Présidentielles américaines : l’avant–match

Le coup d’envoi des élections présidentielles américaines de 2008 sera donné dans les tout premiers jours de janvier avec le début des primaires au sein des deux partis nationaux. Du côté démocrate, deux candidats au profil non–classique se sont dégagés du lot : une femme Hillary Rodham–Clinton, avec une avance quelque peu élastique dans les sondages sur son concurrent noir : Barack Obama. Du côté républicain, quatre candidats conservent une chance plausible de l’emporter : Rudi Giulani, Mitt Romney, Mike Huckabee et John McCain. Rien n’est très clair dans ce camp–là et les retournements de situation s’y succèdent de jour en jour.

Situation quelque peu inédite, ce ne sera pas nécessairement un candidat républicain qui se verra opposé au démocrate : Mike Bloomberg, maire de New York, en candidat indépendant, pourrait très bien jouer le rôle du joker au cas où les candidats républicains se seraient entre–dévorés d’ici–là. Ceci n’est pas à exclure, puisqu’ils ont déjà commencé avec entrain, en particulier sur la question de l’immigration illégale : les téléspectateurs se sont régalés la semaine dernière d’un échange de roquets entre Romney et Giulani : « Quand vous étiez maire de New York, vous avez fait de la ville un sanctuaire pour clandestins ! », aboie Romney, « Je viens de me renseigner sur qui est en train de paysager votre jardin. Vous êtes assis ? Vous allez avoir une surprise ! », gronde Giulani.

Hillary Rodham–Clinton a pour handicap de s’imaginer déjà beaucoup plus loin dans le temps : soucieuse de défendre les mêmes principes aujourd’hui lors de la campagne des primaires qui l’oppose aux autres candidats démocrates, demain lorsqu’elle affrontera l’autre candidat lors des présidentielles et enfin, après–demain, lorsqu’elle sera présidente, elle s’essaye à un exercice périlleux et inédit en politique : être le candidat et la future présidente qui ne se sera pas contredite. Barack Obama bénéficie lui ces jours–ci de la tournée à grand spectacle que lui offre Oprah Winfrey, le Bernard Pivot américain, mais il fait l’unanimité contre lui des autres candidats démocrates en empruntant dans les critiques qu’il leur adresse des arguments venus tout droit de la plate–forme politique du parti républicain. Il ne sort pas grandi non plus de la tribune qu’il a publiée samedi dans le Wall Street Journal où aucune des perles de la langue de bois ne manquait à l’appel. Andrew Young, militant des droits civiques et ancien ambassadeur américain à l’ONU, l’une des personnalités respectées de la communauté noire américaine a semblé pendant quelques secondes lui apporter son soutien quand il a déclaré : « J’imagine très bien Obama à la Maison Blanche », avant d’ajouter « en 2016 », déclenchant l’hilarité générale.

Les candidats républicains souffrent de deux handicaps : d’une part, la dégringolade du nombre d’électeurs qui s’affirment républicains et d’autre part, le fait qu’aucun candidat n’ait émergé comme un favori bénéficiant d’une certaine dynamique. Ils étaient trois en tête : Giulani, Romney et McCain ; le manque d’enthousiasme à leur égard a permis récemment à un quatrième de rejoindre le peloton : Mike Huckabee, apparu lors des débats télévisés comme seul capable, du côté républicain, de tenir un raisonnement articulé et cohérent, mais les carottes ne sont pas cuites : la presse vient de découvrir qu’il était intervenu personnellement pour faire libérer sur parole, à l’époque où il était gouverneur de l’Arkansas, un violeur qui s’était empressé d’aller assassiner une autre femme. Aux yeux de l’électorat classique du parti républicain, Giulani a contre lui ses mariages tumultueux, sa position « pro–choice » qui favorise le choix de la mère dans la question de l’avortement, position anathème pour de nombreux électeurs du parti, également, et provoquant ici une suspicion plus largement partagée : le fait révélé il y a quelques jours que sa firme de sécurité a pour principal client un commanditaire qui avait fait échapper à la justice américaine l’un des dignitaires d’al Qaida. Romney a contre lui d’être Mormon, le Mormonisme apparaissant aux yeux de la majorité comme une secte, et plus encore à ceux de la droite religieuse protestante qui refuse de le considérer même comme l’un des courants du christianisme. McCain a contre lui de s’être aligné sur la position va–t–en–guerre du Président en Irak, politique devenue hautement impopulaire ; il bénéficie paradoxalement du fait qu’une relative stabilisation dans l’occupation du pays a fait reculer l’Irak dans les préoccupations du citoyen américain moyen qui met désormais au premier plan de ses priorités des questions de politique intérieure comme l’assurance–maladie et, conséquence de la crise des subprime et de ses ramifications, la situation de l’emploi et la disparité des revenus.

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