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PIQÛRE DE RAPPEL : Le fixing, arme contre la spéculation, par Jean-Pierre

Billet invité. Originellement publié le 12 juillet 2009.

LA SPECULATION CONTENUE : LE FIXING

La spéculation, cette vilaine qui fausse le fonctionnement des marchés, cette méchante qui attise la volatilité, cette malhonnête qui grossit les déséquilibres, cette satanée qui engendre la misère, aujourd’hui, elle est la cause de tous nos malheurs. Il n’y a pas longtemps pourtant, on n’avait qu’éloge pour sa présence. Elle apportait les liquidités nécessaires aux marchés, facilitait le déroulement des opérations, favorisait l’équilibre et l’obtention de prix justes. Elle figurait et figure toujours en bonne place dans les théories économiques.

Quand on parle de spéculation ou de spéculateurs, on mélange involontairement des acceptions différentes. Dans un cas, le spéculateur est ce malfaisant qui profite des écarts de cotation ou les attise, sans vergogne. Dans l’autre, c’est le bon samaritain qui fournit ses moyens pour résorber les déséquilibres temporaires et dont l’action a un effet de nivellement. Quand un économiste parle de spéculation, il désigne la bienfaitrice bien entendu. Mais comment distinguer l’une de l’autre ?

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Taxer les transactions financières, c’est trahir sa navrante ignorance en matière de finance

La France et l’Allemagne essaient en ce moment même d’accorder leurs violons sur la question de la taxation des transactions financières, encore appelée « Taxe Tobin », du nom de James Tobin (1918-2002), économiste, « prix Nobel d’économie 1981 », son initiateur autrefois.

Je voudrais rappeler ma position sur cette question.

Les opérations financières sont, comme la classification des insectes à l’école primaire, et comme l’a très bien rappelé Lord Adair Turner, de deux types : les utiles et les nuisibles.

Les opérations financières utiles sont, comme leur nom l’indique, utiles. Il faut les encourager. Les taxer, c’est les décourager. Ce qu’il ne faut pas faire parce qu’elles ne sont déjà pas si nombreuses.

Oui, les opérations nuisibles apportent de la liquidité aux marchés (= « du monde ») mais cela ne les empêche pas d’être nuisibles et c’est cela qui compte. Non, rendre leur marché « plus transparent » ne les rend pas moins nuisibles : la différence entre des opérations nuisibles opaques et nuisibles transparentes est sans pertinence sur le plan de leur nocivité : nuisibles elles sont, nuisibles elles resteront.

Les opérations financières nuisibles doivent être – attention je vais dire un très gros mot – interdites.

Les taxer, les rendre transparentes, changer la qualification des banques qui les pratiquent de « systémique » en « universelle », ne fait aucune différence, seul les interdire modifie la donne. C’est ce qu’il convient de faire.

L’activité de la Bourse est celle d’un marché secondaire pour les actions. Les marchés secondaires, où l’on peut revendre et racheter des produits existants sont utiles (cf. eBay, Le bon coin, etc.), ils permettent de réajuster les situations en fonction de nouvelles circonstances. Si l’on n’y prend pas garde, les marchés secondaires peuvent cependant devenir la proie de la spéculation.

Le caractère dangereusement spéculatif des Bourses doit être régulé en
1) s’assurant sur un plan comptable que les dividendes soient à nouveau des parts de bénéfices effectivement réalisés,
2) en s’assurant sur le plan fiscal que les dividendes soient moins taxés que les plus-values sur le prix des actions,
3) en imposant ces plus-values de manière dissuasive.

La volatilité du marché des actions est due en particulier aujourd’hui à leur négoce en continu par des robots pouvant faire plusieurs milliers d’opérations à la seconde tout en en annulant une proportion considérable.

La volatilité du prix des actions doit être jugulée par le remplacement du marché en continu par un marché en fixing journalier, c’est-à-dire par la réconciliation une fois par jour des ordres d’achat et de vente.

Les opérations financières sont utiles ou nuisibles et doivent être traitées en fonction de cette distinction essentielle. Imaginer que le fait de les décourager en les taxant « à tout hasard » ne peut pas faire de tort, c’est trahir le fait qu’on n’a pas la moindre notion de la manière dont les marchés financiers fonctionnent véritablement. Il y a moyen de faire beaucoup mieux – quitte à irriter les spéculateurs (ne pourraient-ils pas vivre pour un temps sur leurs [considérables] réserves ?)

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DES RÉFORMES À METTRE EN OEUVRE IMMÉDIATEMENT

Le capitalisme à l’agonie (2011) était de l’ordre du constat. Vous vous souvenez peut-être que dans les entretiens que j’accordais à l’occasion de sa parution, la question m’était souvent posée (parfois même avec une certaine vivacité) : « Mais que mettriez-vous à la place ? ». Du coup, Misère de la pensée économique se veut plus programmatique, et apporte des réponses.

Le quotidien financier belge L’Écho va consacrer un long article à mes « réformes à mettre en œuvre immédiatement » (pp. 325 à 344). Le moment est peut-être bien choisi de rappeler ce qu’elles sont.

Des réformes à mettre en œuvre immédiatement

On l’a vu, dans notre système capitaliste, les « avances » qui sont consenties par certains, les détenteurs de capital ou « capitalistes », pour rendre possible un processus de production ou pour permettre à un consommateur de consommer, sont rémunérées par des versements d’intérêts. On a vu aussi, sur des exemples de « systèmes à la part », en Afrique ou en Europe, comment a dû apparaître cette logique de l’intérêt : les intérêts étaient conçus à l’origine comme « part » d’une richesse nouvellement créée, attribuée à l’un des partenaires ayant contribué à sa création. La dimension qui subsiste de cette logique originaire dans le système capitaliste sous sa forme actuelle, c’est le fait que chaque fois que des intérêts doivent être versés, une nouvelle richesse aura été créée ou devra être créée d’une manière ou d’une autre, pour en être la source. Cet aspect du problème reste le plus souvent inaperçu mais ses implications sont dramatiques parce qu’elles font que le système capitaliste est, sur le plan économique, une impasse.

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PIQÛRE DE RAPPEL : LES 100 JOURS DU NOUVEAU PRÉSIDENT

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Le Monde, le 27 août : La cote de Hollande chute de 11 points, selon Ipsos

Mon billet du 29 mars dernier.

Dans le cadre du LELAB2012 de la TNS Sofres, page d’entretiens relatifs aux enjeux des présidentielles et législatives en France, la question m’a été posée hier de mes « 100 jours de rêve ». Les voici :

1. Restauration de la prohibition de la spéculation

Restauration de l’article 421 du Code pénal : « Les paris qui auraient été faits sur la hausse ou la baisse des effets publics seront punis des peines portées par l’art. 419 », de l’article 422 : « Sera réputé pari de ce genre toute convention de vendre ou de livrer des effets publics qui ne seront pas prouvés par le vendeur avoir existé à sa disposition au temps de la convention, ou avoir dû s’y trouver au moment de la livraison. »

Restauration de l’article 1965 du Code civil : « La loi n’accorde aucune action pour une dette de jeu ou pour le paiement d’un pari »

2. Interdiction des transferts d’information (dans les deux sens) entre chambres de compensation et paradis fiscaux (tous les paradis fiscaux : y compris ceux tolérés par des États dans des enclaves sur leur propre territoire)

3. Redéfinition de l’actionnaire d’une société comme contributeur d’avances (prêteur) et non comme propriétaire

4. Détermination des cours à la Bourse par fixing journalier

5. Abolition des privilèges des personnes morales par rapport aux personnes physiques

6. Prohibition de l’optimisation fiscale des sociétés par le biais de transactions entre la maison-mère et ses filiales ou entre ses filiales

N.B. : Oui, je sais la Liberté-tagada-tsoin-tsoin-des-marchés aura été assassinée, trucidée, etc. etc. mais le reste du monde se portera lui TELLEMENT mieux !

 

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LES 100 JOURS DU NOUVEAU PRÉSIDENT

Dans le cadre du LELAB2012 de la TNS Sofres, page d’entretiens relatifs aux enjeux des présidentielles et législatives en France, la question m’a été posée hier de mes « 100 jours de rêve ». Les voici :

1. Restauration de la prohibition de la spéculation

Restauration de l’article 421 du Code pénal : « Les paris qui auraient été faits sur la hausse ou la baisse des effets publics seront punis des peines portées par l’art. 419 », de l’article 422 : « Sera réputé pari de ce genre toute convention de vendre ou de livrer des effets publics qui ne seront pas prouvés par le vendeur avoir existé à sa disposition au temps de la convention, ou avoir dû s’y trouver au moment de la livraison. »

Restauration de l’article 1965 du Code civil : « La loi n’accorde aucune action pour une dette de jeu ou pour le paiement d’un pari »

2. Interdiction des transferts d’information (dans les deux sens) entre chambres de compensation et paradis fiscaux (tous les paradis fiscaux : y compris ceux tolérés par des États dans des enclaves sur leur propre territoire)

3. Redéfinition de l’actionnaire d’une société comme contributeur d’avances (prêteur) et non comme propriétaire

4. Détermination des cours à la Bourse par fixing journalier

5. Abolition des privilèges des personnes morales par rapport aux personnes physiques

6. Prohibition de l’optimisation fiscale des sociétés par le biais de transactions entre la maison-mère et ses filiales ou entre ses filiales

N.B. : Oui, je sais la Liberté-tagada-tsoin-tsoin-des-marchés aura été assassinée, trucidée, etc. etc. mais le reste du monde se portera lui TELLEMENT mieux !

 

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COMMENT STOPPER LA VOLATILITÉ DES COTATIONS ?, par Jean-Pierre

Billet invité.

Une crise éclate. Un manque de liquidités en serait la cause. Les banques centrales s’empressent de le pallier. Tout rentrera dans l’ordre. Tiens, non. Les banques périclitent à vive allure. Il faut les sauver dare-dare. Les gouvernements se pressent à leur rescousse et dégagent des dizaines de milliards à cet effet. Le système se redresse, mais les comptes des États se détériorent. Le problème passe de l’autre côté. Des plans d’austérité sont imposés. La situation se redressera dès leur application. Tiens, non.

On s’y prend mal. Il faut rester raisonnable. Une large partie du problème vient d’estimations jugées iniques. Pourquoi diable faut-il valoriser les actifs à leur valeur marchande si on n’a pas l’intention de les négocier ? Si ces valeurs sont malmenées, on crée des pertes fictives par ce procédé. On décide de remplacer ce mode de valorisation par un autre, plus efficace en ces temps incertains : le pifomètre. Certes, la forme doit y être pour que l’ensemble reste crédible. Du jour au lendemain, les banques affichent des résultats mirobolants, parfois même supérieurs à ceux réalisés avant la crise. On est sorti de l’embarras. Tiens, non.

Que faire ? Contraindre tout le monde à dénouer ses transactions dans des chambres de compensation centralisées et publiques. Voilà qui rendrait toutes les opérations transparentes. Voilà qui permettrait à chacun de connaître le coupable s’il y en a un. Imaginez, tout serait retraçable, plus rien de caché. Voilà la solution. Certes, les opérateurs traînent des pieds. Ils ne supportent pas qu’on puisse percer leurs petits secrets de fabrication. Les autorités se montrent compréhensives, mais restent fermes. La mesure est imposée, mais pas partout et pas sur tout. Et, étrangement, elle ne marche pas. C’est-à-dire, elle ne diminue pas les dérapages.

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LE FIXING RÈGNE DÉJÀ SUR LES MARCHÉS PRIMAIRES, par Jean-Pierre

Billet invité, faisant suite au premier article de Jean-Pierre sur le fixing en 2009, remonté à la surface grâce à la nouvelle rubrique « Piqûre de rappel »

Il est significatif que les principaux acteurs sur les marchés financiers adoptent plus volontiers la méthode du fixing quand il s’agit de placer leurs nouveaux titres ou produits financiers. N’auraient-ils donc pas tellement confiance dans les autres méthodes de valorisation utilisées par les marchés ?

Lorsqu’on lit les commentaires sur les marchés, ils traitent le plus souvent de ce qui se passe sur les marchés dits secondaires, c’est-à-dire ceux qui négocient des titres et produits pré-existants. Les marchés dits primaires, là où on écoule les nouveaux produits financiers, ne font la une des journaux que si quelque anomalie s’y produit. Ce sont cependant sur ces derniers que les capitaux transitent véritablement des investisseurs vers les émetteurs. Sur les marchés secondaires, les investisseurs s’échangent les titres entre eux et les véritables émetteurs n’y participent que quand cela les arrange ou pour d’autres raisons opportunistes, à la manière des spéculateurs.

Le marché primaire prend plusieurs formes selon la nature du produit qui y est offert et le type d’émetteur qui s’y présente. Il est toutefois caractérisé par une constante : le négoce se déroule sur une durée nettement plus longue que ce qui se pratique sur le marché secondaire – la période de souscription – et le prix y est généralement fixe. En clair, l’émetteur évite d’emblée tout aléa lors du placement des nouveaux titres. Cela n’exclut pas tous les risques pour autant, mais les réduit sensiblement ou les reporte sur autrui.

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PIQÛRE DE RAPPEL : Le fixing, arme contre la spéculation

J’inaugure une nouvelle rubrique : la « piqûre de rappel », une plongée dans les archives du blog pour rappeler certaines banalités de base.

Premier dans la série, un billet rédigé par Jean-Pierre : La spéculation contenue : le fixing, originellement publié le 12 juillet 2009.

N’hésitez pas à nous signaler des billets qui méritent republication dans la rubrique « Piqûre de rappel ».

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