Prendre le taux d’intérêt au sérieux ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand une banque vous prête de l’argent, elle vous communique le taux d’intérêt qu’elle exigera de vous. Il y a à ce taux trois composantes : la base, c’est le coût de financement, le taux d’intérêt dont elle s’acquitte elle-même sur cet argent qu’elle va vous prêter (si la banque « inventait » l’argent qu’elle vous prête, ce coût serait de zéro ; malheureusement pour les banques, ce n’est pas le cas). Le deuxième composant, c’est son profit. Le troisième composant, c’est la prime de risque : c’est la partie qui tient compte du fait que certains ne rembourseront pas et ce qu’elle vous réclame comme prime de risque résulte d’une évaluation statistique des gens comme vous faisant ce même type d’emprunt, etc.

Sur un exemple : la banque vous prête de l’argent sur une certaine durée, disons cinq ans, elle n’emprunte pas elle-même cet argent pour cinq ans, elle l’emprunte pour trois mois, ou pour un mois, et elle renouvelle cet emprunt à chaque échéance de trois ou de un mois, elle « fait rouler » son prêt. Il y a là un coût pour elle, coût moins élevé en général (à moins que la courbe des taux ne soit « inversée », ce qui arrive parfois) que d’emprunter elle-même sur cinq ans pour vous prêter cet argent. Disons, coût de financement pour la banque : 1,25 %, profit : 0,75 %, prime de risque dans votre cas 3 %, Donc, total : 5 %. Sur un exemple historique récent : les prêts européens à la Grèce. Coût, disons : 1,5 %. Prime de risque : 0 %, puisque les pays européens garantissent solidairement le prêt. Taux d’intérêt réclamé : 5 %. Donc profit : 5 % – 1,5 % = 3,5 %. Je ne plaisante pas bien entendu, c’est vraiment comme ça que ça s’est passé.

Jusqu’ici, la prime de risque n’a pas été prise très au sérieux par les banquiers : les compagnies d’assurance sont obligées de faire de réelles provisions mais les réserves que les banques constituent sur les prêts qu’elles accordent ont toujours été jusqu’ici d’un montant plus ou moins symbolique. Si ce composant « prime de risque » compris dans le taux d’intérêt avait été pris au sérieux, on n’en serait pas là : si un grand nombre de défauts se produisaient simultanément en raison d’une mauvaise conjoncture économique, on se tournerait vers les réserves qui ont été constituées et – si le calcul a été fait correctement – l’argent qui compense les défauts serait là. Au lieu de cela, ce « coussin » s’est ajouté de fait à la marge de profit et a été distribué en dividendes et en bonus aux dirigeants de la banque.

Ceci pourrait changer, pas de manière dramatique peut-être mais au moins au niveau des principes, si une mesure envisagée par le FASB (Financial Accounting Standards Board), le bureau américain des normes comptables financières, était mise en application. La mesure du revenu net dû aux intérêts (net interest income) au bilan va devoir tenir compte des réserves faites pour un non-remboursement éventuel et la somme calculée devra se retrouver effectivement en réserves. Jusqu’ici, le net interest income était essentiellement calculé à partir du taux d’intérêt global.

Une remarque de David Reilly, le journaliste qui analyse la mesure proposée dans le Wall Street Journal de ce matin : pour continuer comme avant de présenter à leurs actionnaires un chiffre impressionnant de net interest income, les banques vont être tentées de réduire les réserves qu’elles constituent sur les prêts qu’elles accordent.

Décidément, on n’est pas près de perdre les bonnes habitudes dans le secteur bancaire.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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181 réflexions sur « Prendre le taux d’intérêt au sérieux ? »

  1. @Paul Jorion

    Vous écrivez, je cite :
    « Si la banque « inventait » l’argent qu’elle vous prête, ce coût serait de zéro ; malheureusement pour les banques, ce n’est pas le cas ».

    Les banques créent bien l’argent à partir de rien, puisqu’elles émettent ce que vous appelez « l’argent de banque » à partir de leur ratio de fonds propre, qui est de 8%, si je comprends bien.

    L’argent créé devient une dette à rembourser avec intérêt à la banque (qui ne créé pas cet intérêt, celui-ci étant prélevé sur la masse monétaire existante).

    Cette dette devient un capital, qui sert d’investissement.

    Et cet investissement est ce qui permet la consommation.

    Ai-je bien compris le processus de la création monétaire bancaire ?
    Sinon, je vous remercie de l’expliquer.

    Or, les banques restreignent le crédit aux particuliers et entreprises, ce qui génère la crise dont la source vient d’abord de la spéculation faite sur le prix des actifs financiers, définis comme une marchandise. Or 2% des échanges mondiaux correspondent aux échanges de produits et services et 98% des échanges à des échanges financiers.

    Croyez-vous sincèrement que les citoyens et consommateurs vont se laisser encore longtemps berner par les banquiers et les financiers ?

    Croyez qu’ils vont acceptent indéfiniment de payer pour les erreurs d’autrui ?

    Un vrai gouvernement du peuple, un vrai responsable politique va t’il enfin remettre à sa place les professionnels de la finance, en leur disant clairement que la finance doit être au service de l’économie et de la société et non l’inverse.

    Dans le cas contraire, pourquoi ne pas dire clairement que les êtres humains sont des esclaves au service des banquiers et que l’esclave des peuples n’a jamais été aboli.

    L’économie est définie dans le Larousse encyclopédique comme l’appropriation des ressources.

    Pensez-vous que l’on puisse développer une économie et une civilisation sur l’appropriation des ressources naturelles et intellectuelles ? Que cette appropriation (voyez chères lectrices et lecteurs l’étymologie du mot pour vous faire votre propre opinion) qui ressemble à une spoliation, un vol et non à une saine gestion des ressources en tant que personne responsable – au sens de capacité à répondre – soit réalisée au seul profit d’une minorité de nantis.

    D’ailleurs, à quoi sert l’argent dans ce cas ?

    Avoir des millions et milliards d’€uros ou de dollars, sans les utiliser, revient à la même chose que la connaissance, si on ne s’ent sert pas pour le bien-être de tous : A rien !

    1. J’ai pris et je prends encore un immense plaisir à lire l’excellent livre de Paul, intitulé : « L’Argent, mode d’emploi ».
      Il est simple, sobre et précis et tout ce que vous souhaitez savoir y est expliqué sans fioriture. Ne vous privez pas de l’acheter (20€) ou de l’emprunter !
      J’en fais de la pub gratuite car son livre est vraiment l’amorce et le détail de ce qui devrait être enseigné très tôt !

    2. Le citoyen lambda qui travaille n’a pas de temps libre à consacrer à l’analyse des mystères de l’économie fait l’impasse sur cette connaissance.
      Il fait plus ou moins confiance à l’état pour « faire tourner » le système.
      Parfois il se rebelle.
      Mais la machine démocratie est bien conçue, la rébellion s’épuise.
      Et le double monde continue.
      C’est MATRIX.
      Qui sera Neo?
      Un jeune colonel américain?

    3. « puisqu’elles émettent ce que vous appelez « l’argent de banque » à partir de leur ratio de fonds propre »

      Paul n’a jamais parlé de « l’argent de banque ». C’est quelqu’un qui partage votre opinion qui l’a fait.
      Cet « argent de banque » n’existe pas en dehors de la tête des économistes. Sauf à dire qu’un chèque est de « l’argent de banque », ce qui est absurde.

    4. Heeeu… Tartar.
      Dans Matrix, Néo n’a qu’un job : obtenir la paix… Et ça ne semble pas être le but principal des tea-party.

  2. l’argent n’est pas sécable c’est un flux continu d’information ,le confisquer ou le dériver revient à déclencher un « avc » une thrombose ,une hemorragie .

    c’est la grande découverte du 21 siècle ,l’argent ne dépent pas de ma méca flu ou newtonienne !

  3. Bonjour tous

    je vous lis depuis des mois , et je trouve votre blog formidable, riche en enseignements concernant les rouages de l’économie et des finances, ses dérives et ses excès . Je suis un simple citoyen lambda qui refuse de regarder la TV (je n’en ai pas). Hier j’étais chez mon amie et j’ai entendu dans le journal du 20h sur la 2 que l’immobilier redémarrait est-ce de l’intox ? Nous prend pour des cruches? Franchement, dans quel monde vivons nous !!!!!

    1. Bonjour Gabriel.
      C’est assez délicat à expliquer, mais c’est EN PARTIE de l’intox.
      Il y a le phénomène naturel du placement dans la pierre (comme pour l’or) qui fait que les achats de biens sont en augmentation dans les GROSSES METROPOLES.
      Pourquoi en ville? tout simplement parce que les « investisseurs » savent que l’augmentation prévisible du coût de l’énergie va pousser les gens qui travaillent à louer plus près de leur travail.
      Et, deuxième effet levier : la France vient de changer d’indexation dans le montant des loyers : ils pourront varier non plus sur l’indice du coût de la construction MAIS sur l’inflation des produits courants.

      Vous remarquerez néanmoins, si comme moi vous voyagez un peu, que le nombre de logements à vendre en zone rurale est toujours aussi important.
      Il devrait même augmenter dans les zones qui avaient été construites à des fins de location de vacances.

      Mais, et se peut être ponctuel, globalement le marché de l’immobilier « refonctionne »…

    2. Yvan : vous faites comme si les transactions immobilières à Paris étaient principalement le fait d’investisseurs. Je suis assez dubitatif là-dessus – il y a plus surement un réflexe « sécuritaire » sur la pierre. J’ai la chance d’habiter dans un arrondissement sympa (le 9ème) et il est incontestable que la demande excède largement l’offre – pas besoin d’être fin économiste pour en deviner les conséquences. Par contre, ce qui est étonnant et contradictoire dans cette « reprise » c’est que l’obtention d’un prêt semble assez difficile de nos jours.

    3. @ Ruis Gabriel,

      Bonjour

      Vous dites que vous n’avez pas de télévision. Je soupçonne que nous sommes nombreux dans ce cas parmi les visiteurs du blog de Paul Jorion.
      Je pense que les trente dernières années ont été fatales à cet outil de diffusion formidable. Tant pis.

      Pour ma part, voilà justement trente ans au jus que je passe les journées sans télé (après 10 courtes années de télévision familiale, à l’adolescence).
      C’est une expérience étonnante cette vie « sans télé », car la télévision a fabriqué peu à peu un univers, un microcosme, une sorte de culture cohérente et diffuse, auxquels les « sans télé » sont un peu étrangers.

      Pas totalement étrangers cependant puisque tous les autres médias se sont mis (par intérêt financier sûrement) à parler de la télévision, de ce qui s’y passe, de ses vedettes et de ses « grands événements ». Ainsi, bien que je n’ai jamais eu l’occasion de voir une image de Canal + (je n’avais pas de télé déjà à sa création en 1984), je suis incollable sur les noms des différents animateurs ou sur les émissions « cultes » de la chaîne. Idem pour d’autres chaînes: je peux parler de Michel Drucker ou de Jean-Pierre Pernaut, dire un mot sur telle série télé, comparer telle ou telle présentatrice, ou bien connaître l’âge ou la fonction du mari de telle autre. Je vis donc en symbiose parmi les « avec télé ».
      La « culture télé » est un bain dans lequel nous ne pouvons que tremper, même à notre corps défendant.

      Certains amis m’affirment que la télé reste irremplaçable pour voir « en direct » les événements importants, historiques. Et ils m’en citent certains (L’homme sur la lune; la révolution iranienne; la chute du mur de Berlin; la fin des époux Ceaucescu; la destruction des tours du World Trade Center; etc.).
      A la fin de l’énumération de ses événements que j’ai raté « en direct », je constate toujours que j’en sais autant qu’eux sur le sujet, et qu’il m’est arrivé d’avoir avant eux le recul nécessaire sur ces « actualités ».
      Le direct n’est pas une garantie de vérité, et l’homme « sans télé » n’est pas moins informé.
      Ne l’est-il pas plus finalement?

      Vous avez entendu à la télévision, chez une amie, que « l’immobilier redémarrait ».
      Vous demandez: « dans quel monde vivons-nous?!! »
      …dans l’univers de la toute puissance télévisuelle peut-être.

      (Quoique …j’ai lu la même info dans le journal. Même nous autres, les « sans télé », risquons la mésinformation!)

    4. Changez d’amie ou cassez sa télé!:-)

      +2%en Avril à Paris, +12% en un an! Si Paris c’est une blonde, alors le cours de la blondasse siliconée est très surfait sur le marché de la poule de luxe!

      Sérieusement, les prix n’ont baissé que de 9% en moyenne en France depuis le pic de 2007! Il reste au moins 10 à 15% de correction à encaisser, d’après les économistes des grandes banques les moins pessimistes. Et cela sans tenir compte de la dégradation économique générale (chômage…).

      Si les prix ne sont pas même corrélés à la baisse des loyers observée, aberration en soi, il faut juste dire merci au doublement du plafond des prêts à taux zéro, à la loi Scellier et un peu à des taux d’intérêt historiquement bas (3.55 à 3.75% sur 20 ans)… Bref les vendeurs disent merci au déficit de notre État bienveillant et aux taux directeur de la BCE…, et aux pigeons indécrottables qui regardent trop la télé.

    5. Vigneron, pourquoi traiter Paris de cette façon vulgaire ? Ne pouvez vous imaginer qu’il n’y a que des blondasses qui attirent ?

    6. @didier

      Sorry, c’était juste pour le (mauvais) bon mot… Et d’ailleurs Paris serait plutôt pour moi une jolie brune piquante, mais passons… Que voulez vous si on me parle +x% et $ je vois plus spontanément le collagène, botox et silicone que Gréco, même avec nez refait!

      Pour le reste, l’immobilier dans quelques quartiers parisien, franchement, c’est Microcosmos!

  4. Je comprends qu’à l’embouchure de la fuite, le pétrole qui s’écoule reste plaqué au fond par la pression de l’eau et puis après …. ???
    Est-il possible qu’une partie de ce pétrole prenne le Gulf Stream.. ?

  5. @ Cécile,

    Oui, histoire de déverser leur trop plein de pollution sur l’Europe, question d’habitude : on ne change pas une habitude qui gagne et qui a déjà maintes et maintes fois fait ses preuves !

  6. Question sur l’usure :
    Sur le site de la banque de France, on trouve un rappel sur la définition du « seuil de l’usure » , c’est là :

    http://www.banque-france.fr/fr/statistiques/taux/usure.htm

    Paul rappelle qu’un taux d’intérêt est sensé prendre en compte une prime de risque pour en déduire le profit. Sur le site de la BNF est fait mention du fait suivant sur le seuil de l’usure :

    « L’article 32 de la loi de 2003 a supprimé le délit d’usure pour les prêts consentis à des personnes morales exerçant une activité commerciale, industrielle ou financière. Seule demeure la sanction civile (les perceptions excessives sont imputées de plein droit sur les intérêts normaux et subsidiairement sur le capital de la créance) pour les découverts en compte qui leur sont consentis.

    L’article 7 de la loi de 2005 étend cette suppression du délit aux personnes physiques agissant pour leurs besoins professionnels (« entrepreneurs individuels »). Parallèlement la sanction civile prévue dans le Code monétaire et financier en matière de découverts en compte consentis aux personnes morales exerçant une activité commerciale est élargie afin d’inclure également les personnes physiques agissant pour leurs besoins professionnels. »

    Est-ce que quelqu’un a compris ces deux articles de loi ? Est-ce que cela veut dire que l’usure est autorisée deux ans avant la crise (je ne comprends pas la mention personne physique puis morale par rapport aux sanctions) ?

    Si l’usure est autorisée, est-ce que cela signifie que la prime de risque est légitimement augmentée d’autant par rapport à ce genre de « prêt » ?

    1. Il me semble, nous l’avions abordé d’une autre manière (banquiers entre eux, véhicule pourri titrisation), c’est qu’entre professionnel l’usure ne s’applique pas, l’usure ne protège que le particulier vis à vis du particulier ou du professionnel.

      L’autre manière, c’est la responsabilité du vendeur qui ne peut avoir une quelconque responsabilité envers un professionnel, le professionnel devant savoir ce qu’il fait. En conclusion, le libéralisme ne convient qu’au bien informé, pour celà suffit d’avoir les moyens. Le renard ds le poulailler, le pot de terre contre le pot de fer.

      Et au gré des lois, le piège se referme, tous dans la nasse. Elle est pas belle la vie de riche.

  7. Bonjour à toutes et tous

    A Bertrand : non, l’usure est toujours interdit et sanctionné. Mais la réglementation a en effet évolué à partir de 2003 :

    Le taux d’usure est réglementée par les articles L.313-3 et suivants du code de la consommation (auxquels renvoie l’article L.313-5 du code monétaire et financier) :
    – obligation d’affichage dans tout contrat de prêt du taux effectif global, sous peine d’amende de 4.500 Euros ;
    – interdiction des prêts usuraires, sous peine d’une sanction civile de restitution des perceptions excessives et d’une sanction pénale de 2 ans d’emprisonnement et d’une amende de 45.000 Euros.

    La loi du 1er août 2003 sur l’initiative économique a supprimée le délit d’usure pour
    « les prêts accordés à une personne morale se livrant à une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou professionnelle non commerciale » … (Nouvel article L.313-3, alinéa 2 du code de la consommation)
    => pas pour les sociétés civiles, ni pour les fondations, les syndicats …

    La loi de 2005 a étendue cette suppression aux personnes physiques agissant pour leurs besoins professionnels : entrepreneur individuel ; commerçant ; artisan …)

    Le taux d’intérêt peut être librement fixé par les parties dans l’octroi des prêts à ces personnes (TEG non plafonné)
    à l’exception des découverts en compte pour lesquels le délit est maintenu (TEG toujours plafonné à un seuil … mais sans sanction pénale).
    La notion de découvert : => tous les découverts sont visés, peu importe qu’ils soient ou non préalablement autorisés.

    Les crédits accordés sous forme de découvert en compte aux personnes morales demeurent ainsi soumis au seuil de l’usure :
    « Le TEG ne peut pas excéder de plus du tiers le taux effectif moyen pratiqué au cours du
    trimestre précédent par les établissements de crédit pour les opérations de même nature ».

    En bref =>
    abrogation du délit d’usure pour les prêts accordés aux personnes physiques et morales concernées (TEG non soumis à plafond) et suppression de la sanction pénale pour les découverts en compte (TEG soumis à plafond).

    Je finirais par cette précision :
    Même si la sanction pénale pour prêt usuraire disparaît, cela ne signifie pas qu’il n’y a plus de risque pénal :
    En effet, l’article L.626-2, alinéa 1er du code de commerce, sanctionne de 5 ans d’emprisonnement et de 75.000 Euros d’amende, ceux qui auront, pour éviter ou retarder l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, « employé des moyens ruineux pour se procurer des fonds ».
    Sont considérés comme ruineux, en général, les procédés de mobilisation de fausses créances, mais le moyen ruineux peut être aussi un procédé regulier dont les frais financiers sont tels que l’entreprise ne peut y faire face.

    Cordialement

    1. Si je comprends bien, l’entrepreneur est pénalement responsable d’avoir souscrit un prêt à taux usuraire auprès de ses financiers.(l626.2)

      Une vrai malédiction pour le petit mais tout bon pour se faire racheter à bon compte. Ou il y a de la gène, y a pas de plaisir, la sainte parole du parvenu.

    2. Bonjour,

      Encore un bon exemple, mais ils sont légion, d’une complexification édifiante et inutile de la législation : l’usure devrait être interdite envers et contre tous =>
      -1) C’est simple et on en fait quelque chose de compliqué avec, de préférence, de multiples renvois à différents Code, histoire de mieux enfumer l’ensemble ;
      – 2) En décider autrement avec maintes et maintes circonvolutions relève de ce que Monsieur Jorion dénonce : la perte d’intégrité et de courage de nos Sociétés, c’est-à-dire en réalité, des acteurs dits politiques (exécutif, législatif) de nos Sociétés.

      Cordialement,

    3. Addendum,

      Prenons garde : cette façon nouvelle de faire des textes, en vigueur en France (où elle est très contraire à notre tradition juridique) et en Europe, est en réalité le moyen utilisé par les groupes de pression détenant le grand capital (banques, multinationales et comparses) pour prendre le pouvoir politique.
      Ce qui, au fil du temps, et cumulé avec un nouveau type d’éducation des masses (par l’instrumentalisation de l’éducation et des médias), s’avère très réussi : le droit et le politique finissent décrédibilisés, la place est laissée libre à l’économie et aux groupes de pression.
      Décrypter ces mécanismes est essentiel à l’arrêt de leur prolifération et de leur nocivité à court, moyen et long terme.

      Cordialement,

  8. @Yves: Pouvez-vous nous dire en quoi la réponse de Ybabel était erronée? Et si l’on vous croit Wikipedia a aussi tout faux car il est dit ceci sur le ratio Cooke:

    « Le ratio Cooke est un ratio de solvabilité bancaire qui est recommandé par le Comité de Bâle dans le cadre de ses premières recommandations.

    Il fixe la limite de l’encours pondéré des prêts accordés par un établissement financier en fonction des capitaux propres de la banque. Les banques sont tenues de garder un volant de liquidité, de ne pas prêter à long terme, l’équivalent de 8 % de leurs fonds propres afin de faire face aux impondérables : retournement de la conjoncture et augmentation des impayés de la part de ménages moins solvables, retraits soudains aux guichets de la banque. »

    A noter que je ne comprends pas pourquoi l’on parle ici de ratio de solvabilité alors qu’il est destiné à couvrir un risque de liquidité. D’ailleurs wikipedia le met ensuite dans les ratio de liquidité à la page « ratio financier ».

  9. @Yves: Autre point sur lequel je ne vous comprends pas.
    Vous dites:  » Les banques ne travaillent plus aujourd’hui en adossant un actif à un passif. Ce que j’appelle dans le texte écrit hier « les systèmes de transferts internes de fonds » permettent de dissocier tout à fait les activités de l’actif et du passif. »

    Et quelques lignes plus bas: « Le risque de taux en général ne se gère donc plus au niveau des départements, mais bien à celui de cette trésorerie interne »

    Vos deux affirmations me semblent contradictoires. Vous nous dites que les activités de l’actif et du passif sont dissociées et vous nous dites en même temps le contraire, si je comprends bien, c’est-à-dire que la gestion du risque de taux a été centralisée (au niveau de la trésorerie).

  10. Je change un peu de sujet en attirant votre attention sur une autre catégorie de prêts : les crédits revolving, crédits dont les taux atteignent 21% (25% assurances comprises)? Quelle est la marge retirée par les banques sur ces prêts scandaleux dont personne ne parle ou très peu, mais qui minent la santé financière de milliers voire de millions de ménages. Et pourtant, si L’Etat prenait la décision de diminuer drastiquement le taux d’usure, cela pourrait sauver de la faillite personnelle des milliers de ménages au bord du surendettement. Pourquoi rien n’est fait en la matière? Peut-être aurez-vous quelques commentaires intéressants à faire à ce sujet.

  11. Ce que j’en retire de mon expérience personnelle, c’est qu’il faut mieux éviter les prêt autant que possible. Je connais des gens qui me sont proche qui s’y sont « prete » et je dois dire qu’ils sont en situation difficile.

  12. Dans ce billet, la prime de risque n’est pas précisée. En effet il s’agit d’une assurance achetée par la banque. Mais le vendeur n’est pas forcement un assureur, mais un vendeur de protection hors normes: Un vendeur de CDS.
    La difference d’avec un assureur, c’est que le vendeur de CDS n’a pas a justifier de sa capacité réelle à rembourser la banque au cas ou l’emprunteur serait défaillant. Le vendeur prends le risque qu’il n’y aura pas défaillance. Comme ce procédé incroyable frole ou EST de l’escroquerie, le pseudo assureur compte sur de nouvelles ventes de CDS pour rembourser l’éventuelle défaillance, comme dans le systéme Ponzi-Madoff.
    On peut se demander pourquoi les banques acceptent ce genre d’assurances bidons. Surtout que des hedge-funds, utilisant des société « had-oc » vendent des CDS pour empocher des primes pour pas un rond de capital. S’il y a un probléme, elles mettent la clef sous la porte de cette société écran: Escroquerie légalisée. CQFD.
    Pourquoi? Stiglitz donne une réponse valable: Déja en faillites, elles prennent d’énormes risques pour remonter la pente. Risques qu’un assureur honnete ne voudrait pas prendre. En clair l’assureur demanderait bien trop cher, ce qui serait un ralentisseur à la prise de risque.
    On arrive donc a percevoir ce genre de choses: Non les primes des CDS ne sont pas anormalement élévèes, elles sont anormalement basses!
    Si on voulait etre dans le vrai, les assureurs prudents n’assureraient pas les banques actuelles (Ni la Grece: Les Etats NE PEUVENT PAS ETRE ASSURES! Si vous trouvez un assureur honnete qui le prétends: Ecrivez moi!) sauf avec des primes énormes. Se souvenir que les assureurs refusent de payer en cas de catastrophes, telles qu’éruptions volcaniques, tremblemement de terre, explosion nucléaire, guerre…Et donc certainement la défaillance d’un Etat fait partie de l’exclusion!
    Alors la finance a inventé ses propres assurances pour gruger les actionnaires, les Etats, et tout le monde.
    La prime d’assurance dans ce cas c’est de la pure escroquerie au carré, meme au cube, au diable l’avarice!

    1. Ça marche un peu quand même puisque suite à la crise de 2008 certaines banques européennes ont été dédommagées grâce aux CDS.

  13. Bonjour à toutes et tous,

    Ce n’est vraiment pas facile de ne pas polémiquer mais j’essaie de rester factuel.

    Tout d’abord, mes excuses à tous si j’ai pu paraître manquer de respect dans ma réponse. J’écris les choses sans « langue de bois » mais sans aucune arrogance et si j’ai tort dans ce que j’écris, j’assumerai, mais j’aime bien que celui qui l’affirme me dise pourquoi.

    En réponse aux différents commentaires.

    @ Crapaud Rouge

    Je respecte beaucoup votre vision de ce que peut être le concept de risque, mais je pense qu’il est difficile pratiquement de considérer les risques comme un tout sans aucune distinction. Je suis peut être naïf, mais je ne pense pas que les banques n’utilisent pas le coût du risque répercuté dans leur tarification, car le risque de crédit se matérialise (il n’est jamais à 0) et impact le P&L de la banque. Logiquement, la partie de tarification destinée à couvrir le risque de crédit doit/devrait logiquement servir à constituer les provisions pour les défauts. Par contre, ce n’est pas l’endroit du P&L où elles vont apparaître qui est important, mais c’est toute l’usine à gaz de la constitution et de l’utilisation de ces provisions qu’il faudrait mettre sous surveillance, pour éviter qu’elles ne servent également et entre autres de moyen de lissage du résultat.

    L’introduction de plus d’éthique dans les affaires mérite beaucoup plus de considération et là je suis d’accord avec vous. C’est un vieux sujet, et on oublie trop souvent qu’Adam Smith avant d’écrire sur la richesse des nations a d’abord écrit la Théorie des sentiments moraux, et qu’il était d’abord professeur de moral (cela date de 1760). Et il y en a eu d’autres. Alors, est-on plus ou moins en dérapage qu’il y a 150 ans ? Très difficile de répondre.

    Enfin, désolé pour mon raccourci (ouf, tout le monde en fait) à propos de la vision « portefeuille » que j’oppose dans mon explication à la vision ‘individu ». Mais je pense être d’accord avec vous, car si le gestionnaire de risque de crédit ne voit que son propre portefeuille pour définir son niveau de risque, ce n’est pas très malin. Sur cela près, il vous objectera qu’une banque n’a pas le même profil de clientèle qu’une autre, ce que l’on peut admettre aussi.

    Si je comprends bien votre dernière remarque (isolée), la main gauche du banquier ignore ce que fait la main droite. Là, je pense que vous avez raison, et le manque de transversalité dans la gestion des risques est aussi une pierre d’achoppement. Je pense que les autorités de contrôle en sont aussi conscientes, dans leur approche de gestion étendue des risques (comprehensive risk management).

    @VB

    Désolé pour le « moins circonstanciée », mais je tente de rester clair sans rédiger des romans. Tout à fait d’accord sur le manque de transparence des institutions financières, qui ne profite qu’à elles. Sans conteste, cela devrait être amélioré de manière drastique, quant à savoir si cela va s’écrouler, ma boule de cristal reste tout à fait opaque à ce sujet.

    @ Izarn

    J’aime à croire qu’il y a encore quelques institutions financières avec un minimum de responsabilité, donc je ne mets pas personnellement tout le monde dans le même panier quant aux opérations « à la limite » faites par certains. Quid par exemple des mouvements coopératifs ?

    Je ne pense pas que la réglementation de Bâle est complaisante, mais que chacun (et jetez la première pierre si vous ne l’avez pas fait à titre personnel) essaie toujours d’interpréter la législation pour « payer » le moins possible. C’est de bonne guerre, et en générale l’autorité qui émet ces lois ou règlements à toujours une guerre de retard. Je vous laisse entièrement à votre avis sur la BRI, que je ne partage pas, mais pour reste cohérent, il faut y mettre tous les représentants des membres du BCBS (donc toutes les banques centrales et/ou autorités de contrôle) qui participent à la mise au point de ces textes.

    @ Moi

    La réponse à votre question se trouve paradoxalement dans la question. Vous confondez solvabilité et liquidité. Je ne vais pas faire ici un cours sur ces sujets, mais ce n’est vraiment pas la même chose. Sans jugement, je suis très sceptique à propos de ce que l’on peut trouver sur Wikipédia, donc je m’abstiens de commentaire à ce sujet.

    Ma compréhension du ratio d’adéquation des fonds propres est qu’il a été mis au point pour éviter un effet domino, pour rappel suite à la faillite de la banque Herstatt en Allemagne, et que les banques sont censées avoir un minimum de fonds propres pour couvrir le risque de crédit. Ce n’est pas dit autrement dans les textes. Le risque de marché (depuis 1996) et le risque opérationnel (depuis Bâle II) sont également couverts par des exigences de fonds propres. La gestion du risque de bilan (taux, liquidité, devise) était considérée sous le second pilier de Bâle II de manière qualitative et non quantitative.

    Dans une banque le gestionnaire de bilan a une vision globale des déséquilibres et n’adosse pas les opérations les unes ou autres. Il n’en sortirait pas. Donc, ce n’est pas contradictoire avec ce que je dis. Il peut arriver qu’il construise des instruments synthétiques dans lesquels plusieurs opérations sont adossées, mais ce genre d’instrument doit bien être documenté pour éviter toute erreur de valorisation. C’est plus l’exception que la règle. Je vous remercie beaucoup pour l’utilisation du « semble contradictoire ».

    Bien cordialement.

    1. @Yves
      Vous écrivez un peu plus haut que : « l’activité de crédit achète à un taux de référence donné (dont la maturité correspond en général à celle du crédit) la ressource dont elle à besoin à une trésorerie interne (et en général virtuelle) : par contre l’activité de dépôt cède les fonds qu’elle récolte également à un taux interne à cette même trésorerie. »

      J’ai du mal à comprendre votre phrase, est-ce que vous voulez dire que lorsque la banque me prête par exemple 100 000 euro sur 15 ans, la source de fond correspondante aura aussi une échéance de 15 ans ? Mais plus loin vous parlez d’une trésorerie interne et virtuelle constituée par l’activité de dépôt…je ne comprends pas.
      Est ce que vous pouvez préciser SVP ?

    2. @Yves: « Ma compréhension du ratio d’adéquation des fonds propres est qu’il a été mis au point pour éviter un effet domino, pour rappel suite à la faillite de la banque Herstatt en Allemagne, et que les banques sont censées avoir un minimum de fonds propres pour couvrir le risque de crédit. Ce n’est pas dit autrement dans les textes. »

      C’est bien ainsi que je le comprends aussi. Et cet effet domino serait causé par un problème de liquidité. Ce minimum de fonds propres ne peut que couvrir un risque de crédit sur le court terme, un problème de liquidité temporaire. Pouvez-vous me dire en quoi détenir en réserve 8% de fonds propres couvre un risque de solvabilité?

      « Dans une banque le gestionnaire de bilan a une vision globale des déséquilibres et n’adosse pas les opérations les unes ou autres. »

      Bien sûr. Mais ce n’est pas ce que j’ai laissé entendre. Les activités d’actif et de passif peuvent être strictement associées sans que l’on n’adosse les opérations une à une. C’est d’ailleurs ce que fait la trésorerie. La contradiction portait sur votre phrase : « les systèmes de transferts internes de fonds permettent de dissocier tout à fait les activités de l’actif et du passif ». Ce n’est aucunement le cas, ces activités sont centralisées au niveau de la trésorerie, qui gère le risque de taux. Que cela se fasse sur une vision globale, par « paquets », et non opération par opération n’y change rien, la banque ne peut dissocier ses activités de passif et d’actif car elle ne peut prêter ce qu’elle n’a pas.

      « Je vous remercie beaucoup pour l’utilisation du « semble contradictoire ». »

      Vous semblez connaître le sujet, je préfère donc la prudence. Nul n’est à l’abri de dire une bêtise. 🙂

    3. Bonjour à toutes et tous,

      @C.B.

      En fait le système de transfert interne de fonds (fund transfert princing – FTP) n’est pas simple à expliquer en quelques lignes, vu les différentes formes qu’il peut prendre. Je vais tenter d’être simple et pas trop long (difficile a posteriori) en reprenant votre exemple et en utilisant des taux fictifs.

      La banque vous prête 100.000 euros sur 15 ans à 5%. Supposons qu’au moment de l’octroi du crédit, le taux des fonds d’état à 15 ans (a priori et sans rire) sans risque est de 3,5%. Pour déterminer la profitabilité brute de l’activité de crédit, ce centre d’activité va « acheter » sa ressource à la « trésorerie interne » (voir la remarque ci-dessous) au taux sans risque, donc à 3,5%, ce qui génère une marge brute est de 1,5% pour l’activité. Que doit couvrir cette marge brute ? Voir l’article de Paul Jorion (plus également la très pertinente remarque de L’Hermite), et en résumé le coût du risque de crédit, le rendement attendu par l’actionnaire sur les fonds propres réglementaires immobilisés par le crédit (je passe sur le cas des fonds propres économiques pour ne pas compliquer), le coût de réaliser et de distribuer le crédit et une marge bénéficiaire complémentaire. Dans le jargon du banquier cela s’appelle également la marge commerciale. Voilà pour l’actif.

      De l’autre côté du bilan, supposons que je dépose 100.000 euros sur un compte à terme à trois mois, avec un taux d’intérêt de 1%. Le taux des certificats de trésorerie à trois mois est de 1,5%. Selon le même principe que celui proposé au paragraphe précédent, l’activité de dépôt le cède à la « trésorerie interne » de 1,5% et réalise par conséquent une marge commerciale de 0,5%.

      Ce qui reste, toujours dans le jargon du banquier, est appelé la marge de transformation, parce que dans mon petit exemple qui se limite à deux opérations, je transforme du 3 mois en 5 ans, avec une marge de 2%. Que doit couvrir cette marge, normalement tous les risques qui sont liés à cette transformation (liquidité, taux d’intérêt et le cas échéant devise), en réglementation, on parle de « banking book ». A noter que le 3 mois n’a pas nécessairement une échéance de liquidité de trois mois, il peut s’agir par exemple d’un dépôt de 5 ans avec une révision trimestrielle des intérêts. Dans ce cas, il n’y a alors pas de risque de liquidité (en supposant que votre crédit soit « bullet », sans amortissement) avant la 5ème année mais bien un risque de taux (après 3 mois) et de crédit (dès le départ).

      A noter que j’ai choisi les taux dits sans risque comme taux de référence, certaines institutions préfèrent les taux du marché interbancaire (quand ils existent …) donc Euribor et IRS.

      Le total des deux marges commerciales (sur actif et sur passif) et de la marge de transformation porte en générale le nom de marge d’intermédiation.

      Maintenant, il faut imaginer tout cela avec des milliers de contrats à l’actif et au passif. Petite remarque en passant et mea culpa, je n’aurais peut être pas du employer le terme « trésorerie », car il peut prêter à confusion (voir ma réponse à Moi ci-dessous). Comme je l’avais écrit, ces transferts de fonds sont virtuels et s’effectuent en extra-comptable : c’est le gestionnaire actif/passif (ALM) très logiquement qui en est chargé et c’est à son activité que doit logiquement revenir la marge de transformation.

      Tout cela est très bien développé dans un bouquin publié chez Economica et qui porte le titre de Gestion Actif-Passif et Tarification des Services Bancaires, de Michel Dubernet, si vous souhaitez avoir une référence bien documentée.

      @ Moi

      Ne croyez pas que je fais une pirouette avec ma réponse ci-dessous, mail tous les risques d’une banque peuvent se matérialiser, mais pas toujours, in fine dans un problème de liquidité, donc vous n’avez certainement pas tort à ce niveau. Cependant, si vous tentez de résoudre uniquement le problème de liquidité, vous soignez le mal et non la cause du mal. De mémoire (mais est-elle fiable ?), le concept de solvabilité doit être expliqué dans le texte de l’Accord de Bâle, mais très honnêtement et si je puis me permettre, il faut se le farcir. Comme ce n’est pas sur cela que je travaille pour l’instant, je n’ai pas l’occasion de chercher la référence, et très lâchement, je vous renvoie la patate chaude avec la référence du texte sur le site de la BRI :

      http://www.bis.org/publ/bcbs128.htm

      Cependant, un bref exemple, basé sur ma réponse à C.B., supposons que vous ayez un portefeuille de 1.000 opérations similaires à celle de C.B. avec une probabilité de défaut estimée ex-ante à 0,1%, les crédits sont donc remboursables « bullet », en une fois à l’échéance (pour simplifier l’exemple). Un portefeuille de 100 Mlns de crédits, 8% de fonds propres donc 8 Mlns de capital que vous détenez tout juste. Crise économique, les défauts sur crédit ex-post explosent à 10%. A chiffres constants, cela signifie que vous devez acter une perte de 10 Mlns (je ne pollue pas mon calcul avec les problèmes de marge et d’intérêt non versés, toujours pour rester simple). Donc sur base du capital de 8 Mlns, vous êtes 2 Mlns « trop court », et vous êtes obligé de constater que vous ne pourrez potentiellement pas rembourser les dépôts de 92 millions de votre clientèle. A ce stade, règlementairement, vous êtes insolvable, vous n’êtes pas encore illiquide, vous ne le serez qu’à l’échéance des dépôts. C’est ma compréhension de la différence entre solvabilité et liquidité. Supposons maintenant que l’état nationalise l’établissement et verse rapidement 10 Mlns de fonds propres (tiens, tiens), vous êtes redevenu réglementairement solvable sans jamais avoir été illiquide.

      Je suis cependant tout à fait d’accord avec vous pour dire que l’actif doit être égal au passif et que la banque ne peut prêter qu’à concurrence de ce dernier. Si elle ne prête pas via les crédits toutes les ressources dont elle dispose, et bien elle les investit alors dans d’autres instruments financiers (voir à ce sujet la classification des instruments financiers donnée par les IAS/IFRS, c’est intéressant) . Le raisonnement va une étape plus loin que l’aspect purement comptable et si je peux un peu éclaircir ma pensée, je voulais dire qu’en général, l’ALM via le FTP va gérer des flux notionnels (à l’intérieur de l’établissement) alors que la trésorerie (voir ma remarque à ce propos ci-dessus avec la confusion que j’ai involontairement créée) va gérer les flux réels (vers l’extérieur de l’établissement). Et bien entendu, lorsque le gestionnaire ALM consolide tous ses bilans notionnels d’activités (y compris le sien) il devra retrouver celui des états comptables officiels.

      Mais avec cette explication, je ne suis pas certain d’avoir répondu à votre préoccupation, mais je l’espère.

      Lessons learned : je dois être beaucoup plus précis dans la terminologie employée.

      En vous souhaitant à toutes et tous une excellente semaine.

      Bien cordialement

    4. @Yves: maintenant, je suis d’accord avec tout ce que vous dites. Vous répondez parfaitement.
      Concernant la solvabilité, c’est juste une intuition mais il me semble que nombre de banques sont déjà réglementairement insolvables. Tant que le problème d’illiquidité ne se pose pas, on le cache et lorsqu’il survient on pare au plus pressé, toujours sans régler le problème de solvabilité. Jusqu’au jour où…
      D’autre part, vous voyez bien avec votre exemple que le ratio cooke pare juste au problème d’illiquidité temporaire (et encore…). Ayant feuilleté les textes, j’ai aussi l’impression que l’on cherche à éviter de l’avouer trop clairement. D’une part parce qu’on ne veut pas faire baisser les marges bénéficiaires des banques en mettant en place une vraie garantie contre l’insolvabilité. D’autre part parce que le sujet de l’illiquidité est difficilement abordé car les banques sont toujours supposées pouvoir rembourser à tout moment les dépositaires dans l’imaginaire collectif.
      Evidemment, ce sont là juste des suppositions.

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