La thermodynamique des transitions économiques, par François Roddier

Billet invité. En sus, le texte et la présentation de la conférence donnée par François Roddier le 12 mars 2015 à The Shift Project

Résumé : Comme tout organisme vivant, une société humaine ne peut subsister que grâce à un apport constant dʼénergie quʼelle dissipe. Lʼéconomie est lʼétude de son métabolisme. Comme lui, elle suit les lois de la thermodynamique. De même quʼune machine thermique ne peut fonctionner durablement sans effectuer des cycles de transformations échangeant de la chaleur avec deux sources de températures différentes, de même un organisme vivant effectue des cycles de réactions chimiques grâce à des catalyseurs qui créent des “températures apparentes” différentes. De même enfin, une économie ne peut fonctionner durablement sans effectuer des cycles dʼéchanges avec des monnaies différentes. On montre que lʼutilisation dʼune monnaie unique conduit inévitablement à un effondrement. Thermodynamiquement, un effondrement économique a les propriétés dʼune transition de phase abrupte.

La suite du texte ici.

La présentation est disponible ici.

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Liquidité monétaire et République Fédérale des Démocraties d’Europe, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Depuis la dégénérescence de la crise bancaire des subprimes en crise de liquidité des États, la construction politique européenne ne sait plus ce qu’elle est ni où elle va. Le renflouement du système bancaire mondial par la dette publique des États a provoqué en 2010 l’expulsion de la Grèce, du Portugal, de l’Irlande et de l’Espagne du marché privé de la liquidité en euro. Devant la faillite annoncée des banques détentrices des dettes publiques en euro, l’Allemagne et la France ont mis les traités européens entre parenthèses et suspendu la construction de l’Europe politique. Les experts anonymes de la Commission Européenne, de la BCE et du FMI, labellisés « Troïka » ont été dépêchés auprès du gouvernement d’Athènes pour dicter une politique qui prouve l’irréversibilité de l’euro comme monnaie commune indépendante des lois, des régimes et des souverainetés politiques.

Le nominalisme ou la puissance invincible des mots et des images

L’absolutisation formelle de la monnaie et de la finance au-dessus de la chose politique européenne date de la dérégulation financière des années 80. La dérégulation financière libérale a été inventée par les anglo-saxons pour surmonter la crise initiale de la dette publique qui a frappé les États-Unis dans les années soixante-dix à cause de la guerre froide et de la défaite du Viet-Nam. Après s’être relevés de leur défaite dans la deuxième guerre mondiale, l’Allemagne et le Japon étaient devenus excédentaires dans le commerce international. Accumulant des réserves de change sous forme de titres de créance sur le Trésor Fédéral des États-Unis, l’Allemagne et le Japon s’étaient engagés dans le rachat des réserves d’or de la Réserve Fédérale afin de se débarrasser de la dette publique étatsunienne qui ne leur paraissait pas sûre.

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Système monétaire : comment prévenir la corruption de la liberté en licence, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. À propos de

Lundi 2 mars 2015, Institut de France
L’Académie des Sciences morales et politiques
a l’honneur de vous inviter à une conférence exceptionnelle
autour du thème :
Recréer un système monétaire international
Un futur Objectif des Nations Unies pour le développement durable ?
L’Académie des Sciences morales et politiques, en préparation du Sommet de New York de septembre 2015 qui fixera les futurs Objectifs des Nations Unies pour le développement Durable, souhaite attirer l’attention de la communauté internationale sur la nécessité de refonder un système monétaire international, seul garant de la soutenabilité des systèmes financiers et de l’économie en général et d’un retour à plus d’éthique et d’équité sur les marchés.
en présence des académiciens
Jean BAECHLER
Professeur émérite à la Sorbonne-Paris IV
Jacques de LAROSIÈRE
Directeur général du FMI (1978-1987)
Michel PÉBEREAU
Président de BNP Paribas (1993-2011)
Jean-Claude TRICHET
Président de la BCE (2003-2011)

 
Jean Baechler est membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques dans la section Morale et Sociologie. Jean Baechler a pour confrères trois anciens banquiers, Jacques de larosière ancien Directeur Général du FMI, Jean-Claude Trichet ancien Président de la BCE et Michel Pébereau, ancien Président de BNP-Paribas. Le 2 mars dernier, le sociologue a demandé en séance publique à ses trois collègues du Quai Conti : comment dans le régime financier international actuel, prévenir la corruption de la liberté en licence ?

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Quatre mois pour fonder la démocratie de l’euro avec la Grèce, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. P.J. : un point Godwin, Pierre, mais vous ne faites que marcher dans les pas de Tsipras et de Varoufakis 😉

Après la prolongation de la Grèce dans l’euro, le choix de la démocratie s’offre à tous les Européens. L’organisation monétaire de l’Europe est l’armature de son régime du vivre ensemble multinational. La zone euro est actuellement construite comme un empire sur le modèle du Saint Empire Romain Germanique : des peuples, des princes, des clergés, des aristocrates, des bourgeois, des marchands juxtaposés qui s’affrontent froidement par leurs dirigeants. Les politiques et les financiers forment une caste supra-nationale exclusivement occupée à une compétition de pouvoir hors de tout projet de transformation de la réalité universelle des sociétés rassemblées. L’euro est une unité de compte de la richesse formelle ; du capital monétisé cumulable sur des comptes bancaires statistiques abstraits de la réalité humaine. Les individus qui contrôlent directement ou indirectement le plus de capital comptable formellement liquide sont réputés maître du jeu jusqu’à recomposition des nouvelles coalitions féodales qui viendront les détrôner.

L’euro n’est pas indexé sur la réalité économique des gens mais sur le discours des techniciens de la politique, de la finance et de la communication juridico-mercato-scientiste. Pour que l’euro soit une unité de compte des échanges réels entre Européens solidaires d’une loi commune, il faut et il suffit qu’il soit financièrement adossé aux nations d’Europe. Lesquelles soient monétairement stratifiables du local au confédéral en passant par toute la pluralité des objectifs matériels du vivre ensemble ensemble, ensemble d’ensembles, sous une nationalité vraiment commune. Pour que l’euro soit immunisé contre la spéculation des marchands prévaricateurs et concussionnaires, ils faut toutes les figures de l’État de droit démocratique entre la réalité et la comptabilité par les prix ; toutes les figures du local régional aux Etats-nations par la Confédération des démocraties de l’euro.

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Derrière le psychodrame nationaliste, la nouvelle constitution de l’euro en négociation, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

L’euro devient politique

L’actuelle confrontation de la Grèce à ses créanciers étatiques de la zone euro est capitale pour la Grèce, pour l’euro, pour l’Union Européenne contre le système monétaire libéral fondé sur la libre circulation du capital en monnaie bancaire irréelle. « Capitale » au sens où il faut décider qui est propriétaire du capital sur quoi doit s’imputer la fraction non remboursable de la dette publique grecque qui est actuellement une dette publique des États solidaires de la Grèce par l’euro.

Formellement et officiellement, les banques ont déjà renoncé au remboursement de leur créance en « revendant » leurs titres à prix cassé à la BCE et aux fonds de soutien mis en œuvre par le capital public de l’Eurogroupe (États de l’Union participant à l’euro). La dette publique grecque est donc adossée à du capital public en euro détenu par les États membre de l’euro. La détention européenne publique exclusive de la dette de l’État grec permet à l’Eurogroupe de négocier les paiements d’intérêt de la Grèce en dessous du prix de marché des investisseurs et prêteurs privés.

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Économie du droit réalisable, épistémologie du droit de vote en euro, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

La démocratie réinventée par l’initiative privée

À Paul Jorion vient d’être suggéré à la suite de sa dernière conférence à la VUB de soutenir une démarche de « crowd funding » pour financer le maintien de la Grèce dans la zone euro. Comme l’État grec ne parvient pas à couvrir toutes ses obligations légales et financières par les impôts et l’épargne des résidents grecs payables en euro, le déficit budgétaire serait comblé par une souscription internationale de bienfaiteurs privés. L’initiative privée viendrait pallier la défaillance des États souverains associés à la souveraineté grecque dans la zone euro. Appelons « association citoyenne de financement populaire » le dispositif envisagé de « crowd funding ».

Une souscription internationale en faveur de la Grèce montrerait que les citoyens d’Europe et du monde ne sont pas nécessairement cupides et nationalistes. La citoyenneté serait manifestée dans sa finalité universelle, coopérative, internationale et humaniste. Mais dans la même logique, le renflouement privé anonyme de la Grèce prendrait acte de l’absence de gouvernement politique de l’euro. L’euro serait consacré comme instrument exclusif de la libre circulation privée du capital totalement indépendant du financement public des États de droit ; lesquels sont pourtant la condition objective dirimante de l’appropriation privée du capital. La finalité et la nécessité des États et sociétés d’États à protéger et définir les droits des personnes conformément aux constitutions nationales des États actuels et aux traités actuels de la zone euro, serait de fait éludée.

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Le cadeau de la BCE à la démocratie en Grèce, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

La BCE vient d’annoncer qu’elle ne prendra plus de titres de la dette publique grecque en garantie de ses allocations d’euro aux banques. Pour toutes les banques y compris les banques grecques, il devient plus risqué d’acheter de la dette grecque. Les trois principales conséquences de la décision de la BCE sont :

  1. que la Grèce n’a plus d’accès officiel direct aux pièces et billets en euro ;
  2. que la Grèce ne peut financer son déficit commercial avec le reste de la zone euro que par des emprunts à des créanciers privés ;
  3. que la Grèce n’a plus à appliquer la politique de ses créanciers de la zone euro puisqu’elle n’obtient plus de liquidité en contrepartie.

La BCE se conforme exactement au programme politique pour lequel le nouveau gouvernement grec s’est fait élire. En l’occurrence, les Grecs renoncent à emprunter des euros à la zone euro du fait qu’ils n’en tirent aucun bénéfice pour le vivre ensemble en Grèce. De fait toute l’augmentation de la dette publique grecque et de la dette extérieure a servi à maintenir la fiction comptable d’une appartenance de la Grèce à la zone euro. Dans la réalité économique, les citoyens grecs ont clairement constaté que l’euro servait à détruire leur pays et leurs biens communs.

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Comment la Grèce interdira la corruption du politique par la finance réelle en euro, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

La corruption dont on accuse les Grecs comme cause de leur insolvabilité en euro est consubstantielle au système de la monnaie unique. Le régime appliqué en euro de la libre circulation du capital est la libre corruption du politique. La libre circulation du capital est de fait l’impossibilité de localiser l’investissement dans la légalité d’une souveraineté identifiable par la monnaie. Le motif de cet oubli est d’exonérer les gérants et les propriétaires du capital du prix de la propriété dû à l’État de droit. L’économisme libéral pose le droit de propriété comme un absolu. Ainsi n’est-il pas nécessaire de penser une contrepartie économique pour les citoyens dont la discipline permet pourtant la jouissance effective du droit de propriété.

Le système qui dispense les Grecs riches de payer des impôts pour financer le bien commun est explicitement celui de la monnaie unique. Un système qui abolit la distinction entre la propriété grecque et la propriété non grecque ; donc un système qui institutionnalise et généralise à tous les résidents de la zone euro l’aversion des propriétaires grecs pour le cadastre et la fiscalité. La suppression des frontières politiques et de tout cadastrage étatique de la propriété financière par le marché unique du capital financier est le moyen de la corruption libre du politique dans toute l’Europe.

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La zone euro entre les mains de la liberté démocratique grecque, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

L’annonce d’une nouvelle campagne de « quantitative easing » de la BCE ne va rien changer à la déréliction économique de la zone euro. Le système monétaire européen est en coma dépassé dans le non-système mondialisé de la monnaie privée au service de la spéculation libre. Le sol fertile de l’économie réelle est partout recouvert d’une montagne de sable financier. Toute la liquidité que les banques centrales déversent depuis 2008 sur les dunes de dettes financières fige le sable de l’insolvabilité. L’économie réelle de production des vrais biens et services qui permettrait de rembourser les dettes ne reçoit plus de lumière ni d’eau. Les prix sont falsifiés par l’instabilité du capital virtualisé. Les consommateurs réduisent leurs dépenses pour s’assurer de leur avenir précaire et insaisissable.

Le système est en panique. L’autorisation donnée aux banques centrales du Système Européen des Banques Centrales (SEBC) de racheter librement la dette de leur actionnaire étatique national revient à rompre toute relation entre l’émission de l’euro et une quelconque loi européenne commune. Plus grave, l’euro devient un machin qui n’appartient à personne et dont quiconque soit assez puissant pour s’arroger le pouvoir du fait accompli financier peut en émettre les signes. Encore plus grave, le nouveau régime monétaire qui se met en place est totalement inédit où le lien entre la monnaie et une loi nationale identifiable portée dans la souveraineté d’un État n’existe officiellement plus.

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La démocratie en euro selon Keynes, Piketty appuie Podemos et Syriza, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Comment le projet économique pour les gens de Podemos est la seule chance de sauver la zone euro de sa déréliction libérale. Comment Syriza peut négocier un programme européen de démocratie financière dès dimanche prochain.

Le complot libéral européen

Thomas Piketty, l’auteur internationalement réputé du capital au XXIème siècle, a été interrogé par Pablo Iglesias Turrion récemment élu secrétaire général du mouvement de rénovation politique espagnole Podemos. A travers le problème du capital et de sa réalité historique sur la longue durée, Piketty rétablit la possibilité d’une causalité réciproque explicite entre l’économie réelle des sociétés humaines et la politique de la démocratie. L’économiste français tient sur la même ligne que Podemos un discours alternatif de l’unité européenne qui ne soit pas celui de la religion féroce. A la déréliction économique et politique assénée à l’Espagne dans une zone euro mise en faillite par les subprimes, Piketty et Podemos opposent la construction possible et nécessaire d’une démocratie de l’euro.

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QUAND UNE BANQUE CENTRALE CÈDE… par François Leclerc

Billet invité.

« La maman et la putain », le nom du film culte de Jean Eustache, conviendrait au mieux au comportement de financiers recherchant à la fois la sécurité et le rendement. Sur la corde raide, ceux-ci trouvent refuge là où ils le peuvent – le marché de l’or et obligataire, les facilités de dépôts des banques centrales ou les monnaies fortes du Forex (le marché monétaire) – tout en manifestent parallèlement un grand appétit au risque dans d’autres compartiments de l’activité financière, les plus sophistiqués de préférence.

Le franc suisse vient d’en faire les frais. Après s’y être épuisée. la Banque nationale suisse (BNS) a jeté l’éponge sans crier gare et abandonné un taux plancher fixé il y a trois ans, car il devenait impossible à faire respecter. C’était cela ou continuer à amasser à son bilan des masses d’euros à la valeur allant s’effriter en raison des mesures à venir de la BCE. La hausse du franc suisse était bridée, et elle a immédiatement explosé.

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Krach financier mondial : être ou ne pas être ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Citibank joue sur la taille de son hors-bilan incalculable pour pratiquer la fuite en avant dans le négativisme totalitaire de la réalité économique objective. Avec un portefeuille notionnel de dérivés de crédit égal à 10 ou 20 fois le PIB des Etats-Unis, et avec le monde entier comme contrepartie, les seuls dirigeants de Citibank ont la possibilité d’emmener les États-Unis dans la troisième guerre mondiale avec cette fois la certitude de perdre la guerre. Citibank contrôle le cerveau d’Obama par simulation d’une certitude réelle du risque financier en dollar, Obama qui sait avoir le doigt physique sur l’apocalypse nucléaire réelle potentielle. Dans la même dynamique de capture spéculative du pouvoir exécutif, Citibank stimule financièrement le cerveau de chaque congress man qui peut voter l’impeachment d’un Obama qui démantelerait l’hydre financière en prononçant formellement une cessation de paiement de la fédération des États-Unis d’Amérique.

La dialectique fonctionnaliste des mastodontes financiers, c’est le contrôle de l’être par le néant. La compensation keynésienne consisterait à objectiver les lois du vivre ensemble en dehors de la sphère du calcul financier de manière à annuler publiquement, rationnellement et universellement tous les notionnels de dérivé de crédit qui ne s’adosseraient pas à des engagements juridiques réels, c’est à dire à une réalité économique effectivement compromise entre des personnes physiques vraiment responsables du remboursement de leurs dettes.

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IMAGINE, demain le monde : L’argent, en fait, c’est quoi ?, N° 107, janvier-février 2015

IMAGINE, demain le monde, mais aujourd’hui en librairie. Ma seconde chronique pour ce magazine.

L’argent, en fait, c’est quoi ?

On sait que Marx a bâti son ouvrage monumental et magistral Le capital (1867) sur la distinction entre « valeur d’usage » et « valeur d’échange », des notions dont il attribuait la paternité à Aristote. En fait, dans le passage de l’Éthique à Nicomaque où ces notions sont censées se trouver, Aristote n’utilise aucun mot que nous pourrions traduire par « valeur » : quand il évoque ce que nous appelons aujourd’hui la « valeur », dont nous pensons qu’elle justifie le prix réclamé, les termes qu’emploie le philosophe grec sont : « tel que mesuré par le prix ».

Le mérite revient à Sylvain Piron (*) d’avoir découvert la source de cette erreur : il s’agit d’une traduction délibérément fautive due au Scolastique Albert le Grand (1193-1280), qui voulait importer une logique de la valeur dans le texte d’Aristote. Dans les termes que nous utilisons aujourd’hui, nous dirions que l’intention d’Albert le Grand était d’introduire une perspective éthique dans nos considérations sur l’argent. Mal lui en a pris : en suggérant que derrière tout prix se cache une « valeur » qui en est la vérité « cachée », il a introduit le ver dans le fruit : il nous a encouragés à penser que tout ce qui a de la valeur est susceptible du coup d’avoir un prix. Et comme l’on sait, aujourd’hui, grâce à la Grande Marchandisation du consumérisme et de la publicité, l’amitié se monnaie, l’honneur a un prix, et la loyauté s’achète.

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LA RUSSIE N’EST PLUS CE QU’ELLE ÉTAIT, par François Leclerc

Billet invité.

Le rouble a interrompu sa chute libre mais a perdu 40% de sa valeur depuis le début de l’année, et le prix du baril de pétrole semble s’être durablement installé autour de 60 dollars, après avoir longtemps dépassé les 100 dollars. L’inflation en Russie, qui avait ralenti à 6,5% en 2013, devrait atteindre 11,5% en 2014, et le PIB pourrait chuter l’année prochaine de 5%, signalant une forte récession. Telle est la nouvelle équation que le gouvernement russe va devoir résoudre, une fois qu’il a aura paré aux conséquences les plus immédiates de la brutale crise monétaire qu’il vient de connaître.

Il a fallu y mettre les formes, en surveillant de près les sorties de capitaux sans décider de les contrôler formellement. Les grands groupes détenteurs de matelas de devises ont reçu comme directive de les vendre afin de soutenir le rouble, ce qui pourrait représenter entre 40 et 50 milliards de dollars. Les oligarques, qui ont pris la fâcheuse habitude d’exporter leurs capitaux, ont été priés de les rapatrier, une amnistie fiscale « totale » leur ayant été promise début décembre par Vladimir Poutine, donnant une des clés de la crise avant que celle-ci n’éclate, car elle couvait depuis des mois en réalité : la fuite des capitaux était devenue la norme et atteignait des proportions insoutenables, comme cela vient d’être constaté. Illustrant cette situation, les détenteurs russes bénéficiant de visas d’investisseur se comptent désormais par centaines à Londres (il faut venir avec deux millions de livres minimum pour les obtenir).

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Le prêt à intérêts (III) : le crédit gratuit, par Zébu

Billet invité.

« Mais cette révolution qui vient à nous d’une marche invincible et déjà nous interroge, que veut-elle ? En pouvez-vous douter ? Elle veut que l’œuvre commencée en 89 s’accomplisse. La féodalité territoriale et militaire a disparu, il faut que la féodalité financière disparaisse. Plus de privilèges ! L’égalité. Plus de privilèges ! La justice.

De là tous ces brûlants débats sur la souveraineté du capital, sur le despotisme de l’usure, sur le prêt à intérêt, sur le crédit.

La royauté de l’argent, l’aristocratie de l’argent, voilà bien effectivement ce qui est en question. »

Quand Louis Blanc, un des penseurs socialistes les plus estimés de son siècle, écrit ces lignes dans « L’organisation du travail », publié en 1839[1], le Code Civil napoléonien est toujours en vigueur et ses dispositions concernant le prêt à intérêt également, et ce pour encore presque 50 ans avant que la loi de 1886 ne vienne transformer ce que souhaitait réaliser l’empereur : inscrire la pacification dans la loi civile entre les partisans de la libéralisation complète des intérêts du prêt et les partisans de leurs interdiction. De fait, les intérêts pourront ainsi être stipulés dans les contrats de prêt mais seront régulés par la loi.

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LES ÉMERGENTS SOUFFRENT ET LA RUSSIE EST AU TAPIS, par François Leclerc

Billet invité.

Sonnés, les dirigeants russes se tâtent pour vérifier s’ils sont entiers. Les grandes entreprises exportatrices ont été mises à contribution pour vendre les devises dont elles disposent et contribuer à la stabilisation du rouble, afin d’épargner la Banque de Russie qui a dépensé plus de dix milliards de dollars depuis le début du mois, et dont les réserves abondantes ne sont pas inépuisables. Dans l’attente d’autres mesures, elle va faciliter l’accès aux devises étrangères et protéger les banques de leurs pertes comptables.

Le premier ministre Dmitri Medvedev affirme aujourd’hui qu’aucune mesure d’encadrement des changes ne sera prise, afin de ne pas porter atteinte aux principes du marché, dit-il. Mais, en tout état de cause, le rouble aura perdu la moitié de sa valeur depuis le début de l’année, et rien ne pourra empêcher la Russie d’entrer dans une franche récession, et de connaître simultanément une flambée inflationniste des prix. Le système bancaire va être soumis à rude épreuve en raison de l’endettement des entreprises et des particuliers en devises étrangères. Composé d’une myriade de petits établissements côtoyant une poignée de grands établissements, ce système est très fragile et va devoir être restructuré dans l’urgence. Enfin, Vladimir Poutine – qui s’est tenu à l’écart afin de se démarquer du gouvernement, seul responsable selon lui de la conduite de la politique économique – tirera demain les leçons politiques et essayera d’en faire autant avec les marrons du feu en faisant une fois de plus appel au chauvinisme russe, sa carte favorite.

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L’effondrement du rouble : réaction en chaîne

Si l’effondrement du cours du rouble qui a lieu en direct sous nos yeux, se poursuit, les détenteurs de dette souveraine russe verront atteinte la cote d’alerte qu’ils se sont fixée à la baisse et revendront les obligations russes « à la casse » pour limiter les dégâts. Celles-ci se retrouvant en quantités énormes sur le marché, c’est leur prix à elle qui s’effondrera, catapultant les taux d’intérêt plus haut qu’ils ne sont déjà, grippant entièrement l’économie, en plus de la finance.

Selon le Wall Street Journal :

Tatiana Ryabina, à la tête du département des prêts interbancaires à la banque Lanta à Moscou : « Les devises étrangères ne pourront pas être acheminées demain du fait que tous les avions de fret [pour les devises] sont pleins ».

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Assurer les revenus réels contre la crise du crétinisme libertarien, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Sur le plan théorico-analytique, si l’on veut démontrer l’urgence et la pertinence d’une régulation inter-étatique du système monétaire international il faut cesser de mettre les dépenses publiques sur le même plan de réalité que les dépenses privées. La dépense publique est de nature assurantielle et « croissantielle » quand la dépense privée est entrepreneuriale et productive. Sept ans après le krach des subprimes, cette différence de nature est évidente quand on observe la survie artificielle du système financier par la croissance illimitée des dettes publiques sous-jacente au « quantitative easing » des banques centrales.

Si la croissance mondiale périclite, c’est bien parce que les investissements privés réels s’effondrent faute d’assurance par la dépense publique. La croissance de la dette publique officiellement comptabilisée est la prime d’assurance de la liquidité du système financier qui a par lui-même détruit tout son capital dans l’économie baudruche de la spéculation mathématique. Mais au lieu de financer la réparation ou la reconstitution du capital réel, la croissance primaire des dettes publiques est allouée à la valorisation fictive spéculative des actifs financiers. Le but explicite est d’éviter la comptabilisation des sur-prix d’économie financière non crédibles par rapport à l’économie réelle.

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Modèle compensatoire de la monnaie d’économie humaine, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

La vie et la production concrètes des communautés humaines d’entreprise sont la finalité et le but de la chambre de compensation internationale proposée par Keynes en 1944. Le modèle monétaire keynésien est en cours d’actualisation dans le réseau numérique mondial de cognition.

La globalisation financière à l’œuvre depuis trente ans a consisté à ériger par la privatisation-désétatisation de l’émission monétaire une cloison de verre entre le capital passif et le capital actif des entreprises. Le calcul spéculatif se substitue à l’incarnation de l’agir humain. Schématiquement, le capitalisme entrepreneurial d’avant la globalisation libérale reposait sur un adossement de la mesure du capital à la réalité produite par les collectivités humanisantes porteuses du capital. L’économie de la réalité humanisante était issue des relations d’échange entre des collectivités constituées dans des conceptions partagées de droits communs matérialisables.

Les banques fournisseurs de la mesure du crédit évaluaient le capital passif des entreprises par le prisme de l’ordre social politique. Le capital était évalué par une appréciation humaine morale de la capacité des communautés d’entreprise à rembourser en nature vérifiable tout ce qu’elles empruntaient. Une communauté d’entreprise existait réellement par la conduite d’une équipe dirigeante élue par ses pairs, laquelle avait pour charge le financement de la société par l’équilibre comptable des échanges honnêtes avec son marché.

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Désir et volonté, économie du rapport de force vraie, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Toi avec qui je commerce, avec qui j’échange mon travail contre un bien, ma décision contre un capital, mon savoir être contre ta capacité à produire des services pour les autres, tu me demandes de ne pas te protéger. Cela signifie pour moi que je n’ai pas à te protéger contre toi-même. Je n’ai pas à douter de ce que tu dis ni de ce que tu fais avec ton corps qui exprime ta personne, ton désir et ta volonté. Cela signifie aussi pour moi que je ne dois pas réprimer ce que je ressens pour toi. Je dois te laisser libre de penser que je rachète ton mal ou que je te vends un vrai bien. Pour que nous nous aimions et pour que tu saches que nous nous aimons, je protège ta liberté de penser.

Evidemment, je m’applique à moi-même ce que je comprends de ta demande. Si tu me dis que je t’assure contre un mal ou que je t’ai livré un vrai bien, je m’efforce d’écouter ce que tu me dis sans en déformer ou en travestir le sens selon mon intérêt exclusivement personnel. Tu as reconnu devant moi que ce qui te rendait particulièrement aimable à moi est l’écoute unique et véritable que tu me témoignes. Mon souhait le plus vif est de te témoigner d’une écoute aussi attentive et sensible que celle que tu m’offres.

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