Archives par mot-clé : prime de risque

Le Credit-default Swap (II) Positions de « couverture » et positions « nues »

Le Credit-default Swap (I) Définition

En termes usuels (par opposition au jargon financier), l’une des deux parties au contrat qu’est un Credit-default Swap l’« achète » à l’autre qui le lui « vend ». Celui qui « achète » est celui qui s’assure, alors que celui qui « vend » jouera le rôle de l’assureur. Cette manière de décrire la transaction aligne sa formulation sur le vocabulaire qui vaut dans le domaine de l’assurance où l’assureur vend une police à l’assuré, qui lui l’achète ; c’est là la manière dont la presse rend généralement compte du marché des CDS.

La littérature financière ainsi que les techniciens des marchés financiers, s’expriment autrement : pour eux, celui qui s’assure par l’entremise d’un CDS est « vendeur », alors que l’assureur est lui « acheteur ». La justification de cette inversion par rapport à la manière dont le milieu de l’assurance rend compte de sa façon de faire est celle-ci : comme l’acheteur bénéficie du fait que ce qu’il a acheté voit son prix s’apprécier, quiconque bénéficie au contraire de la baisse d’un prix est considéré par la finance comme un « vendeur », et ceci vaut bien entendu pour celui qui s’assure contre une perte : il tire profit du fait que le prix du produit qu’il a fait assurer se soit dégradé. Celui qui se trouve en position d’assureur est manifestement lui « acheteur » puisqu’il bénéficie d’une hausse du prix : si le prix s’apprécie, le risque de défaut recule et tout va en effet en s’améliorant de son propre point de vue.

Continuer la lecture de Le Credit-default Swap (II) Positions de « couverture » et positions « nues »

Partager :

Le Credit-default Swap (I) Définition

Deux cas d’erreurs grossières dans le calcul du prix d’un instrument financier : 1) les rehausseurs de crédit ou monolines

Les rehausseurs de crédit s’avérèrent avoir eu tort lorsqu’ils évaluaient la prime de crédit au tiers ou à la moitié de son niveau implicite au taux d’intérêt des obligations qu’ils acceptaient d’assurer. La faillite d’Ambac, MBIA, la déroute de FSA devenue partie intégrante de Dexia, sont là pour en témoigner.

La théorie économique suppose que si une différence de prix pour le même produit peut être constatée sur divers marchés, l’arbitrage y mettra fin rapidement : les « arbitrageurs » l’achèteront là où il est bon marché et le revendront là où il est cher, arasant rapidement l’écart, or ce n’est pas à cela que l’on assista dans le cas des monolines : certaines banques qui se réassuraient sur leur portefeuille d’obligations comptabilisaient immédiatement au bilan la différence entre la prime de crédit qu’elles touchaient comme composante du taux d’intérêt des emprunts de leur portefeuille et la prime qu’elles versaient dorénavant à leur rehausseur de crédit. L’opération avait d’ailleurs un nom : le « negative basis trade », opération sur la base négative, que les banques qui la pratiquaient comptabilisaient comme profit (Jorion 2008 : 221).

Continuer la lecture de Le Credit-default Swap (I) Définition

Partager :

L’explication du prix par le rapport de force (IV) Le « prix » d’un emprunt ou d’une obligation (première partie)

(I) Quand plusieurs mécanismes se greffent les uns sur les autres
(II) Keynes et le double mécanisme de détermination du prix
(III) L’intervention du temps dans la détermination du prix

Le « prix » d’un emprunt ou d’une obligation au moment de son émission, c’est son taux d’intérêt. Le montant du « principal », la somme prêtée, n’est pas un prix, c’est précisément une somme d’un montant donné sur la base duquel le montant des versements d’intérêts sera calculé au prorata du taux d’intérêt sur lequel prêteur et emprunteur se sont mis d’accord.

Le prêteur éventuel compare en termes de rendement, c’est-à-dire de taux d’intérêt, des placements de même durée. S’il est quelque peu familier de l’investissement, il décomposera le taux en ses deux composantes majeures que sont le rendement marginal du capital et la prime de crédit (j’ignore pour la facilité d’autres primes qui devraient être prises en compte dans certaines circonstances, comme la prime de change ou la prime de conversion) et évaluera chacune des deux en tant que telle. Le montant du rendement marginal du capital propre à tel emprunt est-il celui qu’offre le marché, toutes autres conditions étant par ailleurs égales ? La part prime de crédit évalue-t-elle correctement le risque de contrepartie, le risque de non-remboursement, de non-versement des intérêts promis ?

Continuer la lecture de L’explication du prix par le rapport de force (IV) Le « prix » d’un emprunt ou d’une obligation (première partie)

Partager :

L’explication du prix par le rapport de force (III) L’intervention du temps dans la détermination du prix

L’explication du prix par le rapport de force

(I) Quand plusieurs mécanismes se greffent les uns sur les autres
(II) Keynes et le double mécanisme de détermination du prix

Le risque pour l’acheteur dans la vente est que le produit ne corresponde pas à la description qu’en avait faite le vendeur, laquelle avait déterminé le prix auquel l’acheteur était prêt à acheter. S‘il y a eu tromperie, le cadre légal défini par le code civil permet un recours. Le risque dans une vente est un risque quant à la qualité du bien ou du service.

La vente est une opération au comptant, ce qui signifie que la transaction qu’opère la vente est instantanée. Un prêt ou un emprunt, qui est un prêt du point de vue de l’emprunteur et un emprunt du point de vue du prêteur, est une opération dite à terme parce qu’elle s’étale sur une certaine durée, avec au minimum deux temps : celui où elle débute et celui où elle s’achève. Dans un premier temps, quelqu’un emprunte à quelqu’un qui prête et dans un second temps, la personne qui a emprunté, rembourse celle qui a prêté. De ce premier temps, on dit que c’est le moment où le prêt est consenti ou que l’emprunt est émis. Ce second temps, celui du remboursement du prêt, on l’appelle aussi son échéance, on dit aussi que c’est le moment où l’emprunt, qu’on appelle aussi « obligation », arrive à maturité, j’utiliserai ces différents termes indifféremment par la suite. Si j’ai spécifié « au minimum deux temps », c’est parce qu’est généralement spécifié, comme faisant partie du contrat, que des versements d’intérêts auront lieu à des moments prédéterminés entre l’initiation du prêt et son débouclage.

Continuer la lecture de L’explication du prix par le rapport de force (III) L’intervention du temps dans la détermination du prix

Partager :

Le « point monétaire d’épargne », par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. Réponse à La prime à la vertu, par Zébu.

Merci à Zébu de ce dépliage de la compensation universelle réciproque des primes de crédit. Voici quelques commentaires argumentatifs à partir de son texte.

En second lieu, il pourrait être pertinent que les dits sociétaires puissent aussi promouvoir une politique de solidarité et de réciprocité active et immédiate, en mettant en œuvre un programme « prime de crédit contre points » pour les épargnants.

L’infrastructure technique de la politique de solidarité et de réciprocité existe déjà complètement mais elle est maintenue fragmentée donc inopérationnelle par la dictature religieuse de l’ultra-libéralisme. Si les périmètres des compensations interbancaires actuelles sont ramenées aux dimensions des souverainetés nationales titrisées par des unités monétaires distinctes, alors les épargnants dans une monnaie donnée deviennent mécaniquement solidaires des débiteurs. Le périmètre de consolidation des dépôts par les crédits n’est plus alors comme aujourd’hui la société des actionnaires dirigeants de chaque groupe bancaire mais la société politique incarnée par l’état de droit souverain dans sa responsabilité gouvernementale. Concrètement la gestion formelle du risque de crédit est restitué à la démocratie et les établissements de crédit n’ont de responsabilité effective que dans la gestion matérielle du risque de crédit. Le principe de la compensation séparée du crédit et du risque de crédit est que le risque de crédit est rendu mesurable par l’application publique de l’équité devant le crédit laquelle est arbitrée par la responsabilité politique et non par des prêtres financiers avec des entrailles de poulet numériques que sont les matrices mathématiques de notation des risques.

Continuer la lecture de Le « point monétaire d’épargne », par Pierre Sarton du Jonchay

Partager :

La prime à la Vertu, par Zébu

Billet invité.

Dans son récent billet, « Déconstruction aristotélicienne de la malhonnêteté financière par la reconstitution de la démocratie », Pierre Sarton du Jonchay pose les bases d’une analyse de la fabrique des taux d’intérêt mais aussi de la manière qu’il conviendrait de les déconstruire pour mieux les reconstruire.

Ainsi, il met en exergue le fait que les banques privées (mais on pourrait y adjoindre les quelques rares spécimens de banques publiques) ont la primauté sur la monnaie émise par les banques centrales et qu’elles seules définissent les conditions de fabrique de la prime de crédit, soit de l’évaluation du risque que la contrepartie (l’emprunteur) pose à la banque, en sus de la marge brute que la dite banque définit pour les services qu’elle apporte à la gestion du dit crédit (ses frais de fonctionnement, sa marge nette, etc.).

Continuer la lecture de La prime à la Vertu, par Zébu

Partager :

Quatre natures de prime dans la réalité compensée en bancor, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

République platonicienne et démocratie aristotélo-thomiste

Plaçons-nous immédiatement dans le référentiel aristotélo-thomiste qui structure la comptabilité double actif-passif, nominal-réel, bilan-hors-bilan. Aristote est le philosophe de la matière intelligible ; de la matière que le sujet de l’intelligence peut raconter pour partager une causalité qui soit la raison commune du vivre ensemble pour les citoyens.

Remarquons que la rupture entre la démocratie d’Aristote et la république de Platon est dans l’intelligibilité de la matière. Chez Platon comme dans notre monde actuel, l’intelligence n’est que matière. Le sujet n’a pas de capacité à s’abstraire de la matière pour l’analyser et la transformer en restant lui-même.

Chez Aristote, l’intelligence est métaphysique : elle est capable d’être sur la nature et pas seulement dedans. La démocratie est la délibération de la nature par la surnature ; les citoyens discutent dans l’intersubjectivité sur un objet commun partageable. Le thomisme élève la démocratie matérielle des sujets passifs, à la démocratie active des personnes. L’expérimentation active de la démocratie a été abandonnée avec la chute du communisme idéologique.

Disons que chez Aristote, la délibération des citoyens s’inscrit dans une mécanique de langage. La causalité est un état passif de la réalité. En introduisant la vision judéo-chrétienne de la personne dans l’intelligibilité du réel, la synthèse thomiste rend la métaphysique active. La métaphysique devient transformable par la délibération des personnes, sujets non seulement de la physique mais de la métaphysique. C’est le phénomène de la transsubstantiation du réel par le don des personnes.
Continuer la lecture de Quatre natures de prime dans la réalité compensée en bancor, par Pierre Sarton du Jonchay

Partager :

L’AGENCE DE NOTATION FITCH FERAIT-ELLE PREUVE DE – COMMENT DIRE ? – MAUVAISE VOLONTÉ ?

J’ai écrit autrefois dans l’un de mes billets qu’il viendrait un moment où les gouvernements qui sont jusqu’ici passés en sifflotant sous les fourches caudines de la finance, se rebelleraient. J’espère que ce moment est enfin venu, l’agence de notation Fitch ayant poussé le bouchon un peu loin avec un enthousiasme qui doit faire fulminer en ce moment-même un certain nombre de ministres des finances européens.

J’ai rédigé, c’était avant-hier, un billet où je dénonçais la politique qui s’est instaurée depuis 2007, selon laquelle la prime de risque comprise dans un taux d’intérêt n’est plus considérée comme étant là pour amortir le risque du prêteur mais est devenue un simple bonus que le prêteur s’accorde – avec, il faut bien le dire, la caution enthousiaste des autorités, et en particulier de le Commission européenne, qui s’apprête à inscrire ce principe dans le fonctionnement du Mécanisme européen de stabilité (MES).

La Commission européenne a reçu hier le renfort de l’agence de notation Fitch. Par le truchement de l’une de ses représentantes dont le nom mérite de passer à la postérité : Mme Bridget Gandy, qui a en effet fait savoir que la notation que l’agence accorde aux banques des pays européens dans leur ensemble, repose sur une supposition « au niveau 99,5% » que dans le sauvetage d’une banque par un État, ses créanciers seront remboursés intégralement : « Si un pays européen important devait léser les créanciers d’une banque en difficulté, ceci modifierait fondamentalement la manière dont nous évaluons les banques [européennes]. »

Continuer la lecture de L’AGENCE DE NOTATION FITCH FERAIT-ELLE PREUVE DE – COMMENT DIRE ? – MAUVAISE VOLONTÉ ?

Partager :

L’EUROPE S’APPRÊTE À « PROTÉGER LES INVESTISSEURS CONTRE LES CONSÉQUENCES DE LEURS MAUVAISES DÉCISIONS »

L’économiste allemand Hans-Werner Sinn et l’économiste suisse Harald Hau ont signé avant-hier une tribune libre dans le Financial Times, intitulée : « L’union bancaire de la zone euro est profondément viciée ». Elle traite un thème qui m’est cher et sur lequel il est toujours bon de revenir : que le mécanisme du prêt et de l’emprunt est aujourd’hui faussé du fait que le défaut, soupape nécessaire d’une économie fondée sur une répartition très inégale de la richesse, a été mis hors-jeu. Tout défaut, toute somme qui n’est pas remboursée par un emprunteur à un prêteur, est depuis 2007 prise à charge par l’État, c’est-à-dire par le contribuable, le cas princeps étant celui de la faillite de l’assureur américain AIG en septembre 2008 : le contribuable américain a (à son corps défendant bien entendu) réglé l’entièreté des 182,5 milliards de dollars nécessaires à rembourser rubis sur l’ongle l’ensemble des créanciers.

Dans ce domaine, l’Europe met en ce moment les bouchées doubles. Sinn et Hau écrivent très justement à propos du projet d’union bancaire européenne qu’il « pourrait constituer une nouvelle étape dans le transfert de dettes privées douteuses au bilan des États – ce qui réjouit le marché des capitaux et explique sans doute sa confiance retrouvée ».

Les principales composantes du taux d’intérêt sont la prime de liquidité (le prix à payer pour le temps qui s’écoulera avant le remboursement), l’expression du rapport de force entre prêteurs et emprunteurs dans une conjoncture particulière de l’économie, et la prime de risque faite pour absorber statistiquement le défaut s’il a lieu. Or maintenant que le risque a cessé d’exister, la prime de risque incluse dans le taux d’intérêt exigé constitue une simple aubaine. À propos du Mécanisme européen de stabilité (MES) Sinn et Hau font observer qu’il « met en avant des mesures protégeant les investisseurs contre les conséquences de leurs mauvaises décisions ».

Pour justifier son profit, le prêteur invoque – et le plus souvent à hauts cris – le risque auquel il est exposé. Mais le risque de non-remboursement a aujourd’hui disparu : le versement des sommes dues a été verrouillé, aux frais de la communauté. Si celle-ci proteste : dit qu’elle a du mal à payer, il lui est répondu sans vergogne – venant d’en haut – que ses difficultés actuelles proviennent du fait qu’« elle a vécu autrefois au-dessus de ses moyens ! ».

Les exilés et autres optimiseurs fiscaux expliquent à qui veut les entendre que leur attitude se justifie par le fait que la solidarité fiscale s’exerce systématiquement à leurs dépens. Certains d’entre eux – peut-être même de bonne foi – continuent de l’affirmer. Ils peuvent cependant être rassurés : depuis 2007, et dans l’ensemble des pays occidentaux en tout cas, c’est désormais à eux que la solidarité fiscale bénéficie essentiellement.

Il faut que les États cessent immédiatement de prendre à leur charge la totalité des défauts qui se manifestent dans l’économie : le défaut est une soupape assurant le désendettement sans que l’économie ne s’effondre pour autant. L’assurance contre le défaut existe d’ores et déjà : c’est la prime de risque incluse dans le taux, faite précisément pour absorber statistiquement un non-remboursement éventuel. Si le défaut d’une firme spécifique devait constituer par sa nature-même un risque systémique, cette firme doit être immédiatement démantelée en unités non-systémiques.

Les mesures assurant la disparition du risque pour le prêteur ont été mises au point conjointement par les entreprises transnationales et les grandes firmes d’audit avant d’être proposées clé-en-main aux États par leurs lobbyistes. J’ai rappelé cela lundi lors de la première réunion du « Groupe de réflexion sur l’économie positive », la fureur d’un participant au cœur de ce mécanisme en réponse à mon affirmation, m’a confirmé que j’avais visé juste.

 

Partager :

LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 3 AOÛT 2012 (« LES PRIMES DE M. DRAGHI »)

Je garde le titre, j’aurai tout essayé pour faire une vidéo convenable, mais cette fois-ci, c’était trop dur. Alors, je recours au texte – avec des mots – pour vous expliquer « Les primes de M. Draghi ».

Vous vous souvenez sans doute de mon billet Mario Draghi : Et s’il s’agissait d’un abominable malentendu ?, ou je disais qu’on n’avait rien compris à ce qu’il avait voulu dire le 26 juillet. Il avait parlé de « prime de convertibilité » comprise à l’intérieur des taux exigés de l’Italie et de l’Espagne, et tout le monde s’était dit : « Prime de quoi ? … Il veut surement dire que la BCE va reprendre ses achats d’obligations de ces deux pays ! » Or tout le monde se trompait : il parlait vraiment de la « prime de convertibilité ».

Vous vous souvenez peut-être d’un autre de mes billets récents : Le seul moyen qui reste encore de sauver l’euro. J’y écrivais : « J’aimerais m’adresser plus particulièrement à mes confrères ingénieurs financiers… » Pourquoi m’exprimer de cette manière inhabituelle ? Pour attirer l’attention sur le fait que ce que j’allais dire avait un sens technique très particulier. Pour qu’au cas ou quelqu’un m’objecterait : « Oui, mais le carré de l’hypoténuse… », je puisse répliquer : « Je parle de quelque chose de très précis… et j’avais prévenu que je le ferais ! »

Si le marché des capitaux exige en ce moment des taux plus élevés pour des emprunts italiens ou espagnols qu’allemands ou francais par exemple, c’est parce qu’il y a pour les premiers, un risque plus élevé. Tout le monde est bien d’accord là-dessus.

Mais ce que M. Draghi a dit le 26 juillet – et pour éviter tout malentendu, il aurait du ajouter comme moi : « et je m’adresse ici aux spécialistes uniquement » – c’est qu’il y a en ce moment deux risques pour ces deux pays et par conséquent deux primes de risque exigées par le marché des capitaux pour prêter à ces deux pays, et incluses dans les taux qu’on leur réclame : une prime de risque de crédit « classique », c’est-à-dire de non-remboursement et, en ce moment, une prime de risque « exceptionnelle » de convertibilité.

Le risque de convertibilité, c’est le risque que l’Italie revienne à la lire et l’Espagne à la peseta, et qu’elles remboursent un jour les sommes qu’elles ont empruntées dans ces devises dévaluées auxquelles elles seraient revenues. Et ce risque-là, s’était écrié M. Draghi, nous pouvons l’écarter purement et simplement en déclarant haut et fort : « AUCUN PAYS NE SORTIRA DE LA ZONE EURO ! » Ce qu’il était effectivement en train de faire.

C’est ce que les épistémologues de la finance appellent la « performativité » : faire quelque chose du simple fait qu’on le dit. Encore faut-il – comme M. Draghi l’apprend aujourd’hui à ses depens – que ce qu’on dit soit compris.

Au temps pour la prime de risque de convertibilité. Et quid de la prime de risque de crédit ? Suffit-il que la BCE achète des obligations italiennes et espagnoles en quantités pour faire monter leur prix et du coup, baisser mécaniquement leur taux ? Non, parce qu’il s’agit du risque de non-remboursement de ces emprunts et pour imaginer que cet aspect-là de la chose puisse se régler par l’offre et la demande pour ces emprunts, il faut vraiment ne pas comprendre grand-chose à la question.

Tout ce que je dis là, il faut que je le précise, je ne suis pas seul à le dire. Il y a en effet en Allemagne, un monsieur qui s’appelle Jens Weidmann, et qui est à la tête de la Bundesbank, la banque centrale allemande, qui le dit aussi de son coté. Vous le trouverez facilement aux nouvelles : on vous y explique en long et en large que c’est un emmerdeur, un empêcheur de danser en rond, qui manifestement ne comprend absolument rien à la crise de la zone euro.

O tempora o mores !

Partager :

LA MONNAIE REFONDÉE SUR LE CAPITAL DES DROITS HUMAINS, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Le retour des tensions sur la liquidité du marché financier européen après l’émission nominale de plus de mille milliards d’euro par la BCE signale le décrochage irrémédiable de la croissance réelle sous une dette mondiale hors de contrôle. Le nouveau président français dépositaire éminent de l’autorité financière des États sera sans délai confronté à des arbitrages radicaux sur l’avenir de l’euro, sur le sauvetage du système financier international et sur la liquidité des échanges internationaux.

Il n’est plus possible de différer la restructuration de la dette mondiale entre les épargnants et les emprunteurs. Mais il est impossible d’y parvenir sans établir des critères internationaux de solvabilité pour mesurer ce que tout emprunteur est capable de rembourser qu’il soit particulier, entreprise, banque ou État. Une fois mesurée la part de chaque dette assise sur la solvabilité réelle, il faut établir une règle de partage des pertes de crédit entre toutes les catégories de créanciers selon la nature des droits sous-jacents aux créances.

En l’absence de règles internationales de limitation de l’endettement entre zones monétaires et de limitation de l’endettement des banques par rapport à la dette des États qui les garantissent, le seul gage actuellement livré aux créanciers est la diminution des dépenses publiques de protection du travail et de solidarité redistributive. L’affichage de la rentabilité financière détruit la croissance économique réelle issue du travail. L’inflation des dettes par rapport à l’économie réelle ne peut pas être freinée sans rétablissement de l’égalité des droits entre tous les emprunteurs ainsi qu’entre les emprunteurs et les prêteurs.

Continuer la lecture de LA MONNAIE REFONDÉE SUR LE CAPITAL DES DROITS HUMAINS, par Pierre Sarton du Jonchay

Partager :

LE MONDE-ECONOMIE, « Les autorités de la zone euro ne savent pas ce qu’est un taux d’intérêt ! », lundi 7 – mardi 8 mars 2011

Un Mécanisme de stabilité punitif

Les taux très élevés associés aux prêts consentis à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal font penser que les instances dirigeantes de la zone euro ignorent qu’un taux d’intérêt associé à un prêt comprend trois composantes :

1) le coût du financement pour le prêteur ;

2) sa marge de profit ;

3) la prime de risque de crédit, qui reflète de manière inversée une évaluation de la valeur du collatéral ainsi que la qualité de l’emprunteur.

Les principes du futur Mécanisme européen de stabilité, qui sera mis en place en 2013 pour aider les Etats de la zone euro en difficulté, viennent malheureusement renforcer l’hypothèse d’une ignorance de ces règles de base.

Le coût du financement d’un prêt est le taux auquel le prêteur lui-même emprunte les sommes qu’il reprêtera à une échéance (maturité) similaire. A cela s’ajoute une marge de profit. La troisième composante est la prime de risque, calculée sur une base statistique – « actuarielle » – pour compenser le risque d’un non-remboursement par l’emprunteur.

Par exemple, dans le cas d’un crédit hypothécaire sur un logement, la prime de risque tiendra compte du pourcentage d’apport personnel, du montant brut du prêt et du passé de l’emprunteur en matière de crédit. Soit, sur un exemple : coût du financement : 2%, marge de profit : 1%, prime de risque : 1,5%. Total exigé de l’emprunteur : 4,5%.

Ces principes très simples ne sont apparemment pas compris par les instances dirigeantes de la zone euro. Les prêts qui ont été consentis à la Grèce (110 milliards d’euros en mai 2010) l’ont été à un taux à peine inférieur à celui que le marché exigeait alors. Or, ce taux du marché était déterminé par le montant de la prime des credit default swaps (CDS) sur la dette grecque.

UN INSTRUMENT DE MESURE DU RISQUE DE CREDIT

Un CDS garantit le paiement des sommes contractuellement promises sur un produit de dette au cas où celles-ci ne seraient pas versées. La prime du CDS constitue un instrument de mesure du risque de crédit, même si cette mesure est spéculative du fait que le marché des CDS est ouvert à des intervenants qui ne sont pas réellement exposés au risque.

Comme les autres Etats de la zone euro se portaient garants de la dette grecque, le risque de défaut était en réalité nul, et la composante « prime de risque » du taux exigé de la Grèce aurait donc dû être, elle aussi, nulle ! Le taux élevé exigé signifiait donc que la composante « profit » du taux avait été gonflée de manière extravagante par les Etats prêteurs.

Quelle en était la justification ? La seule imaginable – à l’exception d’un opportunisme cynique – est l’ignorance par les instances européennes des composantes d’un taux d’intérêt.

L’hypothèse de l’incompréhension semble être confirmée par l’annonce, en novembre 2010, de la mise en place du Mécanisme européen de stabilité, dont les contours restent encore à préciser.

A partir de 2013, nous dit-on, les prêteurs des Etats – les acheteurs de la dette que ceux-ci émettent – seront exposés à un risque de restructuration de celle-ci, c’est-à-dire à un risque partiel de non-remboursement.

Les acheteurs éventuels se sont aussitôt écrié que, s’il en était ainsi, les taux exigés ne manqueraient pas d’être plus élevés qu’ils ne le sont aujourd’hui. A quoi pouvait donc servir, demandera-t-on alors, la composante « prime de risque » comprise dans le taux et calquée, comme chacun l’a observé au printemps dernier, sur la prime du CDS ?

A moins qu’il ne faille admettre qu’il s’agissait alors de gonfler, sans justification particulière, la composante profit du taux ? Bien sûr, d’autres explications sont toujours possibles : une « anticipation du taux d’inflation », par exemple. Rieurs, s’abstenir !

Partager :

Prendre le taux d’intérêt au sérieux ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand une banque vous prête de l’argent, elle vous communique le taux d’intérêt qu’elle exigera de vous. Il y a à ce taux trois composantes : la base, c’est le coût de financement, le taux d’intérêt dont elle s’acquitte elle-même sur cet argent qu’elle va vous prêter (si la banque « inventait » l’argent qu’elle vous prête, ce coût serait de zéro ; malheureusement pour les banques, ce n’est pas le cas). Le deuxième composant, c’est son profit. Le troisième composant, c’est la prime de risque : c’est la partie qui tient compte du fait que certains ne rembourseront pas et ce qu’elle vous réclame comme prime de risque résulte d’une évaluation statistique des gens comme vous faisant ce même type d’emprunt, etc.

Sur un exemple : la banque vous prête de l’argent sur une certaine durée, disons cinq ans, elle n’emprunte pas elle-même cet argent pour cinq ans, elle l’emprunte pour trois mois, ou pour un mois, et elle renouvelle cet emprunt à chaque échéance de trois ou de un mois, elle « fait rouler » son prêt. Il y a là un coût pour elle, coût moins élevé en général (à moins que la courbe des taux ne soit « inversée », ce qui arrive parfois) que d’emprunter elle-même sur cinq ans pour vous prêter cet argent. Disons, coût de financement pour la banque : 1,25 %, profit : 0,75 %, prime de risque dans votre cas 3 %, Donc, total : 5 %. Sur un exemple historique récent : les prêts européens à la Grèce. Coût, disons : 1,5 %. Prime de risque : 0 %, puisque les pays européens garantissent solidairement le prêt. Taux d’intérêt réclamé : 5 %. Donc profit : 5 % – 1,5 % = 3,5 %. Je ne plaisante pas bien entendu, c’est vraiment comme ça que ça s’est passé.

Jusqu’ici, la prime de risque n’a pas été prise très au sérieux par les banquiers : les compagnies d’assurance sont obligées de faire de réelles provisions mais les réserves que les banques constituent sur les prêts qu’elles accordent ont toujours été jusqu’ici d’un montant plus ou moins symbolique. Si ce composant « prime de risque » compris dans le taux d’intérêt avait été pris au sérieux, on n’en serait pas là : si un grand nombre de défauts se produisaient simultanément en raison d’une mauvaise conjoncture économique, on se tournerait vers les réserves qui ont été constituées et – si le calcul a été fait correctement – l’argent qui compense les défauts serait là. Au lieu de cela, ce « coussin » s’est ajouté de fait à la marge de profit et a été distribué en dividendes et en bonus aux dirigeants de la banque.

Ceci pourrait changer, pas de manière dramatique peut-être mais au moins au niveau des principes, si une mesure envisagée par le FASB (Financial Accounting Standards Board), le bureau américain des normes comptables financières, était mise en application. La mesure du revenu net dû aux intérêts (net interest income) au bilan va devoir tenir compte des réserves faites pour un non-remboursement éventuel et la somme calculée devra se retrouver effectivement en réserves. Jusqu’ici, le net interest income était essentiellement calculé à partir du taux d’intérêt global.

Une remarque de David Reilly, le journaliste qui analyse la mesure proposée dans le Wall Street Journal de ce matin : pour continuer comme avant de présenter à leurs actionnaires un chiffre impressionnant de net interest income, les banques vont être tentées de réduire les réserves qu’elles constituent sur les prêts qu’elles accordent.

Décidément, on n’est pas près de perdre les bonnes habitudes dans le secteur bancaire.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :