CE SOIR ON SE SOUVIENT !

Jules Pongron de La Ferté-Alais m’écrit pour me dire : « Mes cinq chansons préférées de Charles Trenet sont : 1) Que reste-t-il de nos amours ? ; 2) Mes jeunes années ; 3) L’âme des poètes ; 4) Quand j’étais petit ; 5) Un rien me fait chanter ».

Merci Jules de nous faire partager vos préférences ! Que de nostalgie dans ces quelques titres !
Alors, voilà : pour vous faire plaisir et par la magie de la technique moderne !
Et … nos compliments à Madame !

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LE POINT SUR « L’appel pour faire passer les citoyens avant les créanciers des banquiers », par zébu

Billet invité

Après analyse de l’appel de Denis Dupré et de ma propre contre-proposition, je pense qu’il est possible de trouver un compromis pour fusionner ces 2 contributions, à condition que l’on tienne compte du citoyen autant que du bourgeois. Je suis ainsi complètement d’accord avec les points 1 et 2 proposés par Denis (très peu de gens ne le sont pas).

Le point 3 n’est pour moi pas acceptable, du moins en l’état. Et je ne vois pas bien comment il pourrait être modifié, si ce n’est par cette proposition :

« L’État peut décider de contraindre certains créanciers, dans une procédure à part, de verser une prime différenciée sous forme d’actions pour compenser les pertes de certains actionnaires ou créanciers qu’il souhaite préserver jusqu’à un certain montant, en sus ou parmi leurs créances transformées en actions. »

L’idée est d’organiser un transfert de richesses comme compensation, d’abord des créances vers de la capitalisation (éventuellement valorisable si les actionnaires restent), puis de certains actionnaires vers les déposants sous forme d’actions, et de contribuer ainsi à redistribuer les richesses à (re)créer parmi les différents acteurs, l’État restant ultra-majoritaire.

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A PROPOS DE L’ARGENT, MODE D’EMPLOI, REPONSES A DES QUESTIONS DE VINCENT BOURDEAU

Vincent Bourdeau publiera dans le No 7 de la revue TINA, à paraître en février 2011, un compte-rendu de L’argent, mode d’emploi (Fayard 2009), il m’a posé à ce sujet, un certain nombre de questions qui seront publiées à la suite de son texte. Voici mes réponses.

Vincent Bourdeau (V. B.) – Pour commencer pouvez-vous nous indiquer en quoi, à vos yeux, il est si important que cela de distinguer la monnaie comme argent de la monnaie comme reconnaissance de dette ? Intuitivement, si l’argent est défini comme un moyen de paiement, on peut imaginer que tout « objet » qui aurait les vertus que l’on prête à l’argent (liquidité, divisibilité, etc.) pourrait être considéré comme de l’argent, non ?

Paul Jorion (P. J.) – Une reconnaissance de dette ne peut être considérée comme une monnaie qu’à la suite d’un malentendu : il s’agirait d’une marchandise « liquide » au même titre qu’une monnaie (universalité de son acceptabilité) et on pourrait l’assimiler à une monnaie pour cette raison. La liquidité de l’argent est absolue alors que celle d’une reconnaissance de dette n’est connaissable qu’a posteriori, une fois que son échange contre une somme d’argent a eu lieu. Une reconnaissance de dette n’est acceptée comme moyen de paiement que parce qu’elle se liquidera en une certaine somme d’argent. Le montant de cette somme se situe entre zéro et le montant nominal de la reconnaissance de dette. Son détenteur peut lui assigner une valeur actuarielle (probabiliste) fondée sur le risque de défaut. Cette valeur probabiliste pourra servir de base de négociation au cas où le débiteur est en difficulté et met le créancier devant l’alternative défaut de paiement ou restructuration de la dette.

Tout « objet » qui aurait les vertus que l’on prête à l’argent aurait automatiquement pour propriété 1) une liquidité absolue, ce qui manque à la reconnaissance de dette ; 2) une valeur inconditionnelle (l’argent n’est pas dépendant d’un remboursement qui aura lieu ou non, il ne se liquidera pas en une certaine somme d’argent indéterminable à l’avance : il est immédiatement une somme d’argent), alors que la valeur d’une reconnaissance de dette est conditionnelle (elle dépend d’un remboursement ou non).

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L’actualité de la crise : LES MARCHÉS SONT RATIONNELS, par François Leclerc

Billet invité

L’évolution du marché obligataire est sans équivoque. Sans même faire une pause, les marchés ont anticipé ce lundi la poursuite de la crise, aboutissant à la précipiter. Mais si les tensions sur les taux espagnols et portugais étaient prévisibles, qu’elles touchent également les taux irlandais et italiens l’était moins. Sans parler de l’euro qui retombe à 1,30 dollar pour un euro, et des valeurs financières qui ont continué à baisser. Une journée détestable pour ceux qui ne s’y attendaient pas.

Dans le cas de l’Irlande, une incertitude un moment escamotée est réapparue, annihilant l’annonce du plan de sauvetage de dimanche. L’adoption du budget irlandais est un préalable à sa mise en œuvre, sans que rien n’assure – tout au contraire – qu’il en sera ainsi le 7 décembre prochain, date prévue pour le vote.

Car la situation irlandaise s’est singulièrement envenimée depuis la publication de deux modalités du plan. Passe encore que le taux de 5,8% des prêts européens, inférieur aux estimations qui circulaient avant son annonce, soit nettement plus élevé que celui dont les grecs ont bénéficié, soit 5,2%. Mais la décision d’utiliser les 15 milliards restants du fond irlandais de réserve des retraites afin de recapitaliser les banques irlandaises reste en travers de la gorge. Non seulement les créanciers détenteurs d’obligations senior des banques ne subiront aucune décote, mais qui plus est, ils seront intégralement remboursés avec ces fonds détournés de leur usage.

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CONTRE-PROPOSITION à « L’appel pour faire passer les citoyens avant les créanciers des banquiers », par zébu

Billet invité.

Suite à la parution comme billet de l’Appel, je fais une contre-proposition, reprenant les points un et deux de l’appel (sur la nécessité de restructuration des organismes bancaires, que je partage, avec les deux options possibles) mais supprimant et même s’opposant, irrémédiablement aux points 3 et 4, à savoir le fait que l’Etat ait la possibilité de compenser des pertes des actionnaires et des déposants (de tous, de fait) et que des ‘spécialistes’ (sur quelles bases ? quid aussi du ‘juge et partie’ des spécialistes travaillant, forcément, avec le milieu bancaire) soient ‘désignés’ par des citoyens (comment ?) pour réaliser les restructurations, je propose un contre-appel.

Parce que simplement s’énerver ne vaut pas tripette si on ne propose rien en contrepartie et si on ne s’expose pas.

Je le réaffirme très clairement : je suis opposé, parce que la crise progressant on ait l’obligation ardente de le faire, à ‘sauver’ les épargnants, dont une part, mineure mais très ‘possédante’, a contribué à alimenter un système spéculatif.

S’ils sont conscients, à fortiori. S’ils ne sont pas, qu’ils le deviennent.

Ce n’est PAS à la collectivité, aux citoyens, dont une grande part ne sont tout bonnement pas ‘épargnants’ et s’ils le sont, le sont très peu, à payer la note de ces goinfres : on ne jette pas de gâteaux aux porcs. Point.

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LE MONDE-ÉCONOMIE, LUNDI 29 – MARDI 30 NOVEMBRE 2010

Quelques principes pour la réforme fiscale

Au cours de son entretien télévisé du 16 novembre, Nicolas Sarkozy a évoqué une refonte de la fiscalité impliquant la disparition du bouclier fiscal et de l’Impôt de solidarité sur la fortune, et axée sur deux principes : une imposition du patrimoine fondée sur ses revenus ainsi qu’un alignement de la fiscalité française sur celle des autres pays européens.

Faute d’une philosophie présidant au système dans son ensemble, les politiques fiscales s’identifient en effet à un ensemble hétéroclite de mesures, suivies de contre-mesures visant à palier les conséquences imprévues des premières. Un rapport du Conseil des prélèvements obligatoires publié en mars 2009 évoque ainsi « la complexité croissante des régimes et des mesures dérogatoires ».

Un examen systématique de la fiscalité la découvre constituée de strates de sédimentation successives, chacune faite de repentirs par rapport à la couche qui l’a précédée. Parmi ceux-ci : les « transferts sociaux », la Contribution sociale généralisée (CSG) au statut imprécis entre impôt et cotisation sociale, l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), enfin le bouclier fiscal dont l’objectif est de neutraliser partiellement certains repentirs antérieurs.

Le principe général de la fiscalité est rudimentaire : combien l’État peut-il ponctionner sans que la masse ne s’insurge ou que les privilégiés ne quittent le pays, sans s’inquiéter du fait que cette capacité à s’insurger ou à émigrer reflèterait déjà en soi des rapports de force au sein du tissu social qui seraient loin d’être idéaux. La remise à plat annoncée offre l’opportunité de définir une philosophie de la fiscalité inspirée au contraire par une compréhension authentique du fonctionnement de nos sociétés, en particulier sur les plans économique et financier.

Quels devraient être les principes d’une politique fiscale ?

La principale leçon de la crise est qu’une concentration excessive de la richesse parvient à terme à gripper le fonctionnement même de l’économie, les ressources nécessaires à la production et à la consommation se trouvant de manière croissante absentes là où elles sont requises. Les mécanismes susceptibles d’entraîner une telle concentration devraient être spécialement visés par une politique fiscale. Au premier rang de ceux-ci : le versement d’intérêts et l’héritage. Malheureusement, dans son rapport de mars 2009, le Conseil des prélèvements obligatoires pose sur l’un et sur l’autre un regard particulièrement bienveillant.

Quelques grands principes pourraient se dégager. Le premier devrait être de ne pas imposer le travail, qui constitue sans conteste l’activité humaine la plus utile et la plus digne d’être encouragée. Un deuxième, serait d’imposer substantiellement les revenus du capital (les stock options en font partie), ceux-ci constituant des rentes dues à l’hétérogénéité d’une répartition de la richesse qui demeure essentiellement d’origine historique. Un troisième serait d’imposer de manière dissuasive les gains dus au jeu, le fait que ce jeu soit reconnu ou non sur le plan juridique comme « opération financière » étant indifférent, le gain au jeu étant obligatoirement – comme les événements récents l’ont douloureusement rappelé – la source d’un risque systémique dont l’État est le garant en dernier ressort. Quant aux rentes de situation, une politique fiscale bien conçue devrait viser à les éliminer entièrement dans une double perspective de rationalité économique et de justice sociale.

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BFM RADIO, LUNDI 29 NOVEMBRE A 11h39 – COMMENT GERER LES CRISES, A L’AVENIR

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Plusieurs choses à dire sur l’aide à l’Irlande. Je commence par quelques principes généraux.

Quand un pays connaît des difficultés de dette ou de déficit publics, les taux dont il doit s’acquitter pour des emprunts de diverses maturités s’élèvent. Il s’agit là d’une règle générale qui s’applique bien entendu à tout emprunteur, État, société ou particulier. Cette hausse a pour cause ce qu’on appelle le « risque de crédit », autrement dit, le risque de non-remboursement. Quel en est le mécanisme ? En raison du risque de non-remboursement, le prêteur inclut dans le taux qu’il réclame une prime de risque : en réclamant un taux d’intérêt plus élevé qu’il ne serait normal s’il n’existait aucun risque de ne pas voir l’argent avancé lui revenir, le prêteur se constitue une cagnotte dont l’objectif est de couvrir, statistiquement, le risque qu’un jour l’un de ses emprunteurs ne pourra pas payer la somme ou ne la remboursera que partiellement. Les produits dérivés appelés Credit-Default Swaps (CDS) sont là pour évaluer le risque de défaut : celui qui court un risque est bien motivé en effet à l’évaluer correctement. Sauf que l’on peut contracter un CDS sans être exposé à un risque (position « nue »), juste pour le plaisir de parier sur le malheur d’un État et gagner de l’argent sur le malheur de sa population (Ouh ! les vilains ; voir l’entretien avec Pascal Canfin, à propos de son initiative contre les CDS « nus », aujourd’hui dans Les Échos).

Ceci étant compris, quatre questions se posent :

Première question : Comment expliquer alors l’indignation de candidats prêteurs à la suggestion de l’Allemagne qu’à partir de 2013, les prêteurs à un État de la zone euro pourront être à mis à contribution en cas de difficultés pour l’emprunteur, sous la forme d’une restructuration, d’une baisse du taux ou d’un rééchelonnement de la dette, puisqu’il s’agit de l’éventualité précisément couverte par l’inclusion d’une prime de risque (parfois considérable) dans le taux d’intérêt ? Ces investisseurs considèrent-ils que la surcote du taux de la dette d’État est un cadeau qui leur est simplement accordé ? La réponse est oui : ils n’ont jamais alimenté de cagnotte avec cette surcote, ils ont pris la mauvaise habitude de la considérer comme une aubaine pure et simple.

Deuxième question : Pourquoi l’Irlande ou la Grèce doivent-elles accorder des taux élevés (Euribor 3 mois + 3,5 %) aux pays européens qui leur viennent en aide puisque le mécanisme mis en place a pour but d’empêcher qu’elles fassent défaut, ce qui signifie que le risque de crédit est réduit à zéro, et qu’il n’y a donc aucune justification à l’inclusion d’une prime de risque dans le taux réclamé ? Ces nations prêteuses considèrent-elles que la surcote du taux est un cadeau qui leur est simplement accordé ? Même réponse que plus haut : il n’y a pas de petit profit (surtout s’il est gros, comme dans ce cas-ci !).

Troisième question : Pourquoi appeler « compromis » le fait qu’après avoir dit qu’à partir de 2013, les prêteurs de la zone euro seront éventuellement exposés à une restructuration de la dette des États, on ajoute que les situations seront examinées « au cas par cas » ? C’est difficile à dire puisqu’il ne s’agit pas d’un compromis mais de l’ajout d’une clause qui émascule complètement le principe général, le « cas par cas » rendant la règle totalement inapplicable puisque fondée sur l’arbitraire. L’incertitude du prêteur sera totale sur ce qui l’attend ! A-t-on entendu parler au niveau le plus élevé où ces décisions se prennent, de la surcote d’incertitude qu’exigent les marchés ?

Quatrième et dernière question : Les « stress-tests », les fameux tests de résistance des banques européennes ayant été faits en excluant l’hypothèse d’une restructuration de la dette d’un quelconque pays de la zone euro, doivent-ils être refaits maintenant que la restructuration est envisagée ? La réponse est oui.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : BANQUES = 1, IRLANDE = 0, par François Leclerc

Billet invité.

Résumant magistralement ce qu’il faut penser des chances de succès du plan de sauvetage divulgué hier soir dimanche, Christian Noyer, le gouverneur de Banque de France, a asséné qu’il n’avait « aucun doute » à ce propos. Venant de sa part, on n’en attendait pas moins. Dominique Strauss-Kahn et Olli Rehn (commissaire européen aux affaires économiques) s’y sont pour leur part mis à deux pour exprimer dans un communiqué commun qu’ils « soutenaient vigoureusement … le programme économique irlandais », préférant on ne sait pourquoi ne pas s’en attribuer la paternité.

Attendus pour plus tard, les commentaires des marchés n’étaient pas encore disponibles à l’heure où nous mettons sous presse. En Asie, l’euro était en petite forme au réveil, tenant péniblement debout avant de jouer au yo-yo.

Sans aucune ambiguïté, l’épilogue tout provisoire de la crise irlandaise se solde par une victoire à plate couture des banques européennes. En tant que créancières des banques irlandaises en totale déconfiture, elles ne sont pas atteintes (sauf à la marge, quand elles disposent d’obligations junior), tandis que les consœurs irlandaises vont continuer à être renflouées sur fonds publics. Les Irlandais payeront la très lourde addition. De manière significative, Christian Noyer, dans sa réaction au plan de sauvetage, a préféré évoquer pour l’Irlande « le boom puis la chute du marché immobilier », et s’en tenir pour la Grèce à « un problème de mauvaise gestion des finances publiques ». Les banques, moins on en parle, mieux cela vaut.

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WIKILEAKS : LA MAIN DANS LE SAC

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il est difficile de prévoir quelles seront les conséquences de la divulgation par WikiLeaks de 250.000 messages échangés par des diplomates américains et leur ministère des affaires étrangères. On saura dans les jours qui viennent s’il s’agit d’un tournant dans l’histoire récente des États-Unis. Ce soir en tout cas, la chose n’apparaît pas impossible.

Même si aucun message « Top secret » ne fait partie des documents publiés par WikiLeaks, la politique étrangère américaine n’en est pas moins mise à plat assez complètement et assez crûment. Nulle surprise bien entendu que la version officielle de la politique étrangère soit assez éloignée de la réalité des faits, ceci n’enlève cependant rien au fait que la vérité cachée et révélée aujourd’hui soit parfois étonnante, car s’ouvre ici à nos yeux médusés une caverne d’Ali-Baba débordant d’informations relatives aux rapports des États-Unis avec, entre autres, les responsables afghans, dont l’un se rend aux Emirats Arabes Unis avec 52 millions de dollars dans la poche avec, sinon l’approbation, du moins la complicité bienveillante des Américains, les responsables pakistanais, à propos desquels on tente de déterminer pour chacun s’il fait partie des bons ou des méchants, ou différents pays arabes qui ne sont pas parmi les plus tièdes à vouloir en découdre avec l’Iran, etc.

Pour tout ce qui touche à cela, et quoi qu’il arrive demain, le mal est fait : la realpolitik dans les relations avec tel ou tel pays est désormais visible en surface et ce qu’on en a raconté aux populations n’est pas nécessairement ce qui s’est vraiment passé et que l’on lira demain matin dans la presse locale.

Bien entendu, on fera aussi en sorte dès demain matin du côté américain pour que de tels courriers diplomatiques ne s’étalent plus à la une des journaux, et la politique étrangère sera redéfinie dans chacun des pays, sinon avec les mêmes interlocuteurs, dont pas mal sont sans doute définitivement grillés par les révélations d’aujourd’hui, du moins avec d’autres. Ce qui sera plus difficile à réparer, ce sera la confiance entre les États-Unis et les nations qui se considéraient jusqu’ici comme leurs amis. On découvre en effet dans les documents divulgués que l’espionnage n’est pas réservé aux agences dont la fonction officielle est le renseignement, comme la CIA ou la NSA, mais que le corps diplomatique américain s’y consacre dans sa totalité et à temps plein. Il ne sera pas même possible d’affirmer qu’il s’agit de pratiques anciennes puisque certaines circulaires qui enjoignent au personnel diplomatique de se livrer à l’espionnage sont signées Hillary Clinton (celle portant par exemple sur l’obtention de renseignements relatifs aux instances dirigeantes des Nations-Unies, comme le numéro de leurs cartes de crédit, leurs mots de passe sur l’internet, leurs horaires et habitudes de travail, etc.).

Sachant que tout diplomate américain qui vous approche a peut-être pour instructions de chercher à se procurer une photo haute définition de votre iris ou l’un de vos cheveux pour établir la carte de votre ADN, il est devenu désormais extrêmement difficile d’établir entre lui et vous un climat d’absolue franchise.

Bien sûr, on affirmera de source américaine qu’il s’agit de pratiques révolues. Ce n’est pas encore le cas ce soir toutefois puisque l’on semble encore sous le choc. Si l’ambassadeur américain en France, après avoir déclaré que « La France est le plus ancien allié des Etats-Unis, et la force, l’étendue et la profondeur des relations entre nos deux pays n’ont jamais été plus grandes qu’elles ne le sont aujourd’hui », exprime les regrets des Etats-Unis, il ne s’agit pas de regrets portant sur les pratiques douteuses qui ont été révélées grâce aux documents rendus publics et qui les montrent pris la main dans le sac, il s’agit des États-Unis regrettant « la divulgation de toute information qui était destinée à rester confidentielle ». Ce regret là en tout cas est sincère.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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APPEL POUR FAIRE PASSER LES CITOYENS AVANT LES CREANCIERS DES BANQUES, PAR DENIS DUPRÉ

Billet invité. Banc d’essai pour une éventuelle pétition. Qu’en pensez-vous ?

La tragédie est décrite chaque jour par Paul Jorion et d’autres analystes qui nous donnent par avance les photos de l’accident à venir. Film noir, tragique. Inéluctable ?

Que faire ? Le découragement gagne.

Sonne l’heure de choisir : qui épongera les pertes ? Les citoyens ou les investisseurs ?

Nous proposons la signature d’un appel aux citoyens, un appel qui acte un certain nombre de réalités et demande à notre gouvernement de voter les décisions qui suivent.

Nous actons que :

1. Les pays d’Europe, l’Allemagne refusant de faire marcher la planche à billet, vont l’un après l’autre vers un endettement insupportable conduisant inéluctablement à une faillite ou une insurrection.

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LIBERTÉ, ÉGALITÉ, OCÉANITÉ, par Michel Martin

Billet invité

L’enfer est pavé de bonnes intentions, mais le ciel est garni d’étoiles.

C’est en écoutant le débat avec Alain Badiou sur son livre « L’hypothèse communiste » le soir du 23 Novembre dernier à Citéphilo que m’est venue l’idée de proposer une nouvelle devise. Ce texte prolonge aussi un début de discussion au sujet de la filiation du care entre fraternité et solidarisme qui s’est amorcé suite à mon intervention à Citéphilo le 23 novembre, en compagnie de Geneviève Fraisse, Jean Gadrey et Alain Lhomme. Il fait aussi écho au billet Liberté-égalité-Fraternité/Gratuité par Jean-Luce Morlie le 1er novembre ainsi qu’à une remarque de Paul Jorion dans sa vidéo du vendredi  26 novembre sur les libertariens.

Tout d’abord, devrions-nous dire devise, ne devrions-nous pas plutôt dire constellation ou firmament, idéel ou forme. C’est que dans une devise, il y a déjà un programme et qu’au contraire, nos trois mots fétiches sont des étoiles situées dans le ciel. Saint Bernard nous a enseigné que l’enfer était pavé de bonnes intentions, je pourrais ajouter que le ciel est garni d’étoiles. J’aurais tout aussi bien pu proposer Liberté, égalité, communisme plutôt qu’océanité. Car le communisme est une étoile qui s’est couverte de sang et de larmes. À devenir une bonne intention, à vouloir trop s’incarner, elle s’est tout de suite corrompue jusqu’à ne plus susciter que haine et nostalgie, jusqu’à déchaîner l’enfer. Alain Badiou se propose de ramasser cette étoile déchue dans le ruisseau, afin de tenter de réchauffer le coeur de ses compagnons de route, orphelins depuis qu’elle gît ainsi, près des détritus. Un œil attentif comme celui d’Alain Badiou a vu qu’elle est d’une autre nature, d’un autre destin, d’un autre éclat.

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L’actualité de la crise : DES DÉMENTIS POUR TOUTE POLITIQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Une pluie de démentis n’a cessé de tomber durant la journée de vendredi, comme s’il avait fallu rattraper en vitesse des paroles imprudentes et pas bonnes à dire, du genre : « la contagion se poursuit en Europe » ou bien «  il risque de falloir augmenter les moyens financiers disponibles afin d’y faire face ».

José Manuel Barroso, président de la Commission, a fait cette magnifique remarque : « Je crois qu’un des problèmes que nous avons eu récemment, c’est que des responsables politiques font tous les jours des commentaires au lieu de prendre des décisions ».

Donc plus question, à en croire aujourd’hui nos édiles, que le Portugal et l’Espagne entrent dans la zone des tempêtes, encore moins d’inciter les premiers à demander sans attendre de l’aide, ni enfin de revoir la dotation du fonds de stabilité européen. C’est dit et c’est juré.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 26 NOVEMBRE 2010

Les civilisations qui meurent

Les postures : Sémiotique de la crise, par Jean Maxence Granier

La seule solution

La méthode n’est pas la bonne

Des paris stupides, par François Leclerc

La Chine et la spéculation

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L’actualité de la crise : DES PARIS STUPIDES, par François Leclerc

Billet invité.

Si un seul mot devait résumer la journée d’hier jeudi, et en faire sans hésiter autant des suivantes, cela serait incontestablement celui de confusion. Dans le désordre, les autorités européennes continuent d’être à la remorque des événements. Et, quand elles veulent préparer l’avenir, elles tentent de bricoler des dispositifs successifs de sauvetage en les inscrivant dans un calendrier sans rapport avec la dynamique engagée.

Pour aller à l’essentiel : l’Irlande est plus que jamais le détonateur de la bombe espagnole. Afin de ne pas être totalement démunis quand, lundi prochain, les marchés ouvriront à nouveau – il n’y a plus que deux jours à tirer avant la trêve du week-end – les représentants de l’Union européenne et du FMI ont donc décidé d’adopter dès dimanche le plan de soutien à l’Irlande. Précipitant son chiffrage et abrégeant les négociations. Faisant une fervente prière pour que le nouveau budget irlandais puisse être adopté, dans une situation de crise politique et sociale qui rend cette perspective très aléatoire, puisque cette adoption est la condition sine qua non de l’aide.

Dernier recours quand tout va mal, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se sont entretenus dans l’urgence. Pour décider de précipiter le mouvement afin de tenter de calmer le jeu. Faisant par la même un gigantesque contre-sens, car ce qui incite les marchés à continuer de faire monter les enchères et les taux obligataires irlandais et espagnols – créant même quelques remous bousculant les obligations allemandes et françaises – c’est le plan de sauvetage lui-même, et non pas son retard à l’allumage.

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NEIL PERCIVAL YOUNG

J’avais un ami en Amérique qui s’appelait Paul comme moi. Quand la conversation languissait, il retombait systématiquement sur Neil Young. Il se mettait à citer quelques vers d’une chanson de Neil Young, comme : « Il y avait une fanfare qui soufflait à la face du soleil, qui flottait sur la brise, regarde Mère-Nature en fuite dans les années 1970… », et il ajoutait : « Qu’est-ce qu’il était toujours pété ce gars-là ! ». Paul, beaucoup plus jeune que moi avait découvert Neil Young sur le tard, quand il était entré à l’université. Il avait vu Neil Young en concert et, bien des années plus tard, il restait fasciné par les harangues incohérentes que le chanteur proférait en bougonnant entre deux morceaux.

Un de mes chanteurs nord-américains préférés (en fait, Canadien), comme vous l’avez compris.

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APPEL DE NOVEMBRE

L’appel d’octobre a rapporté : 2 203 € (somme brute).

Somme (brute) reçue à ce jour (30) pour novembre : 2 184 €.

Merci à vous tous pour vos dons qui me permettent de concentrer mon attention sur le blog et propager la bonne parole. Novembre sera un mois très intéressant. Depuis 2007, chaque mois est un peu plus intéressant que le précédent, mais depuis le début de cette année, les choses s’accélèrent. Les billets invités sont de plus en plus ciblés et se complètent pour un message cohérent. Et ce n’est pas fini !

Voici un bref sommaire de mes activités en-dehors du blog au mois d’octobre. Bien sûr, le blog lui-même poursuit sur sa lancée, avec mes billets et vidéos, les billets invités, et aussi, La survie de l’Espèce, par Grégory Maklès et votre serviteur.

Le 1er octobre, j’ai eu l’occasion de parler à Fougères, dans l’Ille-et-Vilaine.

Le 2, L’Est républicain, a publié un court entretien que j’ai eu avec Marcel Gay, intitulé « Les enjeux de l’explosion de la dette ».

Le 7, j’ai passé la journée à Herbeumont, en Belgique, à m’entretenir avec les syndicalistes de la Centrale Nationale (belge) des Employés.

Le 8, j’ai parlé à l’Université Bretagne Sud à Vannes.

Le 13, j’essayais de répondre à la question : « La France est-elle en train de dire NON ? », sur
Europe 1, Bienvenue chez Basse.

Le 17, j’étais à l’émission de Stéphane Paoli « 3D », sur France Inter.

Le 22, je me suis adressé toute la journée à la nouvelle promotion de l’Institut Français de Gestion.

Le 23, j’ai parlé aux Verts, dans le cadre de leurs États Généraux pour l’Emploi et l’Ecologie.

Le 26, j’ai commenté le film « Cleveland contre Wall Street » à l’intention des Vannetais.

Enfin, mon portrait « Le dissident de l’Ouest » par Philippe Plassart a paru dans Le Nouvel Économiste, le 28.

Il n’y a pas eu de chronique mensuelle dans Le Monde – Économie en octobre, la prochaine paraîtra demain et s’intitulera « Le retour à la bifurcation ».

Mes chroniques hebdomadaires sur BFM Radio, ont successivement été consacrées à : Une boucle de rétroaction « Skynet » (le 4 octobre), La peur déprime la reprise américaine (le 11), Une boîte de Pandore de plus est-elle en train de s’ouvrir ? (le 18), et Où l’on parle de guerre civile (le 25).

J’accepte très peu d’invitations en novembre et en décembre pour pouvoir terminer Le capitalisme (titre provisoire), à paraître l’année prochaine chez Fayard, mais je parlerai le 27 à Châteaulin (Finistère). Je vous tiendrai au courant d’autres interventions éventuelles.

En octobre, Le Blog de Paul Jorion était No 1 des blogs d’économie sur Wikio.

Merci à Julien et à François pour leur aide dans la modération et leur suivi quand je suis sur la route. Merci également aux auteurs de « billets invités » et aux commentateurs en général : la mayonnaise est en train de prendre, on sort des considérations générales !

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MARX ET LA BAISSE TENDANCIELLE DU TAUX DE PROFIT

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La baisse tendancielle du taux de profit est selon Marx la raison pour laquelle le capitalisme est condamné à terme. La brutalité de la crise née en 2007 a conduit un certain nombre d’économistes marxistes à se repencher sur cette question, et en particulier, Michel Husson, qui a mis en évidence deux éléments très importants pour la comprendre : d’une part, aucune baisse du taux de profit n’a été observée durant la période qui va du début des années 1980 à 2007, mais bien au contraire une hausse, en tout cas dans un ensemble de pays constitué des États-Unis, de l’Allemagne, de la France et du Royaume-Uni ; il existe d’autre part une erreur conceptuelle dans la manière dont ce que Husson appelle la « vulgate marxiste » pose le problème de la baisse tendancielle du taux de profit : le même facteur, le gain de productivité, se trouve à la fois en numérateur et en dénominateur dans l’équation utilisée, annulant l’effet de cette variable dans le calcul (Husson 2010a : 8).

D’autres économistes marxistes ont émis des doutes sur les calculs de Husson, mais sans jamais entamer, me semble-t-il, la validité générale de ses conclusions. Il met en effet en évidence l’augmentation considérable de la part des dividendes au cours des années récentes, et il confirme par les chiffres qu’il rassemble la stagnation, voire la régression de la part des salaires dans le partage du surplus – phénomène connu par ailleurs (voir en particulier un autre de ses textes : Husson 2010b). Il écrit par exemple, à propos de la rentabilité des grands groupes français sur la période 1992 – 2007 :

« … l’augmentation de la rentabilité est due pour l’essentiel à un recul considérable de la part des salaires dans la valeur ajoutée : elle baisse de 11,6 points sur la période retenue [de 66,4 % à 54,8 %]… [une] augmentation des dividendes versés qui passent de 2 % à 6,2 % de la valeur ajoutée. Même en retirant du profit les intérêts (en baisse) et les impôts (en hausse), la part du résultat brut, autrement dit des profits après impôts et intérêts (mais avant amortissements), augmente de 9,5 points » (Husson 2010a : 4-5).

Comme le souligne Husson, la hausse du taux de profit est évidente, même si l’on se contente de la faire apparaître indirectement comme résidu, à partir simplement de la baisse de la part des salaires et de la hausse de la part des dividendes.

La discussion entre Husson et ses critiques fait apparaître un autre élément dans l’appréciation de l’évolution du taux de profit : la révérence excessive de certains économistes pour le texte de Marx, révérence qui s’assimile au dogmatisme et qui fige malheureusement le débat dans certains cercles marxistes. La question qui se pose est en effet celle-ci : est-il possible que le capitalisme soit à l’agonie, alors même qu’on n’observerait pas en ce moment de baisse tendancielle du taux de profit ? Et la réponse de certains économistes marxistes à cette question est non. Pour eux, l’hypothèse posée par Marx que la mort du capitalisme viendra de la baisse tendancielle du taux de profit étant vraie (sans qu’elle ait jamais pu être vérifiée empiriquement jusqu’ici bien sûr), la hausse du taux de profit constatée actuellement exclut que nous puissions assister en ce moment à cette mort. Une telle position est tout simplement dogmatique : elle érige en dogme une hypothèse de Marx et se ferme à l’observation.

Marx avait apparemment raison en prédisant la mort inéluctable du capitalisme, sa mémoire en tant qu’économiste serait-elle ternie si le capitalisme devait mourir pour une autre raison que celle qu’il avait déterminée il y a cent cinquante ans ?

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Husson, Michel, « Le débat sur le taux de profit », Inprecor n°562-563, juin-juillet 2010a

Husson, Michel, « Le partage de la valeur ajoutée en Europe », La Revue de l’Ires n°64, 2010b

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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