Archives par mot-clé : Woody Allen

Quinzaines, Ishiguro : Le sens de la vie ne vient pas tout cuit tout rôti, le 31 décembre 2019

Le film à partir du roman

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Ishiguro : Le sens de la vie ne vient pas tout cuit tout rôti

Contrairement à Woody Allen décrétant que « la vie n’a aucun sens », Ishiguro répète inlassablement que le sens de notre vie, c’est à chacun de nous de la lui donner : une vie s’y prête, car elle nous parvient tout équipée pour le meilleur des usages.

Quel exploit que récolter en 2017 un prix Nobel de littérature en ayant écrit plusieurs romans maladroitement d’intention délibérée, afin de mettre en scène des innocents racontant leur propre histoire, des personnages à qui a échappé entièrement ce qu’il aurait fallu faire d’une vie. Dans The Remains of the Day, c’est Stevens, le head butler, s’identifiant jusqu’au bout des ongles avec le rôle qui est le sien à l’un des bas échelons d’un système à castes de Maîtres et de domestiques, et qui s’y étiole. Dans Never Let Me Go, ce sont les adolescents Kathy H., Ruth et Tommy, ayant préféré ne pas se rebeller contre un système où ils ne sont que les doubles jetables de citoyens à part entière, grandissant dans l’acceptation de la cruelle et inhumaine prédation dont ils seront les victimes, du premier don d’organe jusqu’au dernier, quand le corps à bout de force « complète » habituellement. Kathy H. aide-soignante, rapporte : « Mes donneurs ont toujours eu tendance à répondre bien mieux qu’espéré. Leur temps de récupération était impressionnant, et il n’y en a pratiquement pas eu qui aient été classés ‘agité’, même avant le quatrième don ».

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Jeff Daniels, retenez ce nom si vous ne le connaissez déjà

Ouvert aux commentaires. Non, il n’est pas mort, heureusement (j’aurais mis des dates), je mets ici cette vidéo (même si…

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« La mort frappe » de Woody Allen, une critique par Paul Jorion

Death Knocks, « La mort frappe », est une courte bouffonnerie de Woody Allen, parodie du Septième Sceau » (1957) d’Ingmar Bergman. Elle fut publiée dans le New Yorker, le 27 juillet 1968 (reprise ensuite en 1972 dans le recueil intitulé Getting Even).

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Le bon choix, par Woody Allen

L’un d’entre vous m’envoie une citation de Woody Allen, ce qui me remet en mémoire la phrase d’entrée de sa fameuse « Allocution aux nouveaux diplômés » :

Davantage encore aujourd’hui qu’aux autres moments de l’histoire, l’humanité est à un carrefour. L’une des voies qui s’ouvre devant nous conduit aux pensées suicidaires et au plus profond désespoir. L’autre, débouche sur l’extinction totale. Prions Dieu qu’il nous accorde la sagesse de faire le bon choix !

Woody Allen, My Speech to the Graduates, The New York Times 1979

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VIVRE OU SE CONTENTER D’EXISTER, par AncestraL

Billet invité.

« On devrait vivre sa vie à l’envers…
On commence par mourir, ça élimine ce traumatisme qui nous suit toute la vie.
Après on se réveille dans une maison de retraite, en allant mieux de jour en jour.
Alors, on est mis dehors sous prétexte de bonne santé et on commence par toucher sa retraite.
Ensuite pour son premier jour de travail, on nous fait cadeau d’une montre en or et d’un beau salaire.
On travaille quarante ans jusqu’à ce que l’on soit suffisamment jeune pour profiter de la fin de sa vie active.
On va de fête en fête, on boit, on vit plein d’histoires d’amour ! Aucun problème grave.
On se prépare à faire des études universitaires.
Puis c’est le collège, on s’éclate avec ses copains, sans aucune obligation, jusqu’à devenir bébé.
Les neuf derniers mois on les passe tranquille à se baigner, avec chauffage central, « room service », etc.
Et au final, on quitte ce monde dans un orgasme ! »

Woody Allen

Auparavant, j’étais pris d’une certaine frénésie. J’avais peur de la mort. J’avais saisi qu’à tout moment, sans crier gare, je pouvais passer l’arme à gauche et cela de n’importe laquelle des manières, de la plus idiote à la plus horrible – l’impermanence m’imprégnait déjà sans que j’en aie conscience. Je vivais donc dans l’urgence : je devais à tout prix réaliser chacun de mes rêves, et vite, et m’exprimer le plus possible, et vite. Je n’avais pas demandé à naître et désormais, il fallait que je fasse de cela quelque chose. J’étais coincé. Merci les parents.

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WOODY ALLEN ET LA LUTTE DES CLASSES

L’éventail des classes sociales au sein desquelles se déroulent les films de Woody Allen est extrêmement restreint, se limitant – à quelques exceptions près – aux cercles qu’Allen fréquente sans aucun doute dans la vie quotidienne avec, comme leur centre de gravité, la haute bourgeoisie des professions libérales, des hauts fonctionnaires et des artistes en vogue. Les tragédies quand elles ont lieu, comme dans Interiors (1978), Crimes and Misdemeanors (1989), Melinda and Melinda (2004) ou Match Point (2005), se passent dans ces milieux là. Cassandra’s Dream (2007), centré autour de l’activité d’un garage, est une exception de ce point de vue.

Du coup, les films de Woody Allen, auteur des histoires qu’il met lui-même en scène, drôles ou sérieux, sont le plus souvent des comédies de mœurs ayant pour source sa propre auto-dérision.

Blue Jasmine (2013) est différent de ce point de vue : il y est dit très clairement que les gens ordinaires sont normaux et, malgré leurs faiblesses dues à leur grande spontanéité, parfaitement fréquentables, alors que les riches sont eux de dangereux fous furieux, mettant en jeu en plus, la vie des autres.

Cette incursion d’Allen dans la lutte des classes, une première à l’occasion de son quarante-quatrième film, révèle une exaspération devenue chronique dans les milieux du spectacle américains envers l’arrogance du 1% au sommet, et dont un film comme Elysium (2013) est, dans un tout autre genre, lui aussi symptomatique.

Dans un billet publié jeudi dernier, intitulé : « Plutocrats feeling persecuted », les ploutocrates qui se sentent persécutés, Paul Krugman se fâche lui aussi : « Il ne s’agit plus de libertarianisme, écrit-il, mais d’exigence d’un traitement de faveur. Il n’est plus question d’Ayn Rand (l’égérie du mouvement libertaire), mais de l’ancien régime ». Or, avec un ancien régime, chacun le sait bien, c’est perdre son temps que d’y aller par quatre chemins.

C’est le même Paul Krugman qui, quand je lui posais la question du rôle joué par la redistribution inégalitaire de la richesse dans le déclenchement de la crise, m’avait répondu après un moment d’hésitation qu’il s’agissait là d’un thème éculé cher aux penseurs de droite. Alors, Krugman s’est-il récemment rallié à la droite, ou bien, à l’instar de Woody Allen, s’est-il laissé gagner par l’exaspération devant l’outrecuidance des riches qui, bien loin de faiblir, continue de croître inexorablement ?

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