Archives par mot-clé : Discours de la servitude volontaire

LE TEMPS QU’IL FAIT LE 9 JUIN 2017 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 9 juin 2017. Merci à Pascale Duclaud !

Bonjour, nous sommes le vendredi 9 juin 2017 et oui effectivement : une chambre d’hôtel ! Une chambre d’hôtel à Paris parce que je participais donc hier, à la Sorbonne, à un colloque sur la constitution. Alors j’ai eu un petit soupçon, là : un petit soupçon qu’on m’ait fait venir pour que je puisse montrer que l’idée d’une constitution pour l’économie n’avait pas beaucoup de sens par rapport au mot « constitution ». Continuer la lecture de LE TEMPS QU’IL FAIT LE 9 JUIN 2017 – Retranscription

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BOUFFER OU SE FAIRE BOUFFER, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

Après deux stages bidon pôle-emploi, les petits gars sur les chantiers font leur bilan philosophique, ils te disent « dans la vie, ou tu bouffes ou tu te fais bouffer » ; quelques-uns, avec raison, disent « je ne veux bouffer personne, mais je ne veux pas me laisser bouffer » ; ces gars- là comprennent très bien comment fonctionne l’ordre hiérarchique et la servitude qui leur est imposée. Pour les maîtres, évoquer la possibilité que les serviteurs « au fond » aiment ça est tout à fait rassurant, d’où le succès de l’expression « servitude volontaire », laquelle permet de faire comme s’il existait « une servitude volontaire ».

« Plaisir » signifie surtout « évitement du déplaisir », il faut juste comprendre que notre système nerveux fonctionne avec un circuit du plaisir et un circuit du déplaisir, la mise en ordre hiérarchique permet d’abaisser le niveau d’agressivité, lorsque chacun a trouvé sa place et l’accepte, cela se mesure à l’abaissement de la concentration des métabolites de la catécholamine dans les urines.

Ce dispositif social « très primaire » de régulation du circuit de la récompense est ce que nous avons trouvé jusqu’ici de plus efficace (enfin pas vraiment). C’est cette structure d’ordre hiérarchique qui demande la croissance et… bientôt notre dernier pas dans le vide. Nous pouvons très facilement inventer des dispositifs sociaux permettant d’équilibrer notre circuiterie interne de façon bien plus subtile ; mais pour cela il me semble nécessaire de démonter l’hypocrisie sociale qui consiste à flétrir la corruption alors qu’elle est le moyen de défense des moins cons parmi les peu doués selon les critères des maîtres, en même temps que l’instrument de leur pouvoir

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ÉLOGE DE LA GUINGUETTE : RÉPONSE À CRAPAUD ROUGE, par Jean-Luce Morlie

Billet invité. Réponse à Le prix de la liberté économique.

Bonjour. La socialisation des salaires me paraît, en effet, une voie de sortie hors des pièges du capitalisme, c’est-à-dire essentiellement l’horreur de l’acceptation d’une soumission par le travail pour l’obtention d’un revenu et d’autre part, l’aspiration de l’argent dans une boucle d’accumulation autant absurde que mortifère.

Comme évoqué par votre péroraison, « Prédateurs et accapareurs, ce sont les héritiers en ligne directe du mâle dominant qui propage ses gènes. », l’argent est en effet le pouvoir de prendre plaisir à faire faire quelque chose à quelqu’un d’autre (cf. Jorion, l’argent mode d’emploi). Pourtant, votre argument est bien près de verser dans le « racisme » : la classe capitaliste, expliquée par l’excès de testostérone programmée par les gènes ; ainsi, seules les motivations des capitalistes seraient mauvaises, ne faisons-nous pas partie de la même espèce ?

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LA LIBERTE, LA SERVITUDE ET LA MORT, par Crapaud Rouge

Billet invité

Au risque d’en choquer plus d’un, je vois dans la Boétie l’ancêtre de la gauche caviar et des anarchistes décrits par Conrad dans L’Agent secret. S’il est vrai que son Discours présente le grand mérite d’attribuer une origine historique à la tyrannie, le paradoxe de son titre entache toute cette œuvre qui cache un brûlot contre la liberté. Si tyran j’étais moi-même, j’en ferais mon livre de chevet, en imposerais la lecture à tous mes sujets, la diffuserais jusque dans mes prisons, et chacun serait tenu de connaître par cœur des phrases du genre : « C’est le peuple qui s’assujettit et se coupe la gorge : qui, pouvant choisir d’être sujet ou d’être libre, repousse la liberté et prend le joug, qui consent, qui consent à son mal ou plutôt le pourchasse. » Vous avez bien lu : « c’est le peuple qui s’assujettit », son tyran n’est jamais que le serviteur en chef de la servitude générale.

Bien sûr, le Discours est traversé d’une ode à la liberté, ce « bien si grand et si doux » que « si tu en avais seulement une idée, tu nous conseillerais de la défendre, non seulement avec la lance et le bouclier, mais avec les ongles et les dents. » La Boétie n’ignore rien de la valeur de la liberté, il y voit « un bien qu’on devrait racheter au prix du sang, et dont la seule perte rend à tout homme d’honneur la vie amère et la mort bienfaisante ». Il peut sembler que le choix du conditionnel découle de la servitude, mais non, il vient de la question initiale# : « Pourquoi un seul peut gouverner un million, alors qu’il suffirait à ce million de dire non pour que le gouvernement disparaisse ? » C’est dans ce suffirait que réside entièrement le charme et le mystère du Discours, parce qu’il pose une question dont le lecteur ne voit pas l’absurdité. Celle-ci se révèle quand la Boétie prétend que la liberté ne coûte rien : « S’il lui coûtait quelque chose pour recouvrer sa liberté je ne l’en presserais point… », « La seule liberté, les hommes la dédaignent, uniquement, ce me semble, parce que s’ils la désiraient, ils l’auraient : comme s’ils se refusaient à faire cette précieuse conquête, parce qu’elle est trop aisée. » Il suffirait donc que les individus la désire pour qu’elle se réalise, et comme ils devraient être des millions à désirer un « bien si grand et si doux », elle devrait se cueillir comme un fruit mûr.

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