Mike Bloomberg fourbit ses armes

On se rapproche du 3 janvier, jour où se tiendra en Iowa la première des primaires des élections présidentielles américaines de 2008. J’en ai présenté le cadre général il y a trois semaines dans Présidentielles américaines : l’avant–match.

Le système à deux tours, et surtout le fait que les primaires n’aient pas lieu simultanément dans tous les états introduit une dynamique particulière, handicapant les favoris de l’un et l’autre parti. Les outsiders, Edwards du côté démocrate, Romney du côté républicain tentent de tirer parti de cette particularité en jouant leur va–tout en Iowa où l’on votera le 3 janvier et dans le New Hampshire, où l’on votera le 8. Ils espèrent, en arrivant premier dans ces petit états créer une dynamique et renverser les tendances que les sondages révèlent au plan national.

Obama, quand il apparaissait clairement distancé par Rodham–Clinton il y a quelques mois et basculait dans le rôle d’outsider, a réajusté le tir en adoptant cette tactique d’outsider, et dépassait Edwards il y a trois semaines dans les opinions de vote démocrate en Iowa. Aujourd’hui, les choses ont à nouveau changé : les trois candidats de tête sont dans un mouchoir et Clinton est passée en tête des intentions de vote. Au New Hampshire Edwards semble avoir échoué, distancé qu’il est par Clinton et, à une courte tête, Obama.

Du côté républicain, Romney a semble–t–il d’ores et déjà échoué en Iowa, où la nouvelle vedette de la droite religieuse, Huckabee, le distance clairement. Je rappelle que Romney lui–même fut un temps le candidat des Chrétiens fondamentalistes, avant que son Mormonisme ne le disqualifie dans cette fonction. Thompson, joua lui aussi ce rôle un court moment mais son manque d’allant dans les débats publics lui retira bientôt la vedette. Romney maintient ses chances dans le New Hampshire où il n’est menacé que par un McCain ressuscité des morts grâce au soutien de la presse locale qui en a fait son favori.

Au plan national, les intentions de vote pour les candidats républicains révèlent le marasme dans lequel le parti se trouve tout entier : les intentions de vote pour Giulani qui a longtemps caracolé en tête, fondent de jour en jour et Huckabee, McCain et Romney conservent toutes leurs chances, l’ordre exact étant sans cesse bouleversé. Au vu de ce spectacle, Bloomberg, en candidat indépendant, fourbit sans doute ses armes. Il attendra stratégiquement que les primaires républicaines aient sombré dans le chaos avant de se déclarer et de lancer le milliard de dollars dont il dispose pour sa campagne. On aura alors l’occasion de tester sur un exemple réel la plaisanterie cynique des États–Unis comme « best democracy that money can buy ».

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Madame la Terre dans sa robe de gala

Pour la Noël, nous sommes allés dans le nord de la Californie : dans le Mendocino County. A Fort-Bragg, j’ai été récompensé : quand on quitte la régionale « 1 », la Pacific Coast Highway, PCH pour les aficionados, prononcez pissihétche, et que l’on passe par–dessous le pont, on trouve Noyo Harbor, un village de pêcheurs, comme ceux que j’ai connus, comme Houat, où l’on pêche le crabe au casier : pas le tourteau mais le « Dungeness crab ». On y pêche aussi le saumon, en grand nombre.

Cuisson du crabe à Noyo Harbor
En venant de Los Angeles, quand on arrive à San Luis Obispo, on a le choix entre prendre la « 101 » par l’intérieur jusqu’à Monterey et puis filer vers San Francisco ou bien piquer vers la côte et longer la mer. Il y a un enjeu : par l’intérieur, c’est Salinas, patrie de Steinbeck, alors que par la côte, c’est Big Sur, et le fantôme de Kerouac. En fait, il n’y a pas réellement à choisir, parce que la Central Coast entre Morro Bay et Carmel à Monterey, c’est la montagne tombant à pic dans l’océan, sur cent cinquante kilomètres. Pas de plages sur toute la distance, du moins rien qui vaille la peine d’être signalé : cent cinquante kilomètres de lacets, et parfois d’épingles à cheveux. Non, bien entendu ce n’est pas le moyen le plus rapide d’aller de Los Angeles à San Francisco: il y a aussi la « 5 », c’est-à-dire cinq heures d’autoroute avec un gros cul devant, un gros cul derrière, et un de chaque côté. Merci beaucoup.

Big Sur
Au nord de San Francisco, la côte retrouve sa sauvagerie, petite route étroite, mauvaise au bord du précipice : à gauche, l’océan, bleu d’émeraude, à droite la montagne, verte, boisée de cyprès et de genévriers, piquant en permanence à soixante degrés droit dans la mer. Après, c’est différent : la montagne plonge trop raide dans l’océan et la route est obligée d’escalader la montagne. On perd alors la mer de vue : on est au sein de la forêt de pins, de séquoias, les « redwood », au bois rouge, entre lesquels vivent les ours et les pumas. Les noms changent, on quitte Sausalito et Santa Rosa pour Sebastopol et Russian River : on traverse la frontière commune que possédaient autrefois le Mexique et la Russie. Pas beaucoup de plages, ici non plus : des petites criques tout au plus mais quand y descend, on y trouve des trésors blottis entre les rochers : les cadavres d’énormes ormeaux, aux carapaces rouges comme du corail et dans leur creux, la nacre aux reflets sombres et moirés.

Les « redwood »
J’entends parfois dire que la Californie ce n’est que du béton, et quand je demande à la personne qui dit ça de quoi elle parle exactement, elle m’explique qu’elle est allée de South Coast Plaza à Disneyland, et de là à Hollywood, puis à Beverly Hills. Oui, d’accord, vous avez parcouru beaucoup de kilomètres mais tout ça ce ne sont que différents quartiers de Los Angeles. Oui je sais, Los Angeles est vaste et je considère Orange County comme sa banlieue. Mais c’est comme si vous me disiez qu’il n’y a plus de campagne en France parce que vous êtes allé de la Tour Eiffel aux Champs-Élysées, et de là à Beaubourg, sans apercevoir le moindre bout de prairie. La Californie est vide, je lisais hier qu’il y a trente mille ours en liberté. Oui, c’est vrai : il faut quitter l’autoroute pour s’en apercevoir. Et même pas nécessairement : à Laguna Beach, j’ai vu souvent des daims dans le jardin, à Eagle Rock, qui fait partie de Los Angeles et où Steinbeck a vécu – je tourne en rond – je trouvais des ratons–laveurs et des opossums dans mon garage et un jour, une moufette, toute noire et blanche, belle comme dans un film de Walt Disney, et toute prête à m’empester. A Laguna Beach, à Eagle Rock, les coyotes me réveillaient la nuit par leurs hurlements, ce qui est quand même plus sympathique qu’un ivrogne qui chante « La java bleue » en rentrant chez lui (réminiscences de la rue Saint-Paul).

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« La crise du capitalisme américain » le samedi 5 janvier 2008

Communiqué de presse (Los Angeles : le 28 décembre 2007)

Paul Jorion, auteur de « Vers la crise du capitalisme américain ? » (La Découverte, 2007) fera un exposé à Paris, intitulé « La crise du capitalisme américain » le samedi 5 janvier 2008, à 19h30, à l’Ecole Normale Supérieure, 29 rue d’Ulm, amphithéâtre Jules Ferry. Entrée libre.

Paul Jorion, anthropologue réputé, spécialiste de l’intelligence artificielle (il est l’auteur de « Principes de systèmes intelligents », Dunod, 1997), vit depuis une dizaine d’années aux Etats-Unis, en Californie, où il est devenu spécialiste de la formation des prix dans le secteur du crédit, dont il est aujourd’hui l’un des meilleurs connaisseurs et analystes.

« Dans « Vers la crise du capitalisme américain ? », Paul Jorion démonte de manière très accessible les mécanismes de la crise immobilière et financière aux Etats-Unis plus d’un an avant l’éclatement de la bulle, que personne ne voulait voir venir. Mais il n’a pas fait qu’annoncer la crise avant tout le monde. Il illustre une manière d’appréhender et de penser l’économie différente de celle des économistes standards : en s’intéressant aux faits concrets, en allant jusqu’à mettre les mains dans le cambouis. De plus, il nous montre que le savoir ainsi élaboré est plus juste au regard du critère que les néoclassiques se donnent eux-mêmes pour apprécier la validité de leurs énoncés : leur caractère prédictif » (Sylvain Dzimira).

« Autant anthropologue qu’économiste, il nous fait découvrir une société américaine presque inconnue en France, tout entière portée par le devoir quasiment messianique de foi et d’espérance en un avenir de prospérité générale. Or le système se grippe. La spéculation immobilière touche à ses limites dès lors que l’augmentation des prix de l’immobilier décolle par rapport à des revenus qui stagnent et que se multiplient les faillites personnelles. Si l’Amérique s’écroule, le monde tremblera » (Alain Caillé).

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La vie d’artiste

Nicolette, tu venais chez moi rue Saint-Paul, en 1986-87. On n’était pas, ni toi ni moi, à l’apogée de notre carrière. On n’avait pas beaucoup de ronds, j’en avais un tout petit peu plus que toi parce que toi, tu n’avais vraiment pas un radis. Rosella m’avait dit « On répète en ville que vous êtes en train de vous clochardiser ». On s’était rencontrés rue de l’Université à une soirée de poètes américains à Paris ; Dieu sait ce que j’étais aller y faire : aller à ta rencontre probablement. Tu restais sur le divan et moi j’écrivais ; on ne se disait rien. Puis quand le soleil s’était couché, je t’invitais à Piment-Café, rue de Sévigné, de l’autre côté de la rue Saint-Antoine.

Il y a quelques années j’ai lu une interview de toi dans un magazine anglais, tu disais :

Une chose est sûre : à aucun moment, à aucun moment, vous dis-je, je n’ai douté de moi-même.

Ah ben tiens, il vaut mieux entendre ça que d’être sourd. Mais t’as raison, Nicolette, t’as raison : moi, si on me posait la question, sur moi à cette époque, je dirais exactement la même chose.

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Mon pronostic pour 2008 : « Falaises de notation » et « falaises de crédit »

Comme tout le monde sans doute, je pense déjà à l’année prochaine et je me posais la question : « Quelles seront les prochaines manifestations de la crise des subprime ? » et j’ai pensé tout de suite : « falaises de notation » et « falaises de crédit ». J’avais consacré un chapitre entier à la question dans mon « Investing in a Post–Enron World » (McGraw–Hill, 2003) et je viens d’aller afficher ce chapitre sur mon blog en anglais où vous pourrez le trouver : 2008’s new fad: “rating cliffs” and “credit cliffs”.

En voici le passage le plus important :

« La présence d’une falaise de crédit signifie que le risque de crédit qu’une compagnie représente pour ses contreparties est non–linéaire. Une chiquenaude et ce risque pourrait s’amplifier considérablement, les agences de notation traduiront alors cette chute brutale en rétrogradant cette compagnie de plus d’un cran, selon le barème qu’elles établissent entre risque de crédit et notation. La compagnie sera encore exposée davantage si elle a eu la folie de lier sa bonne santé financière au maintien d’une notation particulière ».

Enron était une compagnie de ce type, qui avait mis en place un effet de levier reposant sur le prix de ses actions et sur sa notation. La tactique créait une courte–échelle permanente qui fonctionnait admirablement tant que la dynamique était positive. Jeffrey Skilling, le PDG d’Enron, à l’époque de la chute de la compagnie, attirait l’attention sur le mécanisme empoisonné qui conduisait inexorablement une entreprise à sa perte une fois que la dynamique faiblissait : la clause de « material adverse change », clause « d’évolution significativement négative », qui autorise l’organisme prêteur à réclamer immédiatement le remboursement des sommes empruntées.

Particulièrement exposées dans les semaines à venir, seront les compagnies d’assurance américaines qui couvrent des obligations et plus particulièrement les Residential Mortgage-Backed Securities qui sont adossées à des prêts hypothécaires. MBIA annonçait hier qu’elle avait assuré quantités de « CDO square », les CDO « au carré » à propos desquelles je citais dans Là où les optimistes et les pessimistes se trompent également une publication spécialisée de l’Union de Banques Suisses datée du 4 septembre qui expliquait que « Les CDO “au carré” sont virtuellement impossibles à analyser (…) Pour analyser un simple CDO “au carré” constitué de 125 titres différents (…) il nous faudrait connaître l’information relative à 9.375 titres ».

Inutile de préciser que les agences de notation ont très mal pris la nouvelle !

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La journée des précisions supplémentaires

J’écrivais le 7 décembre dans La Saint–Nicolas des emprunteurs subprime, à propos du « Plan Paulson » :

« Les investisseurs auraient bien sûr tout à perdre d’une situation se détériorant encore davantage mais ils soulignaient que dans les tentatives passées de venir en aide aux consommateurs au bord de la saisie, 40 % d’entre eux finissaient par déchoir de toute manière après une longue agonie – coûteuse pour les investisseurs. Seuls les plus gros d’entre eux bien sûr furent entendus et on pouvait déjà s’attendre à ce que certains des autres ne résisteraient pas à la tentation d’entamer des poursuites judiciaires contre les organismes de prêt, l’accord négocié par Paulson ayant bien précisé qu’il n’immunisait pas ceux–ci sur le plan légal. »

Autre aspect sur lequel nul ne voulait s’appesantir mais qui serait l’une des conséquences du nouveau plan : l’éventualité d’interventions du même type à l’avenir rend le rendement futur des Asset–Backed Securities complètement imprévisible, remettant en question la viabilité–même de l’instrument financier. Aujourd’hui, Greenspan attire l’attention sur cet aspect de la question. Il affirme dans un entretien avec le Wall Street Journal : « Imaginons que je sois un organisme de prêt hypothécaire et que j’apprenne que mes contrats avec les emprunteurs peuvent être abrogés pour des raisons politiques, il me paraîtra indispensable d’augmenter le montant de la prime que j’exige pour contrebalancer ce risque. Chaque fois que l’on sape ainsi le droit contractuel, les effets s’en font sentir sur les primes de risque futures ». Que recommande–t–il à la place ? Attachez vos ceintures, c’est un « libertarien » qui parle, un partisan de l’« État–veilleur–de nuit » : « Ce que nous évoquons, c’est une aide d’urgence, semblable aux initiatives gouvernementales en cas de catastrophe naturelle » et, ajoute–t–il : « Il est beaucoup moins dangereux pour l’économie et bien plus simple, et sans conséquences à long terme pour les marchés, d’offrir aux propriétaires des sommes en argent liquide ».

J’écrivais le 8 novembre dans Où l’on devine la partie immergée de l’iceberg :

« Depuis plusieurs jours la presse s’amuse à comparer la capitalisation des compagnies d’assurance qui couvrent le risque de défaut de diverses obligations – capitalisation parfois très faible, comme dans le cas d’ACA : 95 millions de dollars – avec la somme de 2,5 mille milliards de dollars que représente ce marché aujourd’hui fragilisé ».

On n’en resterait malheureusement pas là : Standard & Poor’s rétrogradait la firme aujourd’hui, abaissant sa notation de « A » à « CCC ». Le New York Times rapportait ce matin que sont en ce moment réunis en conseil de guerre des représentants de Merrill Lynch, Bear Stearns et d’autres établissements sur la place de Wall Street, afin de se porter caution collectivement pour ACA Capital Holdings, la firme mère d’ACA Financials dont je parlais le 8 novembre, firme qui garantit des obligations pour un montant de 26 milliards de dollars. Ces banques courent donc colmater cette brèche supplémentaires tout en sachant que, devrait–il y en avoir bien davantage, elles ne pourraient les colmater toutes.

Enfin, j’écrivais le 23 mai dans La symbiose Chine – États-Unis. Nouvelles du front :

« Il y a deux ans, le gouvernement chinois avait tenté d’acquérir par l’entremise de la société d’état Cnooc, la firme pétrolière américaine Unocal, provoquant une levée de boucliers. Les États-Unis avaient invoqué leurs intérêts stratégiques et l’affaire ne s’était pas faite. On a annoncé hier une prise de participation du gouvernement chinois d’un montant de 3 milliards de dollars dans la « private–equity » Blackstone, une de ces sociétés de placement qui achètent des compagnies battant de l’aile, les rabibochent et les revendent au prix fort, autrement dit, le type même d’entreprise financière qui bénéficie en ce moment des taux d’intérêt bas que la Chine contribue à maintenir en achetant à tire–larigot des bons du Trésor américains. La participation chinoise équivaut à 9,7 % de la capitalisation de la firme, juste au–dessous des 10 % fatidiques qui exigeraient une ratification du gouvernement américain ; la Chine renonce également à réclamer un ou plusieurs sièges au conseil de direction ».

Il faudra y ajouter la participation à hauteur d’un milliard de dollars, soit 6 % de son capital, prise par Citic Securities, une banque contrôlée par le gouvernement chinois, dans Bear Stearns en octobre. On apprenait encore ce matin que pour parer à des pertes de 3,6 milliards de dollars essuyées au cours du quatrième trimestre, résultant de charges se montant à 9,4 milliards de dollars liées à des investissements malheureux dans des prêts hypothécaires subprime, Morgan Stanley, la deuxième banque d’investissement américaine après Goldman Sachs, avait accepté une prise de participation se montant à 5 milliards de dollars, soit 9,9 % de son capital, par le fonds souverain chinois Compagnie Chinoise d’Investissement, le même qui avait déjà investi 3 milliards de dollars dans Blackstone le 22 mai.

L’annonce intervient dans le contexte de l’investissement récent de 7,5 milliards de dollars dans CitiGroup, la deuxième banque commerciale américaine, par un fonds souverain d’Abou Dhabi et des 9,2 milliards de dollars investis par Singapour dans l’Union de Banques Suisses. La plupart de ces participations ne sont pas de type courant, les conditions d’allocation étant le plus souvent très favorables aux participants et trahissant du coup une réelle détresse chez les bénéficiaires. Il s’agit bien sûr jusqu’ici de participations qui restent en–dessous du « seuil de visibilité » des 10 % et ne sont pas automatiquement accompagnées de l’obtention de sièges au conseil d’administration de ces établissements financiers, mais des charges de montants équivalents seront sans aucun doute comptabilisées en 2008, voire en 2009. Une question se posera alors sur le plan stratégique : quelle sera la participation maximale tolérable de la Chine et de ces autres nations dans les principales banques commerciales et d’investissement américaines ? La question sera douloureuse car l’argent frais sera indispensable pour maintenir la solvabilité de certaines d’entre elles, parmi les toutes premières.

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Misère de la transitivité

Les sondages d’intentions de vote relatifs aux élections présidentielles américaines s’apparentent à l’objet mathématique appelé « tournoi » en théorie des groupes : de A et B, l’un des deux gagne et l’autre perd et chacun se verra opposé à chacun des autres. On s’attendrait à une transitivité de ces relations : si A bat B et que B bat C, alors, il est raisonnable de supposer que A battrait C. Si les choses étaient si simples, les saisons sportives deviendraient rapidement ennuyeuses car trop prévisibles, ce qui n’est bien entendu pas le cas.

Le fait que les élections présidentielles américaines soient à deux tours ajoute du piquant puisqu’une élimination aura lieu dans chaque camp, dont émergera un champion qui affrontera le champion du camp opposé. Comme les champions ne seront connus que dans le courant de l’année prochaine, rien n’empêche les sondeurs de présenter aux électeurs les différents cas de figure éventuels. Voici la situation au jour d’aujourd’hui (d’après RealClearPolitics) et les paradoxes qui résultent du peu d’intérêt que les électeurs inscrits semblent porter à maintenir la transitivité du tournoi.

L’ordre dans le camp démocrate est le suivant (qu’on peut interpréter comme 1 battrait 2 qui battrait 3. etc.)

1. Clinton
2. Obama
3. Edwards
4. Richardson
5. Biden

Et dans le camp républicain :

1. Giulani
2. Huckabee
3. Romney
4. McCain
5. Thompson
6. Paul

La liste démocrate apparaît aujourd’hui plus forte que la liste républicaine : leurs numéros 1. Clinton et 2. Obama battraient tous les deux le numéro 1 républicain, Giulani, Clinton par 4,4 % et Obama par 3 %. Jusqu’ici rien de surprenant. Maintenant pour la transitivité malmenée : McCain est numéro 4 sur la liste républicaine ; il serait donc battu à l’intérieur de son propre camp par 1. Giulani, 2. Huckabee et 3. Romney, mais il fait mieux que Giulani contre Clinton : il ne perdrait que par 1,7 % et par 1 % seulement opposé à Obama. McCain est loin dans la liste républicaine, ce qui ne l’empêche pas d’être le meilleur candidat républicain face aux deux meilleurs candidats démocrates. Plus étonnant encore, Edwards, numéro 3 sur la liste démocrate et qui serait donc battu par Clinton et par Obama à l’intérieur de son propre camp, eh bien, Edwards est le meilleur candidat face à McCain : il l’emporterait bien plus aisément contre lui, avec 5 % d’avance !

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Alan Greenspan, l’homme qui n’a pas vu venir la tourmente

Dans une tribune publiée le 12 décembre dans le Wall Street Journal et intitulée
« The Roots of the Mortgage Crisis », Alan Greenspan, l’ancien président de la Federal Reserve explique les raisons selon lesquelles à son sens la crise des subprimes éclata. Son explication recoupe partiellement la mienne dans « Vers la crise du capitalisme américain ? » et dans mes billets ici, mais elle en diffère aussi significativement. Nous nous accordons, par exemple, sur le fait que les subprimes n’ont joué qu’un rôle de déclencheur sans avoir été nécessairement l’origine inévitable de la crise, nous différons cependant sur le pourquoi, car si pour lui les subprimes ne constituaient que l’un des secteurs où les facteurs de risque avaient été financièrement sous–évalués, pour moi, le point de fragilité résidait dans le secteur de l’immobilier dans son ensemble, les subprimes en étant seulement la partie la plus exposée. Ainsi, Greenspan écrit : « La crise était donc un accident condamné à se produire. Si elle n’avait pas été déclenchée par la sous–évaluation de prêts immobiliers titrisés, elle aurait été produite par des éruptions dans d’autres marchés ». Le contexte de ce passage est le déni persistant par Greenspan de l’existence d’une bulle financière dans l’immobilier résidentiel américain dans les années qui conduisirent à la crise. A l’époque où je publiais mes premiers articles sur le sujet (1) (2), Greenspan niait l’existence d’une bulle, affirmant en juin 2005 dans une déclaration fameuse qui créerait la perplexité qu’« Il semble qu’il y ait, pour le moins, signes de mousse sur quelques marchés locaux », et n’était toujours pas convaincu de l’existence d’une bulle en 2006. Je ne pense pas exagérer si j’affirme qu’il ne crut à l’existence de la bulle qu’une fois celle–ci éclatée.

L’origine de la crise des subprimes réside selon Greenspan dans la chute des régimes communistes dont la destruction du mur de Berlin en 1989 devait constituer le symbole. Le système capitaliste unifia le monde, dit–il, conduisant à partir de 2000 à la situation paradoxale d’un renversement de la relation traditionnelle entre le monde développé et le monde en voie de développement, le second connaissant désormais un niveau de croissance double de celui du premier. L’unification du monde sur le plan économique eut pour conséquence, ajoute–t–il, un alignement des salaires du secteur productif dans les pays développés sur ceux pratiqués dans les pays en voie de développement.

Autre conséquence de la fin des économies étatiques de la sphère d’influence communiste, la baisse des taux d’intérêt à l’échelle mondiale due à un excès de l’épargne par rapport à la consommation. En effet, dans les pays en voie de développement, l’augmentation fulgurante de la production en vue de l’exportation n’avait pas pour pendant l’existence d’un marché intérieur du même ordre de grandeur et les ménages n’avaient d’autre choix que l’épargne. Dans ces pays, le taux d’épargne qui était de 24 % du revenu national brut en 1999, était passé à 33 % en 2006. Dans les pays développés au contraire, le taux d’épargne demeurait à un niveau beaucoup plus modeste alors qu’aux États–Unis, comme on le sait, il était devenu négatif en 2006.

Cette baisse des taux d’intérêt courts ne pouvait manquer de constituer, écrit Greenspan, une incitation à la spéculation immobilière. Une étude publiée par le magazine The Economist révèle, ajoute–t–il, que dans plus de vingt pays, le prix de l’immobilier était à la hausse et que l’appréciation aux États–Unis restait, à ce point de vue, dans la norme. J’aimerais toutefois faire à ce propos la remarque suivante : s’il est vrai que la situation américaine était comparable à celle observée dans quelques autres pays, en Espagne et au Royaume Uni, en particulier, les politiques américaines d’incitation à l’accès à la propriété de son logement dont j’ai parlé longuement dans mes billets ici, ainsi que dans « Vers la crise du capitalisme américain ? », faisaient du désastre qui eut lieu en 2007 dans ce pays, une inévitabilité.

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Eugene Fama et Copernic

Pascal Combemale me fait parvenir un entretien récent avec Eugene Fama, économiste de l’école de Chicago, fameux à plusieurs titres, pour avoir, par exemple, amélioré un modèle du prix d’une action à un facteur en lui adjoignant deux autres facteurs (le facteur unique était purement tautologique puisqu’il exprime simplement la manière dont la variation du prix d’une action diffère de la variation de prix du marché dans son ensemble – les deux facteurs que Fama ajoute sont eux ad hoc car ils n’ont aucune justification théorique) et pour avoir affirmé que l’hypothèse de « marché efficient » ne peut être rejetée sans que l’on rejette en même temps la notion d’« équilibre de marché » (le prétendu « dilemme » est aisément résolu par la constatation empirique qu’aucun « équilibre de marché » n’a jamais été observé – voir mes Le rapport entre la valeur et les prix [1999] et Le prix et la « valeur » d’une action boursière [2007]).

Pascal me pose aussi la question suivante :

« J’aimerais savoir, s’il le veut bien, ce que Paul pense de cet interview de Fama, économiste nobélisable, grand théoricien devant l’Eternel de l’efficience des marchés financiers (plus précisément du marché des actions). Je continue à me demander si ces économistes, qui ne sont pas tous idiots, croient vraiment à ce qu’ils racontent, ou si c’est simplement pour eux une façon comme une autre de gagner leur vie ».

Voici ma réponse :

« J’ai lu l’entretien avec Fama. Je sais que c’est en effet à ce genre d’économistes qu’on attribue des prix Nobel mais ce type de science économique est condamné. Leurs modèles sont « phénoménologiques » : ils rendent compte des faits mais de manière « ptoléméenne », « pré–copernicienne » et, comme dirait Hegel, « en extériorité de la chose–même ». En astronomie ptoléméenne, avec la terre au centre, toute nouvelle anomalie dans les orbites des planètes et de leurs satellites conduisait à ajouter des « épicycles », c’est ce que Fama explique candidement qu’il a fait aussi : il a pris un modèle existant et lui a ajouté deux variables et hop ! le tour est joué. Un modèle auquel on peut ajouter deux variables, tout scientifique vous le dira, est nécessairement faux : leur modèle de la formation des prix est faux parce qu’il ignore « la chose–même », en l’occurrence, le rapport de force « aristotélicien » entre acheteurs et vendeurs. Depuis quelques années je travaille modestement au modèle « copernicien » de la formation des prix. Comme vous le savez, c’est en–dehors de la science économique… et même en–dehors de l’université ! ».

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Le désespoir

Qu’ont en commun ce matin l’extrême–droite « libertarienne » américaine, Paul Krugman, professeur d’économie à Princeton University et chroniqueur de gauche du New York Times et Alan Greenspan, l’ancien président de la Federal Reserve, la banque centrale américaine ? Le désespoir. Tous affirment que rien ne pourra être entrepris qui puisse enrayer la chute libre du système financier américain. Là où ils diffèrent sans doute – bien qu’ils n’abordent pas la question – c’est sur ce qu’il conviendra de faire quand il s’agira de ramasser les morceaux.

Selon le Wall Street Journal (1),

« Certains, conservateurs ou libertariens affirment que la meilleure chose à faire serait précisément de ne rien faire du tout. Selon eux, le gouvernement devrait s’abstenir de tout ce qui pourrait soutenir le prix de l’immobilier résidentiel parce que cela ne ferait que retarder le moment où les investisseurs – que ce soit sur le marché immobilier ou sur celui des Mortgage–Backed Securities [les titres adossés à des prêts au logement] – se seront convaincus que les prix ne pourront plus tomber plus bas ».

Mercredi, dans une tribune du Wall Street Journal, où il se défendait quant au rôle qu’il aurait pu jouer dans la crise actuelle (j’en ai déjà parlé dans La faute à Greenspan ? et j’y reviendrai prochainement), Alan Greenspan écrivait :

« La crise actuelle du crédit s’achèvera quand les stocks excédentaires de logements récents auront été dans leur majorité absorbés et que la déflation du prix des maisons aura suivi son cours. La valeur aujourd’hui incertaine du capital captif dans les murs des logements se sera alors stabilisée ; elle sert de tampon pour tous les prêts au logement et, plus crucialement encore, pour ceux de ces prêts qui sont mis en gage comme collatéral au sein de Mortgage–Backed Securities. Des pertes considérables auront sans aucun doute été enregistrées entre-temps, comme conséquence de cette crise mais après une période prolongée d’ajustements, les affaires pourront reprendre pour l’économie américaine et, de manière générale, pour l’économie mondiale ».

Quant à Krugman, il écrivait dans le New York Times d’hier que

« … les chiffres sont énormes. Le blog financier Calculated Risk […] estime que si le prix des résidences baissait de 20 %, 13,7 millions de ménages se retrouveraient avec un prêt dont le montant est plus élevé que la valeur de leur logement. Le nombre se monterait à 20 millions si les prix devaient baisser de 30 %. Ces chiffres représentent des pertes tout à fait considérables et expliquent pourquoi le marché du crédit s’est tari. Ce qui est en train de se passer sur les marchés n’est donc en aucune manière une panique irrationnelle, il s’agit au contraire d’une panique parfaitement rationnelle puisqu’il y a là partout des monceaux de mauvaise dette et qu’il vous est impossible de savoir quelle part de cette mauvaise dette est à attribuer au gars qui cherche aujourd’hui à vous emprunter de l’argent. Comment est–ce que tout cela finira ? Les marchés ne se remettront à fonctionner normalement qu’au moment où les investisseurs sauront avec une relative certitude où les corps – je veux dire les mauvaises dettes – sont ensevelis. Et ceci ne pourra avoir lieu que lorsque le prix des maisons aura interrompu sa chute et que les établissements financiers auront une idée plus claire de leurs pertes. Tout ceci prendra probablement des années. Pendant ce temps–là quiconque s’attend à ce que la Fed ou qui que ce soit d’autre lui présente un jour prochain un plan qui fera s’évanouir la crise financière, risque d’être profondément déçu ».

(1) Michael M. Phillips, James R. Hagerty et Greg Ip, « In Capital, Steps Weighed to Fix Mortgage Mess Some Draw Inspiration From Depression Era ; The Do-Nothing Option », Wall Street Journal, le 15 décembre 2007.

(2) Alan Greenspan, « The Roots of the Mortgage Crisis », Wall Street Journal, le 12 décembre 2007.

(3) Paul Krugman, « After the Money’s Gone », New York Times, le 14 décembre 2007.

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Quand la Fed joue à « ma tante »

Toutes les mesures prises jusqu’ici par les autorités américaines n’avaient été que de la poudre aux yeux. Les choses ont changé hier avec le nouveau plan de la Federal Reserve, la Term Auction Facility, à laquelle s’associaient la Banque Centrale Européenne, la Banque Nationale Suisse et la Banque Centrale du Royaume Uni. Bien sûr, les initiatives ne couvrent qu’une courte période – la partie restante du mois de décembre – mais elles mettent en place un cadre qui pourra être réutilisé à loisir et il est déjà précisé qu’elles seront en tout cas renouvelées en janvier 2008.

Il est loin d’être certain que le plan réponde à l’attente et les sceptiques doivent être nombreux aujourd’hui puisque les taux d’intérêt n’ont pas réagi de la manière espérée par la Fed, contrairement à ce qu’ils avaient fait hier. Ce qui est cependant devenu évident, c’est que celle–ci a fait preuve d’imagination et ces mesures sont les plus radicales qu’elle ait prises depuis son intervention au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 quand elle était intervenue pour faciliter les opérations des entreprises décimées dans la destruction des deux tours.

Le plan est en deux parties. Dans la première, la Fed – par le truchement de ses agences régionales – met à la disposition des banques et autres organismes prêteurs accrédités, 40 milliards de dollars. Le taux d’intérêt auquel elles pourront emprunter sera déterminé par des enchères mais sera en tout cas moins élevé que le « taux d’escompte » auquel elles pouvaient déjà accéder à des emprunts depuis le mois d’août, ceci devrait réduire la pression sur les taux d’intérêt flottants, sur le LIBOR en particulier – à propos duquel je reviendrai plus bas. Autre avantage du point de vue des banques emprunteuses : les retraits à la Term Auction Facility seront anonymes alors que la formule classique ne l’était pas et stigmatisait ses candidats comme ayant rencontré des difficultés financières.

Plus significatif encore est le fait que les instruments de dette que les banques mettront en gage pour obtenir les fonds ne sont pas limités aux « Treasuries », les obligations d’état américaines ou aux Mortgage–Backed Securities (MBS) émises par les Government–Sponsored Entities que sont Fannie Mae et Freddie Mac, mais pourront appartenir à l’ensemble des obligations devenues invendables parce qu’adossées à des prêts hypothécaires dont le taux d’intérêt a cessé de couvrir le risque effectif de non–remboursement dû à une saisie du logement. L’initiative d’hier réintroduit donc dans le circuit économique les Asset–Backed Securities adossées à des prêts subprime ainsi que les Mortgage–Backed Securities adossées à des prêts « Alt–A », ces derniers le plus souvent accordés à des emprunteurs sans que des justificatifs de revenus aient été présentés. L’état fédéral ne rachète sans doute pas ces obligations à ceux qui aimeraient les revendre mais il leur reconnaît une valeur réelle puisqu’il est prêt à avancer de la monnaie sonnante et trébuchante à ceux qui les mettent en gage : dans un langage un peu plus imagé : « s’ils ne peuvent les vendre, ils peuvent au moins les mettre au clou ! »

La deuxième partie de l’initiative implique les banques centrales étrangères, la Fed étant prête à échanger avec elles (« swapper ») la devise locale pour des dollars, à concurrence de 20 milliards de dollars pour l’ Union Européenne et 4 milliards de dollars pour la Suisse. Cela leur permettra de prêter la devise américaine à celles de leurs banques qui en ont besoin pour leurs transactions, ce qui leur était jusque–là impossible et les obligeait à convertir des euros ou des francs suisses en dollars, exacerbant la pression sur ceux–ci. Il s’agit là d’une intervention directe en faveur du LIBOR malade depuis l’été.

Le LIBOR est le London Inter–Bank Offered Rate, un ensemble de taux de référence à court terme pour les opérations en dollars entre banques en–dehors des États–Unis, calculé à partir d’opérations ayant effectivement eu lieu le jour précédent. Le LIBOR est important pour les organismes financiers américains du fait que le taux auquel ils empruntent eux–mêmes est ou bien fixé sur le LIBOR par ceux qui leur avancent des fonds, ou se rapproche en tout cas davantage dans la pratique de celui–ci que du taux des « Treasuries », en raison en particulier du fait que les autorités américaines ont cessé d’émettre des « notes », des bons du Trésor à un an. Le fait que le LIBOR reflète le loyer de la dette pour les banques elles–mêmes les a encouragées à indexer les prêts qu’elles consentent sur celui–ci plutôt que sur les « Treasuries » ; à ceci s’ajoute que les instruments de dette qu’elles émettent, et en particulier les Residential Mortgage–Backed Securities, adossées à des prêts immobiliers, trouvaient de plus en plus souvent preneur sur les marchés internationaux et que les opérations de « couverture » du risque de taux qu’elles présentent s’effectuaient plus aisément dans ce contexte. On compte que 99 % des Ajustable Rate Mortgages (ARM), prêts hypothécaires à taux flottant, subprime sont indexés sur le LIBOR 6 mois, ainsi que 38 % des ARM « Alt–A ». Le 1 % restant des ARM subprime est indexé sur le LIBOR 1 an, ainsi que 22 % des ARM « Alt–A ».

Comme je le montre maintenant sur deux graphiques, le LIBOR fluctue en général un peu plus haut mais à proximité du taux fixé par la Fed. À partir d’août, quand les banques commencèrent à se montrer soupçonneuses quant à leur santé financière mutuelle parce qu’elles restaient toutes muettes sur la question de leurs avoirs en prêts immobiliers subprime, le volume de leurs transactions réciproques se réduisit tandis que les taux associés s’élevaient pour refléter le risque croissant de défaillance éventuelle de la contrepartie. Les deux courbes, celle des bons du Trésor américain et celle du LIBOR à 3 mois, sont représentées sur le premier graphique, les fluctuations du LIBOR y sont clairement visibles à partir d’août.
LIBOR et Treasury
Sur le second graphique, seule la différence entre les deux taux a été représentée ; on peut noter qu’au cours des semaines récentes, l’écart (le « spread ») entre le taux fixé par les autorités et le taux effectivement pratiqué par le marché s’était non seulement à nouveau creusé mais avait même dépassé le niveau atteint en août. On note à l’extrême–droite du graphique, la réponse immédiate du marché aux mesures prises hier matin.
Spread LIBOR et Treasury

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Jean Pouillon (1916–2002)

Très peu de mes amis appartenaient à la génération de mon père. Il y en eut deux : Jean Pouillon et François Debauche.

Pouillon m’avait un jour abordé au séminaire de Lévi–Strauss en 1969. Il avait écouté les tirades arrogantes d’un jeune homme de vingt–trois ans à la chevelure et à la barbe abondantes et il m’avait dit : « Bonjour, je suis Jean Pouillon. Si vous avez un jour envie d’écrire, j’aimerais vous publier ». J’attendrais encore quelques années avant de me rendre à son invitation. Nous avions compris que nous pensions de la même manière et nous nous verrions souvent : il passait me voir à Cambridge et partout où le hasard me conduisait. Il racontait avec des mimiques expressives les mésaventures de ses « voyages » en Afrique, l’expression de « terrain » lui semblant excessive pour décrire ses séjours tumultueux au Tchad et en Éthiopie. J’avais lu Jean–Sol Partre avidement dans mon adolescence mais c’est Pouillon qui m’a fait aimer le personnage, dont on devinait dans la manière dont il en parlait qu’il avait dû lui porter une réelle affection.

J’admirais son « Temps et roman », publié l’année de ma naissance et, dans un article, j’en avais un jour dit tout le bien que j’en pensais. Pouillon qui était rédacteur de la revue où le texte paraissait y avait ajouté un post–scriptum qui disait en substance : « L’article de Jorion est si élogieux que j’ai le sentiment qu’il ne me reste plus qu’à mourir, ayant lu ma propre notice nécrologique ».

Jean Pouillon, je pense à vous très souvent.

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Présidentielles américaines : l’avant–match

Le coup d’envoi des élections présidentielles américaines de 2008 sera donné dans les tout premiers jours de janvier avec le début des primaires au sein des deux partis nationaux. Du côté démocrate, deux candidats au profil non–classique se sont dégagés du lot : une femme Hillary Rodham–Clinton, avec une avance quelque peu élastique dans les sondages sur son concurrent noir : Barack Obama. Du côté républicain, quatre candidats conservent une chance plausible de l’emporter : Rudi Giulani, Mitt Romney, Mike Huckabee et John McCain. Rien n’est très clair dans ce camp–là et les retournements de situation s’y succèdent de jour en jour.

Situation quelque peu inédite, ce ne sera pas nécessairement un candidat républicain qui se verra opposé au démocrate : Mike Bloomberg, maire de New York, en candidat indépendant, pourrait très bien jouer le rôle du joker au cas où les candidats républicains se seraient entre–dévorés d’ici–là. Ceci n’est pas à exclure, puisqu’ils ont déjà commencé avec entrain, en particulier sur la question de l’immigration illégale : les téléspectateurs se sont régalés la semaine dernière d’un échange de roquets entre Romney et Giulani : « Quand vous étiez maire de New York, vous avez fait de la ville un sanctuaire pour clandestins ! », aboie Romney, « Je viens de me renseigner sur qui est en train de paysager votre jardin. Vous êtes assis ? Vous allez avoir une surprise ! », gronde Giulani.

Hillary Rodham–Clinton a pour handicap de s’imaginer déjà beaucoup plus loin dans le temps : soucieuse de défendre les mêmes principes aujourd’hui lors de la campagne des primaires qui l’oppose aux autres candidats démocrates, demain lorsqu’elle affrontera l’autre candidat lors des présidentielles et enfin, après–demain, lorsqu’elle sera présidente, elle s’essaye à un exercice périlleux et inédit en politique : être le candidat et la future présidente qui ne se sera pas contredite. Barack Obama bénéficie lui ces jours–ci de la tournée à grand spectacle que lui offre Oprah Winfrey, le Bernard Pivot américain, mais il fait l’unanimité contre lui des autres candidats démocrates en empruntant dans les critiques qu’il leur adresse des arguments venus tout droit de la plate–forme politique du parti républicain. Il ne sort pas grandi non plus de la tribune qu’il a publiée samedi dans le Wall Street Journal où aucune des perles de la langue de bois ne manquait à l’appel. Andrew Young, militant des droits civiques et ancien ambassadeur américain à l’ONU, l’une des personnalités respectées de la communauté noire américaine a semblé pendant quelques secondes lui apporter son soutien quand il a déclaré : « J’imagine très bien Obama à la Maison Blanche », avant d’ajouter « en 2016 », déclenchant l’hilarité générale.

Les candidats républicains souffrent de deux handicaps : d’une part, la dégringolade du nombre d’électeurs qui s’affirment républicains et d’autre part, le fait qu’aucun candidat n’ait émergé comme un favori bénéficiant d’une certaine dynamique. Ils étaient trois en tête : Giulani, Romney et McCain ; le manque d’enthousiasme à leur égard a permis récemment à un quatrième de rejoindre le peloton : Mike Huckabee, apparu lors des débats télévisés comme seul capable, du côté républicain, de tenir un raisonnement articulé et cohérent, mais les carottes ne sont pas cuites : la presse vient de découvrir qu’il était intervenu personnellement pour faire libérer sur parole, à l’époque où il était gouverneur de l’Arkansas, un violeur qui s’était empressé d’aller assassiner une autre femme. Aux yeux de l’électorat classique du parti républicain, Giulani a contre lui ses mariages tumultueux, sa position « pro–choice » qui favorise le choix de la mère dans la question de l’avortement, position anathème pour de nombreux électeurs du parti, également, et provoquant ici une suspicion plus largement partagée : le fait révélé il y a quelques jours que sa firme de sécurité a pour principal client un commanditaire qui avait fait échapper à la justice américaine l’un des dignitaires d’al Qaida. Romney a contre lui d’être Mormon, le Mormonisme apparaissant aux yeux de la majorité comme une secte, et plus encore à ceux de la droite religieuse protestante qui refuse de le considérer même comme l’un des courants du christianisme. McCain a contre lui de s’être aligné sur la position va–t–en–guerre du Président en Irak, politique devenue hautement impopulaire ; il bénéficie paradoxalement du fait qu’une relative stabilisation dans l’occupation du pays a fait reculer l’Irak dans les préoccupations du citoyen américain moyen qui met désormais au premier plan de ses priorités des questions de politique intérieure comme l’assurance–maladie et, conséquence de la crise des subprime et de ses ramifications, la situation de l’emploi et la disparité des revenus.

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Dirigeants de banques et analystes financiers

Nouvelle victime de la crise des subprime, l’Union de Banques Suisses, qui annonçait dans la foulée aujourd’hui que 2007 serait sa première année déficitaire depuis sa fusion en 1998 avec la Société de Banques Suisses, et une prise de participation de 9% de l’état de Singapour dans son capital. Honnêtement, les ennuis de la banque suisse depuis le début de l’année n’arrêtent pas de me surprendre – comme ceux du Japonais Nomura, d’ailleurs – et ceci parce que, depuis le début de la crise des subprime, les analystes de ces deux firmes ont produit selon moi les meilleures explications des causes de la crise et de ses rebondissements. Comme si, les dirigeants de ces compagnies ne lisaient pas ce que leurs analystes écrivent.

Dans le numéro de « Mortgage Strategist » (une publication de l’UBS), qui vient de paraître (le 4 décembre), une comparaison entre la crise actuelle et une crise plus ancienne, datant du milieu des années 1980, celle des Savings & Loans, les caisses d’épargne américaines. Pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur cette crise, je l’évoque brièvement dans « Vers la crise du capitalisme américain ? », aux pages 228 à 230. J’y cite le Prix Nobel Franco Modigliani : « Les épargnants qui se seraient inquiétés à la rumeur d’une éventuelle banqueroute ne virent pas venir le danger : s’ils avaient voulu en savoir plus, ils auraient examiné la valeur déclarée des actifs. Or celle-ci était gonflée artificiellement grâce à de la « comptabilité créatrice » qui était alors tolérée par les organes de tutelle, soucieux de maintenir le train sur les rails et de cacher l’étendue du désastre ».

Un passage de l’étude de l’UBS (*) :

« L’épisode des caisses d’épargne nous enseigne que le processus de prise de conscience du problème, de mise au point d’un accord portant sur des solutions effectives, et leur mise en application ensuite, peuvent être entravés par des interventions politiques, des représentations idéologiques et les lobbys. Durant les neuf années qui précédèrent le Financial Institutions Reform, Recovery and Enforcement Act de 1989 (le plan d’intervention et de redressement gouvernemental), la combinaison d’interventions musclées de la part de lobbys et une idéologie de dérégulation, parvinrent à détourner ou à subvertir toute tentative substantielle de solution ; au lieu de cela, furent offertes aux caisses d’épargne de nouvelles opportunités d’investissement dans des avoirs de mauvais aloi ».

Tout bien réfléchi, je retire ce que j’ai dit plus haut à propos de ma surprise : il est bien possible que les dirigeants de ces banques lisent ce qu’écrivent leurs analystes mais n’aiment pas ce qu’ils lisent !

(*) « What Can the Thrift Crisis Tell Us About the Subprime Crisis ? », Union de Banques Suisses, Mortgage Strategist, le 4 décembre 2007.

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Edith Piaf (1915–1963)

J’ai assisté, enfant, à un concert d’Edith Piaf, à l’Ancienne Belgique à Bruxelles. Nous y allions souvent : les spectacles avaient lieu en matinée, on était assis à une table, on buvait des grenadines et on mangeait des petits gâteaux. C’était un music–hall : il y avait des jongleurs, des acrobates, des chiens savants, des magiciens, et en clôture de la première partie, quelques chansons vite fait d’un chanteur peu connu. En deuxième partie, après une très longue ouverture par un orchestre jeune et dynamique : la vraie vedette du jour ! J’y ai entendu du beau monde : Juliette Gréco, Gilbert Bécaud, Marcel Amont, Charles Aznavour.

Je crois me souvenir qu’Aznavour passait en vedette américaine d’Edith Piaf. Je ne suis pas sûr : c’était il y a longtemps et je n’étais pas bien grand.

Je me souviens de plusieurs choses : d’abord, qu’elle était tout en noir. Je ne voyais des femmes habillées de cette manière que dans la rue : dans les lents cortèges qui suivaient les corbillards encore tirés par des chevaux. Ensuite, qu’elle était toute voûtée (j’entendais mentalement ma mère lui dire : « Tiens toi droite ! »).

Ce dont je me souviens surtout, c’est qu’elle m’avait terrorisé avec « Bravo pour le clown ! » (paroles : Henri Contet ; musique : Louiguy). L’ancienne chanteuse des rues savait encore, quand il le fallait, pousser le volume et quand elle lança « Pour ton nez qui s’allume, Bravo ! Bravo ! », chaque « Bravo ! » était une véritable salve de canon qui me faisait me tasser un peu davantage sur mon siège. Celui qui me fit le plus peur, ce fut le « Bravo ! » auquel le clown avait droit pour « sa femme infidèle ».

J’expliquais il y a quelques jours dans L’avenir de la Belgique ? (I. Le passé), la capacité à la solennité dont disposait pour moi le wallon de Charleroi, du fait que je n’y comprenais pas grand–chose. Je devrais attendre de nombreuses années encore pour découvrir ce qu’était une femme infidèle mais pour que ce soit mis par la chanteuse sur le même plan que des « cheveux que l’on plume », je comprenais déjà que ce ne pouvait être en effet qu’une abomination. Une autre interrogation du même genre me taraudait à l’époque : les « amants désunis » dont la mer effaçait inexorablement les pas sur le sable des « Feuilles mortes », la chanson de Prévert et Kosma. Que pouvaient bien être des « amants désunis » pour dégager tant de mélancolie ? La réalité, quand je la découvris, était évidemment encore bien plus sombre.

P.S. : Marion Cotillard, chapeau !

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François Truffaut (1932–1984)

Hier soir, nous regardions un film. Je la serrais contre moi et elle s’est endormie, la tête sur mon épaule. Catherine s’apprêtait à quitter Jules pour Jim. Jeanne Moreau s’est mise à chanter, pour moi, dans le silence de la nuit. L’tourbillon d’la vie s’est figé un instant, le monde avait atteint sa perfection, et moi, la sérénité.

Jeanne Moreau et Serge Rezvani

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L’avenir de la Belgique (II. Le présent)

Il y a quelques mois, dans Bloguer en deux langues, j’avais écrit ceci :

« Je n’ai jamais pensé de la même manière en français et en hollandais, je n’ai jamais traduit d’une langue dans l’autre – même si je suis bien sûr capable de le faire. Forcé de dire quelque chose dans les deux langues dans le même contexte, je dis des choses différentes. « Question de cultures ! », dira–t–on, et cela joue effectivement, mais il y a bien davantage : dans les deux langues […] je suis un autre ; pas schizophrène, mais presque ».

En fait, mon cas personnel s’applique de la même manière à la Belgique bien entendu. Ce que je décris, d’être traversé par une frontière linguistique, est–ce inconfortable ? Je n’en ai jamais eu le sentiment mais bien entendu les choses n’auraient jamais pu être autrement, alors qu’un pays a le choix et peut décider qu’il n’a jamais été ou en tout cas n’est plus une seule nation. L’Autriche–Hongrie est devenue deux, la Tchéco–Slovaquie aussi. Mais ici les choses sont peut–être plus compliquées : c’est un vieux couple, où l’on se hait avec tendresse.

« Zonder liefde warme liefde
Waait de wind c’est fini
Zonder liefde warme liefde
Weent de zee déjà fini
Zonder liefde warme liefde
Lijdt het licht tout est fini »

(Marieke : Jacques Brel, Gérard Jouannest)

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La Saint–Nicolas des emprunteurs subprime

Le Président Bush a annoncé aujourd’hui son grand plan de renflouement des prêts subprime, s’appliquant à tous ceux dont le taux flottant sera réajusté – à la hausse, bien entendu – entre janvier 2008 et juillet 2010. Le ministre des finances Henry Paulson avait tant insisté ces jours–ci sur le fait que le plan n’impliquait aucune intervention financière de la part du gouvernement et qu’il n’avait personnellement joué – aux côtés d’Alphonso Jackson, le ministre au logement – qu’un simple rôle de catalyseur entre les partenaires du secteur privé, que le Wall Street Journal en était arrivé à l’appeler le « Plan non–Paulson ».

La bourse américaine ne se sentait plus de joie mais à part ça rien de bien neuf par rapport à ce qu’annonçait déjà Paulson la semaine dernière et que je vous rapportais dans Bonne journée pour la bourse, mauvaise pour les investisseurs. Le Président déclarait qu’on allait sauver la mise à 1,2 millions d’Américains, chiffre qui doit être comparé à celui des 1,5 millions de ménages ayant un prêt subprime à taux variable. Son ministre des finances expliquait l’autre jour qu’on ne viendrait en aide ni aux ménages qui ont les moyens de rembourser leur emprunt au taux plein – une fois passée la période (de deux ou trois ans) de taux promotionnel –, ni aux cas désespérés, mais uniquement à ceux qui pourraient bénéficier d’un gel du taux promotionnel pour cinq ans. Les chiffres varient quant au nombre de ces derniers : de 250.000 à 400.000 ménages, selon les commentateurs, soit, à peu de choses près les 1,2 millions d’Américains qu’évoquait le Président. Le régulateur en chef des caisses d’épargne américaines (l’Office of Thrift Supervision), John Reich, était lui plus pessimiste, qui parlait cette semaine des « dizaines de milliers de ménages » à qui l’on pourrait venir en aide.

Les plus durs à convaincre ont été – on s’en doutait – les investisseurs, dont le manque–à–gagner est entériné par l’accord. Ils auraient bien sûr tout à perdre d’une situation se détériorant encore davantage mais ils soulignent que dans les tentatives passées de venir en aide aux consommateurs au bord de la saisie, 40 % d’entre eux finissaient par déchoir de toute manière après une longue agonie – coûteuse pour les investisseurs. Seuls les plus gros d’entre eux bien sûr ont été entendus et on peut déjà prévoir que certains des autres ne résisteront pas à la tentation d’entamer des poursuites judiciaires.

Parlant sans doute également au nom des autres agences de notation, Standard & Poor’s a déclaré : « Très bien : nous sommes prêts à dégrader toutes les obligations dont le plan Paulson augmente le risque de crédit ». Les investisseurs qui faisaient déjà la grimace ont dû s’étouffer ! Les indices ABX qui expriment le sentiment du marché quant au risque de crédit présenté par les Asset–Backed Securities (ABS) adossées à des prêts subprime, n’ont eux pas bronché, signifiant à leur manière : « Beaucoup de bruit pour rien ! »

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L’avenir de la Belgique ? (I. Le passé)

La Belgique est bien loin pour moi : quinze ans de France, onze ans d’Angleterre et maintenant dix ans d’Amérique. Pourtant quand, comme ce matin, on la critique, je monte encore une fois sur mes grands chevaux.

Ben oui, du côté de ma mère, quand on remonte par vingt générations de Hollandais, on retombe sur Dinant et Bouvignes. Du côté de mon père, on n‘a jamais bougé : Gosselies, Courcelles, Fontaine–l’Évêque : le coeur de la Jorionie au coeur de la Wallonie. Je me souviens quand j’étais gosse, mon père écoutant avec recueillement son disque de Bob Deschamps. Dès que le chansonnier entamait sa récitation de « Chârlèrwè qué sale payis » (Charleroi quel sale pays), je voyais les yeux de mon père s’embuer. Je ne comprenais rien au wallon de Charleroi mais je ne pouvais manquer d’être saisi par la gravité qui envahissait la pièce, comme une brume artificielle crachée par le tourne–disques.

[…] Vos d’sez qu’il est grossiè nos patwès d’Charlèrwè ?
Vos avèz p’tête réson, mins savèz bén pouqwè ?
C’est qu’il a stî pârlé pa tout ces brâves ouyeûs
Qui n’sav’nut nén c’qwè c’est « awè peu »
Qui discindent’nu dins l’fosse en dijant des biestrîyes
Sins sondjî qu’is sont là in trin d’risquî leu vîye.
Et c’est sôrtant dè l’bouche dè ces homes couradjeûs
Qui chène qui nos patwès est télcôp crapuleûs.

Vous dites qu’il est grossier, notre patois de Charleroi ?
Vous avez peut-être raison, mais savez vous pourquoi ?
C’est qu’il a été parlé par tous ces braves mineurs
Qui ne savent pas ce que c’est d’avoir peur
Qui descendent dans la mine en disant des bêtises
Sans songer qu’ils sont là en train de risquer leur vie.
Et c’est sortant de la bouche de ces hommes courageux
Que notre patois est, semble-t-il, quelquefois crapuleux.
[…] (Bob Deschamps et François Lemaire)

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