Dirigeants de banques et analystes financiers

Nouvelle victime de la crise des subprime, l’Union de Banques Suisses, qui annonçait dans la foulée aujourd’hui que 2007 serait sa première année déficitaire depuis sa fusion en 1998 avec la Société de Banques Suisses, et une prise de participation de 9% de l’état de Singapour dans son capital. Honnêtement, les ennuis de la banque suisse depuis le début de l’année n’arrêtent pas de me surprendre – comme ceux du Japonais Nomura, d’ailleurs – et ceci parce que, depuis le début de la crise des subprime, les analystes de ces deux firmes ont produit selon moi les meilleures explications des causes de la crise et de ses rebondissements. Comme si, les dirigeants de ces compagnies ne lisaient pas ce que leurs analystes écrivent.

Dans le numéro de « Mortgage Strategist » (une publication de l’UBS), qui vient de paraître (le 4 décembre), une comparaison entre la crise actuelle et une crise plus ancienne, datant du milieu des années 1980, celle des Savings & Loans, les caisses d’épargne américaines. Pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur cette crise, je l’évoque brièvement dans « Vers la crise du capitalisme américain ? », aux pages 228 à 230. J’y cite le Prix Nobel Franco Modigliani : « Les épargnants qui se seraient inquiétés à la rumeur d’une éventuelle banqueroute ne virent pas venir le danger : s’ils avaient voulu en savoir plus, ils auraient examiné la valeur déclarée des actifs. Or celle-ci était gonflée artificiellement grâce à de la « comptabilité créatrice » qui était alors tolérée par les organes de tutelle, soucieux de maintenir le train sur les rails et de cacher l’étendue du désastre ».

Un passage de l’étude de l’UBS (*) :

« L’épisode des caisses d’épargne nous enseigne que le processus de prise de conscience du problème, de mise au point d’un accord portant sur des solutions effectives, et leur mise en application ensuite, peuvent être entravés par des interventions politiques, des représentations idéologiques et les lobbys. Durant les neuf années qui précédèrent le Financial Institutions Reform, Recovery and Enforcement Act de 1989 (le plan d’intervention et de redressement gouvernemental), la combinaison d’interventions musclées de la part de lobbys et une idéologie de dérégulation, parvinrent à détourner ou à subvertir toute tentative substantielle de solution ; au lieu de cela, furent offertes aux caisses d’épargne de nouvelles opportunités d’investissement dans des avoirs de mauvais aloi ».

Tout bien réfléchi, je retire ce que j’ai dit plus haut à propos de ma surprise : il est bien possible que les dirigeants de ces banques lisent ce qu’écrivent leurs analystes mais n’aiment pas ce qu’ils lisent !

(*) « What Can the Thrift Crisis Tell Us About the Subprime Crisis ? », Union de Banques Suisses, Mortgage Strategist, le 4 décembre 2007.

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Une réflexion sur « Dirigeants de banques et analystes financiers »

  1. Est-ce un premier niveau d’explication de  » la répétition des crises  » ?

    Autre chose, n’est-ce pas simplement le signe que les dirigeants s’en fichent… qu’à partir d’un certain niveau d’assise sociale, quelque soit la crise cette « caste » ne sera pas atteinte, et que, après la crise, quoi qu’il arrive lors de la remise en jeu, elle conservera un avantage dominant parce qu’elle initie les règles de la relance. Dès lors, la crise est structurelle, elle met fin à une partie, ramasse la mise laquelle n’est pas la quantité absolue d’argent mais le maintien de la position dominante. L’important étant de faire croire à tous qu’il faut continuer à jouer d’autres parties : relancer le prêt à intérêt.

    En excommuniant le prêt à intérêt, l’Église ne défendait-elle pas une forme de stabilité dans l’ordre du monde dont elle était le centre ? En entretenant l’instabilité que font les banquiers ?

    PS, Attali vient de sortir sur son blog quelques très bons billets notamment « le Plafond de verre« , dans le lequel il propose 7 excellentes mesures pour les banlieues.

    Seule interrogation à ce propos, je me demande pourquoi les jeunes créateurs d’entreprise devraient passer par une banque ? Pourquoi ne pas attribuer des bourses obligatoirement (en gros) remboursables (évidemment) mais sans intérêt. Pourquoi en devenant petits entrepreneurs moteurs dans leur zone doivent-ils en plus entretenir le statut dominant des banquiers. Ramenez la vie en société dans les quartiers n’est-ce pas suffisant pour payer la collectivité du prêt qu’ils recevraient sans intérêt ?

    Dans votre constitution économique, quelle serait l’ethos (au sens anthropologique) du prêt ?

    « Un beau matin, fatigué j’irai m’asseoir sur le trottoir d’à côté »
    (Alain Souchon)

    – relisons « Le droit à la paresse » de Paul Lafarge!

    Bien à vous,

    JLM

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