LA MONNAIE REFONDÉE SUR LE CAPITAL DES DROITS HUMAINS, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Le retour des tensions sur la liquidité du marché financier européen après l’émission nominale de plus de mille milliards d’euro par la BCE signale le décrochage irrémédiable de la croissance réelle sous une dette mondiale hors de contrôle. Le nouveau président français dépositaire éminent de l’autorité financière des États sera sans délai confronté à des arbitrages radicaux sur l’avenir de l’euro, sur le sauvetage du système financier international et sur la liquidité des échanges internationaux.

Il n’est plus possible de différer la restructuration de la dette mondiale entre les épargnants et les emprunteurs. Mais il est impossible d’y parvenir sans établir des critères internationaux de solvabilité pour mesurer ce que tout emprunteur est capable de rembourser qu’il soit particulier, entreprise, banque ou État. Une fois mesurée la part de chaque dette assise sur la solvabilité réelle, il faut établir une règle de partage des pertes de crédit entre toutes les catégories de créanciers selon la nature des droits sous-jacents aux créances.

En l’absence de règles internationales de limitation de l’endettement entre zones monétaires et de limitation de l’endettement des banques par rapport à la dette des États qui les garantissent, le seul gage actuellement livré aux créanciers est la diminution des dépenses publiques de protection du travail et de solidarité redistributive. L’affichage de la rentabilité financière détruit la croissance économique réelle issue du travail. L’inflation des dettes par rapport à l’économie réelle ne peut pas être freinée sans rétablissement de l’égalité des droits entre tous les emprunteurs ainsi qu’entre les emprunteurs et les prêteurs.

L’asymétrie de droit entre les banques internationalisées et les États, entre la zone dollar et les autres zones monétaires, enfin entre les dépositaires du capital financier et les déposants est la réalité actuelle visible de la faillite du système financier mondial. Fondée sur une union politique de plusieurs États, la zone euro peut sans délai instaurer un système de symétrie financière contrôlée  par les institutions communautaires d’état commun de démocratie d’États nationaux distincts.

La symétrie financière est un état collectif de responsabilité du capital sur la solvabilité du crédit par la production réelle de richesse dans la transparence de marché. La symétrie financière existe par la compensation marchande de l’incertitude économique entre les personnes physiques et les personnes morales. Elle implique la garantie du droit par le risque de crédit définissant le capital convertible entre marchés différents par des primes de change. Les réserves de change d’un marché sont le capital collectif public et commun de l’État de symétrie financière du droit humain.

Aberration structurelle du système financier

La décomposition financière du concept de valeur en méta-système de lois, de phénomènes physiques, de prix et de primes sur la réalité humaine, rend possible la transformation du modèle structurel sous-jacent aux actuelles monnaies. Les règlements internationaux opérés en monnaie liquide adossée à du crédit mesurant du capital n’intègrent pas le prix d’application de la Loi dans les différentes zones monétaires. Un marché international public de convertibilité des monnaies compensé par des actifs réels, des titres de crédit et des titres de capital rétablirait la structure aristotélicienne quadri-causale de la valeur sur l’objectivité du risque.

La structure aristotélicienne de la valeur financière a été abandonnée au XIXème siècle avec la titrisation du capital puis la négociation privée des titres hors d’un marché public garantissant la responsabilité illimitée du capital sur le crédit. La restauration du risque comme composant autonome du prix de la valeur redonne à la décision humaine la maîtrise du risque systémique par la transparence de marché. La privatisation de la négociation du risque de crédit et la circulation sans frais du capital dans le régime des changes flottant entraîne la croissance incontrôlée de la dette mondiale indépendamment de la croissance réelle.

Les dettes publiques et bancaires sont de statut privé sur les marchés internationaux. Il n’existe aucun marché international publiquement régulé d’adossement du risque de crédit aux parités de change. Il n’existe aucune obligation internationale de garantie globale des balances de paiements entre zones monétaires ; la position de crédit des non-résidents n’est pas garantie par des réserves de liquidité à l’intérieur de chaque zone monétaire. Ainsi les banques centrales et les banques commerciales ne rencontrent-elles aucune limite à l’accumulation de réserves et de dettes de change en monnaies internationales de réserve. La croissance internationale des dettes interbancaires n’est pas adossée à la mesure explicite des actifs sous-jacents de l’économie réelle.

Solution européenne de la déroute financière

L’ordre financier et monétaire actuel est en train de s’effondrer à cause de la destruction invisible de capital dans l’accumulation de dettes bancaires sans contrepartie réelle. L’économie réelle perd une fraction croissante de son épargne déposée et placée dans le système financier. L’investissement et la croissance réels ne sont plus financés par le crédit. Le maintien des prix des actifs financiers cache la décroissance des revenus et de la demande réels. Le pouvoir d’achat général des monnaies se déprécie. Les inégalités entre les propriétaires du capital et les travailleurs menacent les fondations sociales et politiques de l’activité économique.

La seule alternative à une banqueroute générale est le rétablissement d’une émission des monnaies adossée au crédit réel fondé sur des transactions réelles non simulées par la finance. Cela implique que les marchés financiers internationaux soient régulés par des autorités publiques qui forcent la séparation entre actifs financiers et actifs réels afin d’adosser la titrisation financière à la réalité économique. Un titre de capital doit impérativement être le prix de la garantie du crédit adossé à des actifs réels vérifiables.

L’Union Européenne est la seule organisation politique internationale réunissant plusieurs États de droit différents. L’euro est la monnaie commune à cet ensemble autorisant le crédit international sous un État de droit commun à plusieurs zones monétaires. L’Autorité Européenne de la Titrisation et des Marchés (ESMA) créée en 2011 est le premier organisme multinational de régulation des marchés ; l’ESMA rend possible la fondation d’un marché international mettant tous les emprunteurs systémiques publics et privés à égalité de droit. L’instabilité systémique engendrée par la globalisation financière ne peut pas être réduite sans soumettre les États, les institutions financières et les acteurs de l’économie réelle aux mêmes critères internationaux de solvabilité.

Restauration de la responsabilité illimitée du capital sur le crédit

L’Union Européenne s’est dotée de nouvelles institutions communes instaurant un État de droit commun spécifique uniquement formé d’autorités financières. La politique monétaire de la BCE s’adosse désormais aux nouvelles autorités de marché (ESMA), de contrôle des banques (EBA, European Banks Authority) et de contrôle de l’assurance (EIOPA, European Insurance and Occupational Pensions Authority). Ces institutions sont la condition d’une stabilité du crédit entre les États, les institutions financières et les acteurs de l’économie réelle.

La stabilité internationale du crédit repose sur la restauration de la responsabilité illimitée des propriétaires du capital sur la liquidité en euro ; la liquidité du crédit sera vérifiée par l’ESMA. La régulation de la liquidité par le marché financier implique que la BCE adosse ses crédits exclusivement à du collatéral coté et prisé par le marché financier public européen. Ainsi la responsabilité illimitée du capital sur le crédit est-elle assurée par la compensation générale des actifs réels garantis par des primes de capital, en passifs de crédit garantis par des primes de crédit en euro. La compensation du capital par le crédit détermine les prix du capital réel ; les primes financières de souscription du capital font la garantie des encours de crédit par les souscriptions effectives de primes de crédit dans la transparence de marché.

Le système de la responsabilité illimitée de l’actionnariat financier sur les engagements de solvabilité implique la compensation du calcul de capitalisation du crédit sur le prix des actifs réels adossés au capital et aux passifs. Le marché du crédit doit s’adosser à des marchés à terme qui soient distincts des marchés d’option ; la compensation des crédits nominaux par les collatéraux est à cette condition lisible et réaliste. Si les prix nominaux à terme des actifs réels et financiers sont compensés par les crédits distincts des primes de crédit publiquement souscrites par des cautions indépendantes, alors le crédit est structurellement équilibré au capital investi.

Genèse d’un capital systémique public européen

Un marché financier du capital et du crédit unifié en euro dégage un capital systémique collectif matérialisé par l’ajustement permanent de la position primaire de marché à l’encours de crédit compensé. Le capital systémique en euro est contractualisé par la prime d’assurance souscrite par les États membre de l’Union sur le risque résiduel de la compensation. Cette prime d’assurance détenue par les actionnaires publics du marché financier européen implique le rachat par l’État de droit de l’Union de toutes les pertes de crédit des États de l’Union et des banques qu’ils garantissent. Autrement dit, une fiscalité européenne est instaurée sur tous les règlements en euro dans l’économie placée sous souveraineté commune de l’Union.

Un État membre de l’euro ne souhaitant pas contribuer au budget fédéral discuté par le Parlement Européen en garantie du marché monétaire commun, a le droit d’émettre sa propre monnaie qui est alors cotée comme actif financier convertible en euro moyennant règlement d’une prime de crédit sur la contrevaleur en euro. La parité des monnaies démembrées de l’euro est régulée par le marché commun des primes de crédit en euro. Les parités sont dévaluées par le marché quand les acheteurs primaires d’une euro-monnaie se font trop rares.

La convertibilité en euro de toutes les devises étrangères obéit aux mêmes règles de couverture par la souscription en euro des primes de change à proportion de la contrevaleur vendue à parité. La liquidité de toute monnaie est systémiquement garantie en euro par la compensation sur un même marché premièrement des sous-jacents réels, deuxièmement des titres par lesquels ils sont négociés, troisièmement des crédits qui les évaluent et quatrièmement des primes qui les garantissent.

La loi du bien commun nécessairement inscrite dans le crédit

Dans le futur marché de la liquidité en euro, la BCE émet la monnaie à proportion des collatéraux acquis sur le marché des titres sous la garantie de la position du marché primaire. Tant que ce marché n’existe pas, la BCE achète un collatéral « subprime » au-dessus de son prix réel ; elle émet des euros contre des primes de liquidité négative, c’est à dire des pertes de crédit. Pour éviter la fuite à court terme de la liquidité des non-résidents, les États de l’euro-zone seront obligés de racheter toutes les pertes latentes de la BCE.

Dans toute monnaie, le règlement des pertes de crédit accumulées ne peut pas se réaliser sans la dépréciation des actifs financiers à proportion des primes de crédit négatives des emprunteurs détenteurs d’actifs réels. Quand les pertes de crédit interviennent entre des États de droit différents, la seule solution de réduction est la titrisation des systèmes juridiques par des monnaies spécifiant la perte des épargnants.

La monnaie doit indexer les lois qui règlent effectivement les contrats d’emprunt. L’instauration de monnaies nationales démembrement de l’euro, accorde selon la loi effectivement appliquée, des prix réels au travail, au crédit et au capital qui permettent la stabilité de la valeur en euro. La seule alternative au rétablissement d’unités de compte nationales convertible en euro est le remboursement des dettes publiques en excès par les ressources fiscales des pays épargnants nets en euro. Toutes les pertes latentes de solvabilité publique dans la zone euro sont en logique financière imputables exclusivement au budget fédéral allemand.

Quel que soit le choix de stabilité systémique des Européens dans un contexte international de déficits commerciaux, de déficits budgétaires et de pluralité monétaire, un marché financier unique supervisé par l’Autorité Européenne est indispensable à la préservation d’un marché unique de biens et services entre plusieurs nationalités et plusieurs degrés de souveraineté. La restauration de la responsabilité du capital sur le crédit imposera aux agences de notation du crédit de proportionner leurs commissions à la qualité objective de leurs modèles de notation selon la nature définie par le marché des actifs notés. Les modèles de notation devront être déposés et négociés dans l’euro-marché comme actifs réels de couverture du risque de crédit des investisseurs primaires. La décomposition générique de la valeur en actifs réels, actifs financiers, prix et primes est interprétable dans toutes les cultures juridiques latines, anglo-saxonnes ou empiristes.

Transformation de la compensation des règlements en euro

Le nouvel environnement informationnel en même temps que l’outil de travail de la finance est l’espace numérique ouvert de l’Internet. Le coût d’accès à l’information est virtuellement le même pour tout le monde, n’importe où. La finalité de la réglementation européenne unifiée de marché est donc de former les conditions d’intégrité des transactions de marché par l’identification, la qualification, l’évaluation et la délimitation de tout intérêt à l’une des causes numérisées du prix. La réglementation commune doit prévoir que tout prix nominal soit adossé à un livrable vérifiable garanti par une prime négociable en transparence de marché. Un tel principe s’applique par la programmation d’une plateforme européenne informatisée de compensation.

La plateforme européenne de compensation des règlements de crédit en euro est déjà constituée ; il s’agit de Target 2. Cette chambre de compensation de la liquidité interbancaire du crédit doit s’adosser à un marché de collatéralisation des titres aux actifs réels ; afin de rendre la liquidité négociable exclusivement sur un inventaire consolidé des émissions déposées. L’adossement central des crédits en euro à des titres garantis par le marché primaire est la mission spécifique d’une Banque Centrale des Règlements (BCR) en euro. Les États et les banques acheteurs de liquidité à l’euro marché sont dépositaires de tous leurs contrats sous-jacents au collatéral acheté par la BCE.

Le rôle de la banque centrale du marché en euro est l’adossement de tout collatéral à une transaction de marché entre un acheteur et un vendeur garantis par la vente de leur prime de crédit. Tout titre est adossé à un contrat déposé, juridiquement garanti par un originateur. La prime d’origination assurant le dépôt est réglée par tout vendeur du contrat sur les paiements obtenus par le marché. Un État membre de l’euro gardant sa souveraineté budgétaire est juridiquement émetteur de sa propre monnaie qu’il doit déposer à la BCR avec toutes les lois qui définissent la conformité des paiements sous sa souveraineté.

Restauration de la monnaie sur le droit

La parité de change d’une euro-monnaie est négociée dans la compensation de la BCR entre les acheteurs et les vendeurs de la prime de change. Une banque prêteuse en euro est vendeuse obligatoire de sa prime de crédit. Une banque d’investissement en euro est exclusivement acheteuse de primes de crédit en euro ou en euro-monnaie et donc de primes de change des euro-monnaies. La BCR est dépositaire des réserves de change en euro de toutes les euro-monnaies ainsi que de toute autre devise étrangère comme le dollar, la livre sterling ou le yuan.

Pour ne pas éclater sous le poids insupportable des dettes inter-étatiques de garantie de la liquidité monétaire, la zone euro n’a pas d’autre solution que de reconstruire l’adossement des paiements en euro sur un système d’États de droit titrisés par des unités de compte différentes. L’instauration d’une compensation en euro articulant la collatéralisation de la monnaie au droit par l’équilibre du crédit constamment garanti par le marché des primes de crédit réalise l’ajustement de l’économie financière à la croissance réelle durable. Non seulement, l’Union Européenne recouvrirait la maîtrise de son projet politique de civilisation mais elle rétablirait les conditions de la stabilité financière et monétaire internationale.

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91 réflexions sur « LA MONNAIE REFONDÉE SUR LE CAPITAL DES DROITS HUMAINS, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. « La plateforme européenne de compensation des règlements de crédit en euro est déjà constituée ; il s’agit de Target 2. »
    Tiens, c’est marrant, j’avais justement pensé à ce système là mais pas pour un marché de primes d’options mais bien pour un bancor, d’autant que Target 2 passe par les BC nationales.
    A tel point d’ailleurs qu’une étude de l’IFO par Hans-Werner Sinn (cité dans un billet de François) montrait combien ce système était le pendant des différentiels de balances courantes entre pays de la zone euro, puisque la BC allemande avait à gérer quasiment l’essentiel du déficit des pays de la zone euro entre l’instauration de Target 2 et 2010.
    C’est pourquoi il me semblait intéressant de lier Target 2 et un bancor, sur la base de différentiels de balances commerciales : plus ces différentiels sont positifs et plus cela créé un déficit monétaire pour un autre pays membre, dont la BC développe le crédit aux entreprises importatrices pour payer les exportations des pays dont la balance courante est excédentaire. En clair, plus un pays exportateur est en solde net et plus il devient le créancier des pays qui importent ses produits.
    Target 2 serait donc selon moi l’antichambre d’un bancor tel que définit par Keynes, avec un système fonctionnant en BC nationales, couplé aux différentiels de balances courantes (ou commerciales), à la différence près qu’il n’existe pas de système de régulation politique, seulement du SBCE.
    Il suffirait que l’émission monétaire du SBCE soit corrélé inversement aux différentiels de balances commerciales (plus le différentiel est élevé et moins la BC peut émettre de monnaie), avec des gestions de taux d’intérêt différenciés selon ces différentiels, pour commencer à obtenir quelque chose d’intéressant en termes de régulation.
    A l’inverse de ce qui existe aujourd’hui : plus on fait de la déflation salariale, plus on exporte chez l’autre et plus on devient position créditrice … de toute la zone concernée, laquelle ne peut pas rembourser puisqu’elle est … nette importatrice et que le pays dont la balance commerciale est en solde net croissant refuse de réduire cette balance !!

    1. Très beaux débats que ceux initiés par Pierre et la piste indiquée par Zébu mérite d’être investiguée .. il est indispensable de trouver un antidote structurel à l’écartèlement en zone euro, sans quoi elle part immanquablement en vrille … Pour reprendre l’expression de Zebu, il est urgentissime de « commencer à obtenir quelque chose d’intéressant en termes de régulation » …
      pour commencer à espérer une architecture qui confère de réels stabilisateurs au constructeur … Sans quoi nous ajoutons des étages à la tour de Pise …
      J »ai lu le commentaire suivant (Redrock) qui met le doigt sur l’extraordinaire conformisme qui prévaut dans l’enseignement des théories financières (dénoncé avec pertinence par Mandelbrot notamment) … Il est clair que nos facultés devraient introduire un cours de  » management de l’erreur » (éventuellement avec un cours de créativité en miroir ..) …
      Mais pour en revenir à l’euro, nous ne partons pas d’une page blanche : le chantier est là … il faut le stabiliser au mieux des possibilités, dans la contingence et en urgence ..
      Quitte à repenser une future construction sur des bases globalement plus judicieuses par la suite …

    2. @Zebu,

      Pour lever toute ambiguïté sur le sens des mots, la compensation interbancaire en euro avec Target 2 est à mon sens l’application à l’Europe de la compensation en bancor préconisée par Keynes à l’échelle du monde. C’est comme cela que je lis votre commentaire (dites-moi si je me trompe).

      Cela étant, pour que l’euro-bancor soit efficace, il faut que la variable de compensation qui maintienne l’équilibre de la liquidité entre les économies européennes ne soit pas les salaires et les droits du travail comme en Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Irlande et très prochainement en France, mais la monnaie elle-même. Pour que la monnaie varie par rapport à elle-même dans un espace européen de droits humains, il faut que l’euro soit émis comme une prime d’assurance systémique des espaces juridiques nationaux des pays membres de l’euro. D’où la présentation de la réémission de monnaies nationales et locales comme une titrisation financière des autorités publiques responsables de l’exécution des États de droit européens.

      La zone euro transformée en système monétaire de responsabilité publique titrisée en monnaie dispose d’une loi d’équilibre financier permanent indexé sur l’application concrète du droit et non sur les plus-values de change et de crédit prélevées par le système bancaire international sur l’instabilité systémique. Si la politique du gouvernement espagnol est titrisée par la peseta cotée sur l’euro-marché monétaire, alors la compensation de la parité peseta/euro régule l’équilibre de la dette publique espagnole avec la solvabilité réelle de l’économie en euro-peseta capable de rembourser cette dette.

      Dès que l’EFSF se porte garant de la parité euro-peseta dans un accord de restructuration de la dette publique et privée espagnole, la peseta est dévaluée en euro à proportion des fonds du budget de l’eurozone alloués à la garantie de la dette publique et bancaire convertie en peseta. Les droits des Espagnols dans l’espace européen sont mesurés et appliqués en peseta et garantis en euro par la prime de change de la peseta vendue en euro. Les acheteurs de la prime de change de la peseta sur le marché financier européen sont :
      1) les États européens solidaires de l’Espagne,
      2) les Espagnols ayant exporté leurs capitaux qui les réinvestissent dans leur pays sous la garantie du droit européen en euro,
      3) les Européens investissant en Espagne pour profiter de la compétitivité retrouvée de l’économie espagnole.

      Si les banques et les industriels allemands trouvent trop douloureux la dévaluation de la peseta en euro qui déprécie leurs créances sur l’Espagne, la transformation de l’euro en prime d’assurance systémique permet alors de réévaluer le capital déposé par les Allemands dans leur système bancaire. La Bundesbank ré-émet l’euro-deutschmark exclusivement coté en euro. Les banques allemandes peuvent alors compenser leurs pertes sur l’Espagne par le basculement de leurs comptes en deutschmark. Les déposants allemands essuient une perte de change par la réévaluation du DM en euro mais gagnent l’assurance de ne plus perdre sur l’épargne qu’ils conservent en DM à l’abri des risques pris par leurs banques dans le reste de la zone euro.

      Enfin la ré-émission d’un euro-franc exclusivement convertible en euro sous la loi financière européenne donne aux Français la pleine liberté de leur modèle social et économique. Si nous voulons préserver un haut niveau de protection et de solidarité sociale, alors il faut accepter de ne pas suivre la réévaluation de l’euro-DM pour financer par le travail des Français et non des Allemands le haut niveau de consommation. Et il faut également taxer les exportations françaises de capitaux qui se retrouvent intégralement tracées dans le marché financier public européen (abolition, par la compensation publique, des paradis fiscaux issus du secret des mouvements de capitaux en euro).

      Taxer les exportations de capitaux consiste à obliger tout résident français de nationalité française ou étrangère à contribuer à l’Etat de droit de la France par lequel il a accumulé la richesse qu’il exporte. Cette même taxation oblige la puissance publique française à calculer le prix de toutes ses décisions de juridiction, de subvention ou d’investissement au moment de l’approbation du budget et des impôts par le Parlement. Les politiques n’ont plus alors possibilité de promettre et de dépenser sans avoir calculer le rendement et la répartition fiscale réelles de leur décision.

      Dès que la responsabilité financière publique et bancaire est rétablie en euro, le dollar monnaie de non-droit n’a plus cours en Europe comme moyen de paiement. Les Etats et les banques sont intégralement financés en euro ou dans les monnaies subsidiaires à l’euro. Le dollar est un actif financier sur l’État fédéral des États-Unis d’Amérique. Ceux qui croient à la prospérité étatsunienne vendent la prime du dollar en euro et gagnent sur la parité dollar-euro s’il s’avère qu’ils ont raison selon le droit européen. Ceux qui se défient de la prospérité étatsunienne achètent la prime du dollar en euro et gagnent des plus-values en euro au fur et à mesure de la dévaluation du dollar en droit européen.

      1. @ Pierre :
        Euh, dans mon esprit, pas vraiment en fait. Ou alors, tout dépend de ce que vous mettez dans ‘application’. Ce terme pourrait signifier pour vous qu’étant donné le contexte européen, Target 2 est bien, au niveau interbancaire, un type de système de bancor.
        A mon sens, politiquement non. Mais techniquement, sans doute. C’est pour cela que je dis que cet outil pourrait préfigurer un système de compensation monétaire.

        En premier lieu, Target 2 n’est un système de compensation effectivement qu’interbancaire, lié à l’€, utilisant néanmoins le système SBCE (BC nationales) si j’ai bien compris.
        En second lieu, ce système n’est pas un système de régulation mais seulement de compensation : la preuve, l’étude allemande montre combien la Bundesbank est créancière de toutes les autres. Il n’y a donc pas de régulation mais bien au contraire un système de compensation bancaire qui suit et amplifie les absences de compensation des différentiels de balances commerciales (système ‘shadow’ ou ‘miroir’, en quelque sorte).
        La logique de celui-ci est : plus je suis excédentaire en balance commerciale et plus je le suis en compensation interbancaire. La régulation y est donc totalement absente.
        En troisième lieu, toujours selon moi, il n’est pas nécessaire de faire de l’euro la monnaie de compensation ( ce qui implique le sempiternel débat sur quitter/rester dans l’euro), ni d’être obligé à passer par l’émission de primes sur les marchés monétaires.
        Je trouve par contre que l’idée que le retour aux monnaies nationales (éventuellement mais pas obligatoirement, avec une monnaie commune de compensation qui ne soit pas l’€) ne soit pas un retour aux cotations de marchés une bonne idée, où ces monnaies ne sont cotées que par rapport à la monnaie commune de compensation (système de double sas : interne bancor-monnaies européennes, externe bancor-autres monnaies mondiales). Attention : quand je dis ‘cotées’, je signifie en fait déterminer une valeur de change entre une monnaie nationale et la monnaie commune, pas une cotation sur les marchés financiers. La cotation est régulée par le politique, sur la base du système Target 2.

        Je pense que Target 2 doit servir au contraire de système de régulation politique pour réguler les effets des balances commerciales entre pays membres de l’UE (et pas seulement de la zone euro), mais inversé : plus un excédent commercial existe pour un pays et plus les pays déficitaires pourront par le biais de leurs BC nationales émettre leurs devises nationales en crédit, et plus l’émission monétaire du pays excédentaire sera limité. Dans un cas, le taux d’intérêt baissera, dans l’autre, il augmentera. Cette dévaluation/réévaluation permettra de réguler les échanges commerciaux entre pays membres, avec des pénalités financières par exemple pour excédent trop important.
        Avec ce système, les pays déficitaires en balance commerciale auront plus d’avantages financiers à investir avec des taux plus réduits pour exporter vers les pays excédentaires et inversement, les pays excédentaires auront plutôt intérêt à investir dans les pays déficitaires de par le coût du crédit moins élevé que dans leurs pays, ou alors, de réduire leurs exportations afin de réduire leurs excédents et donc augmenter la masse monétaire et faire baisser les taux, ou alors augmenter leurs salaires pour là encore réduire la balance commerciale.

        Ce système sera aussi utilisé pour la balance commerciale de l’UE, par le biais de la monnaie commune, qui servira de monnaie internationale pour tous les membres de l’Union. Les balances commerciales extérieures (à l’UE) des pays seront donc libellées en monnaie commune uniquement. Si des excédents commerciaux de l’UE d’avec le reste du monde existent, ils seront répartis entre les pays de l’UE selon des clefs de répartition variables. De manière identique, les déficits le seront aussi entre pays membres selon une autre clef de répartition.
        A chaque fois, c’est le niveau politique qui définira ces régulations, lesquelles seront effectivement facilitées puisque les mouvements de capitaux internes comme externes passent par la monnaie commune, de compensation, laquelle s’appuie sur le système Target 2, lequelle intègre le système SWIFT (entre autres) et le SBCE.

        A mon sens, le système de prime n’est pas nécessaire car si le système est régulé, que ce soit au niveau du risque de change ou du risque de défaut, avec un tel système en double sas, seule la régulation politique est nécessaire.
        Quel intérêt d’avoir un système de prime de change (risque monétaire) si ce risque est garanti solidairement par le système commun de régulation et de compensation, en interne comme en externe ?
        Aucun.

        Ce qui manque pour se faire, ce n’est pas l’outil : il existe, ce pourrait être Target 2.
        C’est la volonté politique de régulation.
        Soit, la compensation solidaire.

        NB : y compris fiscalement. Si des mouvements de capitaux devaient à se faire jour, en interne (entre pays membres) ou en externe (hors UE), des régulations fiscales pourraient immédiatement voir le jour puisque tout mouvement monétaire hors pays ou hors zone doit passer par la monnaie commune. Rien n’interdit dès lors à ce que l’UE décide lors du mouvement de capitaux d’une monnaie vers la monnaie commune d’augmenter ou diminuer les taxes sur ces mouvements. Et de manière identique hors de la zone UE (monnaie commune), à fortiori lorsque le mouvement se fait vers des paradis fiscaux (interdiction).

      2. @Zebu,

        Target 2 est bien, au niveau interbancaire, un type de système de bancor.
        A mon sens, politiquement non. Mais techniquement, sans doute. C’est pour cela que je dis que cet outil pourrait préfigurer un système de compensation monétaire.

        Target 2 pose effectivement un problème politique sous une apparente innocuité technique. La compensation des règlements interbancaires à l’intérieur de la zone euro consiste à minimiser les soldes de dette en monnaie de la BCE à l’échelle du marché monétaire euro. Elle repose sur un principe systémique que l’unité monétaire a la même valeur quelle que soit les banques. Or ce principe commence à poser problème à l’Allemagne quand elle voit que le solde créditeur de la Bundesbank dans le SEBC a pour contrepartie les dettes des pays en crise de la zone euro. L’Allemagne s’inquiète de la politique de crédit de la BCE qui garantit en théorie la valeur à terme sous-jacente du solde créditeur de la Bundesbank dans la compensation.

        Toute compensation est l’application de principes politiques de régulation générale du crédit. La crise de la zone euro manifeste un désaccord politique sur les limites à poser à l’endettement des Etats et des banques. Ces limites empiriques qui faisaient consensus avant la crise des subprimes sont devenues intenables et inopérantes. Les limites qui ont été renégociées à l’échelle des États sacrifient la croissance économique sans réduire l’endettement. En fait le crédit ne peut pas être régulé entre Etats et banques sans une modulation des taux d’intérêt par un marché de solvabilité différenciant chaque emprunteur et assurant une prise en charge par le bénéficiaire de la « prime de crédit » de toute erreur d’appréciation de la solvabilité.

        La politique s’exprime dans les règles de compensation du crédit selon le partage fixé a priori entre prêteurs, emprunteurs et intermédiaires des erreurs d’appréciation de la solvabilité. C’est parce que Étatsuniens et Britanniques n’étaient pas d’accord sur les règles de répartition des pertes de crédit international en bancor que le dollar et la règle étatsunienne se sont imposés. Ainsi les États-Unis ont-ils éludé tout problème de solvabilité en émettant tous les dollars nécessaires pour que la question ne soit jamais posée sur leur compte. Nous sommes donc actuellement revenu au point de départ de Bretton Woods : comment réguler le crédit international dans une pluralité de systèmes juridiques débiteurs ou créanciers les uns des autres ?

        La question est politique à l’échelle du monde comme elle l’est pour l’euro entre les membres de la zone euro. Si l’on adopte le principe raisonnable de non-hiérarchisation a priori des systèmes juridiques, donc d’égalité des souverainetés nationales en attendant qu’advienne une souveraineté mondiale, alors il faut attribuer une monnaie propre à chaque système juridique. En l’absence de souveraineté mondiale ou supra-nationale, ce n’est pas une négociation politique qui peut fixer les parités de change mais une règle du jeu identique pour tout le monde.

        En l’occurrence la seule règle de change acceptable internationalement est le remboursement intégral de toute dette dont la prime de crédit fixée dans un marché équitable est la garantie en dernier ressort. Si donc une dette internationale ne peut pas être remboursée par des excédents commerciaux, les défauts des emprunteurs sont imputés sur les détenteurs de la prime de crédit (acheteurs primaires de la dette) pendant que la monnaie des emprunteurs est dévaluée afin de les resolvabiliser par l’augmentation du rapport entre la prime de crédit internationale et le nominal des dettes ; ou bien par la réévaluation du collatéral réel par rapport à la dette nominale.

        On peut considérer comme théorème politique de l’équilibre financier mondial la règle de compensation du crédit partageant toute perte entre le créancier et le débiteur international par la dévaluation après avoir mis à contribution les acheteurs primaires garants du débiteur par la compensation. Si les taux d’intérêt et les taux de change sont fixés par un organe politique exonéré d’un équilibre de marché entre prêteurs et emprunteurs, alors les décisions sont arbitraires entre des intérêts qui ne sont pas connaissables objectivement. La BCE soit disant indépendante de toute pression politique ne peut pas ne pas prêter quand des États ou des banques menacent de faire faillite. Il faut donc que l’insolvabilité des emprunteurs systémiques soit provisionnée à l’avance et que le pourcentage de la prime à payer soit la limite infranchissable de l’emprunteur comme du prêteur.

  2. Vous parlez de la zone euro comme si elle était le modèle de référence à suivre alors qu’elle semble être plutôt l’un des éléments du problème…
    « L’Union Européenne s’est dotée de nouvelles institutions communes instaurant un État de droit commun spécifique uniquement formé d’autorités financières. La politique monétaire de la BCE s’adosse désormais aux nouvelles autorités de marché (ESMA), de contrôle des banques (EBA, European Banks Authority) et de contrôle de l’assurance (EIOPA, European Insurance and Occupational Pensions Authority). Ces institutions sont la condition d’une stabilité du crédit entre les États, les institutions financières et les acteurs de l’économie réelle. » A vous entendre, il semblerait qu’on tienne là la solution à nos problèmes; encore faudrait-il que ces dispositions soient appliquées et surtout avant que le système ne s’écroule!
    Car à lire les derniers billets de François et les derniers communiqués du FMI on peut être très inquiets sur l’état des banques européennes. Quand l’encours sur les produits dérivés représente près de 25 PIB monde et donc plus de 100 fois le montant des transactions commerciales mondiales on peut douter de la capacité de la finance à revenir dans le monde réel.
    Les fondements théoriques des mathématiques financières à l’origine de cette explosion virtuelle sont en général peu compris et mal étudiés; souvent les mathématiciens enseignants connaissent peu les marchés financiers et les financiers ne connaissent pas les fondements mathématiques sous jacents ;Ainsi le risque systémique de panique boursière des marchés invalide-t-il la quasi totalité des pronostics et garanties calculés car ces derniers reposent sur des critères d’indépendance de variables aléatoires non conformes à la réalité du marché.
    C’est ainsi que la faillite du premier hedge fond LTCM, conseillé pourtant par les deux nobel d’économie (Myron Scholes et Robert Merton) auteurs de la fameuse formule faillit emporter le système en 1998.
    Il me semble qu’il faut impérativement revenir à des règles plus simples telles que les énonçait Maurice Allais, physicien théorique et accessoirement prix nobel d’économie en 1988.Je pense que, même le discours économique, gagnerait à éviter le jargon technocratique qui est certainement plus le gage d’une volonté de reconnaissance de pairs que d’un désir de transparence pédagogique.

    1. @Redrock,
      Exactement, les Européens ont la solution s’ils veulent bien ETRE la solution. Comme vous le suggérez, il suffit de sortir de l’illusion mathématisante du dollar qui ne différencie pas les mathématiques des méta-mathématiques. Les méta-mathématiques sont tout simplement le droit que la finance transcrit dans le réel. Les mathématiques financières ne sont que des moteurs d’interprétation du droit dans la réalité physique.
      Les nouvelles institutions européennes de régulation financière sont porteuses d’un droit financier européen. Mais pour que ce droit se transforme en réalité, il faut un marché financier européen transparent quant à la responsabilité en droit des États, des banques, des investisseurs et des emprunteurs. La fécondité de Maurice Allais a bien été de poser la finance et la monnaie comme la méta-mathématicité des sciences physiques. Mais Allais n’est pas parvenu à penser la finance comme infra-mathématicité du droit.

      1. @ PSDJ
        J’avais un peu honte de polluer votre billet avec mes arguties mathématiques habituelles.
        Je vois qu’il n’en est rien.

      2. @ PSDJ suite
        « penser la finance comme infra-mathematicité du droit »
        Pour y arriver il faut ama intégrer l’universalité du conflit dans le discours. Seul René Thom a abordé le sujet de ce point de vue…

      3. @ PSDJ
        Je n’y connais rien ni en finance ni en droit. Je vais donc dire ça tel que je le sens avec mes mots.
        Pour moi le droit est une ritualisation du conflit héraclitéen, père de toute chose.
        Le problème qui se pose à la finance est alors: faut-il d’abord essayer de qualifier (classifier) les différents types de conflits financiers (le droit d’abord) puis ensuite essayer de les quantifier? ou l’inverse?
        Je pense que des règles du genre « l’inflation ne doit pas dépasser 3% » n’ont pas de valeur intrinsèque et que c’est de la qualité vers la quantité que l’on devrait procéder. Mais je crois que l’histoire de la pensée va dans le premier sens: on tire leçon de ses échecs.

        La monnaie me fait penser à un fluide. Reprendre l’historique de la mécanique des fluides, répertorier quels sont les phénomènes fondamentaux (les types de conflits), les grandeurs fondamentales (la charge été une telle notion fondamentale qui a mis du temps à émerger) en mécanique des fluides, etc., peut peut-être donner des idées.
        J’enfonce sûrement des portes largement ouvertes et marche sur des sentiers déjà maintes fois battus…

  3. Bonjour,

    Je fréquente différents blogs et c’est sur celui-ci que je trouve les échanges les plus incompréhensibles. J’ai de plus en plus l’impression que le discours des « économistes normaux » (j’écrirai simplement « économiste » pour désigner la vision dominante des économistes; j’avoue ne pas bien connaître tout ce que recouvre le domaine des sciences économiques, et j’espère que tout n’est pas à jeter: Mesdames et Messieurs les économistes, ne vous vexez pas tout de suite). J’adopte mon ton légèrement provocateur habituel.

    Je suis ingénieur, et ma vision du monde est basée sur les réalités physiques. Je vois un processus de production comme ayant des intrants, dont une part est renouvelable et l’autre non. Ce processus de production a lieu dans un environnement donné (physique et humain). Il en sort ce que vous appelez « biens et services », mais aussi tout un tas de trucs qui ne sont pas si bien et qui ne rendent pas service: des rejets dans l’environnement, des déchets, des incidents, des accidents, des panneaux publicitaires pour faire vendre des bidules qu’on aura transporté, stocké, retransporté, restocké, vendu, transporté…..

    J’ai eu l’opportunité d’enseigner ce qu’était un process de production en école de management. Eux, c’est pas des physiciens; pas toujours des mathématiciens non plus… Eux, ce qui les intéresse, c’est le pognon et le pouvoir. Les flux physiques sont traités par les ingénieurs et les flux financiers par les manageurs qui peuvent ainsi se croire les plus importants, et mieux se servir au passage. Dans le bouquin meilleure référence étasunienne de l’école, c’était plus simple que chez les ingénieurs:
    on ne se posait pas la question de savoir si les intrants étaient renouvelables ou pas
    le processus se déroulait sur une image, sans environnement autour: que le processus se déroule au pôle Nord ou à l’équateur, c’était le même. Il y avait juste une question de délocalisation du local et les distances dépendent des logisticiens
    le process était magique: 0 rejet, 0 déchet, 0 accident
    j’allais oublier: il a de la « main d’oeuvre »
    Par contre, il y avait un truc super intéressant qui apparaissait et qui les intéressait vachement, surtout quand le nom était joli comme ROI. Avec eux, on voyait bien que c’était le pognon qui devait diriger le monde: ils étaient là pour faire du pognon et s’occuper de pognon, monter des usines à pognon. Les plus forts font des usines à usines à pognon et les meilleurs de tous, des usines à usines à usines à pognon. Après, il y a les pyramides de Greenspan, mais si ça réussit trop, ça devient génant.

    Moi, il me semble que ce qui gouverne le monde, ce sont des réalités physiques et humaines. Les réalités sont d’abord physiques: les humains ne sont pas éternels, loin de là… La gestion des flux financiers devrait tenir compte des réalités physiques et on enseigne à ceux qui, précisément, ne comprennent pas forcément bien les réalités physiques, à diriger le monde avec du pognon et en achetant de la main d’œuvre… là où elle est le moins cher, c’est à dire là où les réalités sont le mieux ignorées.

    De mon point de vue, cet enseignement devrait être qualifié d’endoctrinement criminel.

    J’imagine que tout le monde est tout à fait d’accord avec moi. Merci de me le confirmer par un petit post…

    1. primo: personne n a la science infuse
      secundo:tu as raison sur le fond, mais l argent est devenu ROI

      alors , il faut changer de cadre…

      1. @ KIMPORTE

        alors , il faut changer de cadre…

        Vous ne croyez pas si bien dire mon cher KIMPORTE. Et je vais même vous donner un scoop.
        Le cadre a déjà changé. Il a même été confirmé récemment, au 25 janvier 2012, « version haute définition ».
        Il se surnomme : « BLUE MARBLE ». http://www.flickr.com/photos/gsfc/6760135001/lightbox/
        Et non, je ne sors pas du cadre des discussions de ce blog.
        Au contraire, selon moi, je me trouve en plein dans le mille !

        « Mille hominum, passuum » – Un millier de pas d’hommes… ne suffirait à en faire le tour, tout juste un bout de chemin, mais avec un millier de milliard, on en prend bonne voie.

        Mais il est vrai qu’à partir de mille, on ne sait plus trop accorder nos pas sur notre compte qui devient douteux. Cette indication se confirme historiquement par la taille relative de la société avant que les peuples indo-européens (cf. Babel) ne se séparent et s’accroissent.
        Cela nous donne, indirectement la même chose dans la société moderne (par exemple : milliard et billion entre l’anglais et le français et les sommes folles qui s’affichent en titre de journaux).
        Alors en quoi une simple vision d’une chose peut tout révolutionner en toutes choses ? Et qu’à l’ordinaire succède l’extraordinaire ? (à suivre…)

    2. @ ElaX

      Je crois que la raison pour laquelle vous trouvez incompréhensibles les échanges qui ont lieu sur le blog de Paul Jorion est que le terme « réalité » n’a pas le même sens pour vous et pour la majorité des participants à ce blog. Il est ici question de réalité sensible alors que vous parlez de réalité objective telle que nous l’ont léguée Galilée, Newton et al. La réalité sensible qui nous préoccupe est celle de gens ayant l’esprit de finesse tels que anthropologues et sociologues. C’est aussi celle qui préoccupe des gens ayant l’esprit de géométrie tels que le mathématicien René Thom.
      Puisque vous êtes scientifique, la coupure entre vous et nous se situe ici. Lorsqu’on jette un projectile vers le haut dans le champ de pesanteur nous considérons (réalité sensible) qu’il y a un mouvement vers le haut suivi d’un mouvement vers le bas avec changement de qualité au sommet de la trajectoire. Vous considérez au contraire qu’il y a un seul mouvement parabolique (réalité objective).

      « Moi, il me semble que ce qui gouverne le monde, ce sont des réalités physiques et humaines. »

      Je suis intimement convaincu que le fossé est profond entre la réalité humaine, sensible, et la réalité physique, objective. Je suis également convaincu que l’humanité est à un tournant et va devoir choisir.

      1. Notez quand même que l’arbitrage entre sensible et objectif ne doit surtout pas être binaire. Il serait dommage de revenir a la réalité sensible du Soleil tournant autour de la Terre.

        Plus de réalité sensible, oui; plus de réalité objective, non.

        (Lire respectivement « plusse » et « plu », quelle défaut de la langue Française que l’ambigüité a l’écrit de ces deux termes !)

      2. La coupure entre le vous et le nous est une réalité sensible qui marque souvent l »amorce d’une réalité objective: différenciation sociale, communautarisme et sa dérive ultime, le racisme. La réalité sensible d’un Bourdieu ou d’un Levi-Strauss reste dans le champ de la réalité objective!

      3. @ Reiichido
        Au niveau de la réalité sensible peu importe que ce soit la terre qui tourne autour du soleil ou l’inverse. Ce qui compte c’est qu’il y ait cette alternance de jours et de nuits sur laquelle se calent les rythmes biologiques naturels de notre planète.
        De même il est peut être intellectuellement satisfaisant de savoir que la théorie de Newton n’explique pas les mouvements de périhélie de Mercure alors que celle d’Einstein le fait. Mais quel intérêt pour la réalité sensible?
        Télé, télé, télé, toujours plus loin, toujours plus objectif, toujours moins sensible.
        Si vous vous jetez du haut de la tour Montparnasse allez-vous vous intéresser à la réalité sensible ou à la réalité objective de Newton?
        La réalité sensible c’est quand on se cogne (comme disait ce grand philosophe dont j’ai oublié le nom).

        PS: j’ai enseigné les mathématiques aux Antilles. Là-bas « moi » c’est « moin » et par suite « moins » c’est « moinsss ».

      4. @Basic :
        ///// De même il est peut être intellectuellement satisfaisant de savoir que la théorie de Newton n’explique pas les mouvements de périhélie de Mercure alors que celle d’Einstein le fait. Mais quel intérêt pour la réalité sensible? /////

        Enorme intéret.
        Celui de ne pas croire que le monde est linéaire,que la réalité sensible est simplifiable, que certaines complexité ont des temps « caracteristiques » bien plus courts que les 12 millions d’année de la cosmologie , et qu ‘il faut se méfier de la « RAISON » parce qu’elle simplifie , élague nos modélisation pour les exploiter …et que c’est le refus des equa diff qui nous a mis ds la mouise jusqu’au cou.

      5. Bonjour Kercoz
        Rien de changé entre nous à ce que je vois!
        Quel que soit notre cheminement nous nous retrouvons presque toujours en phase à la fin.

      6. @ redrock
        Ce qui me paraît différer entre ElaX et vous d’une part et moi d’autre part c’est que vous mettez d’un côté une réalité financière objective délirante et de l’autre côté une réalité physique et humaine objective « naturelle ».
        Alors que je mets physique post galiléenne et finance actuelle dans le même sac.
        Et que je préfère « intersubjectif » à « objectif » pour parler de Bourdieu et Lévi-Strauss.

      7. @Basicrabbit: je n’ai pas beaucoup de temps, mais à la lecture de votre post, je bute sur ceci:
        « Puisque vous êtes scientifique, la coupure entre vous et nous se situe ici. »

        Je bute sur cette phrase parce que j’entends: « en étant scientifique, vous vous coupez des humains ». Mais avant d’être scientifique, j’étais humain: je n’ai plus le droit de l’être ?

        J’ai peur d’avoir lu: scientifique et humain sont deux états incompatibles. Vous m’imaginez peut-être en train de faire des paris sur le nombre de morts liés au réchauffement climatique ?

        Et bien, figurez-vous que j’ai une fois réussi à faire taire un redoutable « beau-parleur » qui sévissait sur le blog de Matthieu Auzanneau, en avait été exclu, et que j’ai attrapé une fois, plaisantant sur le nombre de morts pariant que ceux liés au réchauffement climatique seraient inférieurs à ceux liés à un autre truc. Son domaine professionnel est le domaine médical, et il était toujours hyper rationnel et pertinent sur ces questions. Je lui ai proposé un deal en lui expliquant que les ingés faisaient pas chier les médecins toutes les 30 secondes avec des objections à la con, alors qu’ils auraient de bonnes raisons de le faire. Je lui ai proposé de collaborer ensemble à une cause sanitaire que je connais assez bien (l’alcoolisme). Il a été hyper correct et n’a plus jamais fait de commentaires à la con, mais je n’ai pas eu le plaisir de faire sa connaissance: malgré mon insistance, il n’a pas voulu rentrer en relation. OK, je respecte.

        Si vous croyez que les scientifiques ne sont pas des humains, j’ai des histoires à vous raconter.

      8. @ ElaX
        Mon intention n’était pas de vous heurter mais seulement de vous montrer que pour moi (et pas que pour moi) il y a une vraie physique, celle des phénomènes et une autre qui s’est développée depuis Galilée. Voir ma réponse à Reiichido à ce sujet.
        L’évolution de la physique depuis Galilée, l’impasse dans laquelle la physique du très petit semble être engagée, la séparation de plus en plus marquée entre une physique naturelle (la bio) et une physique que je qualifierai de culturelle (celle évoquée ci-dessus), tout ça me semble malsain.
        Oui je pense qu’il est en train de se développer une physique inhumaine et peut-être même une biologie inhumaine de même qu’une finance inhumaine.

      9. @BasicRabbit Ouais, cool: on cause tranquille.

        Vous dîtes: « Oui je pense qu’il est en train de se développer une physique inhumaine et peut-être même une biologie inhumaine de même qu’une finance inhumaine. »

        Finance inhumaine: oui par nature; la finance humaine démarre tout juste

        Biologie inhumaine: je ne comprends pas ce que vous désignez précisément, mais je crois qu’il y a une science biologique qui peut jouer avec le vivant de manière tout à fait malsaine ou dangereuse: manipuler de certaines manières les gènes du vivant, toucher aux limites entre des cellules et un être humain (on peut bricoler le processus de reproduction), manipuler les cerveaux (médicaments)…

        Physique inhumaine: je ne vois pas.

      10. @ ElaX
        Je ne cherche pas à polémiquer avec vous. Je vous dis comment je vois les choses. C’est tout. Je ne suis pas un scientifique, je suis (j’essaye d’être) seulement un mathématicien.

        Les mathématiciens jouent. Il jouent à inventer de nouveaux langages, de nouvelles règles. Il n’y a pour eux aucun interdit, aucun tabou. Ils sont libres, libres de combiner des symboles à leur guise, liberté que n’ont pas ceux qui sont tenus d’utiliser le langage vernaculaire. Ainsi lorsqu’un matheux impose 2=0 il crée le corps à deux éléments 0 et 1. Leurs constructions sont endogènes mais sortent d’un cerveau humain. Il est alors naturel de se poser la question de savoir si ces construction ont un rapport avec la réalité sensible. C’est ainsi que la philosophie analytique est née: Pythagore, Leibniz, Russell. A chaque fois il a fallu déchanter. René Thom est le dernier en date. Subira-t-il le même sort ou a-t-il réussi à faire la jonction avec l’autre versant de la montagne du logos, celle des philosophes?
        Je suis personnellement convaincu que ce que dit René Thom dans son oeuvre avec son esprit de géométrie recoupe ce que dit Paul Jorion avec son esprit de finesse dans « Comment la vérité et la réalité furent inventées ». C’est de cela qu’il est question sur ce blog.

      11. @BasicRabbit: Oui, bien sûr nous inventons une vérité et une réalité. Mais ces « inventions » fonctionnent plus ou moins bien: si je ne vois d’un iceberg que sa partie émergée, la réalité que je me suis inventé fonctionne bien tant que mon bateau ne s’approche pas trop près de l’iceberg.

        Le physicien peut tester ses « inventions » par des expériences, mais l’économiste ne peut en général pas le faire. Le fait que les prévisions économiques ne fassent que prolonger les tendances de ce qui s’est produit auparavant sans être capable de détecter à l’avance les ruptures montrent bien les capacités limitées des visions issues de l’économie. En fait, je pense de plus en plus que les inventions des économistes ne soient la cause racine des maux de nos civilisations.

        Il faut être économiste pour voir le monde régi par l’argent. Les économistes dominent le monde: le monde est dominé par l’argent.

        Pendons donc les économistes par leurs cravates !
        (c’est de la provoc: on va pas les pendre, juste les envoyer en enfer fiscal)

    3. salut Elax

      Comment modéliseriez vous le process que vous décrivez ?
      Combien de dimensions manque t il ?
      Comment ces composantes/dimensions ont elles été annulées/simplifiées (par quelle transformation ?)
      Un modèle a creuser serait la projection centrale decrite par le Polytechnicien
      Victor Poncelet, ainsi que le concept de Dualité :
      (Un objet ou une courbe de dimension élevée est transformé par la projection centrale en un objet de moindre dimension- et réciproquement ).
      Il existe des lois de conservation de « structure » de l ensemble de départ vers l ensemble d arrivée :
      Conservation du birapport inharmonique par exemple.
      On est obligé de procéder par tâtonnements pour trouver ce qui manque

      1. http://images.math.cnrs.fr/Perspective-geometrie-et-852

        « À la différence de la géométrie élémentaire dans le plan ou dans l’espace qui traite de la grandeur objective d’une figure et donc de ses propriétés métriques, la perspective traite de la grandeur apparente d’une figure par rapport à un observateur. La grandeur apparente d’une figure varie en fonction du point de vue qu’il adopte. En effet, une représentation en perspective s’identifie mathématiquement à une projection centrale faite d’un point A, qui correspond au point de vue du spectateur, sur un plan de projection. »

      2. @BasicRabbit

        Ils sont libres, libres de combiner des symboles à leur guise,
        Les mathématiques sont un domaine que je connais assez bien; normalien, agrégé de Mathématiques, après quelques années de recherche puis d’enseignement j’en suis encore à chercher la liberté souveraine du matheux qui doit jongler avec les contraintes de la démonstration car toute création mathématique doit être une démonstration soumise à l’appréciation critique de ses pairs; l’esthétique d’une théorie ou d’une approche ne viendra qu’après, exceptionnellement elle pourra, hasard ou grâce, être le moteur même de la démonstration. La topologie différentielle, domaine de R Thom, est dejà assez exigeante mais que dire alors de la Topologie algébrique dont les applications aux diverses géométries sont d’une richesse étonnante mais au prix d’un degré d’abstraction sur-humain.
        C’est pourquoi je persiste à dire que lorsqu’il n’y a pas nécessité d’introduire des concepts abstraits, non ou mal définis, il faut rechercher un langage plus simple, quasi descriptif, sous peine de perdre rapidement cohérence et sens. Ou alors entrouvrons les portes de la littérature et de la Poésie, filles de Liberté.

      3. @ redrock
        Vous parlez comme un matheux en activité.
        Je suis en retraite, je me fous désormais des démonstrations. 🙂

        Ceci dit je suis très heureux de découvrir un collègue ouvertement déclaré.
        Thomien?

      4. @ redrock (suite)

        Pour rester dans le fil de ce billet je subodore qu’une bonne organisation financière mondiale doit être stratifiée. Plus généralement seule une organisation stratifiée du monde peut à mon avis être pérenne (pour moi la mondialisation/uniformisation actuelle est un échec).

        Chaque fois que j’ai essayé de rentrer dans la théorie des ensembles stratifiés de Thom je suis reparti en courant…

    4. @ ElaX suite
      Je crois que l’on doit aborder l’économie et la finance dans le cadre d’une ontologie qui intègre l’humain.
      Ce que ne fait pas cette économie dite objective qui s’est développée depuis le XIXème siècle.
      Il ne suffit pas en effet de quelques lois de type offre/demande, Say ou autres de ce genre pour fonder une théorie économique qui tienne la route en se calant sur des théories « physiques » du genre de celle de Newton.
      Dès que l’humain est intégré apparaît nécessairement le politique dans le jeu économique et financier. C’est pour moi une erreur fondamentale d’assimiler l’homo economicus à un automate essayant d’optimiser son gain.

      Je n’en dis pas plus parce qu’en fait je n’y connais rien. J’essaye d’apprendre en tentant de décrypter les billets de PSDJ.

    5. Je suis également ingénieur de formation et je partage votre sentiment à la lecture de ce document ésotérique. Je comprends bien 95% (soyons modeste) des mots individuels mais leur combinaison me fait poser plus de questions qu’il n’apporte de réponses aux sujets analysés.
      Le document de Pierre Sarton du Jonchey (PSJ) soulève des idées intéressantes mais devrait développer ou expliciter les concepts proposés. En clair : Eclairer notre lanterne.
      Voici un exemple extrait au hasard du paragraphe « Loi du bien commun … « :
      « Les modèles de notation (des agences) devront être déposés et négociés dans l’euro-marché comme actifs réels de couverture du risque de crédit des investisseurs primaires »
      En langage un peu plus clair on pourrait dire :
      Les méthodes utilisées par les agences de notation (méthodes qui se composent de nombreux paramètres) devront être déposées et leur contenu négocié dans l’euro-marché (c’est qui ça ?)
      comme garantie réelle de couverture du risque (le mot « actif » au lieu de « garantie » est un peu fort car il sous-entend qu’un modèle de notation peut être assimilé à un actif financier)
      de crédit des investisseurs primaires (et les autres « non-primaires » peuvent aller se faire voir)
      Je me demande à quoi pourraient encore servir ces agences de notations si leurs méthodes doivent être entièrement divulguées et dont les notations issues de calculs mathématiques, devraient à la limite être affichées en temps réel sur Internet.
      Il ne faut pas croire que c’est le thermomètre qui fait monter la température du malade

      1. @Nemo: pas cool l’exemple: il me casse la tête, et vu que j’ai pas dormi de la nuit…

        Je propose à ceux qui comprennent le texte que je ne comprends pas d’essayer de me l’expliquer comme si j’étais juste un jeune ingé « sorti des banlieues » (ce qui n’est pas totalement faux: je suis jeune (mon âge moins les 10 ans de ma vie qu’on m’a volés), et je suis né à l’Ouest. (voir Radio Grésivaudan, comme si on pouvait voir un truc sur une radio !).

        Et faut pas me faire le coup de la « honte au logis », sinon ça craint.

    6. @ ElaX

      Moi, il me semble que ce qui gouverne le monde, ce sont des réalités physiques et humaines.

      Ben moi, il me semble que ce qui gouverne le monde, c’est la vision que l’on en a.
      Et j’ajoute : votre moi, me le prouve ! Salutations.

  4. Bonjour

    Tout ce qui est indiqué dans l’article est intéressant. Il y a beaucoup à faire, tout de suite.

    Je m’amuse à mesurer la menace que « les marchés » pourraient faire peser sur une France qui déciderait de considérer les flux et stocks financiers comme des biens publics.

    Horreur crieraient certains, on fera rendre gorge au peuple français! Vaste blague. Comme toujours la France est tranquillement assise sur un tas d’or (10 000 M d’Euros), et peut menacer à tout moment les marchés de les rembourser rubis sur l’ongle: « vous voulez vos 1700 ME, les voilà »; ou mieux, elle peut refuser de payer. « On ne vous prête plus » crieraient les marchés! Pas grave, répondrait la France, mon épargne me suffit.

    Bref, un changement de politique financière en France est une perspective qui fait trembler les « marchés », et les pouvoirs conservateurs.

    « Heureux comme Dieu en France » disaient les allemands d’avant-guerre.

    L’histoire s’est remise en marche

    M.

  5. Bonjour à tous
    @Basic Rabbit

    Il me semble au contraire qu’Elax a bien mis l’accent, en filigrane, sur l’ensemble des réalités humaines. il a surtout souligné la déconnexion profonde des financiers et de la réalité physique du monde et de sa réalité sensible. ( Il y a longtemps que je crois que la finance s’est translatée dans un univers virtuel échappant à la gravité ordinaire).
    Il semble attribuer cette déconnexion à une spécialisation outrancière et en même temps extraordinairement restreinte, centrée sur l’appât du gain. Ils se prennent sans doute pour des rois et nous prennent pour des muppets mais en fin de compte, ils semblent asservis aux chiffres et au pognon tout autant que n’importe quel drogué à sa molécule maître!

    Pour illustrer le propos d’Elax, je vous propose de suivre ce lien vers une infographie parlante même si schématisée.
    http://demonocracy.info/infographics/usa/derivatives/bank_exposure.html
    Par ailleurs réalité sensible et réalité physique ne sont que deux points de vue différents d’une même tentative de perception et description du monde. Je ne saurais trop vous conseiller sur ce sujet le livre d’Augustin Berque  » Ecoumène, introduction à l’étude des milieux humains » qui traite précisément de cette différence.

    Cordialement.

    1. Ces échanges sont intéressants…

      Je reformule mon point de vue en essayant toujours d’employer des mots simples.

      Je dis qu’on peut regarder le monde de toutes sortes de points de vue: avec l’œil d’un sociologue, d’un scientifique, d’un financier, d’un syndicaliste… Les uns auront une vision plus ou moins globale des choses et plus ou moins pertinente: celui qui se limite à un aspect des choses en laisse passer plein d’autres, et donc son point de vue devient moins pertinent.

      A la base, avant la vie, les réalités sont physiques. Au lieu de parler de réalités humaines, on pourrait parler des réalités du vivant, mais bon, on se comprend: il y a en fait une gradation entre la réalité de l’organisme monocellulaire tout simple et celle de l’humain et je n’emploie l’expression « réalité humaine » que parce qu’elle me semble plus parlante que « réalité du vivant ».

      Je signale d’ailleurs que vouloir vaincre les réalités physiques (ce que l’Homme a toujours voulu faire ?) est absurde: les lois physiques s’imposent à nous et nous n’avons aucun pouvoir sur les lois physiques.

      Donc, avec le vivant, puis l’humain, on est arrivé à des réalités physiques et des réalités humaines.

      Après, l’Homme a créé la monnaie. Était-ce une si belle invention ? Pas sûr du tout. S’agit-il d’une construction solide? Ben, non: on le voit bien. L’instrument de mesure est-il valable ? Ben, non: comme précisé auparavant, il ignore les réalités physiques et humaines de manière grossière.

      Les « économistes » ont asservi notre monde à une vision des échanges basée sur un instrument de mesure assez stupide qui ne mesure pas grand chose sérieusement. C’est un peu comme le mec qui veut utiliser le même double décimètre minable pour mesurer des trucs qui vont du nanomètre au millier de kilomètre: c’est le genre de mec que j’écoute pas trop longtemps parce qu’il raconte très vite n’importe quoi,… comme les « économistes ».

      Désolé pour les « économistes »… Pour info, il y a Paul Emploi Inc. qui va embaucher plein de gens comme vous.

  6. je crains qu’il n’y ait de gros contre-sens d’induit de par la façon « polysémique » dont PSDJ s’exprime volontiers.
    la difficulté à le lire vient en effet de ce que ses « arrangements » sémantiques soient construits avec de tels « degrés de libertés » que le sens en devient poly-voque (le mot « équivoque » est faible).
    réalité objective recouvre une réalité qui peut être décrite par des lois universelles permettant une « reproduction » , donc une prédictibilité des phénomènes observés.
    réalité « sensible » est un terme « vague » , à définir précisément.
    j’utiliserais plutôt « réalité subjective » , donc une appréhension du réel par un sujet « conscient »….il y a donc autant de réalités subjectives que de sujets (+ de 6 milliards ?) observants le réel à la lueur de (ce qui gouverne) leurs sens.
    le fossé est donc immense comme le précise BasicRabbit , et de toute façon la méthode comparative n’est pas la bonne tant il s’agit de comparer des entités n’étant pas de même nature….

    1. @ imago
      Dans mon esprit il y a nette opposition entre réalité objective telle que vous la définissez et réalité sensible, subjective. Pour vivre en société il me semble nécessaire d’extraire de ces milliards de réalités subjectives une réalité sensible commune, intersubjective. L’apport des anthropologues et des sociologues est déterminant et commence je crois à être entendu. De manière assez surprenante cette approche est rejointe par un cheminement intellectuel complètement différent, celui du mathématicien-philosophe René Thom.

    2. @ basicRabbit
      voui , je comprends votre propos …..
      pour moi ,c’est « l’impasse » des « sciences humaines » , qui ont pour objet théorique d' »objectiver » un tant soit peu des « comportements » humains individuels où collectifs(sociologie,anthropologie,psychologie….)
      utiliser le mot science , de son étymologie « scio » = savoir , est vraiment pervers…
      la position scientifique associe à l’étymologie , l’épistémologie +++
      il s’agit donc d’une alchimie entre savoir et vérité.
      qu’il puisse exister des consensus éphémères tenant lieu de théories me semblent plus une « illusion » politique qu’autre chose avec les excès que l’on connait régulièrement (confiscation de théories au profit d’une cause (Lysenko ,Darwinisme social , voire pire)
      Quand je dis que le problème est mal posé , c’est qu’il me parait que les choses soient à considérer de façon dynamique , dans le sens où l’accès à une connaissance objective part du principe d’une méconnaissance initiale (la réalité sensible si vous préférez , mais , en utilisant ce terme, je pense que vous vous racontez des histoires , histoire de dénier votre ignorance (temporaire)) , réalité subjective qui sert de « moteur » à une quette de modèlisation-théorisation ( phase d’empirisme) aboutissant à l’élaboration d’une objectivation de cette réalité.

      Tout le mouvement de la culturation humaine (la civilisation , au sens du processus de « se civiliser » ) est d’acquérir progressivement (le progrès , non ?) cette connaissance objective , qui vient finalement lui prendre sa place…
      Notre vision du monde est donc en construction continue.
      c’est toute l’histoire des « Sciences » .
      Je pense que Thom ne dit rien d’autre ,et crains qu’ici nombreux interprètent mal sa pensée. En effet , s’opère en ce moment une « inversion » , symptôme d’une ignorance , illustrée actuellement de part l’incapacité momentanée de dépasser l’aporie ,en physique fondamentale, mécanique quantique-mécanique relativiste ,par exemple , ceci étant associé à une forte angoisse de l’avenir , certes de plus en plus difficile à décoder (du fait même de cette (temporaire, c’est à souhaiter) incapacité à forger les outils théoriques adéquats) .
      la conversion des « forts en math » à la production d’algorithmes financiers en est un autre exemple.
      Cette inversion serait de considérer des procès théoriques comme étant du réel (une espèce de « collage » intellectuel idiosyncrasique ), et utiliser cet construction comme objet d’observation , donc quelque-chose auquel nous serions « sensible » ….pourquoi pas une « réalité » sensible….

      cette notion a largement et régulièrement induit en erreur l’espèce humaine.

      1. @ imago
        « il s’agit donc d’une alchimie entre savoir et vérité. »
        Je pense plutôt qu’il s’agit d’une alchimie entre « nature » et « culture ».
        Dans cette optique il s’agit de trouver une harmonie entre les deux.
        Visiblement notre prétendue civilisation en est très loin!

        OK pour une vision dynamique. C’est ama l’un des avantages du langage mathématique: la vision dynamique y est autorisée voire encouragée (ainsi la morne répétition +1 est l’un des premiers moteurs des maths). Au contraire la répétition en langue naturelle est une faute de style (mais pas en musique).

        « Je pense que Thom ne dit rien d’autre ,et crains qu’ici nombreux interprètent mal sa pensée. »
        Thom est un dynamicien par excellence: il sait par exemple modéliser des situations métaboliques comme « le feu se repose en changeant ».
        Je n’ai pas hélas votre crainte. Je me suis fixé comme objectif sur ce blog de faire du prosélytisme pour l’oeuvre de Thom et je suis sûr d’une chose: fort peu en ont entendu parler ici. A fortiori…

        Je ne sais pas si la physique du très petit s’est ou non engagée dans une impasse. Vu de loin ça en a tout l’air. le coup récent des neutrinos allant plus vite que la lumière (démenti quelques semaines plus tard) fait un peu « on a besoin d’une rallonge de budget ».

        Procès ou progrès?

        « cette notion a largement et régulièrement induit en erreur l’espèce humaine. »
        Toute la philosophie analytique, de Pythagore à Russell en passant par Leibniz en est un exemple. Thom est-il le suivant sur la liste?

      2. @ imago

        une espèce de « collage » intellectuel idiosyncrasique

        Comme une empreinte de cire que l’on ferait sur un visage ?
        Imago ? … C’est un visage qui me parle !
        Et un exemple de « réalité » … « sensible » : 25 PIB monde
        Est-ce une Ration ou une Notion ?

      3. @ BasicRabbit

        Dans cette optique il s’agit de trouver une harmonie entre les deux.
        Visiblement notre prétendue civilisation en est très loin!

        Non, pas aussi si loin que l’on se l’imagine !
        Juste à vol d’oiseau, je dirais environ 700 kilomètres.
        Et, comme un malheur arrive rarement seul … :
        http://www.lepoint.fr/high-tech-internet/l-europe-a-perdu-l-un-de-ses-plus-gros-satellites-16-04-2012-1452044_47.php
        Il y a donc partout URGENCES. Même dans les cieux…

      4. – Parole de Boson :
        « Celui qui cherche trouve!»

        Tout le mouvement de la culturation humaine …est d’acquérir progressivement … cette connaissance objective , qui vient finalement lui prendre sa place…

        « Que celui qui cherche ne cesse pas de chercher, jusqu’à ce qu’il trouve. Et quand il aura trouvé, il sera troublé ; quand il sera troublé, il sera émerveillé, et il règnera sur le Tout. » (Évangile selon Thomas)

        Et, que fait cette connaissance objective, de cet émerveillement ?
        « Dites Moi Tout » amigo

  7. Avis d’ un néophyte :
    J’ ai toujours été frappé des désunions familiales résultant du partage d’ un héritage , lors d’ un décès .
    Ces conflits, souvent définitifs, me semblent en fait assez récents (a démontrer bien sur). L’ ancien modèle me semblait plus admis : on nait garçon ou fille (pas de bol!) , gros ou grand , riche ou pauvre , …cadet ou ainé . L’ainé gardait le bien et les cadets acceptaient la chose comme allant de soi. Le partage actuel qui se veut égalitaire …fait faillite! car il tranche une égalité , là ou les rapports interactifs ne l’ étaient pas ….Je n’ ai pas de solution a cet etat de fait , mais ça porte a reflexion et a transposer ce constat sur l’économie et la monnaie …tout ne se vaut pas Un kg de blé ne vaut pas la meme chose pour pierre et paul , a Locquirec ou à Bedous (vallée d’ aspe) .
    L’ argent est un outil certe pratique , mais réducteur et qui voudrait supprimer l’alterité.

  8. @Kercoz,

    Vous paraît-il possible que l’argent soit outil neutre en cela qu’il ne contienne pas d’autre intentionnalité que celle du sujet identifiable qui achète, vend ou garantit le prix d’un objet visible indépendamment de n’importe quel propriétaire ? Autrement dit, la transparence de marché qui sépare les flux financiers des flux objectifs, vous paraît-elle de nature à garantir l’altérité par la séparation objective et financière de tout sujet identifié par l’intermédiation financière de spécification des objets ?

    1. @PSDJ:
      /// Autrement dit, la transparence de marché qui sépare les flux financiers des flux objectifs, vous paraît-elle de nature à garantir l’altérité ?
      ///

      Tout système monétaire , a mon sens souffre d’ un défaut « de naissance » . Qd il reste local , il spécifie ce défaut sans trop de dégats …en s’étendant , il aplanit et nivelle les altérité et désenchante le principe meme de « vie » .
      Payer le meme prix mon maquereau ds le tarn et a plougastel desenchante le travail dui transporteur et l’envie d’aller a plougastel ……. Les trafics plus ou moins licites de la finance n’ y sont pour rien …… Il faut lire le livre « Le chasse marrée » puisque j’ai pris l’ex du poisson .
      L’alterité est nivelée grace a l’ energie (essence transport , froid/nuke elec….)
      Nous avons acquis le « don d’ ubiquité »….c’est d’un triste…. et ça tue la vie.
      Nous sommes comme des enfants qui construisons des cabanes et ne les habitons jamais ….mais on fait plus de dégats.

      1. @ Kercoz et PSDJ

        Je comprends mieux le langage de Kercoz sans doute parce que je suis à moitié breton. 🙂
        Je le sens exactement comme lui (une fois de plus!): il y a une subtilité dans l’échange local (don et contre-don) que semble détruire systématiquement une délocalisation (nécessairement associée à une monnaie globale). Pour moi l’argent corromp au sens étymologique: il romp les liens.

        René Thom a associé un verbe à chacune de ses catastrophes. De mémoire « échanger » est associé à la catastrophe « papillon ».

      2. Pas besoin d’être breton. Kercoz, vous posez que la perte de la localité de la monnaie serait à l’origine de la déchéance de la localité de la culture car les deux phénomènes coïncident dans le temps. Or ce n’est jamais une bonne manière d’isoler la cause d’un effet particulier. Dans ce cas, il manque la composante marchande du néolibéralisme qui elle, explique parfaitement la démembrement des mécanismes économiques locaux et donc l’appauvrissement des cultures locales. Nul doute que dans un système international de monnaies locales, un cloisonnement culturel s’établit immédiatement, mais les échanges deviennent tellement conflictuels que l’ensemble ne constitue jamais un système suffisamment stable pour ne pas terminer en affrontements de plus en plus tendus comme le montre l’histoire.

        Un système de monnaie unique ne signifie pas obligatoirement la mort des différences culturelles. Dès que la composante néolibérale n’est plus et que les mécanismes économiques locaux sont réhabilités ce sont eux qui donnent son caractère à la monnaie qui du coup devient locale et internationale. Universelle serait le mieux à mon avis, mais on est très loin du compte. Dans l’utopie d’une monnaie universelle, cette monnaie serait la matière universelle de l’économie et la Culture ( au sens large, biologique et social ) la force fondamentale qui en transforme le flux et les cultures locales seraient des symétries. Là, on aurait un système universel et relatif tandis qu’avec la monnaie-nation, on n’avancera jamais que vers l’intensification des conflits, à mon avis.

      3. @ Mor
        « Nul doute que dans un système international de monnaies locales, un cloisonnement culturel s’établit immédiatement, mais les échanges deviennent tellement conflictuels que l’ensemble ne constitue jamais un système suffisamment stable pour ne pas terminer en affrontements de plus en plus tendus comme le montre l’histoire. »

        Le corps humain arrive bien à des échanges non conflictuels entre ses différentes parties. Pourquoi pas le corps social?

      4. Parce qu’il faut se placer dans l’optique de l’être humain pour comprendre que nous devons adapter les structures naturelles et non pas nous y soumettre comme le génie de Hayek proposait. Pour se faire, je m’imagine au milieu d’un clan de mal rasés, il y a 80.000 ans qui tombe sur les alluvions du cours du Nil, commence à comprendre comment ça marche, l’agriculture, mais reçoit un grand coup de crue qui le plonge dans la famine toute l’année. Il comprend tout de suite que la nature c’est bien gentil mais quand ça tousse, il vaut mieux être préparé, donc il se met à travailler. Il invente, il creuse, il construit et ça va mieux, peu à peu. Il a, plus ou moins, domestiqué le fleuve.

        Pourquoi la monnaie, le corps social et l’organisation politique devrait être traités différemment ? C’est cela le Droit, je pense. La domestication de notre instinct social.

        D’autre part, quand je parlais de l’effet de cloisonnement culturel des monnaies nationales, bien évidemment le néolibéralisme a aussi laminé ces cloisons partout où il a dérégulé. Donc l’argument ne vaut qu’en parlant de protectionnisme et donc de plus en plus loin d’une relation détendue entre Nations.

      5. @ Mor
        Je ne vois pas les choses comme vous.
        « et non pas nous y soumettre comme le génie de Hayek proposait.  »
        Je n’aime pas ce genre d’argument car c’est par ce même type d’argumentation que le lamarckisme est maintenu à la cave et que, par suite, le TINA néodarwinien actuel se maintient.

        Votre exemple des crues du Nil me fait penser aux digues anti-tsunami du Japon. Elles ont pour intérêt de pouvoir faire vivre plus de monde. Mais quel est l’intérêt de faire vivre plus de monde sinon de pouvoir en faire mourir plus lors d’une catastrophe.

        « La domestication de notre instinct social. »
        Je pense le contraire. Notre prétendue civilisation nous a éloignés de la réalité sensible. Notre cuture nous enchaîne tous les jours un peu plus dans la caverne de Platon. Il nous faut retrouver ce chemin dont nous nous sommes écartés. Il nous faut écouter la nature d’une autre oreille, la regarder avec d’autres yeux.
        « La voix de la réalité est dans le sens du symbole », dit René Thom.

      6. @Mor:
        Votre réponse est par trop dopée d’affect idéologique et de certitudes du meme bois pour que j’ y réponde ,pourtant:
        //// vous posez que la perte de la localité de la monnaie serait à l’origine de la déchéance de la localité de la culture car les deux phénomènes coïncident dans le temps. ///
        Je persigne et c’est tellement évident que meme si l’on met en avant le « gain de productivité c’est pour dire que les gains d’aisance sont supérieurs aux pertes occasionnés par la destructuration du tissus societal .
        Mais meme si on ne cherche pas a comparer 2 choses qui ne sont pas de meme nature , donc pas comparables , on peut deja affirmer que ds le 1er cas les « gains » sont locaux et ds le 2e les gains sont globaux .
        Ceci dit , mon exemple de la monnaie n’est qu’ un exemple, il y aurait aussi les droits de passage sur les ponts , etc …tout ce qui freinait le transport (et donc le temps ) …..pourtant deja , a l’époque freiné par l’absence d’énergie bon marché .
        En j’en suis toujours (de façon théorique) a opposer les 2 modèles PARCELLISE (auto-organisé, fractal …) versus CENTRALISE (lineaire , a gestion non complexe )
        Mon argument serait que le premier modèle , s’il n’est pas favorable au gain de productivité , en revanche , outre qu’il réenchante la vie en préservant l’altérité , …est d’une extraordinaire stabilité (attracteur des systèmes complexes ).

      7. @ Kercoz
        Parcellisé (pour vous) = stratifié (pour moi).
        Voir mon commentaire à redbock un peu plus haut dans cette file.

      8. Basic : « ce même type d’argumentation que le lamarckisme est maintenu à la cave »

        Ouais. Il faudrait peut-être arrêter de déconner avec la tolérance du matériau cognitif. Le lamarckisme de Lamarck est à la cave parce que c’est une sombre connerie. Mais pour l’admettre il faut se coltiner la lecture des évolutionnistes.

        Franchement, vous ne vous sentez pas comme un peu désarmé avec pour seule grille de lecture la critique de Thom envers Darwin ? Le créationnisme c’est pour quand ? Essayons de réfléchir une seconde : comment se propage, généralement, une idée d’organisation politique ? On ouvre l’Histoire à n’importe quelle page, n’importe quelle ligne et la réponse saute au cou : la religion. Quelle est la religion de l’ultralibéralisme ? Le créationnisme ou sa version soft à saveur lamarckienne du dessein intelligent. Vous voilà dans de beaux draps avec Thom, Lamarck et tous les théoriciens de l’oeil trop compliqué pour être naturel, chantant TINA en choeur autour de vous.

        Enfin, je sors de cette discussion. Elle ne paraît pas plus honnête que celle de Kercoz. Salut.

      9. @ Mor
        Pfffuit! Que voulez-vous que je vous réponde?
        Peut-être de lire mon commentaire dans le dernier billet « Le temps qu’il fait »?
        J’y expose que la dictature est du côté du néo-darwinisme et la démocratie du côté du lamarckisme.
        Je n’y ai pas vu de créationnisme là-dedans. Pas du tout.

    2. @PSDJ:
      Comme ma réponse a du vous paraitre HS et sans utilité immédiate , je voudrais la tourner autrement:
      – L’argent est « malheureusement  » un outil neutre . C’est son défaut . Ils est devenu nécessaire qd des doubles echanges se sont développés (Ds les bourses d’ échange que je fréquente , tres peu « échangent réellement » .) . Si l’ on considère une économie localisée (unité de tps et de lieu) confiné ds une spécificité locale , les dégats de la monnaie restent minimes. C’est la raison de la durée tres longue des monnaies locale et leur réapparition lors de l’ effondrement de l’ empire Romain . (Et leur réapparition actuelle). ….Chaque niveau d’amalgame de monnaies supprime des altérités qui freinent non le commerce , mais la finance !
      Ces barrieres de langues , de modes , d’ usages , de monnaies , sont plus symboliques que physiques , mais nécessaires a l’altérité ……C’est là la thématique de Zyzek qd il écrit « pour réhabiliter l’ intolérance . Cette « tolerance ultime » permet au vigneron Bordelais de vendre son vin en chine et nous de leur acheter des ecrans plats ……et de regarder se déliter notre société .
      C’est la globalisation qui est notre principal ennemi .Et la finance aussi puisqu’elle y participe . De meme que l’ économie qui semble avoir choisi le camp de la finance .

    3. @Psdj

      « Vous paraît-il possible que l’argent soit outil neutre / en cela qu’il ne contienne pas d’autre intentionnalité / que celle du sujet identifiable qui achète, vend ou garantit le prix d’un objet visible / indépendamment de n’importe quel propriétaire ?  »

      Dans cette phrase, suite à l affirmation d’ existence d’ un concept (l argent serait un outil neutre) , vous posez 3 restrictions que j’ ai séparé avec des barres obliques.
      Ces restrictions sont des temps opératoires pendants lesquels une transformation/construction du sens se produit à partir de la matière brute de ce concept.
      Le premier temps est l’ affectation d’ une intentionnalité qui serait « contenue » ou « accompagnerait  » ce premier concept
      Le 2 eme temps est une 2 eme affirmation d’ existence : celle d’ un 2 eme concept (ce qui achète vend ou garantit serait un sujet) imbriquée avec la même opération d’ affectation d’ intentionnalité.
      Dans ce 2 eme temps, il est donc créé un modèle d Être, appelé Sujet (qui achète vend ou garantit), animé d’ une intention..
      Dans le 3 eme temps, est créé un autre Être appelé Propriétaire, dont par suite on le suppose aussi animé d’ une intention indépendante de celle affectée à l argent.

      On fait ici l erreur de Platon ou des Pythagoriciens qui considéraient comme réel ce qui est idée.
      L erreur de logique se situe au moment ou l on projette l idée dans le réel par l adhésion de foi,
      alors qu’ il ne faudrait pas y croire de cette façon.

      1. @ Tigue
        « L erreur de logique se situe au moment ou l on projette l idée dans le réel par l adhésion de foi,
        alors qu’ il ne faudrait pas y croire de cette façon. »
        Je commence à comprendre pourquoi vous vous intéressez tant aux projections et relèvements en mathématiques!

      2. @Tigue.
        Je pense saisir ce que vous voulez dire:
        Il faudrait aussi remarquer que les interactions d’achat-vente que supporte l’ objet , suppose une neutralité complete des 3 acteurs . Alors que le modèle que le concept prétend simplifier -remplacer , etait « dynamique »: les interactions etaient deja actives (non neutres) , historiques et surtout chargées d’affect.
        L’exemple immédiat est la capacité de prédation d’ un acteur neutralisé (fond de pension) , comparé a un echange ou meme une exploitation de 2 acteurs voisins .

      3. Tigue, il me semble que pour étudier la qualité et les propriétés des échanges dans une société humaine, on ne peut obvier les travaux de Hamilton et son équation ( même si ce n’est que pour la contester ) : valeur sélective global d’un individu X = valeur sélective propre de X + effet de l’altruisme de X envers un autre individu Y sur la valeur sélective propre de Y * coefficient de proximité génétique entre X et Y

        source : wikipedia – la sélection de parentèle
        Attention, terrain glissant, naturalisme débridé à l’affût, mais ce n’est pas une raison pour l’éviter. Il y a une force naturelle qui nous pousse à construire la société qui semble, du moins à mes yeux, très proche de la théorie de la sélection de parentèle qui introduit l’altruisme, modifiée par les travaux des neurosciences sur l’empathie et les neurones miroirs.

      4. @Basic:
        //// @ Kercoz
        Parcellisé (pour vous) = stratifié (pour moi). ////

        Je crains que pour ce concept (stratifié) , il ne se plante , le Thom .
        En tous cas , il sort du concept de la complexité , qui pour l’espece humaine nécessite l’ unité de lieu . L’affect devant etre considéré comme une variable principal , il induit la connaissance des sujets entre eux , connaissance intime et historique .
        Ceci parce que c’est le modèle qui nous a formaté et que par principe (rigidité comportemental) , il faudrait éviter de s’en écarter .

      5. @ Kirkcoz,

        Bravo capitaine !
        Le CyborgArgent est cerné, il lui manque l’ affect, et ses processeurs n arrivent pas à le rendre/calculer aussi vite que le cerveau humain.

      6. @ Kercoz
        « En tous cas , il sort du concept de la complexité , qui pour l’espece humaine nécessite l’ unité de lieu . L’affect devant etre considéré comme une variable principal , il induit la connaissance des sujets entre eux , connaissance intime et historique .
        Ceci parce que c’est le modèle qui nous a formaté et que par principe (rigidité comportemental) , il faudrait éviter de s’en écarter . »

        Euh… ça c’est du kercozien. 🙂
        En langue vernaculaire ça donne quoi?

      7. @Basic .
        J’ ai réagi sur le terme « stratification » (en fait je ne sais ce que Thom y inclut). Ma vision « naturaliste » , idéalisée ne peut sortir (sans dégats) du modèle parcellisé : famille proche , groupe local , village , groupes de villages ….. qui , a mon sens est necessaire a l’ optimisation ET de l’ individu ET du groupe …sans menacer la civilisation (groupe historique) , ni l’espece .
        @ Tigue .
        L’ humour n’est pas suffisant comme argument .
        Mais vous avez raison , si on est revenu aux rond point c’est que le cerveau est plus efficace que toute notre technologie routiere.

      8. @ Kercoz
        Je comprends mieux comme ça. Je crois que nous sommes une fois de plus en phase.
        Pour moi la France est le pays le plus civilisé d’Europe parce que le plus parcellisé (autant de communes, je crois, que dans tout le reste de l’Europe).

        PS: pour les matheux l’exemple typique d’ensemble stratifié est le cube: sommets, arêtes, faces, intérieur.
        Je pense qu’une construction européenne stable et pérenne ne peut être que stratifiée.

      9. @Kercoz

        Ce qui est appelé « argent  » est une invention.
        Quand je dis « j’ ai acheté ceci a tel prix dans telle monnaie » je ne dis pas si je l ai acheté cash ou si je l ai acheté à crédit , ni si je l ai acheté pour en user, ni si le l’ ai acheté pour en disposer en vue d’ en abuser ou de le détruire pour asservir les autres par le manque etc..
        Je dis simplement  » j’ ai acheté ceci a tel prix dans telle monnaie ».
        Nous n’ incluons jamais dans la definition de cette invention tout ce qu’ elle permet de faire, qui est consideré comme accidentel.
        Or ce que nous voyons faire avec cette invention, est la manifestation de l argent.
        « L argent c’ est contenu dans ce que je vous montre » : une sorte de definition extensive de l argent, comme Leibniz à defini extensivement par une somme infinie de rationnels, un nombre dit transcendant :
        « Que dit-il de la limite de cette somme ? Dans un article intitulé “De vera proportione circuli ad qua- dratum circumscriptum in numeris rationalibus ex- pressa.”, paru dans les “Acta eruditorum Lipsiensi- um” en 1682, on y lit : “La serie entière contient toutes les approximations en mˆeme temps ou les valeurs plus grandes et plus petits de la vraie valeur. Il faudra la continuer aussi loin que possible pour que l’erreur soit plus petite qu’une fraction donn ́ee, et, par suite, que n’importe quelle quantit ́e donn ́ee. C’est pourquoi toute la s ́erie exprime la valeur exacte.” Plus loin, il continue ainsi : “Si quelque cercle n’est pas commen- surable par un carr ́e, il ne peut ˆetre exprim ́e par un nombre, mais devra n ́ecessairement ˆetre exhib ́e par une s ́erie de rationnels, et de mˆeme pour la diagonale d’un carr ́e , et la section extrˆeme et moyenne faite dans un rapport, que certains appellent divine, et beaucoup d’autres quantit ́es qui sont irrationnelles. »

        Pourtant nous le faisons avec le langage où nous savons que le but de celui qui s’ exprime va moduler notre adhésion à ses propos. Nous l étudions en tant qu entité vivante, avec ses outils ses opérateurs ses noms etc…
        Nous distinguons les discours scientifiques , théologiques etc…, Aristote avait distingué le syllogisme scientifique comme un des moyens de connaître mais pas le seul (voir mes commentaires sur le billet sur la proportion diagonale)
        Il ne viendrait à l idée de personne de croire sans autre argumentation « j ai acheté telle soucoupe volante d’ occase à tel E.T. moyennant tel prix », parce qu’ une partie de la phrase est identifiée comme une croyance.
        Alors que quand je dis « j’ ai acheté telle chose à tel prix », on croit cette conception sans autre examen , alors qu’ en fait cet « achat  » sert par exemple, à priver le voisin de son accès à la route pour le déposséder de son bien ainsi déprécié .

        Au total, le processus de définition ( ou de virtualisation pour Imago) est un processus iteratif créatif puis descriptif de ce qui a été créé . Lorsque la réalité ne correspond pas à la définition , on fait une modification et une itération du processus, et si cela ne marche plus on recommence avec une autre création, et on oublie la racine de l erreur : l adhésion de foi à ce qui est pur jeu créatif, et monstratif de ce qui ne peut être dit.
        Les dissections du monolithe argent sont les dissections des formes des nuages, ce qui compte c est le but de l oracle.

    4. « …à garantir l’altérité par la séparation objective et financière.. »

      @ PSDJ

      vous me fournissez içi un exemple de ce que je commente plus haut (commentaire no8)

      garantir l’altérité : il n’ y a qu’un tiers qui puisse « garantir » votre (en disant « votre » , je vous nomme ainsi comme « autre » à moi-même) subjectivité comme séparé de la mienne.
      les sociétés humaines organisent temporairement la représentation de ce qui peut garantir cela.
      les choses sont à reprendre régulièrement , car la perlaboration homme-nature et donc des moyens dont il dispose pour la façonner à sa guise est en perpétuel mouvement.
      il n’y a donc pas de représentation « absolue » possible , ces représentions étant le produit d’un compromis social temporellement défini.
      l’argent est un aspect de cette garantie…
      le « contrat » de confiance qui existait depuis des siècles entre valeur et représentation de celle-ci est en crise….
      l’homme a épuisé le « capital » sémantique résidant dans ce processus mental collapsant nominal->dé-nominal.
      c’est en ce sens qu’il est historiquement possible de dire que le capitalisme est mort.
      il n’est simplement plus « opératoire » , c’est tout.
      C’est bien ce que l’on commençait, à percevoir à la fin des années soixante , quand ont commencés de vaciller les items de ce qui faisait « autorité ».
      le défi est immense et une vision à courte vue centrée sur les échanges financiers ne permet pas d’embrasser l’ensemble du problème qui se posent à nous sur la totalité des échanges inter-humains.
      ensuite , bien curieuse est cette juxtaposition objective et financière…..

      la prise de conscience de l’autre « séparé » , donc la sortie de la problématique de la fusion mère-enfant , est une affaire d’une autre nature que la finance dans la mesure où l’autre (l’altérité) ne va pas de lui-même , tandis que la circulation d’argent (puis son contrôle) présuppose un flux extériorisé , donc l’existence à priori de sujets en transaction socialement identifiables.

      les Aristotéliciens finissent donc par tomber dans la même impasse que les Platoniciens avec une construction de plus dans l’accumulation des « virtualités » nécessaires à leur raisonnement.
      Deux millénaires d’orthodoxie intellectuelle sont à remettre en question et je me rends bien compte de ce que cela peut avoir de douloureux.
      Mais c’est à une autre révolution cognitive que nous devrons la possibilité de sortir de cette redoutable crise.

      1. @ imago
        Je suis (de loin dans le brouillard) d’accord avec vous. Il faut tout penser à la fois, la diversité dans l’unité et l’unité dans la diversité.
        René Thom a produit « le premier modèle rigoureusement moniste de l’être vivant ». Puisque pour lui « les situations dynamiques régissant l’évolution des phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que ceux qui régissent l’évolution de l’homme et des sociétés », je cherche dans cette direction (cad je me plonge dans l’oeuvre de Thom)…

      2. @ Tigue
        Tout à fait d’accord avec votre commentaire du billet « révolution de la proportion diagonale ».
        Les idées des matheux, même s’ils se débarrassent au maximum de la pollution de notre langue maternelle en inventant de nouveaux langages, se sont formées dans un cerveau humain et il arrive un moment où il faut bien les interpréter (les projeter) dans la réalité du monde sensible.
        « La voix de la réalité est dans le sens du symbole » dit Thom.
        Yaka.

      3. @ imago
        « ’image de l’estran me parait intéressante pour illustrer votre propos…l’unité de cet espace solide à marée basse succède à la diversité des entités solides visibles à marée haute. »

        C’est exactement l’image qu’utilise le biologiste anglais Waddington pour décrire ce qu’il appelle le paysage épigénétique et qui illustre son concept de « chréode ».
        Ces images sont reprises et théorisées par Thom.

        Il y a un côté dynamique dans cette image (pleine mer/basse mer) comme dans le puissance/acte aristotélicien…

        « De toute façon , à mon avis , le temps de la reprise (comme en couture) est fini , les matières à relier étant trop usées. »

        Changer l’étoffe sûrement. Mais dans la nouvelle apparaîtront toujours les mêmes figures, les mêmes singularités: le pli, la fronce. Thom!

    5. @ BasicRabbit

      l’image de l’estran me parait intéressante pour illustrer votre propos…l’unité de cet espace solide à marée basse succède à la diversité des entités solides visibles à marée haute.

      @ Tigue

      dans cet article cité Jorion dit : « …La formation des prix en permettant au plus riche de payer moins cher et en forçant le plus pauvre à payer davantage pour les mêmes marchandises (cf Jorion 1995) contribue à reproduire l’ordre social tel quel et le renforce ainsi davantage dans son état présent. …. »
      je pense ici que cet angle d’attaque du concept de valeur est inopérant , car il escamote sans le savoir la véritable dimension politique qu’il dit aborder , à savoir le pourquoi « la formation des prix » permets à certains ce qu’elle ne permet pas aux autres , ce qui fait que certains sont « riches  » (essentiellement dans leur capacité de disposer de leur temps tout en disposant du temps des autres ) , pendant que d’autres ne le sont pas.
      De passer d’une vision idéïste (Platon) à une vision plus « incarnée » (Aristote , puis Marx) , plus politique , ne lève pas le problème…on le saurait ……
      Cela ne fait que créer une peau supplémentaire à un dispositif cherchant à conserver sa maitrise ( « reproduire l’ordre social » , comme le dit Jorion ) de l’espace-temps social , en inventant ,au fur et à mesure , des superstructures conservatoires voire conservatrices telles que celles décrites par PSDJ .
      Cette peau sous prétexte d’un retour au(x) droit(s) , en n’abordant pas le quid de ses échecs (pourquoi , par exemple , fin du XIXeme , la prohibition de la spéculation a été abandonnée ?) ne fait qu’enfermer les « ingrédients » de ses dérives dans une gangue en apparence de bon aloi ,mais dont la toxicité sous-jacente finira tôt ou tard par redevenir opératoire.
      De toute façon , à mon avis , le temps de la reprise (comme en couture) est fini , les matières à relier étant trop usées.

  9. @ PSDJ

    « …La structure aristotélicienne de la valeur financière a été abandonnée au XIXème siècle avec la titrisation du capital… »

    Pas si sûr ……….. Autre hypothèse , la structure Aristotélicienne a été abandonnée car elle ne permettait plus cette « liquidité » (mobilité) dont la logique « capitaliste » a besoin pour se frayer un chemin rapide et s’adapter à la « révolution industrielle » en cours , à cette époque.
    D’où cette invention de la sous-location (la titrisation ) ….je loue à un proprio pour relouer à mon tour au véritable habitant des lieux.
    l’occupant réel des lieux n’est plus en contact direct avec le propriétaire.
    le travail de virtualisation commence …. qui n’a pas grand chose à voir avec le « cavernage » platonicien.
    …..et continue avec votre proposition de restituer à un droit une place qu’il ne peut avoir que si les hommes décident ensemble et d’abord de la lui redonner.
    C’est là votre erreur , me semble-t-il.
    Car , cette virtualisation , permettant de perdre de vue une réalité dont nous avons pourtant tant besoin pour évaluer de façon récurrente les effets de nos organisations humaines sur le réel , nous induit dans cette erreur et interdit le retour à un espace démocratique dans lequel pourrait alors être élaborés un droit nouveau , moins injuste .

    1. @Imago,

      La structure aristotélicienne de la valeur financière est celle qui vient de l’anticipation de l’effet comme fin humaine formant la matière. Dans l’effet qui vient après les « causes » finale, formelle et matérielle, il y a le sujet qui a choisi la fin formant la matière et il y a le temps qui transforme les causes en effet. L’existence du sujet, de la société des sujets en relation par le langage et du temps orienté de la civilisation construite par les sujets est une invention du judéo-christianisme développée sur le platonisme et l’aristotélisme. La différence entre platonisme et aristotélisme étant justement l’effet qui est démocratique et incertain, c’est à dire partageable et décidable dans une pluralité de sujets. Le platonisme républicain réserve la décision des effets à une minorité initiée maîtrisant la lumière qui leurre la masse fascinée par les ombres projetées sur les parois de la caverne.

      La virtualisation de l’effet résulte dans l’aristotélisme de la réalité admise du temps et du sujet pluriel. La virtualisation aristotélicienne de la démocratie sert à penser la diversité des futurs possibles selon les orientations données au temps par la pluralité des sujets en discussion. La virtualisation de la finance platonique opère au contraire une réduction de la pluralité et du temps par la magie du langage ésotérique soustrayant la réalité collective à l’entendement commun. La virtualisation est nécessaire à la démocratie pour discuter les virtualités du réel. Le problème de la virtualisation démocratique est qu’elle est facilement détournée dans la république par des minorités qui s’accaparent la réalité en la masquant par la démagogie. La virtualité est fictionnelle quand les citoyens ne sont pas attentifs à cultiver leurs vertus. Contrairement à la république, la démocratie ne sait pas économiser la vertu…

      Quelle virtualité aimez-vous ?

  10. Bonjour à tous

    N’étant pas économiste, je peux me tromper. Sauf erreur de ma part, l’économie est séparable en deux sous-ensembles d’activités, l’économie financière et l’économie réelle. L’équilibre de l’économie globale au niveau d’un pays est apprécié par la balance des comptes et celui de l’économie réelle par la balance commerciale. Si ces deux balances ne se correspondent pas, l’écart est donc à attribuer à l’économie financière.

    Au niveau de l’économie réelle, de nombreux commentaires de ce blog soulignent à juste titre la distinction entre économie objective et économie sensible. Si je comprends bien, la première est reflétée en France par les statistiques de l’INSEE et la seconde par les discussions de comptoir au Café du Commerce.
    La distinction entre économie financière, économie objective et économie sensible conduit à trois types différents de raisonnement selon que l’on est financier, économiste ou citoyen lambda. Les objectifs qui en découlent pour chacun sont forcément divergents et les politiciens ont à se débattre avec ce problème, leurs objectifs étant encore différents. Plus le système socioéconomique se complexifie, plus les malentendus se creusent.

    L’économie globale ne s’est pas bâtie en structurant sciemment de la sorte les activités économiques. Elle résulte d’un état de fait. Si elle est ainsi scindée, et si cela pose problème, c’est en fonctions des mécanismes qui se sont mis en place et dont les effets impactent de manières différentes le ressenti des trois types susdits d’observateurs/acteurs impliqués.
    Tous ces mécanismes sont basés sur l’utilisation de monnaies. La monnaie est entre les mains des financiers. A votre avis, quelle est le type d’économie qui se porte le mieux, financière, objective ou sensible ?

    L’économie objective est l’otage des cours en bourse, et en particulier des taux de change. L’économie sensible est prisonnière des fantasmes de la société de consommation. L’économie financière a les mains libres dans la mesure où elle maîtrise les cours et où elle sait exploiter les envies (elle y excelle puisque c’est la base des activités spéculatives).

    Ma petite utopie à moi est la suivante : avoir des taux de change basés sur un étalon qui ne soit ni l’or, ni le dollar, mais un « panier de la ménagère ». Le bancor de Keynes, basé sur un panier de monnaies, ou toute autre système dépendant de l’économie financière n’est pas la solution.
    Chaque pays, sous le contrôle d’un organisme international, aurait à définir un panier-type (ou caddy-type) correspondant aux besoins de consommation mensuelle (ou tout autre cadencement convenu) d’un panel de consommateurs déterminé (actifs, retraités, enfants, etc.) bénéficiant d’un niveau de vie « normal ». Le contenu de ce « basket » serait concrétisé par une liste quantifiée de produits et de service concrets (alimentation saine, logement, transport, éducation, soins de santé). Le prix en monnaie locale du « basket » donnerait le taux de change de la monnaie concernée. Ce serait une sorte d’« étalon Mac Do » amélioré.
    Mais pourquoi laisser la composition de ce basket à la discrétion du pays et non à une commission d’experts internationaux ?
    D’abord parce que les modes de vie varient selon les pays.
    Ensuite, parce que les pays qui positionneraient trop haut leurs exigences de confort seraient désavantagés dans le commerce international et inversement. Cela devrait conduire à une uniformisation à terme des niveaux de vie et supprimer beaucoup des tensions dommageables qui se manifestent partout.
    C’est très utopique parce que, si cela était, les balances commerciales de tous les pays riches s’effondreraient très rapidement car leurs monnaies, grâce à l’économie financière, est très surévaluée par rapport à leur économie réelle, à savoir celle de leur équilibre entre productions et consommations.

    Il me reste par ailleurs une classification différente à proposer pour les activités économiques :
    Distinguer économie spéculative et économie productive. La première regroupe les activités consistant à créer du pouvoir de consommation en manipulant la valeur des richesses, sans rien produire de consommable. La seconde constituée des activités de production et de distribution de richesses destinées à disparaître dans la consommation.
    Distinguer par ailleurs dans l’économie productive deux sous-ensembles, celui des activités utiles et celui des activités artificielles.

    PS : Attention, la part des activités utiles pourrait se révéler ridiculement faible par rapport au reste. Mais comme ce dernier avis est un peu trop provocateur, il est plus du domaine, je pense, du Blog de Zénon que de celui de Paul Jorion que je salue au passage. Je n’irai donc pas pas plus loin vers le développement durable.

    1. « Le bancor de Keynes, basé sur un panier de monnaies »

      Non, le bancor de Keynes n’est pas basé sur un panier de monnaies : c’est une unité de compte arbitraire utilisée par une chambre de compensation internationale et multilatérale.

      1. Il me semble que le bancor, pour démarrer, devrait obligatoirement poser des taux de change entre lui et, au minimum, les principales monnaies, probablemente en entérinant les cours du jour mais ceci n’est qu’une supputation. Ensuite les différentes monnaies auraient à être réajustées dans le temps par rapport au bancor, par la chambre de compensation, sur des critères financiers d’équilibre des comptes, pour permettre les échanges internationaux.
        La question qui se pose est plutôt la taille du panier initial, les monnaies subissant une inflation annuelle à plus de deux chiffres pourraient-elles y entrer ?

    2. @ esope
      « Chaque pays, sous le contrôle d’un organisme international, aurait à définir un panier-type (ou caddy-type) correspondant aux besoins de consommation mensuelle (ou tout autre cadencement convenu) d’un panel de consommateurs déterminé (actifs, retraités, enfants, etc.) bénéficiant d’un niveau de vie « normal ». Le contenu de ce « basket » serait concrétisé par une liste  » de produits et de service concrets (alimentation saine, logement, transport, éducation, soins de santé). Le prix en monnaie locale du « basket » donnerait le taux de change de la monnaie concernée. Ce serait une sorte d’« étalon Mac Do » amélioré. »

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Philibert_Besson

      Extrait:
      « À partir de 1928 à Cizely (dont le maire est son ami et mentor Joseph Archer) puis de manière un peu plus répandue à partir de 1930, il fait circuler des pièces et billets de la monnaie européenne qu’il a créée, l’Europa, « la monnaie universelle, la monnaie de la paix », gagée sur le travail. Conceptuellement, il s’agit d’un troc organisé dans lequel, au lieu de mesurer le prix des marchandises en unités monétaires, la valeur de l’unité monétaire a été fixée, indépendamment de l’offre et de la demande, en fonction de quantités réelles de marchandises : un Europa vaut ainsi, une fois pour toutes, « 2 kilos de blé, 200 grammes de viande, 30 grammes d’or, 100 grammes de cuivre, 2 kilos d’acier, 50 centilitres de vin 10°, 200 grammes de coton, 10 kilowatts-heures, 1 tonne kilométrique, 30 minutes de travail ».

      L’europa…

  11. Bonjour,
    Ce blog prend une tournure très intéressante pour moi. Bien qu’étrange à première vue, le fait d’unir une notion mathématique, un principe systémique d’union des ensembles, la particularité d’assembler les contraires par un principe de contre valeur systématique et la nécessité d’y mettre un cadre légal, m’ouvrent l’esprit pour comprendre la notion de  » valeur  » financière. Ce qui est surprenant, c’est aussi que vos idées développées sur ce blog me permettent d’approfondir mes propres recherches personnelles. De mon côté, j’ai du utiliser une figure symbolique me permettant d’expliquer la notion d’interdépendance systémique: il s’agit d’un assemblage d’anneau de möbius, (anneau à une seule face) unient par le centre et de taille proportionnelle.

      1. Je dirais plutôt que les contre- valeur les plus importantes à l’argent sont les valeurs de l’effort et de la liberté individuelle.
        Maintenant, est ce qu’il existe une quantification monétaire entre ces 2 valeurs? Je ne crois pas. Il serait pourtant intéressant de les lier d’une manière systémique. Comment imaginer auto-réguler un système de vie, si la valeur essentielle est la liberté? De plus si la liberté n’est appliquée que pour satisfaire les membres du système les plus puissants ou les plus riches, cela ne peut pas fonctionner. Je reviens donc sur l’idée d’auto-régulation en incorporant au concept économique un nouvel attribut: celui de l’interdépendance. Il devient alors important de trouver un système légal et moral permettant au vendeur de devoir aussi donner au système pour pouvoir recevoir de l’argent de l’acheteur et à l’acheteur de devoir obligatoirement recevoir de l’argent du même système pour pouvoir acheter. En résumé: donner pour recevoir et recevoir pour pouvoir donner.
        En écrivant cela je pense stimuler les mathématiciens pour trouver une solution mathématique. Peut être que cela viendra de la géométrie de la perspective.?la représentation de la projection centrale devant rester la valeur de la vie humaine.
        Simple, stupide et efficace…..

      2. @ lac
        « Je dirais plutôt que les contre- valeur les plus importantes à l’argent sont les valeurs de l’effort et de la liberté individuelle. »

        La liberté individuelle d’accord, en particulier la liberté de penser dont à mon avis découlent toutes les autres. Ce qui pose le problème des médias au sens large et de l’éducation en particulier: formatage vs formation.

        Quant à l’effort je ne suis pas d’accord. C’est pour moi le piège des pièges qui nous relègue aussitôt au rang d’ouvrière dans une ruche et nous prive de notre liberté fondamentale. De la servitude volontaire…

        Je pense qu’une société humaine digne de ce nom doit fonctionner selon les deux principes suivants:
        1) boulot « vite fait, bien fait » (on sait que ça ne va pas nous tomber tout cuit dans le bec alors on s’en débarrasse vite et bien);
        2) les problèmes, conflits, projets doivent être réglés et réalisés au niveau le plus local possible.

        Le reste du temps: épanouissement personnel hors ou au sein de la collectivité. Si on s’ennuie (et seulement si on s’ennuie, c’est qd il s’ennuie que l’homme fait des conneries) projets en respectant le point 2).

        Croâssance, praugrès: poubelle.

        Rq1: je suis matheux. Je ne pense pas qu’il faille attendre grand chose d’une théorie mathématique de la perspective vieille depuis maintenant deux siècles. Cependant le ruban de Moëbius peut être vu comme un déploiement de la droite projective et le plan projectif (cross-cap, surface de Boy) a eu les faveurs de Lacan (lac=lacan?). C’est d’ailleurs peut-être à un déploiement de noeud borroméen auquel vous pensez dans lequel vous remplacez les cercles par des rubans de Moëbius?

  12. Je ne pense pas que la liberté n’existe sans la valeur de la responsabilité dans un système démocratique. L’effort est donc nécessaire. Mais l’effort n’implique pas forcément un « boulot ». L’effort peut être un don. Un don en temps, un don en argent, un don matérielle ou immatérielle.
    Merci pour votre « don » en information il me permet d’avancer dans ma réflexion.

  13. Monétisation :
    Comme on doit aussi monétiser la valeur marchande des richesses naturelles, extraites ex-nihilo en permanence à faibles coûts mais revendues au prix fort, pour éviter la déflation et l’enrichissement sans cause : Pétrole, gaz, minerais, métaux rares et pierres précieuses, etc… il est normal que les Banques Centrales injectent aussi dans les circuits économiques, de temps à autres, des liquidités monétaires compensatoires (Q.E.) et équivalentes à leur valeur marginale afin que tous les Agents économiques de leurs Etats puissent les acheter avec cette « monnaies de singe »

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