Archives par mot-clé : science économique

BFM Radio, le lundi 28 décembre à 10h46

Effacer son nom

S’il y a bien une question que l’on me pose souvent, c’est « Pourquoi les économistes n’ont-ils pas prévu la crise ? » Et j’ai l’habitude de bâtir ma réponse en pensant a contrario aux raisons grâce auxquelles j’ai pu personnellement la voir venir : parce que j’étais employé au cœur-même de l’industrie où cette crise avait son origine : c’est-à-dire dans l’immobilier résidentiel américain.

J’ai cependant repensé à cette question en retombant par hasard sur un débat qui avait lieu dans les années 1980 : le débat relatif à ce qu’on appelait alors la « physique qualitative ». Qu’est-ce que cela veut dire ? La physique qualitative s’oppose à la physique ordinaire, qui est elle comme on le sait, essentiellement « quantitative ». Elle lui reproche de ne pas s’intéresser aux transitions, c’est-à-dire aux changements qui ont lieu dans les systèmes. Dans le cas d’une machine à vapeur par exemple, le modèle néglige le fait qu’elle pourrait exploser. Et du coup, selon la physique « quantitative » ordinaire, il n’est pas nécessaire qu’il y a ait une valve. Et c’est le même type de situation que l’on rencontre en économie : nous avons construit des modèles où rien n’indiquait que la machine économique pouvait exploser. Le cas est-il le même que celui de la physique ? Non, pas vraiment : parce que quelqu’un avait pensé à ces transitions qui peuvent déboucher sur une catastrophe. Mais, malheureusement pour la science économique, le fait que le système puisse exploser, faisait plutôt plaisir à cet économiste. Et du coup, personne ne voulait entendre parler de ce qu’il avait à dire.

Cet économiste, c’est Karl Marx évidemment. Mais comme il se conduisait en malotru qui ne s’intéressait au capitalisme que parce qu’il lui semblait condamné à terme, la « science » économique a préféré couler une dalle de béton sur le nom de Karl Marx et sur sa proposition sacrilège que le capitalisme pouvait avoir une fin.

Et tout s’arrangeait de cette manière. On était de nouveau entre soi, entre gens de bonne compagnie, à l’abri des malpolis qui interrompent les conversations. La fin possible du capitalisme avait été, comme disent les psychanalystes : « refoulée ». Malheureusement, et comme ils le savent très très bien, le refoulé revient toujours. Et quand il le fait, ce n’est pas indolore : il trouve toujours le moyen de faire payer chèrement son absence forcée. Et pour paraphraser une expression dont il fut lui-même l’auteur : « Un spectre hante la science économique et c’est le spectre de Karl Marx ».

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Une autre science économique est possible et a déjà existé, par Vladimir Yefimov

Billet invité.

Cher Monsieur Jorion,

Comme convenu lors de notre conversation téléphonique de ce matin, je vous envoie mon article intitulé « Comparative historical institutional analysis of German, English and American economics ». Ce papier est consacré à l’investigation des origines historiques du lamentable état actuel de la science économique.

L’objectif de mon article est de montrer qu’une autre science économique est possible, que cette science a déjà existé, qu’elle était très productive du point de vue des résultats pratiques, et qu’il faudrait maintenant restaurer cette tradition sur la base des techniques développées au sein de certains courants sociologiques et anthropologiques. Vous faites vous-même déjà ce travail de restauration sans peut-être le savoir.

Il ne s’agit pas d’un papier sur l’histoire de la pensée économique, mais il inclut une histoire de la profession d’économiste en tant qu’activité académique. Cette activité peut être étudiée, comme toute autre activité humaine, par l’application de l’approche institutionnelle, c’est-à-dire en étudiant les règles que suivent les acteurs et les croyances qui sont derrière ces règles. En utilisant cette approche, je montre que le déclin et la disparition des traditions lancées par Gustave Schmoller et John Commons étaient dus en premier lieu non pas à des raisons « scientifiques » (comme on peut l’entendre aujourd’hui : l’absence de « résultats théoriques tangibles » et la soi-disant « supériorité scientifique » de l’école alternative néoclassique), mais bien à des raisons institutionnelles et politiques.

L’institution de la discipline économique eut lieu presque en même temps en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis dans la deuxième partie du 19ème siècle au sein des universités. En Allemagne, c’étaient les universités de recherche lancées par Humboldt, Fichte et Schleiermacher. En Grande-Bretagne, c’étaient les universités orientées non pas vers la recherche mais vers l’éducation scholastique. Ces deux traditions universitaires se trouvaient confrontées aux Etats-Unis, et la discipline économique faisait partie de cette confrontation. Le milieu des hommes d’affaires américains de cette époque a tout fait pour que la discipline économique ne soit pas au service de l’investigation de la réalité socio-politico-économique, mais pour que celle-ci devienne une sorte de théologie légitimant l’ordre social émergeant. Le fait que le discours dominant à propos de la science était très influencé par le cartésianisme facilitait la rhétorique en faveur de cette orientation de la discipline. Après plusieurs générations d’économistes formés dans ce cadre, le contrôle extérieur par le milieu des hommes d’affaires n’est plus nécessaire. Plusieurs courants de la pensée économique qui se sont opposés au courant dominant (tout d’abord l’économie politique marxiste) ont hérité du même paradigme « théologique ». Ce n’était pas le cas de l’école historique allemande de Gustave Schmoller et de l’institutionnalisme du Wisconsin de John Commons, cette deuxième école étant l’héritière de la première sur le continent américain. Mon analyse historique montre que la disparition graduelle de ces deux écoles de la pensée économique avait des causes principalement institutionnelles et politiques.

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A propos d’un parallèle entre L’argent, mode d’emploi et Some Considerations Upon Interest de John Locke (1692), par Claude Roche

Billet invité.

A PROPOS D’UN PARALLELE ENTRE « L’ARGENT, MODE D’EMPLOI » ET « SOME CONSIDERATIONS UPON INTEREST » DE JOHN LOCKE (1692)

Le grand Locke, dans sa controverse avec Petty, fut peut-être le premier qui ait exprimé en termes abstraits le rapport existant entre le taux d’intérêt et la quantité de monnaie ».
(Keynes – La théorie générale)

« L’argent mode d’emploi » est aujourd’hui considéré comme une explication lucide de la crise actuelle. Nombreux d’ailleurs sont les économistes qui sont interpelés. Mais sa simplicité, jointe à l’absence de références historiques ne sera pas sans les troubler : le livre leur donnant l’impression de « sortir de nulle part » et posant la question : « si c’était si simple, comment n’y a-t-on pas pensé auparavant ? » Aussi, dans ce papier, je voudrais apporter un éclairage historique à l’appui des thèses de Paul Jorion, à partir d’un parallèle avec le principal texte économique de John Locke « Considérations sur la baisse de l’intérêt et la monnaie » (1692) texte fondateur de la macroéconomie moderne : car de facto on y retrouve la même vision de l’intérêt et de la monnaie. Ce parallèle me semble d’autant plus important que le texte de Locke a joué un rôle décisif dans l’institutionnalisation du système financier (anglais puis européen) : tout se passant comme si L’argent, mode d’emploi venait à établir un pont avec la pensée économique des origines.

Ce parallèle est alors lourd d’enseignements, car il nous permettra « par Locke interposé » de situer les analyses défendues dans L’argent, mode d’emploi par rapport aux nombreux courants de pensée qui sont en échec aujourd’hui (3ème partie). Mais comme le texte de Locke est mal connu il faut revenir sur son contenu (1ère partie) et ses enjeux (2ème partie). Excusez donc ce rappel historique, mais il en vaut la peine. Cf. la remarque finale sur la théorie des prix.

I – Locke, à l’origine de la macroéconomie moderne

La fin du XVIIème est marquée par des troubles monétaires profonds, mais aussi le profond désarroi de la pensée économique. Car à l’époque on sentait bien le besoin d’une politique économique nationale ; mais on était incapable de la penser faute de comprendre la relation existant entre l’univers productif et l’univers financier. On peut d’ailleurs savoir pourquoi : on pensait à l’époque que l’argent était naturellement productif, et que donc le marché de l’argent fonctionnait de façon autonome (c’est le « fétichisme mercantiliste »). Laquelle position interdisait toute compréhension globale. Aussi le premier pas de la pensée économique moderne sera celui là : décrire comment le jeu de l’intérêt est lié au reste de l’économie. Et c’est Locke qui va l’effectuer en expliquant que le taux d’intérêt dépendait de l’activité économique du pays et trouvait donc son origine dans l’activité productive : « L’état courant de l’industrie (« trade »), de la monnaie et des dettes élèvera toujours l’intérêt [à sa] vraie valeur »

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« Séismes et bulles financières : quelle prévision ? », débat avec Didier Sornette

Je vous ai signalé dans « Paroles de chercheurs », le 25 novembre 2009, le débat auquel j’ai participé mercredi dernier à Paris sur le thème « Séismes et bulles financières : quelle prévision ? ». Débat organisé par l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie, et qui m’opposait à Didier Sornette, Professeur à l’Institut Polytechnique de Zurich, chaire des Risques entrepreneuriaux, professeur de physique et de géophysique, auteur de « Why Stock Markets Crash » (2003).

Le débat est désormais en ligne ici. J’y ai l’occasion de parler de

* « Raisons » et « causes » : que pense un individu dont une « loi physique » rend compte du comportement ?

* Nous sommes des particules d’un type très spécial puisque nous pouvons formuler et faire appliquer des règles qui modifieront notre comportement.

* « Interdire les paris sur les fluctuations des prix ».

* Etc.

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Deux ou trois choses que je n’ai plus de mal à faire comprendre

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le fait de parler en public me permet de tester quelques idées que j’ai lancées dans mes billets et dans mes livres et de constater ce à quoi mes auditeurs accrochent sans difficulté ces jours-ci, ce qui les convainc, ce à propos de quoi ils ont envie d’en entendre davantage, en un mot, ce qu’ils comprennent très bien sans qu’il faille leur faire un grand dessin.

* Une reconnaissance de dette n’est pas de l’argent : sa valeur se situe quelque part entre le montant qui est dû et, dans le pire des cas : zéro. D’après ce que j’observe des résumés que je lis dans la presse de mon livre « L’argent, mode d’emploi » (Fayard 2009), cette différence essentielle semble être le principal enseignement que les lecteurs retiennent. On en tire aussi facilement la conclusion que compenser la baisse des salaires en rendant le crédit plus aisé, ce n’est pas vraiment « permettre aux gens d’avoir plus d’argent ».

* Dans le même ordre d’idée : le fait qu’il est beaucoup plus facile de comprendre ce que c’est que le capital quand on se place du point de vue de celui qui a de l’argent en « pas assez » – qui sait fort bien qu’il faudra non seulement le rembourser un jour mais aussi que son utilisation se fait payer très cher en intérêts qu’il faudra verser –, que quand on se place du point de vue de celui qui a de l’argent en « beaucoup trop » et pour qui le capital c’est quelque chose qui grossit miraculeusement quand on le « place » (les économistes se sont spontanément identifiés avec ce camp-là à partir du milieu du XIXe siècle – un ralliement qui explique probablement beaucoup de choses).

* Les gens à qui je m’adresse comprennent toujours très bien de quoi je parle quand j’évoque la spéculation (aucune voix ne s’est encore élevée d’une salle pour me dire qu’« Après tout, tout le monde spécule, puisque « spéculer », ça veut simplement dire « rêvasser à l’avenir » »). Et quand je parle d’interdire les paris sur les fluctuations de prix, en ajoutant que c’est essentiel, je ne souffre plus du handicap de devoir ajouter aussitôt : « C’est assez compliqué à expliquer… », puisque je peux maintenant dire : « Les Chinois ont très bien compris de quoi il s’agit puisqu’ils appliquent désormais cette mesure et, vu le rapport de force actuel dans le monde, ils sont en passe d’imposer cette interdiction à tous ceux qui voudraient traiter avec eux ».

* Ceux de mes auditeurs qui ont eu l’occasion de voir mon passage à Parlons net sur France Info le 5 juin, se souviennent que j’avais provoqué la perplexité générale quand j’avait dit : « Ne riez pas de la Chine ! C’est elle qui nous sauvera tous dans dix ans ! » Cette perplexité ne se verrait plus aujourd’hui. Ceux qui ont vu cette émission se souviendront aussi de mon geste de la main dessinant dans l’air un « W », avec la seconde branche tombant très bas : j’évoquais ce que serait le profil de l’économie à partir de 2007. Il suffit depuis quelques jours de prononcer le mot « Dubaï » pour que la silhouette de ce « W » vienne hanter les mémoires.

* Enfin, mes auditeurs comprennent très bien que la « crise des subprimes » ce n’est ni le « peak oil », ni la décroissance, ni un tas d’autre choses, mais ils comprennent également que ce n’est pas une crise « de type classique » précisément parce que ces autres éléments constituent un nouveau contexte qui n’est pas près de disparaître de lui-même. Ils comprennent du coup que cette crise-ci est gravissime parce que c’est l’avenir de notre espèce qui se joue cette fois à une échéance de cent ans. Après ces débats publics, nous prenons en général un repas ou un pot ensemble et la question que j’entends alors, c’est celle-ci : « Est-ce que ce serait une telle perte si l’homme disparaissait ? » Que la réponse soit « oui » ou « non » à cette question, le fait qu’on se la pose maintenant en dit long.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’Écho, samedi 14 novembre 2009 (suite)

Tout le monde n’aura pas lu l’article qui m’était consacré dans L’écho, samedi dernier. Ne serait-ce parce que c’est une journal belge. Alors voici ces trois grandes pages, qui m’ont offert l’occasion de m’expliquer de manière un peu plus détaillée que ce n’est le cas d’habitude dans la presse.

Vision latérale sur la crise
L’argent, mode d’emploi
Créateur d’un modèle économique pour lui-même

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BFM Radio, le lundi 16 novembre à 10h46

Un héros des temps modernes

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par vous citer quelqu’un parlant de quelqu’un d’autre. Voici :

« … [son système] était sur le plan moral, égalitaire. On y trouvait le plein emploi, il était à la fois généreux et joyeux ; c’était une nouvelle sorte de capitalisme, contrôlée non pas par les adorateurs cupides de Mammon mais par l’intellect et la joie de vivre d’une démocratie intelligente et robuste ». (*)

De qui parle-t-on selon vous ?

Oui, il s’agit bien de John Maynard Keynes, le grand économiste anglais, et c’est l’un de ses élèves qui parle de lui. J’ai beaucoup pris le train durant les semaines passées et, m’ont accompagné dans mes voyages, les trois épais volumes de la biographie de Keynes par Robert Skidelsky. J’essaie d’en savoir plus, non pas tant sur l’œuvre que sur la vie de celui dont le nom hante aujourd’hui les conversations des économistes. Vous connaissez le refrain ? « Quand un économiste rencontre un autre économiste, Qu’est-ce qu’y s’racontent ? » Eh bien, aujourd’hui, ils parlent de Keynes.

Qu’est-ce qui semblait donc si neuf chez lui, par rapport à ses contemporains ? C’était le fait que le plein emploi apparaissait comme la solution recherchée à un équilibre entre production et consommation. Jean-Baptiste Say avait fait croire au XIXe siècle que la consommation s’alignerait toujours sur la production. Les années trente mettaient en évidence que – même vraie – la loi de Say n’interdirait pas des périodes de misère profonde dues à un chômage massif. Keynes apportait un rai de lumière en mettant en évidence qu’un capitalisme en bonne santé exigeait le plein emploi. Deux bénéfices évidents à sa théorie : premièrement, que le capitalisme pouvait être sauvé – et le communisme ou le fascisme cessaient d’être ses seules alternatives ; et deuxièmement, que les hommes d’affaire devaient se convaincre qu’il fallait donner du travail à tous – et la misère refluerait des rues qu’elle avait envahies.

Est-ce toujours vrai aujourd’hui ? On ne croit malheureusement plus aujourd’hui à ces fadaises : on vous dit que la reprise aura lieu – voire même qu’elle A eu lieu – mais l’on met aussitôt les points sur les « i » : « Cela ne signifiera pas une reprise de l’emploi ! Pensez ! avec la productivité d’aujourd’hui, on ne pourra pas remettre tout le monde au travail ! »

Zut ! Keynes, ça ne marche plus !? Alors comment fera-t-on pour éviter la misère dans les rues ? « Excellente question mon cher Watson ! Sur laquelle il nous faudra certainement revenir un prochain lundi ! »

–––––––––––––
(*) David M. Bensusan-Butt cité dans Robert Skidelsky, John Maynard Keynes. The Economist as Saviour. 1920-1937, London : MacMillan, 1992 : 574.

Jeff Parker

© Comics.com/Jeff_parker

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Mes livres sur la crise : petit récapitulatif

La remarque d’Auspitz,

Pendant deux ans, Paul a recherché les éléments dont il avait besoin pour conforter ses intuitions ; aujourd’hui, tout cela est dans ses livres ; si nous voulons rester au même niveau de compréhension des phénomènes, nous devons les lire

m’a donné l’idée de ce petit récapitulatif :

La crise du capitalisme américain (La Découverte 2007 ; éditions du Croquant 2009)

Écrit en 2004-2005, publié en janvier 2007. « Le livre qui a annoncé la crise ». L’ouvrage explique pourquoi il y a aura une grande crise du capitalisme américain. Le surendettement des ménages américains. La disparité des revenus aux États–Unis. L’industrie du crédit hypothécaire et ses abus. La dynamique des bulles financières. Les États–Unis otages de la Chine.

L’implosion. La finance contre l’économie : ce que révèle et annonce la « crise des subprimes » (Fayard 2008)

Publié en mai 2008. Pourquoi les subprimes sont-ils à l’origine d’une crise majeure ? Les différents types de crédits hypothécaires et leur rôle dans la dynamique de la bulle. Pourquoi il était rationnel d’aider les pauvres à acheter des maisons. Pourquoi Greenspan n’y est pour rien. Une chronique au jour le jour : de la dépréciation des titres adossés à des crédits hypothécaires, au tarissement du crédit de l’été 2007. Une constitution pour l’économie.

La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire (Fayard 2008)

Publié en novembre 2008. L’année de l’explosion : une chronique au jour le jour. La spéculation sur les matières premières. Jérome Kerviel. Le salaire des traders et… celui des autres. Mon expérience chez IndyMac et Countrywide. La fin du capitalisme ?

L’argent, mode d’emploi (Fayard 2009)

Publié en octobre 2009. L’argent dans ma poche. Argent et dette. Les intérêts. L’argent dans nos esprits. D’où vient l’idée que les banques commerciales créent de l’argent ? Les banques centrales. La titrisation pour débutants. Madoff : la « cavalerie » ou « machine de Ponzi ». L’argent comme problème pour vous et moi. La spéculation. Pourquoi interdire les paris sur les fluctuations de prix ? L’argent d’Émile Zola.

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BFM Radio, le lundi 2 novembre à 10h46

Le dilemme du maître d’école.

J’ai malheureusement été coupé avant la fin : le dernier paragraphe – expliquant le titre – a été sucré.

On a appris la semaine dernière, la création de l’Association française d’Economie Politique. On a aussi appris – par une déclaration conjointe faite à New York et à Budapest – la fondation de l’Institute for New Economic Thinking (l’Institut pour une nouvelle pensée économique), doté par le financier George Soros de 50 millions de dollars. L’Institut sera partiellement logé à l’Université d’Europe Centrale à Budapest, qui bénéficie déjà des faveurs de Mr. Soros.

L’Association française d’Economie Politique affirme dans son manifeste qu’elle veut pallier « la réduction de la recherche à la pure technique, au détriment de toute réflexion critique » et elle prône une science économique « ouverte à la collaboration interdisciplinaire avec les autres sciences de l’homme et de la société ».

L’Institut pour une nouvelle pensée économique, affirme lui de son côté, je cite : « la nécessité de mettre au point de nouvelles approches de la théorie économique ». Le Professeur Stiglitz, Prix Nobel d’économie, l’un des initiateurs du projet, déclare que « l’échec de la plupart des économistes à voir venir la crise est la source d’un très grand souci », tandis que Soros, le bailleur de fonds, affirme que « tout l’édifice des marchés financiers globaux a été bâti sur la prémisse erronée que les marchés peuvent être livrés à eux-mêmes. Il faut découvrir un nouveau paradigme et repartir de zéro », conclut-il.

Il y a sans doute là de quoi se réjouir ?

Peut-être. Mais avant de pavoiser, notons que l’un et l’autre projet visent à regrouper des économistes travaillant déjà dans le cadre universitaire et un esprit chagrin pourrait observer : « S’ils savent ce qu’il convient de faire, que ne l’ont-ils déjà fait ? » S’agit-il de recycler la recette dont on constate aujourd’hui l’échec dans le monde financier : « On prend les mêmes et on recommence » ?

La réponse qui sera faite à mon objection est sans aucun doute du genre : « confinée dans des universités de province, condamnée à ne publier que dans des revues confidentielles – sur du papier de mauvaise qualité ! – la relève de demain se voyait bâillonnée par une pensée économique dominatrice et elle, richement dotée ! »

Re-peut-être. Ou s’agit-il plutôt de l’alternance traditionnelle en « science » économique entre l’école monétariste et l’école keynésienne ? Dont le principe est familier : quand les uns échouent, on les remplace par les autres. Et on inverse au coup suivant : chou vert est alors une fois de plus remplacé par vert chou. Dieu me pardonne ces paroles impies !

Quoi qu’il en soit, ceux qui se regroupent aujourd’hui, s’engagent à faire mieux que leurs prédécesseurs et l’opinion publique – je veux dire les non-économistes – se trouve en proie à ce que j’appellerai : le « dilemme du maître d’école » : faut-il encourager par une bonne note toutes les manifestations de bonne volonté ? Ou convient-il – plus prudemment – de juger sur pièces ? Sur pièces uniquement.

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Université d’Été de l’IHEST, le 7 septembre à Arc-et-Senans

Mon intervention, le 7 septembre, à l’Université d’Été de l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie : Une constitution pour l’économie, se trouve maintenant en ligne : il y a le texte complet ainsi que la vidéo (une heure et trois minutes).

M. Jorion. On a parlé hier d’innovation. J’observe qu’elle s’exerce, elle aussi, dans des cadres préétablis. Ma propre carrière montre que l’interdisciplinarité est aussi définie de manière relativement contrainte. Aussi est-il difficile d’échapper aux catégories.
(Suite à l’écran…)

J’ajoute ici le texte de mes réponses aux questions.

M. Hainzelin, pour le groupe 1. Comment votre proposition de constitution a-t-elle été construite sur des savoirs économiques et en interaction avec les scientifiques de cette sphère ? Selon vous, quelles doivent être les modalités pour la réflexion des intellectuels que vous appelez de vos vœux ? Comment éviter la dictature d’un groupe ? Comment y associer les scientifiques ?

M. Jorion. J’ai travaillé dans l’industrie financière de 1990 à 2007, à Paris, Londres, Amsterdam puis aux Etats-Unis. Je n’ai parlé jusqu’à présent qu’en tant qu’ingénieur financier, formé sur le tas. J’avais bien quelques connaissances en économie : celles nécessaires pour devenir sociologue ou anthropologue. Pendant mon apprentissage, j’avais particulièrement été frappé par l’absence de dimension sociologique de la science économique récente. C’est la raison pour laquelle je me suis intéressé davantage à l’économie politique du XVIIIe et du XIXe siècles. Et je suis sûr que vous avez reconnu dans mes analyses des relents de Smith, Ricardo, Marx, mais aussi d’auteurs plus anciens comme Quesnay ou Cantillon. Ce sont principalement ces auteurs que j’utilise.

Comme anthropologue, j’ai aussi contribué à une remise à jour de l’interprétation de la formation des prix chez Aristote. J’ai eu le plaisir d’appeler l’attention de spécialistes sur des erreurs de traduction de l’Ethique à Nicomaque. Ma thèse d’anthropologie concernait l’économie. J’ai vécu pendant quinze mois dans l’île de Houat, au large de Quiberon. J’ai eu l’occasion d’y collecter l’information relative aux prises et aux ventes d’une douzaine de bateaux, que j’ai analysées. Je me suis aperçu que la loi de l’offre et de la demande ne rendait pas compte de la formation des prix. J’ai ensuite travaillé aux Nations Unies, à la FAO, comme socio-économiste en Afrique, où j’ai fait la même constatation avec les données que j’y ai récoltées. D’autres facteurs jouaient, là aussi, que l’offre et la demande dans la formation des prix. Tant et si bien que je me suis aperçu que la théorie aristotélicienne était la seule à rendre compte des faits.

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« La crise financière, un an après… »

J’étais hier à la Cité des Sciences pour un entretien d’une demi-heure. Sept autres spécialistes de la crise ont été interrogés comme moi dans ce cadre et des vidéos reproduisant nos exposés seront accessibles à la Villette du 20 octobre au 29 novembre. Nos commentaires seront également présentés thématiquement, répondant à des questions particulières.

Aspects qu’il ma été demandé d’exposer plus spécialement : le comportement colonisateur de notre espèce et son auto-domestication par l’instauration de la démocratie ; l’économie et la finance laissées pour compte de la démocratie et la nécessité de les domestiquer à leur tour par une constitution pour l’économie ; pourquoi il n’y a en finance ni autorégulation ni auto-adaptation ; la perversion de la démocratie par l’argent et la transformation par l’argent de la science économique en discours idéologique.

Vous devinez à ces thèmes que mes interlocuteurs : producteur, réalisateur et preneur de son, étaient de fins connaisseurs de mes écrits et qu’ils entendaient mettre en avant ce qui en eux les distinguent de ceux des sept autres.

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Les économistes inquiètent la reine d’Angleterre

La Reine d’Angleterre s’étant inquiétée que les économistes n’aient pas su prévoir la crise, dix économistes britanniques ou appartenant au Commonwealth, lui répondent que la science économique est devenue « une branche étroite des mathématiques appliquées, pratiquement sans relation avec le monde réel ». Ils réclament un élargissement de l’enseignement à d’autres disciplines dont la psychologie, l’histoire économique et la philosophie. J’ajouterai bien entendu personnellement à la liste, l’anthropologie, la sociologie et la science politique.

Parmi les signataires, Sheila Dow, que j’ai récemment citée dans Monnaie et crédit : le point de vue structuraliste, où j’expliquais que les conclusions auxquelles nous étions parvenues sur ce blog quant à la monnaie et au crédit, étaient très proches des positions du courant structuraliste, essentiellement représenté en Grande-Bretagne, et auquel Sheila Dow appartient. Ces conclusions sont rassemblées et développées dans « L’argent mode d’emploi », à paraître chez Fayard début novembre.

La lettre

In November 2008 the Queen asked why so few Economists had foreseen the credit crunch.

Ten leading British Economists write to Her Majesty, claiming that the training of economists is too narrow:
“Mathematical technique should not dominate real-world substance.”

During a visit to the London School of Economics in November 2008, the Queen asked why few economists had foreseen the credit crunch. Dated 22 July 2009, she received an answer from Professors Tim Besley and Peter Hennessy. This was widely quoted in the British press.

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