Archives par mot-clé : science économique

LA SCIENCE ÉCONOMIQUE EST UNE CHOSE TROP SÉRIEUSE…

À propos de Hyman Minsky, « The Financial Instability Hypothesis », traduit en français par François-Xavier Priour, aux éditions Diaphanes (Bienne – Paris) et précédé d’une préface de Joseph Vogl.

Keynes était encore trop soucieux de couler les expressions qu’il utilisait dans des formes qui paraitraient familières à ses collègues économistes. Comme le dit Hyman Minsky dans l’ouvrage qu’il a consacré à John Maynard Keynes (McGraw-Hill 1975) : « Beaucoup de la vieille théorie se trouve toujours là, et une part importante de la nouvelle est formulée de manière imprécise et expliquée maladroitement » (p. 12). Mais Minsky lui-même n’échappe pas au même reproche, comme on peut s’en persuader en relisant un de ses textes originellement publiés en 1982 : « The Financial Instability Hypothesis ».

Parce que, tout hétérodoxes que Keynes (1883-1946) ou que Minsky (1919-1996) aient été, c’est tout de même au titre d’économistes qu’ils ont écrit. Bien que conscients qu’il fallait d’une certaine manière reprendre à zéro la tâche d’expliquer l’économie, vu l’état dans lequel se trouvait la « science » économique quand ils l’ont découverte, ils ont quand même subordonné cette tâche au désir d’être reconnus par la communauté des économistes.

Et cela a constitué un obstacle, dont on décèle ici et là les éléments à la lecture du texte de Minsky. Qu’est-ce par exemple – apparaissant soudain au beau milieu d’une équation représentant le bénéfice d’une entreprise – que ce facteur « k », affectant les flux, qui « prend en compte le degré de confiance […] lié à la trésorerie de l’entreprise » (p. 40), ce que Joseph Vogl (*) dans sa préface, traduit par : « Les mécanismes de l’offre et de la demande ne valent que pour un domaine où l’on opère avec des budgets fixes mais sont inopérants là où entrent en jeu conditions de financement et attentes du futur » (p. 11), comme si un prix ou un taux, portant sur une opération au comptant ou à terme, pouvait être déterminé par autre chose que le rapport de force au moment de la transaction, entre l’acheteur et le vendeur, ou entre le prêteur et l’emprunteur. Bien sûr la confrontation de l’offre et la demande n’est que l’un des éléments qui déterminent le rapport de force, en définissant la puissance de la concurrence interne à chacun des deux camps des acheteurs et des vendeurs, à chacun des deux camps des prêteurs et des emprunteurs, mais le prix se fixerait-il à un niveau P(offre et demande) + k(confiance) ? ou bien le taux, à un niveau T(offre et demande) + k(attente d’inflation future) ? en un plaisant cocktail d’éléments objectifs et de représentations dans la tête d’êtres humains ? Ou bien les facteurs « confiance » ou « attentes du futur », ne sont-ils là que comme cache-sexe de ce qui dans le modèle de la formation du prix ou du taux n’a pas encore été compris et manque toujours ?

L’effondrement des marchés financiers au dernier trimestre 2008 fut très justement désigné de « moment Minsky », parce que c’est bien lui Hyman Minsky qui avait défini les trois étapes de l’instabilité financière, du développement d’une bulle, à partir des trois stratégies que peuvent adopter les entreprises : stratégie « de couverture » quand les rentrées annuelles sont toujours supérieures aux versements dus dans la gestion de la dette, « spéculative » quand, sur le court terme, les rentrées sont inférieures à la gestion du passif, stratégie « de Ponzi », ou « pyramidale » ou « de cavalerie », en français, quand les rentrées sont inférieures à la gestion du passif à l’horizon prévisible, et que seul un événement providentiel futur fera gagner un jour le jackpot. Minsky remarque très justement que ce qui deviendra la « fraude » était souvent au départ une stratégie comme une autre mais qui aura échoué : « Il s’avère souvent que la « fraude » est un résultat ex post, pas nécessairement ex ante dans sa conception », écrit-il (p. 76) ; le cas Madoff en fournit une illustration spectaculaire.

Les instabilités inhérentes au capitalisme découlent du fait que les aléas de la courbe des taux feront que l’économie entrera un jour, du fait d’une hausse des taux, en mode de bulle, parce que certaines entreprises en mode « couverture » passeront alors insensiblement et contre leur gré en mode « spéculatif », et certaines qui se trouvaient en mode « spéculatif », glisseront vers le mode « Ponzi ». C’est dans ce facteur de hasard que l’explication de Minsky révèle toute son insuffisance : dans cette dichotomie entre les entreprises d’une part et la courbe des taux d’autre part, parce qu’un des éléments du taux exigé d’une entreprise pour les créances qui lui sont accordées, en sus de la prime de liquidité reflétant le rapport de force global entre prêteurs et emprunteurs sur le marché des capitaux, pour une maturité particulière, c’est la prime de risque de crédit propre à l’entreprise, exigée par ses créanciers, dynamique, et susceptible de l’entraîner par sa hausse brutale dans une spirale descendante à la moindre alerte, ce que Jeffrey Skilling, patron d’Enron, appelait à très juste titre pour qualifier le mécanisme qui avait détruit son entreprise, un « bank run des bailleurs de fond ».

Autre aspect passé inaperçu de Minsky : le fait que la prime de risque de crédit implicite au taux réclamé par un prêteur n’est jamais traitée par lui comme telle, à savoir pour provisionner un fonds de réserve, mais comptabilisée comme profit, avec les conséquences que l’on imagine lorsque la tendance économique se renverse.

Il n’y a là que quelques exemples, mais qui s’ajoutent à bien d’autres, présents ailleurs, pour faire penser que le moment est venu de bâtir une authentique théorie économique, en évitant très soigneusement de s’infliger délibérément comme Keynes et Minsky avaient tenu à le faire, le handicap de vouloir en plus être reconnu par la communauté des économistes.

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(*) Joseph Vogl dont je dirai davantage quand j’aurai lu son « Le spectre du capital », ouvrage lui aussi récemment traduit en français et publié par le même éditeur.

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PIQÛRE DE RAPPEL : LES APPRENTIS-SORCIERS

Ah ! l’année 2009 offre décidément bien des candidats intéressants aux « Piqûres de rappel » ! Celle-ci, c’est mon billet du 3 juin 2009.

Avec le recul qu’offriront les années, l’image qui émergera des politiques économiques mises en place aujourd’hui sera celle de mesures désespérées prises dans un immense désarroi. On observera ces leviers poussés ici ou là, d’abord dans un sens, puis dans l’autre, dans la plus grande expérimentation par essais et erreurs qu’ait connu l’humanité, mettant en jeu à chaque nouvelle tentative une somme plus colossale que celle mobilisée dans la précédente.

Quelqu’un dira : « La complexité de l’édifice qu’ils avaient bâti dépassait de loin leur entendement. Ils ne s’en rendaient pas compte, mais regardez les modèles dont ils pensaient qu’ils leur offraient une certaine maîtrise et à qui ils accordaient toute leur confiance ! Dans celui-ci, on suppose que la vitesse de circulation de la monnaie est constante « pour rendre le problème soluble ». Dans un autre, que le temps ne compte pas, assimilant du coup un marché à terme à un marché au comptant. Dans celui-ci encore, que l’on peut additionner reconnaissances de dette et billets de banque. Dans ce dernier, on suppose que les taux d’intérêt restent constants pour des durées indéfinies.

Pis encore, leur évaluation du risque était entièrement statique : fondée sur l’idée que chacun, individu ou entreprise, a son destin tout tracé et qu’on peut lui assigner une notation, un nombre magique, résumant ce destin.

Qu’espéraient-ils, les malheureux ? Quand les tensions de cette construction dont la complexité leur était inimaginable et de laquelle ils avaient perdu tout contrôle, ont commencé à la fissurer, ils n’ont su que faire et ont poussé sur tous les boutons à la fois. Ils ont tenté de noyer l’édifice branlant sous des tonnes d’argent frais, comme une habitation que l’on voudrait stabiliser en la coulant dans le béton. Ces efforts désordonnés n’ont fait que précipiter un effondrement dont l’inéluctabilité était certaine dès lors qu’ils ne comprenaient pas les forces qu’ils avaient mises en branle ».

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L’AFFAIRE REINHART ET ROGOFF OU LA « SCIENCE ÉCONOMIQUE ORDINAIRE »

François Leclerc y a fait allusion dans un billet vendredi : l’une des nouvelles de la semaine dernière, c’est l’échec d’une tentative faite par une équipe d’économistes de l’université du Massachusetts à Amherst de reproduire les conclusions d’un article de Reinhart et Rogoff affirmant qu’une fois que la dette souveraine des États dépasse les 90% de Produit Intérieur Brut, une récession est inéluctable. Données manquantes, formules erronées dans le tableur Excel, conclusion extrapolant de beaucoup ce que révèlent les chiffres, toute la panoplie s’y trouve des vices de la « science » économique, dans son emploi comme ici de « science économique ordinaire »

Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff sont les auteurs de This Time is Different. Eight Centuries of Financial Fallacy, une analyse historique fameuse des défauts sur dette souveraine au fil des siècles. L’ouvrage, publié par Princeton University Press en 2009, s’est à ce point imposé rapidement comme un monument, que Reinhart et Rogoff sont apparus un moment comme favoris au « Nobel d’économie » 2012 (les lauréats furent Alvin Roth et Lloyd Shapley).

Il se fait que cette proposition des 90% a abondamment servi de justification aux politiques d’austérité mises en application en Europe depuis quelques années.

Vendredi soir, dans le cadre de son émission Ce soir (ou jamais !), Frédéric Taddéi s’est fait expliquer l’incident par Philippe Askénazy, économiste atterré et chroniqueur comme moi au Monde-Économie, sur quoi, Alain de Benoist, philosophe de l’ex-« Nouvelle droite », a commenté : « Ce qui est formidable, c’est que cet incident est une confirmation extraordinaire de ce qu’écrit Paul Jorion dans son livre sur la science économique paru chez Fayard » (pour les puristes : à 14m02s).

La fausseté globale des modèles économiques et l’usage de la « science » économique comme simple discours de justification des financiers quand ils s’adressent à la classe politique, est en effet la thèse principale de Misère de la pensée économique, paru en octobre dernier chez Fayard. Le fait est qu’à mon sens, la quasi-totalité des tentatives de reproduire les résultats d’une étude économique ou financière, déboucheraient de la même manière sur un échec : les libertés prises par rapport aux données sont en effet massives, quand il ne s’agit pas tout simplement de ce que j’appelle l’« imperméabilité aux faits » caractérisant de façon générale la « science » économique.

Paraît dans l’édition papier du Financial Times aujourd’hui, une tribune de Wolfgang Münchau intitulée : Perils of placing faith in a thin theory, ou « du danger d’accorder foi à une théorie mince ». Le sous-titre affirme : « Reinhart et Rogoff ont raconté aux politiques ce que ceux-ci voulaient entendre », une manière de situer le rapport de force un peu plus en faveur de ces derniers que je ne le fais moi d’habitude, mais à part ça, une thèse très proche de la mienne.

Münchau termine son billet en écrivant : « La règle des 90% est […] incroyablement inconsistante. Mais bien qu’ayant été réfutée, elle continuera de déterminer les politiques pendant un certain temps », là aussi, à quelques nuances près, une autre manière d’exprimer l’« imperméabilité aux faits » de la « science » économique.

 

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Groupe vaudois de philosophie : Savoir financier et vérité, à Lausanne, le mercredi 13 février à 20h30

Affiche_Jorion_2013

Conférence exceptionnelle
de Paul Jorion, Anthropologue et économiste :
« Savoir financier et vérité : une relation ambiguë »

Cette conférence analysera le paradoxe qui traverse le discours économique dominant: Se présentant comme une science exacte grâce au recours massif à la modélisation et au calcul de probabilités, il se coupe en même temps de la démarche scientifique à proprement parler en renonçant à la vérification expérimentale. La description et les ambitions normatives y entretiennent des rapports pour le moins ambigus aux graves conséquences.

Mercredi 13 février, 20h30
Maison de Quartier sous-gare
(Avenue Édouard Dapples 50, Lausanne)

– entrée libre –

Résumé :

L’économie politique, qui prévaut jusqu’au troisième quart du XIXe siècle, est un discours de type scientifique, même si son recours aux mathématiques est éclectique parce que ad hoc, selon les nécessités de l’objet à modéliser. La « révolution marginaliste » qui intervient alors est paradoxale : elle permet à la « science » économique de présenter davantage les signes de la scientificité grâce au recours massif à la modélisation par le calcul différentiel, mais elle ouvre la voie à un éloignement de plus en plus prononcé de la démarche scientifique à proprement parler.

1) On attachera de moins en moins d’importance à la vérification expérimentale.
2) On pose en principe l’« individualisme méthodologique », qui implique la négation de processus collectifs émergents et nie tout pouvoir heuristique à la simulation, en contradiction avec les découvertes de la physique.
3) On pose en principe le postulat laplacien de connaissance parfaite de l’avenir à partir d’une connaissance parfaite du présent, là aussi en contradiction avec les découvertes de la physique.
4) L’homo oeconomicus « rationnel » n’est pas abstrait par l’observation empirique mais posé en principe normatif : il décrit des comportements qu’il convient d’adopter.
5) Certains économistes influents dont les travaux sont couronnés par un « prix Nobel d’économie », comme Friedrich von Hayek ou Milton Friedman, assignent à la « science » économique, un rôle hégémonique : la
« science » économique n’est pas descriptive mais vise à faire advenir un type de société identique à ses modèles qui n’ont pas été abstraits par l’observation empirique mais constituent des « types idéaux » à émuler.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 11 JANVIER 2013

ITUA (Il y a Toujours Une Alternative), la voici :

1° faire communiquer enfin le savoir accumulé sur 2 500 ans avec les décisions qui sont prises
2° préparer la petite croix en bois qui dit : « R.I.P. Ci-gît une espèce qui a préféré la loi du profit »

« Investing in a Post-Enron Wordld » (2003)
« Le prix » (2010)
« Misère de la pensée économique » (2012)

Donald MacKenzie, « An Engine, Not a Camera. How Financial Models Shape Markets » (2006)

Sur YouTube, c’est ici.

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ÉTHIQUE ET MATHÉMATIQUES FINANCIÈRES, « Les mathématiques financières en débat », le 14 novembre 2012

Ma participation à la Table ronde “Ethique et mathématiques financières” organisée par la Chaire Ethique et finance de l’Institut Catholique de Paris (ICP) et la Fondation Maison des sciences de l’homme (FMSH). Cela se passait à Paris le mercredi 14 novembre 2012.

Un type d’approche qui ne m’est pas habituel : envisager la modélisation financière dans une perspective de philosophie des sciences.

On a un peu l’impression au début, que je parle au milieu d’une place de foire, mais ça s’arrange ensuite.

Merci à « uncaillou » pour sa vidéo.

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LA NEF, « Misère de la pensée économique », N° 242, novembre 2012

Dans la revue La Nef du mois de novembre : « Misère de la pensée économique ».

Paul Jorion, anthropologue et économiste, poursuit une œuvre puissante et novatrice, largement anticonformiste, passionnante, sur la crise du capitalisme. Nous l’avons rencontré après la toute récente publication de Misère de la pensée économique (Fayard). Entretien.
 
1)             Pourriez-vous d’abord succinctement présenter votre parcours professionnel ?

J’ai étudié la sociologie et l’anthropologie sociale à l’Université Libre de Bruxelles. Je me suis ensuite rendu à Paris où j’ai assisté aux cours de Claude Lévi-Strauss au Collège de France. Celui-ci m’a permis de participer une année à son séminaire. J’assistais aussi à l’École Pratique des Hautes Études aux cours de Georges-Théodule Guilbaud, un spécialiste des mathématiques appliquées aux sciences humaines, ainsi qu’aux séminaires de Lacan.

J’ai ensuite fait du « terrain » anthropologique dans une communauté bretonne, sur l’Île de Houat dans le Morbihan. Les données récoltées m’ont permis de rédiger une thèse d’anthropologie économique à l’Université de Cambridge, défendue ensuite à Bruxelles. J’ai enseigné l’anthropologie deux ans à l’Université Libre de Bruxelles et cinq ans à l’Université de Cambridge où je fus très proche des professeurs Edmund Leach et Meyer Fortes.

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S’ENFLA SI BIEN QU’IL CREVA, par FOD

Billet invité. Également paru sur le blog de l’auteur.

À propos de MISERE DE LA PENSEE ECONOMIQUE de Paul Jorion. Fayard, octobre 2012.

Paul Jorion, voilà un intellectuel digne du plus grand intérêt. Un intellectuel capable de sortir des chapelles et de nous livrer une pensée non conventionnelle alimentée par une analyse transdisciplinaire. Anthropologue et sociologue de formation, grand lecteur d’Aristote et de Hegel et de bien d’autres, ayant complété son expérience par des fonctions au sein d’institutions financières aux USA, il nous livre dans son dernier opus « Misère de la pensée économique » un regard acéré sur une discipline qui se voudrait « science », mais en définitive « nous trompe en s’en donnant les apparences ».

Je sais bien que l’homme a quelques détracteurs. Très récemment, alors que j’évoquais son nom à un économiste dit « atterré » dont je préfère taire l’identité, celui-ci me fit rapidement comprendre par sa moue dubitative et un geste de la main du genre « Circulez, y’a rien à voir ! » que Paul Jorion n’était pas en odeur de légitimité auprès de sa sainteté, grand économiste et gardien de l’Ordre. À ma question « pourquoi ? », j’eus droit à un énigmatique « Il écrit trop ». Face à cette réponse inepte, l’atterrement changea de camp. D’atterré, notre célèbre économiste se fit atterrant.

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UN COUP DE POMPE ? PRENEZ UN PEU DE JORION, par Zéphyr Armaguédon

Billet invité. L’auteur de la recension me reproche des positions que je ne défends pas. Mais comme il me félicite pour des positions que je ne défends pas non plus… Je ne suis pas marxiste, dit-il : c’est vrai. J’aurais écrit à Nicolas Sarkozy ? non, jamais.

À propos de MISERE DE LA PENSEE ECONOMIQUE de Paul Jorion. Fayard, octobre 2012.

En 378 à Andrinople l’armée impériale romaine, conduite par Valens en personne, est défaite par une coalition de Goths et d’autres supplétifs en révolte. Cette bataille perdue est emblématique d’un déclin. Elle est ressentie comme telle par la société romaine et ses élites même si les discours officiels ne peuvent que la nier. Signe de la prise en compte du danger, toute déclaration publique devra dès lors se terminer par un éloge de la Rome éternelle et invincible. Cependant, comme aujourd’hui, la condamnation de ceux qui osent dire la vérité et qui dénoncent  la logomachie impuissante, n’y pourra rien.

En faisant du christianisme la religion de l’Empire, le dernier grand empereur, Théodose, ne hâte t-il pas ainsi  la chute de la « Rome éternelle » ?

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ATLANTICO.fr, L’aveu d’échec du président de l’autorité de contrôle des marchés britanniques signe-t-il la faillite généralisée de la régulation de la finance ?, le 14 octobre 2012

L’aveu d’échec du président de l’autorité de contrôle des marchés britanniques signe-t-il la faillite généralisée de la régulation de la finance ?

Atlantico : Lord Turner, le président de la FSA – l’autorité de contrôle des marchés financiers britanniques – a déclaré que les années qui ont précédé l’éclatement de la bulle du crédit étaient un monde d’illusions (« a fool’s paradise ») en termes de régulation. Les autorités de contrôle des marchés ont-elles oublié, voire failli, dans leur mission de contrôle des marchés partout en Europe ?

Paul Jorion : Il faut dire deux choses. La première est que l’idéologie ultralibérale prenait le pouvoir à partir des années 1970 : moins les régulateurs intervenaient, mieux c’était, l’État étant selon elle responsable de tous nos maux. La seconde, c’est que la prétendue « science » économique avait déjà creusé le lit de ces croyances. Celle-ci s’est bâtie à partir des années 1870 sur le postulat « laplacien » que le monde futur est parfaitement connaissable à partir d’une information complète du monde présent. En conséquence, il n’est jamais nécessaire de réglementer, il suffit d’offrir une information plus complète et plus transparente. C’est ce qui explique cette chose que le public ne parvient pas à comprendre : il réclame des mesures et on lui répond « meilleure transparence de l’information ». « Quel est le rapport ? », répond-il. Le rapport, c’est ce postulat laplacien, postulat démenti bien entendu une première fois par les découvertes de la mécanique quantique dans les années 1920, et une seconde fois, dans les années 1980, par la découverte des dynamiques « chaotiques », mais la « science » économique, à qui nos politiques accordent encore toute leur confiance, vit dans un « silo épistémologique » et ne s’est encore aperçue de rien.

Atlantico : Dans quelle mesure le manque de contrôle des marchés est-il responsable de la crise ? (autrement dit, la crise aurait-elle éclaté de la même manière, sachant que la plupart des activités étaient légales ?)

Paul Jorion : Sa responsabilité est de 100 %. Les règles qui auraient pu empêcher la crise des subprimes ont été appliquées au Canada – où la crise à été évitée – et en Caroline du Nord. La Mortgage Bankers Association, le syndicat patronal du secteur du crédit hypothécaire aux États-Unis a dépensé 500 millions de dollars en lobbying pour empêcher que d’autres états américains n’adoptent la même législation que la Caroline du Nord. On dit souvent qu’on ne connaît pas les responsables de la crise, c’est faux et je les dénonçais déjà dans mon livre Vers la crise du capitalisme américain ? (La découverte), paru en janvier 2007.

Atlantico : Depuis la crise, la régulation financière s’est-elle renforcée ou a t-elle été un grand oublié ?

Paul Jorion : Ce n’est pas une question d’oubli : c’est le fait que le pouvoir de l’argent permet de neutraliser toutes les tentatives de régulation de la finance. Dans les semaines récentes, les organismes pétroliers ont sabordé une tentative de régulation du marché du pétrole, les intervenants sur le marché de la dette à court terme ont su empêcher leur réglementation, et les lobbys représentant les principaux acteurs sur le marché à terme des matières premières viennent de paralyser, grâce à une décision de justice qui leur est favorable, un plafonnement des positions spéculatives. Un tel comportement est suicidaire bien entendu : on assiste au spectacle du court-termisme devenu fou.

Atlantico : Nombre d’acteurs économiques s’inquiètent des accords de Bâle 3 relatifs à la régulation bancaire qui entraînerait un surcoût pour les banques et les opérateurs. Quels sont les risques associés à un excès de régulation ?

Paul Jorion : Dans le processus actuel d’effondrement de l’appareil financier, dû à une absence de réglementation, les risques associés à un éventuel excès de régulation sont tous simplement inexistants.

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« Savoir financier et vérité : une relation ambiguë »

Je ferai en février, deux exposés à Lausanne, l’un consacré à la crise, l’autre, dans le cadre de l’université, sur le thème : « Savoir financier et vérité : une relation ambiguë ». L’argumentaire de cette seconde intervention constitue en fait un bon résumé de la partie descriptive (par opposition à « programmatique ») de Misère de la pensée économique, à paraître la semaine prochaine.

L’économie politique, qui prévaut jusqu’au troisième quart du XIXe siècle, est un discours de type scientifique, même si son recours aux mathématiques est éclectique parce que ad hoc, selon les nécessités de l’objet à modéliser.

La « révolution marginaliste » qui intervient alors est paradoxale : elle permet à la « science » économique de présenter davantage les signes de la scientificité grâce au recours massif à la modélisation par le calcul différentiel, mais elle ouvre la voie à un éloignement de plus en plus prononcé de la démarche scientifique proprement dite.

1) On attachera de moins en moins d’importance à la vérification expérimentale.

2) On pose en principe l’« individualisme méthodologique », qui implique la négation de processus collectifs émergents et nie du coup tout pouvoir heuristique à la simulation, en contradiction avec les découvertes de la physique.

3) On pose en principe le postulat laplacien de connaissance parfaite de l’avenir à partir d’une connaissance parfaite du présent, là aussi en contradiction avec les découvertes de la physique.

4) L’homo oeconomicus « rationnel » n’est pas abstrait par l’observation empirique mais posé en principe normatif : il décrit des comportements qu’il convient d’adopter.

5) Certains économistes influents, dont les travaux sont couronnés par un « prix Nobel d’économie », comme Friedrich von Hayek ou Milton Friedman, assignent à la « science » économique, un rôle hégémonique : la « science » économique n’est pas descriptive mais vise à faire advenir un type de société identique à ses modèles qui n’ont pas été abstraits par l’observation empirique mais constituent des « types idéaux » à émuler.

 

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LE RETOUR DE L’IMPRÉVU

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ce sont les commentaires haineux au billet d’Asami Sato sur le festival de Woodstock, qui m’ont donné envie de rendre une actualité, par une « piqûre de rappel », au splendide texte consacré par Christian Laval à l’Insistance de 68.

Mêmes réactions de haine alors de la part de certains au 68 français, qu’envers le mouvement hippie américain. Si j’avais évoqué également le mouvement néerlandophone Provo, nous aurions observé, j’en suis sûr, le même type de réaction, venant des mêmes. Ce sont les mêmes aussi qui se réjouissent depuis quelques jours des malheurs de Julian Assange à Londres et des Pussy Riot à Moscou : « On dira ce qu’on voudra, mais ils l’ont bien cherché ! ». Nous avons affaire ici aux partisans farouches du profil bas.

Les conservateurs aiment à dire qu’ils ne sont ni de gauche ni de droite. Ils ne se trompent pas mais nullement pour la raison qu’ils imaginent, de se situer au centre, un centre neutre et bienveillant, mais au contraire, et comme on l’a vu ici : parce que si le conservatisme se situe aux extrêmes, il s’accommode aussi bien d’être d’extrême-gauche que d’extrême-droite. Les conservateurs ne sont ni de gauche ni de droite parce que les valeurs leur sont en réalité indifférentes, ce qui compte à leurs yeux, c’est la défense de l’ordre existant, quelle que soit sa nature.

Nous avons pu noter ici chez ces ennemis de la contestation, la contradiction existant entre leur affirmation péremptoire que les mouvements de la fin des années soixante étaient marginaux, et leur attribution ensuite des malheurs qui en ont résulté, à une génération entière. Tout le monde, ou une minorité infime ? Cela ne peut être les deux à la fois ! La vérité est autre : courants représentés massivement au sein d’une génération, sans cependant l’englober entièrement.

Cette contradiction n’est évidemment qu’un symptôme : parler de génération entière, c’est trahir sa peur présente du monde que l’on voit autour de soi, prétendre qu’il ne s’agissait que d’une frange infime, c’est tenter d’exorciser la peur que l’on ressentait autrefois : « Ouf ! c’était en réalité moins grave que je ne le craignais à l’époque ! ».

Le mot d’ordre de ces ennemis de la contestation, c’est : « Il y a toujours plus à perdre qu’à gagner ». Leur posture est celle de la rigidité et qu’importe alors que l’ordre qu’ils défendent soit le produit d’un bouleversement dont les motifs furent en son temps de droite ou de gauche puisque l’essentiel, c’est qu’on cesse de bouger.

Dans l’un des tout premiers écrits de John Maynard Keynes, son Traité de probabilité, publié en 1920 mais rédigé dix ans plus tôt, il décortique la notion-même de probabilité et attire l’attention sur la différence essentielle entre événements prévisibles et imprévisibles : un véritable calcul de leur probabilité est envisageable pour les premiers, alors qu’un tel calcul n’a aucun sens pour les seconds. Or la tentation de les confondre est grande.

Dans tout ce qu’écrivit Keynes, la moquerie à l’égard de ceux qui ne partagent pas son point de vue n’est jamais très éloignée de la surface. Dans ce traité de probabilité, ses victimes de choix sont les mathématiciens qu’on appelle « laplaciens », Laplace (1749–1827) étant l’archétype des ennemis de l’imprévisible. Il écrivait par exemple :

Nous devons donc envisager l’état présent de l’univers comme l’effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’Analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle et l’avenir, comme le passé serait présent à ses yeux.

L’ensemble de la « science » économique qui naîtrait à partir de la fin du XIXe siècle, partagerait avec Laplace, l’incroyance à l’imprévisible – l’un des traits distinctifs bien entendu du conservatisme.

Aux yeux de cette « science » économique, religion de toutes les Troïkas du monde, le risque n’a qu’une origine possible : une méconnaissance partielle des circonstances. Améliorons la connaissance par une collecte plus complète de l’information et une plus grande transparence dans sa diffusion, et le risque disparaîtra de lui-même. La logique tout entière des « mesures prudentielles » est fondée sur un tel postulat : l’avenir est calculable à la septième décimale, tout n’est qu’une question de moyens et de transparence de l’information.

Les temps présents sont cruels pour ce genre de naïveté épistémologique, et globalement, pour tous les conservateurs d’extrême-gauche comme d’extrême-droite : de grands pans de ce qu’ils auraient voulu voir inscrit dans le marbre et dans l’airain s’écroulent en ce moment tout autour de nous. Quand il ne restera plus rien de ce à quoi leur peur de le voir disparaître s’attachait, ils finiront alors par se joindre à nous : ils nous aideront à bâtir le monde meilleur qui viendra à sa place. Mais ne nous réjouissons pas : ils se spécialiseront rapidement une fois de plus dans sa défense farouche contre ceux qui auraient le toupet de contester alors sa validité éternelle – de peur qu’il ne change.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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ATLANTICO.fr, Comme l’ex-premier ministre islandais l’a été, il faudrait juger les responsables de la crise des subprimes !

Un entretien avec Franck Michel sur Atlantico.fr

Atlantico : Geir Haarde, l’ex Premier ministre islandais a été traduit en justice pour l’effondrement du système financier du pays en 2008. Le tribunal spécial qui le jugeait a finalement annoncé lundi qu’il ne serait pas sanctionné même s’il a été reconnu coupable de l’un des quatre chefs d’accusation retenus contre lui : ne pas avoir provoqué de réunions gouvernementales requises par la Constitution alors que le gouvernement islandais était en train de perdre la maîtrise du système bancaire et financier islandais. Pourrait-on imaginer, et devrait-on, juger les responsables de la crise des subprimes en 2008 ?

Paul Jorion : C’est difficile à dire. Il faut avant tout comprendre pourquoi on ne l’a pas fait. La première explication, virulente, serait une solidarité de classe entre ceux qui accuseraient et ceux qu’on accuse. On pourrait dire aussi que nos sociétés se sont habituées au fait que souvent les gens qui prennent des responsabilités en économie sont plus des avocats, des sortes de mercenaires qui peuvent prouver une chose et son contraire. En Grèce justement ceux qui enseignaient les sciences juridiques étaient les Sophistes, qui se vantaient de pouvoir prouver une thèse et son contraire. Comme Mme Lagarde par exemple, qui est avocate d’affaire. La notion de responsabilité s’est éliminée, on ne considère plus qu’il y ait de responsables. Il existe aussi deux tendances, qui sont de dépénaliser le droit des affaires et de ne pas prendre en compte de crime contre la société : tout se règle au civil.

L’exemple de l’Islande fait ressortir des problèmes lorsqu’on met ces gens-là en accusation : soit on les accuse de fraude, et dans ce cas rien de neuf, les législations existent depuis longtemps, il n’y a donc pas de raison de ne pas les accuser. La difficulté à mettre face à la justice les responsables de la crise, en tant que preneurs de mauvaises décisions, est que la plupart du temps, ils pourraient invoquer qu’ils n’ont rien fait qui n’ait été conseillé par la science économique dominante. La plupart des mauvaises décisions sont justifiables par des argumentaires développés par des prix Nobel d’économie… La plus grande difficulté réside ici.

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« SCIENCE » ÉCONOMIQUE STANDARD ET « LUTTE DES CLASSES »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Aux alentours de 1870, les « classes », « états », « ordres », « conditions », les groupes d’acteurs définis en fonction de leur fonction économique au sein des processus de production et de distribution, disparaissent de la réflexion économique pour être remplacés par des individus interchangeables, l’homo oeconomicus « rationnel » au sens de « calculateur » et « optimiseur » d’utilités subjectives.

Pour les représentants de l’économie politique, l’existence des classes était un fait d’évidence parce qu’elle découle de la représentation de la société sous forme d’un « tableau » où des flux circulent entre groupes assurant différentes fonctions dans l’ordre économique. Cartelier écrit, à propos des physiocrates : « Quesnay (1694-1774) va montrer que la société est fondamentalement un ensemble de relations monétaires entre différentes classes, chacune ayant un rôle économique précis » (Quesnay 2008 : 20).

Le principe explicatif du fonctionnement des mécanismes économiques qui est pour les représentants de l’économie politique, celui des rapports entre les classes, est remplacé par les économistes marginalistes dont les travaux débutent au tournant des années 1870, par la concurrence. Un sociologue britannique, Simon Clarke fait observer que : « La théorie pure de l’économie d’échange suppose que la recherche de l’intérêt économique est contrainte par la concurrence, ce qui lui permet de mettre entre parenthèses le pouvoir économique qui résulte d’une distribution inégalitaire des ressources » (Clarke 1982 : 189).

Le fait que je mette moi l’accent sur les rapports entre les classes ne signifie pas qu’il faille ignorer la concurrence comme facteur explicatif mais, et comme on a pu le voir précédemment dans mes explications relatives à la formation des prix, si la concurrence joue un rôle, ce n’est pas parce qu’elle s’exerce entre des individus quelconques, envisagés comme autant d’« électrons libres », mais parce qu’elle s’exerce à l’intérieur des classes elles-mêmes, où la rareté relative des différentes compétences crée un climat de concurrence plus ou moins vive entre ses membres, et c’est cette concurrence interne au sein d’une classe qui contribue à déterminer le rapport de force qui existera entre elle et les autres classes.

Pour les marginalistes, qui « naturalisent » l’économie, qui en font un processus pseudo-biologique à la suite du « darwiniste social » que fut Herbert Spencer (1820-1903) et qui fut à leurs yeux leur mentor, le donné, c’est celui de la division sociale du travail, qui distingue d’abord travail manuel et travail intellectuel, avant d’introduire des distinctions plus fines en fonction de la variété des compétences requises. L’individu qui ne parvient pas à saisir la logique « fondée sur la nature des choses » de la division sociale du travail, et l’utilité sociale plus ou moins grande des différentes niches que celle-ci crée, pourra très bien, selon les marginalistes, en concevoir du ressentiment, et la prétendue « lutte des classes » qui en résulte alors, n’est pas la réaction justifiée d’un exploité ou d’un spolié exprimant sa colère, mais simplement l’expression de son ressentiment par un individu incapable de comprendre la logique de la division du travail, et en particulier que si la condition de prolétaire misérable lui est devenue insupportable, la possibilité lui est offerte – et c’est à lui de la saisir – de devenir un entrepreneur multimillionnaire. Clarke commente : « L’implication immédiate est que la lutte des classes a cessé d’être vue comme un élément fondamental des relations économiques capitalistes pour devenir simplement une perturbation mineure qui apparaît lorsque certains intérêts particuliers cherchent à subvertir le processus concurrentiel en vue d’un gain personnel. Pour le libéral, la formation de classes, et la lutte des classes qui en découle, n’ont aucune légitimité, le rôle de l’État est dans ce contexte-là de légiférer pour prévenir l’apparition d’ententes préjudiciables à la conduite des affaires par le moyen desquelles ces classes cherchent à imposer leur point de vue » (ibid. 190).

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Clarke, Simon, Marx, Marginalism and Modern Sociology, London : Macmillan 1982

Quesnay, François, Physiocratie, présentation de Jean Cartelier, Paris : Flammarion, 2008

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