Archives par mot-clé : Philosophie des sciences

Progrès en philosophie naturelle, le 22 août 2019 – Retranscription

Retranscription de Progrès en philosophie naturelle, le 22 août 2019. Ouvert aux commentaires.

Bonjour,

Nous sommes le jeudi 22 août 2019. C’est les vacances encore, heureusement : les vacances, ça me permet de travailler une journée entière sur un sujet particulier sans devoir aller faire autre chose et de pouvoir penser un petit peu et, vous l’avez vu, de faire des vidéos comme ça me vient, ne pas être limité par le fait que je n’ai pas accès à la wifi, etc.

De quoi je vais vous parler ? Aujourd’hui, ce ne sera pas le Brexit. Ce ne sera pas Trump. Ce ne sera pas mes réflexions en finance ou en économie. Ça se raccroche plutôt aux choses que je fais qui étaient les choses que je faisais quand j’avais une carrière de scientifique à proprement parler, quand j’étais jeune professeur, quand j’ai pu faire un peu de recherche. À l’intérieur de ça, j’ai fait des choses de manière un peu systématique, effectivement, en anthropologie, en anthropologie économique surtout. J’ai écrit ce livre Comment la vérité et la réalité furent inventées qui est une réflexion de type anthropologique mais qui s’intéresse à l’histoire de deux concepts dans notre culture : les concepts de vérité et de réalité, dont je souligne toujours que ce ne sont pas des choses évidentes, la preuve étant que la Chine a très bien pu se développer sans avoir des concepts de cet ordre-là.

Continuer la lecture de Progrès en philosophie naturelle, le 22 août 2019 – Retranscription

Partager :

Université catholique de Lille, Workshop with Andrew Feenberg, le mercredi 20 juin 2019

Workshop with Andrew Feenberg

Université catholique de Lille, June 20, 2019 9.30 a.m.-5.15 p.m.

Maison des chercheurs, 14 boulevard Vauban 59800 Lille (1se floor, room 103)

Program

9 a.m.-9.30 a.m. Welcoming

9.30 a.m.-10 a.m. Paul Jorion (Université catholique de Lille): Introduction

10 a.m.-10.30 a.m. Reply by Andrew Feenberg and public discussion

Continuer la lecture de Université catholique de Lille, Workshop with Andrew Feenberg, le mercredi 20 juin 2019
Partager :

Le Prof. Andrew Feenberg, à l’Université catholique de Lille le 20 juin 2019

Workshop avec Andrew Feenberg

20 juin 2019, Université Catholique de Lille, 9h00 – 18h00

La chaire de recherche « Ethique, technologie et transhumanismes » de l’Université catholique de Lille (ETHICS EA-7446) organise le 20 juin 2019 une journée de workshop avec Andrew Feenberg (Simon Fraser University), philosophe américain de la technique, et ancien étudiant d’Herbert Marcuse. Après avoir enseigné aux États-Unis ainsi que dans de nombreuses universités dans le monde, il est aujourd’hui titulaire de la Canadian Research Chair in Philosophy of Technology à la Simon Fraser University de Vancouver. Il est également directeur de programme au Collège International de Philosophie à Paris.

Le workshop sera principalement axé sur le dernier livre de Feenberg, Technosystem : The Social Life of Reason (Harvard University Press 2017), mais il offrira aussi l’occasion d’instruire une réflexion plus large sur le constructivisme critique de Feenberg à l’égard de la technologie.

Continuer la lecture de Le Prof. Andrew Feenberg, à l’Université catholique de Lille le 20 juin 2019
Partager :

LA GLOIRE DE LA SCIENCE EST DANS LA RUE, par Géry Coomans

Billet invité. Vous avez peut-être vu passer ce texte comme commentaire aux alentours de midi. Certains ont dit : « Je le recopie pour pouvoir le lire à mon aise ». C’est ce que j’ai fait moi-même. Le plus simple alors était d’en faire un « billet invité ».

Il ne faut sans doute ni idéaliser, ni dénigrer les « experts » en général. Dans beaucoup de cas, ils interviennent seulement en mission commandée, et cela suffira à « moduler » ce qu’ils diront. Ce qui plaira plus ou moins – voir ces analystes du risque licenciés lorsque (et parce que) ils font leur métier. Mais le cas des économistes est tout de même un peu particulier. Joan Robinson (1903-1983), qui travailla avec Keynes, disait que les économistes singent les physiciens, et que les autres sciences sociales singent les économistes. Paul Jorion (Le Monde 5/4/2011) note, lui, que les « le problème essentiel de la science économique est qu’elle s’est laissée enfermer dans le cadre de la psychologie naissante de la fin du XIXe siècle, psychologie volontariste où les individus sont maîtres de leurs décisions et à même d’être parfaitement rationnels … ». Je crois que cela est … partiellement vrai.
Je me rappelle le début des années 1980, après l’élection de Thatcher et Reagan, lorsque le néo-libéralisme prétendait jeter le keynésianisme de la reconstruction aux orties. Comme assistant d’économie en fac, à cette même époque, j’ai été horrifié d’entendre des étudiants considérer que Keynes, c’était un truc gauchiste, et qu’en tout cas ce n’était pas « scientifique ». Et combien de fois n’entendis-je pas ces étudiants décrier, comme par réflexe, tout ce qui procédait de l’Etat, ou alors nier contre l’évidence que l’Etat ait jamais joué un rôle quelque part. La critique de gauche – sinon celle des marxistes – de l’économie des économistes, jusque-là, en faisait une « idéologie » procédant par déni des intérêts qu’au fond elle défendait. A ce titre, elle aurait été surtout une « apologétique » – par exemple en définissant le salaire comme une variable « objective » plutôt que comme le résultat d’une négociation conflictuelle. Il demeure patent que votre position de négociation est meilleure si vous invoquez une « objectivité » plutôt que d’admettre qu’il s’agit d’une négociation ouverte. Mais en même temps, l’explication par l’idéologie semblait, elle aussi, n’expliquer qu’une partie des choses : le problème, avec l’idéologie, est qu’il fallait aussi expliquer que de « point de vue idéologique » en « point de vue idéologique », on était menacé de devenir …. stupide. Pourrait-on gérer au mieux si l’on ne fonctionnait plus qu’avec des catégories opérant un déni de réalité, ou des catégories unilatérales ? Il ne faut certainement jamais se départir de ce soupçon. Mais il ne faut pas s’en tenir là.

Continuer la lecture de LA GLOIRE DE LA SCIENCE EST DANS LA RUE, par Géry Coomans

Partager :

A PIERRE SARTON DU JONCHAY : A PROPOS DE VOS BILLETS INVITES

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Mon commentaire se situe dans la ligne de ceux déjà faits par Schizosophie et Pierre-Yves D. Autant j’apprécie – je l’ai signalé à plusieurs reprises – votre tentative « axiomatique » de repenser la réalité économique et monétaire, autant j’ai du mal à vous suivre quand cette axiomatisation reste à la surface des choses en créant un concept par phénomène. Je dis « phénomène » à dessein pour souligner ce qui m’apparaît comme l’absence d’une dimension analytique.

Pierre-Yves D. rappelle que vous utilisez « valeur » comme un concept et moi non. Vous utilisez « valeur » me semble-t-il parce que la « valeur » intervient dans la théorie spontanée que nous avons de l’économie. Or, précisément dans Le prix (Le Croquant 2010), je rejette la valeur comme concept pour l’avoir reconnue comme un « phénomène », « apparentia » dit le latin pour « phénomène », une apparence, une illusion qui se dissipe à l’analyse. Mais cette analyse, vous ne la faites pas. Comme j’ai dit : vous axiomatisez non pas un modèle auquel vous seriez parvenu mais la réalité non-interprétée, les faits bruts.

Un autre exemple, plus parlant encore que « valeur » : « capital ». Pour m’expliquer à quoi renvoie votre concept de capital, vous me renvoyez à « l’acception juridique, comptable et financière courante » : « le capital est à la fois le prix de biens présents alloués à l’investissement d’un projet de valeur future » et « le prix des plus-values actualisées que ces biens permettront de produire ». Or le mot « courant » signale d’emblée où votre approche va achopper : il signale que nous avons affaire non pas à un modèle auquel on a abouti par une analyse mais à une « théorie spontanée », telle qu’elle s’est sédimentée dans la langue au fil des siècles. Or, c’est toute la représentation idéologique du capitalisme par lui-même qui est capturée dans cet « à la fois » : le phénomène c’est en effet que « le capital » est bien une chose qui grossit, qui « fructifie » d’elle-même. Ce qui apparaît au contraire à l’analyse, c’est précisément l’escroquerie conceptuelle qui sous-tend l’idée que le capital puisse être A LA FOIS « le prix de biens présents alloués à l’investissement d’un projet de valeur future » et « le prix des plus-values actualisées que ces biens permettront de produire ». C’est comme si vous disiez « dans y = ax + b, le capital c’est à la fois la variable x et la valeur y de la fonction ». Une telle définition est bien sûr inutilisable. Vous ne pouvez pas cautionner un tel tour de passe-passe parce que ce qui est escamoté dans cette assimilation à un seul concept c’est la transformation qui s’opère quand on passe de l’un à l’autre. Et ce qui fait la transformation, c’est bien sûr le travail, invisible dans la représentation phénoménale. Le résultat, vous le connaissez : c’est que le travail sera considéré (même chez Marx) comme un « facteur de production » au même titre que le minerai de fer.

Vous verrez que dans Le prix, plusieurs chapitres sont consacrés au « risque », le risque, au même titre que la valeur ou le capital, est un phénomène : une fois analysé, il cesse d’apparaître de la manière dont vous le voyez comme « quatrième plan de la réalité de la valeur ». Le risque c’est la mesure du danger quand les classes sociales interagissent entre elles (chapitres 6 et 11), et la mesure du danger existant entre membres d’une même classe sociale quand ils interagissent entre eux (chapitre 9).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

Le prix Nobel de physique (originellement, dimanche 23 août)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai eu autrefois une copine qui était la petite-fille d’un fameux prix Nobel de physique. Un jour, je lui ai signalé que le prochain exposé d’un séminaire auquel j’assistais régulièrement, celui du département d’histoire et de philosophie des sciences de l’Université de Cambridge, serait consacré à un aspect des travaux de son grand-père. Nous nous y sommes rendus ensemble.

À la fin de l’exposé, elle a voulu intervenir. Personne là ne savait qui elle était. Elle a contredit l’orateur. Celui-ci ne l’a pas très bien pris et lui a répondu vertement quelque chose du genre : « Vous avez l’air bien sûre de vous ! » Sur quoi elle a dit : « Mon grand-père m’a un jour expliqué que… »

Je travaille en ce moment au livre qui sera la suite de « Comment la vérité et la réalité furent inventées », et je suis en train de décrire ce qui m’apparaît non pas comme une erreur mais comme une authentique bourde dans l’œuvre du physicien en question (une proposition cependant prise très au sérieux en son temps). Bourde, parce qu’elle suppose la confusion entre l’objet et le sujet de l’observation. Si j’ai repensé à l’anecdote, c’est parce que je me suis rendu compte que j’étais là depuis un bon moment à m’interroger, au nom certainement de la relation amoureuse d’autrefois, « Comment dire ça gentiment ? »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :