J’expliquais dans « La crise du capitalisme américain » (2007 ; 2009) que la Chine ferait des États-Unis la locomotive de sa révolution industrielle aussi longtemps que cela serait possible et qu’une fois l’Amérique épuisée, elle se tournerait alors vers son marché intérieur (pp. 237-238). La stratégie n’a peut-être pas pu être appliquée aussi longtemps que les dirigeants chinois l’auraient espéré mais ils mettent maintenant en pratique la recette envisagée dès l’origine : le moyen qui permettra de réduire le surplus commercial de la Chine est aussi celui qui lui autorisera le développement de son marché intérieur. La stratégie choisie est à la fois logique et révolutionnaire – il s’agit du type-même de remède que l’Europe et les États-Unis ont exclu de leur panoplie pour des raisons idéologiques : augmenter les salaires. Dans la province du Jiangsu, en Chine Orientale, le salaire minimum vient d’être augmenté de 13 % pour y attirer la main d’œuvre et il ne s’agit pas d’une mesure isolée : Shanghai augmentera le salaire minimum au 1er avril. D’autres provinces ont déjà annoncé qu’elles suivront. Et il n’y a là matière à aucune surprise : les ordres viennent d’en haut.

Les Chinois ne sont décidément pas des gens comme nous !

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L’actualité de la crise: digestion très laborieuse pour les deux bulles financières, Par François Leclerc

Billet invité.

DIGESTION TRES LABORIEUSE POUR LES DEUX BULLES FINANCIERES

La crise est-elle soluble dans l’eau ? C’est la question que certains doivent se poser, qui l’espèrent encore, afin que les affaires repartent sans trop tarder. Mais ce qui est en train de se passer ne répond pas exactement à leur attente. Car nous constatons que les deux grosses bulles financières résultant des mesures de sauvetage et de relance que les gouvernements ont adopté – la bulle privée et la publique – ne sont pas près d’être résorbées et commencent à produire, chacune, de sérieux dégâts. Dans un contexte où la sortie de la récession est incertaine et la rechute possible.

La bulle privée se prépare à perturber l’économie des seuls pays qui continuent de connaître une franche croissance économique. En Asie principalement, mais également au Brésil, où les capitaux sont massivement présents, à la recherche des meilleures affaires, pour investir ou pour faire des raids dans le cadre du carry trade.

La bulle publique se révèle si dure à digérer que l’on en vient à se demander si cela va être possible de la contenir et de la résorber. Comme si les Etats avaient présumé de leurs forces en combattant les effets économiques de la déroute financière et en finançant les banques, et qu’ils étaient allés trop loin. La dette cumulée des pays du G7 atteint désormais environ 30 mille milliards de dollars, dont 22 mille milliards pour les seuls Etats-Unis et le Japon. La Grèce y contribue pour un ridicule 300 milliards ! Ces chiffres mettent en perspective la crise actuelle.

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L’actualité de la crise: l’Europe à la recherche d’un mécanisme de crise, par François Leclerc

Billet invité.

L’EUROPE A LA RECHERCHE D’UN MECANISME DE CRISE

Après avoir déversé le froid, les autorités et gouvernements Européens font couler l’eau tiède. En choeur, soudainement, ils assurent la Grèce qu’elle ne va pas être laissée seule dans l’épreuve, continuant de réaffirmer qu’elle doit faire un gros effort et va être surveillée de très près, afin de ne pas se déjuger. Ce que chacun traduira par : « nous sommes peut-être allés un peu trop loin, nous n’avons pas mesuré les conséquences de ce que nous avons engagé, il est temps de calmer le jeu ».

Que faut-il penser de cette histoire qui n’est pas terminée ? Elle est à la mesure de l’improvisation dans laquelle ces autorités et gouvernements agissent, de leur absence de stratégie commune. Car, si l’objectif était de signifier que le temps de la rigueur était venu et de faire un exemple, elles ont surtout illustré qu’elles ne savaient agir que pour montrer qu’elles n’avaient pas l’intention d’intervenir ensemble ! Ce qui augurait, inévitablement, d’une cascade d’autres catastrophes, allant au-delà de leurs intentions, si tant est que celles-ci soient claires. Après la Grèce, c’était au tour du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, commençait-on à dire et à entendre…. (pour ne parler que de la zone euro, et taire la situation de la Grande-Bretagne, le grand malade de l’Europe). Or, elles ne pouvaient pas se permettre ce délitement.

Les alertes des uns, les spéculations des autres, avaient en effet donné petit à petit corps à l’idée que la zone euro était susceptible, sinon d’éclater, de se désagréger. Qu’autour de l’Allemagne, à la manoeuvre dans cette affaire grecque, allait se constituer un pôle économique droit dans ses bottes, auxquels pourraient se joindre ceux des pays qui en seraient encore capables, et qui satisferaient à ses conditions.

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L’année 2009 : l’ère du semblant

Paraît dans L’ENA hors les murs No 397, janvier 2010.

L’année 2009 restera sans doute comme la plus extraordinaire dans les annales de la finance. Des règles fondamentales qui dictaient son organisation furent suspendues, de peur que la poursuite de leur application ne mette tout l’édifice économique en danger. Le caractère tout à fait exceptionnel des circonstances conduisit à la mise en place de l’équivalent d’un état d’urgence où les problèmes qui se posaient étaient réglés au cas par cas par les autorités en charge, donnant leurs directives hors des cadres convenus, autorités administratives, directeurs de banques commerciales et président de banque centrale prenant leurs décisions conjointement dans l’ignorance de tout protocole, et ceci en Europe aussi bien qu’aux États-Unis en raison de l’urgence et parce que les chiffres économiques calculés à l’abri des regards indiscrets mettaient en évidence une insolvabilité généralisée. Le monde était entré dans une période où le système capitaliste ne pouvait plus fonctionner que par le jeu de mesures ad hoc improvisées. Jamais sans doute on ne parla tant de transparence, jamais pourtant l’opacité ne fut davantage à l’ordre du jour.

La fin de l’année 2008 avait offert le spectacle de la déliquescence de la seconde administration Bush, naviguant à vue sur un océan de mauvaises nouvelles, incapable faute de temps, de mettre en place une politique innovatrice. Barack Obama avait été élu président des États-Unis et prendrait les rênes du pouvoir en janvier 2009. Il s’agissait d’un homme jeune et dynamique : le cauchemar, pensait-on s’achèverait bientôt !

Il n’en fut rien. Durant la campagne présidentielle, pressé par sa base populiste, John McCain, le candidat républicain avait adopté une attitude sans concession à l’égard de Wall Street, menant en particulier la fronde contre le « Plan Paulson » destiné à stopper la gangrène par une injection de fonds au montant jusqu’alors inouï de 700 milliards de dollars. Obama, prenant de la hauteur, tenait lui des propos modérés. Wall Street n’hésita pas un instant et vint se ranger comme un seul homme sous sa bannière. Le sort en était jeté : Wall Street apporterait son soutien au candidat démocrate, tandis que Goldman Sachs, son fleuron, devenait son principal soutien financier. Wall Street embrassait Obama et, c’en était fait de lui.

Le monde attendait du nouveau président un « New Deal » ambitieux à la hauteur de l’enthousiasme qui l’avait porté au pouvoir et ne se vit offrir à la place qu’une tentative dérisoire de reconstruire à l’identique le système dont l’irrémédiable effondrement avait été observé dans la stupeur l’année précédente.

La bulle du crédit avait été d’une dimension inédite et l’on découvrait rapidement que le trou creusé par son éclatement était si grand que les moyens pour le combler manquaient, et ce malgré un doublement du déficit budgétaire des États–Unis. La tentative de reconstruction tourna rapidement au fiasco et l’on décida alors d’instaurer un état d’urgence qui permettrait la mise entre parenthèses des règles prudentielles régnant d’ordinaire. Citons parmi les oukases les plus spectaculaires et les plus choquantes : l’obligation faite sous la menace au FASB, le Financial Accounting Standards Board, l’organisme américain chargé des règles comptables, de modifier dans un sens favorable le mode de calcul du prix des produits financiers dépréciés, ou la directive encourageant les organismes de crédit à s’abstenir d’enregistrer comme pertes la différence entre la somme encore due et la valeur du collatéral lorsque la seconde était devenue inférieure à la première. Le contexte d’un tel abandon des principes les plus élémentaires de gouvernance était celui d’un « tout est bon » généralisé où la Federal Reserve distribuait ses faveurs sans révéler ni à qui ni pour quel montant, prétextant que la divulgation de ces informations fausserait la logique concurrentielle.

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