L’actualité de la crise : DES DÉMENTIS POUR TOUTE POLITIQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Une pluie de démentis n’a cessé de tomber durant la journée de vendredi, comme s’il avait fallu rattraper en vitesse des paroles imprudentes et pas bonnes à dire, du genre : « la contagion se poursuit en Europe » ou bien «  il risque de falloir augmenter les moyens financiers disponibles afin d’y faire face ».

José Manuel Barroso, président de la Commission, a fait cette magnifique remarque : “Je crois qu’un des problèmes que nous avons eu récemment, c’est que des responsables politiques font tous les jours des commentaires au lieu de prendre des décisions”.

Donc plus question, à en croire aujourd’hui nos édiles, que le Portugal et l’Espagne entrent dans la zone des tempêtes, encore moins d’inciter les premiers à demander sans attendre de l’aide, ni enfin de revoir la dotation du fonds de stabilité européen. C’est dit et c’est juré.

Les marchés – à qui la science infuse est en général accordée – ne semblent pas les avoir entendus. Sur toutes les places financières européennes les valeurs financières ont continué à chuter, comme si les banques étaient à la veille d’un sérieux coup de tabac. Une manière d’anticiper des restructurations de dette. Les taux obligataires des pays sur la sellette ont continué de grimper sérieusement et l’euro de baisser.

Qui a raison, qui a tort ? Le danger des prophéties auto-réalisatrices est mis à contribution pour expliquer ce qui devient l’irrationalité des marchés, sans expliquer pourquoi elles se poursuivent. Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, expliquant qu’« il y a énormément de spéculation, et cela permet à des opinions totalement isolées de prendre une certaine importance et d’inquiéter les marchés, ajoutant encore au trouble ».

Les dirigeants espagnols et portugais ont de leur côté multiplié les déclarations, expliquant que rien dans leur situation ne justifiait qu’ils se réfugient sous le parapluie financier européen. A croire que leur principale crainte est d’en bénéficier. Ce qui devrait faire un peu réfléchir ceux qui en ont fait la pierre cardinale de leur politique, car en profiter semble être ce qu’il faut à tout prix éviter.

Fernando Texeira dos Santos, le ministre portugais des finances, a néanmoins reconnu que « certains, parmi nos partenaires communautaires, estiment que la meilleure façon de préserver la stabilité de l’euro est de pousser les pays actuellement sous les projecteurs à accepter cette aide ». Il ajoutait non sans raison : « L’attaque des marchés contre les dettes souveraines, en particulier des pays dits périphériques, est un test de la volonté et la capacité des pays visés, mais aussi et surtout de la zone euro » et « une crise ayant des aspects systémiques exige une réponse non seulement des pays les plus touchés, mais aussi et surtout de l’ensemble de la zone euro ». 

Un petit détour par les Etats-Unis et le Japon s’impose pour mieux jauger la politique actuellement suivie en Europe. On y a appris que la Fed avait tenu une réunion secrète, en octobre, où on avait décidé de remonter le curseur du taux d’inflation acceptable, fixé selon l’usage à 2% ; permettant par la suite d’engager le programme d’achat de T-bonds américains dénommé QE 2. Incitant aujourd’hui à se demander s’il ne devra pas être suivi d’un QE 3, au train où vont mal les choses. Au Japon, où la question était pendante et ne se pose plus, un nouveau plan de relance de 58 milliards de dollars a été voté sur proposition du gouvernement. Les deux plans ont comme objectif commun de faire face à la menace de la récession.

Sous la double férule de la BCE et des Allemands, un tout autre plan allant dans la direction radicalement opposée – puisqu’il y conduit – est comme on le sait appliqué en Europe. Est-ce à terme tenable ? D’autant que ce plan bute déjà sur deux écueils, n’enrayant en rien la contagion et imposant des saignées qui achèvent les malades. Il se révèle être le meilleur levier de la propagation de la crise.

Incontestable constat d’échec, la liste des prochaines victimes s’allonge, le Portugal donné comme quasi certain et l’Espagne comme vraisemblable. Viennent d’y entrer, pour y figurer, l’Italie et puis la Belgique. Qui y échappera, à ce compte-là ? Thomas Mayer, économiste en chef à la Deutsche Bank, y a ajouté la France pour faire bonne mesure, remarquant que « tout le monde ne peut pas s’appuyer sur l’Allemagne, sinon nous aussi nous tombons ».

Comment enrayer la contagion? Une restructuration de la dette publique sera selon lui « très difficile » à éviter. “Les politiques disent que [le mécanisme de crise] ne doit valoir que pour la dette émise après 2013, pas celle déjà émise. Mais nous avons une crise maintenant, et je n’ai encore trouvé personne qui m’explique ce qui va se passer avec les dettes existantes”, a enfin constaté Thomas Mayer.

Cela vaut tous les démentis de la journée.

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133 réflexions sur « L’actualité de la crise : DES DÉMENTIS POUR TOUTE POLITIQUE, par François Leclerc »

    1. Vous avez raison Marlowe…Lorsque tout est imprévisible…Alors seulement…tout devient possible…Nombreux sont ceux qui se sont résolument positionnés sur cette vision…

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