L’ÉTROITESSE DES MARGES DE MANŒUVRE, par François Leclerc

Billet invité.

La Commission et le nouveau président français sont désormais en mesure de mieux évaluer leurs marges de manœuvre vis-à-vis des autorités allemandes, le ministre espagnol Luis de Guindos venant de s’aligner sur les propositions de celles-ci. La Bundesbank a rejeté sans appel la proposition bruxelloise d’émission des European Safe Bonds – paquets de titres de dettes de plusieurs pays – car elle « pourrait être interprétée comme un pas vers des Eurobonds, c’est à dire un instrument de mutualisation de la dette ». La proposition française d’indexer l’allégement de la dette grecque à la croissance économique du pays n’a pas suscité l’adhésion de Berlin qui fait toujours obstacle à un accord, Wolfgang Schäuble refusant au sein de l’Eurogroupe où il a ses aises l’arbitrage des chefs d’État et de gouvernement lors du sommet de la semaine prochaine, dernière issue pour Alexis Tsipras. Un déclic de dernière instance va-t-il intervenir ?

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PAS D’OPÉRATION VÉRITÉ POUR LES BANQUES FRANÇAISES ! par François Leclerc

Billet invité.

Drapé dans sa mission de protecteur des banques françaises, confident de leurs petits et grands secrets, le gouverneur de la Banque de France lève le drapeau de la sédition contre le Comité de Bâle dont il est membre : pas question d’abandonner les modèles maison de valorisation de leurs actifs ! Le Comité propose mais ne décide pas, fait-il valoir.

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LA MAUVAISE MAIN DES RÉGULATEURS BANCAIRES, par François Leclerc

Billet invité.

La mise au point finale de Bâle III, ce nouvel ensemble réglementaire définissant les normes de fonds propres des banques édicté par le Comité du même nom, s’achemine lentement mais sans gloire. Les discussions finales traînent en longueur, marquées par une opposition entre Américains et Européens. Un compromis est recherché, avec le risque de ne pas aboutir au renforcement du montant plancher des fonds propres qui était recherché.

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Régulation bancaire : LE COMITÉ DE BÂLE PLIE, par François Leclerc

Billet invité.

Un nouveau coup d’arrêt à la régulation financière vient d’intervenir brutalement. Le groupe des gouverneurs de banques centrales, qui supervise le Comité de Bâle, l’a porté en ajournant au dernier moment sa réunion de janvier sans de surcroît fixer de nouvelle date. La touche finale aux règles destinées à renforcer les banques devait être apportée – en bouclant le dossier de Bâle III – mais les régulateurs se sont heurtés à une opposition farouche et ont plié. Le Comité de Bâle a été prié de revoir le calibrage de ses nouvelles mesures, et il a obtempéré.

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AU TOUR DES BANQUES ALLEMANDES D’ÊTRE MONTRÉES DU DOIGT ! par François Leclerc

Billet invité.

À chaque système bancaire ses grandes faiblesses cachées qui se dévoilent bien tardivement. Les établissements italiens continuent de crouler sous les prêts non performants, les banques allemandes sont fortement suspectées d’avoir engrangé une récolte de produits dérivés toxiques venue d’outre-Atlantique. L’Allemagne, où la Deutsche Bank et Commerzbank se débattent dans leurs difficultés, ne serait donc pas exemplaire en toute chose, mais ce ne serait pas tout.

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UN TABOU EST TOMBÉ, MAIS CE N’EST PAS LE BON ! par François Leclerc

Billet invité.

Un tabou est tombé, mais ce n’est pas celui du Traité de stabilité et de croissance européen ! Une fois de plus, ce sont les banques qui font l’objet d’attentions particulières. Le vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis menace le Comité de Bâle de rien moins que de rejeter son plan de renforcement de leurs fonds propres, agrandissant le fossé entre les autorités européennes et américaines à propos de la régulation bancaire.

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LES BANQUES EUROPÉENNES VUES DES ÉTATS-UNIS, par François Leclerc

Billet invité.

Les banques européennes font à nouveau parler d’elles, et ce n’est pas fini. Le pansement apposé in extremis sur la banque Monte dei Paschi di Siena (MPS) ne clôt pas le sujet, il l’ouvre. Les banques laissées hors du périmètre adopté pour le test de résistance mené par l’Autorité des banques européenne (ABE) sont dans un piteux état, en particulier les établissements chypriotes, grecs et portugais, ainsi que certaines banques régionales allemandes. Mais ce n’est rien à côté de ce que l’on pressent.

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LE MONDE UNIQUE DE LA PENSÉE UNIQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Nouvelle manifestation de la crise politique européenne, le parti travailliste britannique s’achemine vers une scission, suite à l’échec intervenu hier du coup d’état de son establishment contre Jeremy Corbyn. Plus généralement, le renouveau de l’action politique est devenu dans toute l’Europe un thème à la mode se traduisant rarement dans les faits, et la conquête du pouvoir politique fait l’objet de discussions dont les plus avancées ont lieu en Espagne. Mais la réflexion sur ce que le pouvoir est devenu est étrangement absente, se limitant le plus souvent à une simple référence aux oligarchies. Mais encore ?

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NOTRE TRÈS CHÈRE DETTE, par François Leclerc

Billet invité.

Poursuivant ses tentatives visant à renforcer la résistance des banques lors d’une nouvelle crise financière aiguë, le Comité de Bâle étudie de nouvelles mesures réglementaires dans la lignée des précédentes. Il serait question cette fois-ci, nous apprend le Wall Street Journal, de mettre fin à la pratique attribuant zéro risque aux titres de la dette souveraine dans les bilans bancaires, ce qui minore leurs besoins en fonds propres.

Pour mémoire, les banques de la zone euro détiennent 1.800 milliards d’euros de ces titres, soit environ 6% de la valeur de leurs actifs, les banques italiennes y contribuant pour plus de 400 milliards d’euros et les espagnoles pour près de 300 milliards, d’après la BCE. Et le monde bancaire est opposé à ce projet qui aurait pour conséquence d’augmenter les besoins en capital et de diminuer le rendement de ses établissements. Avec à la clé la menace de stopper les achats de dette publique, ce qui sonnerait la la fin de l’accalmie sur son marché.

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La régulation financière progresse : CHERCHEZ L’ERREUR !, par François Leclerc

Billet invité

Quelle surprise ! Après avoir fait son siège, les banques ont obtenu ce week-end du Comité de Bâle d’importants assouplissements à propos du ratio d’effet de levier qui devra être respecté en 2018. Celui-ci mesure le rapport entre leurs fonds propres et leurs actifs, sans pondération de leur valeur. Cela fait suite à un autre important accommodement, il y a un an, qui concernait un autre ratio, celui de liquidité à court terme (LCR). Ce matin, les valeurs bancaires étaient à la hausse…

Le ratio mesurant l’effet de levier évacue toutes les interrogations liées à la valorisation des actifs et fait obstacle à la pratique instituée d’enjoliver les comptes dans cet univers très opaque quand il s’agit des dérivés. Les banques craignaient que son application génère d’importantes obligations de renforcement de leurs fonds propres, faisaient valoir que, les incitant à diminuer la taille de leur bilan, cette contrainte serait contradictoire avec la demande qui leur est faite de développer le crédit. Ou que cela aurait comme effet de les conduire à prendre plus de risque, puisque celui-ci n’est pas pris en compte dans le calcul de l’effet de levier. Leurs mauvais arguments ont été reçus, elles ont été entendues !

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L’actualité de demain : LA CINQUIÈME COLONNE EN OPÉRATION, par François Leclerc


Billet invité.

Il y aurait une cinquième colonne au sein de nos institutions financières les plus prestigieuses, et l’on doit à quelques intrépides investigateurs – qui vu les circonstances ont préféré se réfugier dans l’anonymat – d’avoir découvert des indices significatifs de son travail de sape.

Si on les en croit, un certain Comité de la supervision bancaire de la Banque des règlements internationaux (BRI), plus communément dénommé le Comité de Bâle, serait noyauté par des agents, comme en témoignerait la publication d’un rapport qui est un véritable pavé dans la mare où pataugent les régulateurs. Celui-ci établit, chiffres à l’appui, que le calcul que les banques font du risque d’un même portefeuille-type d’actifs présente des écarts importants si on applique leurs différentes méthodes. Décrédibilisant du même coup les ratios de Bâle III, nec plus ultra du renforcement des fonds propres des banques qui s’appuient sur ce calcul. La rumeur du caractère arrangeant de ces valorisarions, qui s’amplifiait, vient insidieusement de trouver confirmation officielle…

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L’actualité de demain : IL FAUT Y REGARDER À DEUX FOIS, par François Leclerc

Billet invité

La description par la presse de l’accord intervenu hier soir, en ouverture du sommet d’aujourd’hui, entre les ministres des finances européens de l’Ecofin à propos des modalités de renflouement des banques en détresse, n’est pas sans créer une certaine confusion en raison de sa complexité. Mais celle)ci est-elle seule en cause ?

En attendant 2018, date à laquelle ces mesures prendront effet, les banques sont priées de bien se tenir (c’est à dire de cacher leurs pertes), ou bien il faudra improviser. Mais, par la suite, leur application distendra-t-elle ou non le lien pernicieux entre la dette des banques et celles des États, objectif initialement recherché ? Il est affiché que les contribuables ne seront plus désormais mis à contribution, il était certes temps de revenir sur le choix de prémunir les banques des effets de leurs turpitudes, car ils y ont déjà contribué sous une forme ou sous une autre pour 1.600 milliards d’euros depuis 2008, selon le Financial Times ! Mais cela demande pour être confirmé une solide explication de texte sur le communiqué de l’Ecofin. Même si l’on tient compte que l’implication du MES, souhaitée notamment par le gouvernement français, est dans les faits potentiellement très amoindrie.

Jusqu’à concurrence d’un niveau de pertes égal à 8% du passif d’une banque en détresse, les actionnaires et porteurs de titres non sécurisés devront les éponger, c’est clair. Au-delà, le dispositif est plus alambiqué, puisqu’il permet sous conditions certaines « flexibilités » dans le choix des contributeurs au renflouement, sachant que l’apport du fond de résolution national financé par les banques est plafonné à 5% de ce même passif. Certes, il est bien prévu que si « d’autres sources alternatives de financement » non identifiées pourront être recherchées « dans des circonstances exceptionnelles », cela ne pourra intervenir que lorsque toutes les créances non sécurisées et non préférentielles autre que les dépôts garantis auront été épuisées pour éponger les pertes. La combinaison de ces deux mécanismes n’apparaît cependant pas dans toute sa clarté, expliquant sans doute une certaine confusion chez les commentateurs.

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L’actualité de demain : COMMENT REVIENT PEU A PEU L’APPÉTIT POUR LE RISQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Les nouvelles normes de liquidité adoptées par le Comité de Bâle seraient « plus réalistes » selon Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, qui a participé à leur élaboration. Cela dépend du point de vue que l’on adopte !

Trois leviers sont actionnés : le calendrier de leur mise en application est repoussé, l’ampleur des difficultés auxquelles les banques pourraient être appelées à faire face est diminuée (un retrait des fonds, par exemple), et la liste des actifs éligibles est élargie. Cette dernière mesure a comme intention de relancer le marché de la titrisation des actifs immobiliers, afin de soulager le bilan des banques, et les inciter à intervenir sur ce marché spéculatif, au détriment de leur activité de crédit. Une allocation de leurs ressources qui ne va pas précisément dans le sens du renforcement de leur solidité et de la relance du crédit, notamment auprès des PME européennes qui sont très dépendantes d’elles.

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L’actualité de la crise : LES PLUMEAUX ET LE MARTEAU, par François Leclerc

Billet invité.

Au lieu de se faire toute petite, la finance spéculative fait à nouveau abondamment parler d’elle, rappelant les bonnes résolutions d’origine restées lettre morte.

En Espagne, l’opération vérité que tente le gouvernement pour faire le ménage dans les banques n’est pas crédible à force d’avoir trop tardé. Mais rester les bras croisés n’est plus possible. Elle rejaillit déjà sur le marché de la dette souveraine, car on ne voit pas comment l’Etat pourra éviter d’être mis à contribution, si le futur Mécanisme européen de stabilité ne les recapitalise pas directement. Sans même parler du financement ultérieur des bad banks dans lesquelles leurs actifs immobiliers toxiques devront être parqués (en dépit des réticences de Santander et de BBVA à y procéder, qui préféreraient continuer de dissimuler leurs faiblesses).

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SOUVERAINETÉ DES ÉTATS, RÉPUTATION FINANCIÈRE ET DROITS VITAUX DES PEUPLES, par Alain Gauvin

Billet invité

Doit-on priver de sa souveraineté un État impuissant à honorer sa dette ? Certains soutiendront que la question n’a pas lieu d’être posée car, de fait, la pression exercée par les agences multilatérales sur les États financièrement défaillants s’apparente à une privation de souveraineté camouflée. On peut adhérer à une telle opinion, bien qu’elle ne nous semble pas refléter la réalité : l’État défaillant conserve la maîtrise de ses prérogatives régaliennes, parmi lesquelles, la défense nationale, la diplomatie, l’ordre intérieur, la liquidation et la collecte de l’impôt, la décision de s’endetter ou encore le pouvoir normatif.

On pourrait réfléchir à défaire, temporairement, par une décision solennelle et suivie d’exécution, un État de sa souveraineté, lorsque l’État en question se trouve en situation de remplir les trois conditions suivantes :

(i) les droits vitaux de son peuple sont menacés ;

(ii) cet État est impuissant à faire face à ses obligations d’emprunteur, et il a déjà été défaillant dans le remboursement de sa dette après qu’elle a pourtant été restructurée ;

(iii) les autres États, mais surtout les agences multilatérales s’interrogent sur le risque qu’elles encourraient en termes de réputation si elles venaient en aide, une nouvelle fois, à l’État défaillant.

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L’actualité de la crise : SAUVER AU MOINS LES APPARENCES, par François Leclerc

Billet invité

En annonçant chercher une « trêve », et en dépit de toutes les dénégations, les ministres des finances du G7 puis du G20, qui sont réunis avec les banquiers centraux en Corée du Sud, ont entériné que la guerre des monnaies est bien déclarée. Guerre ou guérilla, elle va se poursuivre, une fois le flot de paroles apaisantes prononcées et de bonnes intentions déclarées.

La politique de la chaise vide adoptée par les Brésiliens, qui ont sonné l’alarme initiale, exprime on ne peut plus clairement ce qu’ils attendent de ces réunions. Autre symbole, les Coréens du Sud, hôtes du G20, étudieraient la mise en place de mesures de contrôle de l’entrée de capitaux afin de se protéger, le Brésil et l’Indonésie les ayant devancés dans une perspective similaire.

Un projet de communiqué final du G20 proclamerait l’engagement de « s’abstenir de toute dévaluation compétitive », une déclaration de non belligérance destinée à calmer le jeu et les pays émergents. Réaffirmant que le G20 « va se diriger vers un système de taux de changes davantage déterminés par le marché », et que l’objectif est de « minimiser les effets adverses d’une volatilité excessive et de mouvements désordonnés » de ceux-ci.

Dans une lettre adresse au G20 Finances, Tim Geithner a appelé le FMI à surveiller les engagements monétaires pris par les pays du G20 et demandé des rapports trimestriels. « Les pays du G20 doivent s’abstenir d’appliquer des politiques de taux de change destinées à leur conférer un avantage compétitif », écrit le secrétaire d’Etat. A contrario, les pays ayant des déficits commerciaux doivent augmenter leur épargne en adoptant « des objectifs budgétaires de moyen-terme crédibles » et en renforçant leurs exportations.

S’en tenir à un simple rappel des principes, sous forme d’injonction, c’est reconnaître qu’il n’y a pas de solution en vue.

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Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement…

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La phrase suivante a été prononcée par François Pérol président de la Fédération des Banques Françaises (FBF), dans une entretien accordé hier au Figaro. à propos des nouvelles règles de provisionnement proposées par le Comité de Bâle, règles qui devraient être approuvées en novembre lors de la réunion du G20 à Séoul.

Toutes choses égales par ailleurs, avoir plus de fonds propres pour les mêmes activités, cela veut dire une pression plus forte sur les risques que nous prenons, donc sur le crédit, et sur la rentabilité de ces risques, donc sur les taux d’intérêt.

Dans un billet invité, sur ce blog, François Leclerc commente ce passage en écrivant :

Admirons la « pression plus forte sur les risques », c’est à dire sa diminution, qui par un étrange renversement de l’argumentation permet de justifier celle des taux d’intérêt, qui devraient au contraire baisser si l’on se considère en bonne orthodoxie que c’est le risque qui est rémunéré dans l’activité de prêt et qu’un risque réduit devrait logiquement impliquer un taux d’intérêt moins élevé. Relevons qu’il est discrètement fait référence à « la rentabilité de ces risques », pour ne pas dire celle du capital.

Il s’agit là d’un bon résumé mais la phrase me semble mériter une analyse plus approfondie sur un plan différent : celui de l’éthique. Traduisons-la d’abord en français avant d’essayer de la comprendre :

* Laissons tomber d’abord le « toutes choses égales par ailleurs » puisqu’on pourrait faire précéder n’importe quelle phrase par cet intéressant préambule.

* « Avoir plus de fonds propres pour les mêmes activités », signifie « devoir provisionner davantage les mêmes activités, devoir faire davantage de réserves en cas de pépin ».

* Proposition suivante : « cela veut dire une pression plus forte sur les risques que nous prenons », il ne s’agit pas des risques, mais des crédits accordés. Pourquoi dire « risque » au lieu de « crédit » ou de « prêt » ? Pour tirer parti d’une considération secondaire : le fait qu’accorder un prêt pour une banque, cela représente un « risque de crédit » : le risque de ne pas être remboursée. Mais ce n’est en réalité pas du tout du risque qu’il est question dans ce bout de phrase, c’est de rentabilité : augmenter les provisions n’augmente pas le risque (cela le réduit bien entendu !), mais faire davantage de réserves impacte la rentabilité, c’est donc la rentabilité, le profit des banques, qui subit « une pression plus forte », pas le risque qu’elles courent !

* Proposition suivante : « donc sur le crédit » = « donc sur l’activité d’accorder du crédit en général ».

* « … et [une pression plus forte] sur la rentabilité de ces risques », encore une fois, « risque » est utilisé ici au lieu de « crédit » ou de « prêt ». Le passage signifie donc « [une pression plus forte] sur la rentabilité des prêts que nous accordons ».

* « … et [une pression plus forte] sur les taux d’intérêt » = « il nous faut donc hausser les taux d’intérêt sur les crédits que nous accordons ».

Remettons tout cela ensemble :

Devoir provisionner davantage les mêmes activités, devoir faire davantage de réserves en cas de pépin, cela veut dire pour les banques une rentabilité plus faible, un profit plus faible, sur les prêts que nous accordons, donc sur l’activité d’accorder du crédit en général, et sur la rentabilité de ces prêts, et il nous faut donc hausser les taux d’intérêt sur le crédit que nous accordons ».

Une fois traduit en français, le passage cité plus haut de l’entretien accordé par François Pérol au Figaro veut donc tout simplement dire : « la perte de rentabilité que nous subissons du fait de ce provisionnement [imposé par le Comité de Bâle], nous la passerons entièrement au client ». Le prix qu’il a fallu payer pour dire cela sans l’avoir dit vraiment, c’est d’avoir utilisé le mot « risque » à la place du mot « crédit » ; c’est d’avoir suggéré que la banque allait hausser les taux d’intérêts exigés du client parce qu’elle courait un risque supplémentaire alors que son risque est en réalité réduit et que c’est uniquement son profit qui est atteint.

Maintenant sur le plan de l’éthique, puisqu’on parle dans la presse de « moraliser la finance », utiliser le mot « risque » dans le passage cité, alors que l’on veut dire « prêt » ou « crédit », est-ce honnête ? Allez, je me mouille : je ne le pense pas.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise: Enfin, des informations sur les banques françaises! par François Leclerc

Billet invité.

ENFIN, DES INFORMATIONS SUR LES BANQUES FRANCAISES !

François Pérol, nouveau président de la Fédération des Banques Françaises (FBF), vient d’accorder une fort intéressante interview au quotidien français Le Figaro. Il préside la Banque Populaire et de la Caisse d’épargne (BPCE), ainsi que le conseil de surveillance de Natixis, après avoir été secrétaire général adjoint de l’Elysée auparavant. Un plan de carrière qui en fait un symbole français de l’oligarchie que Simon Johnson a mis en évidence et dénoncé aux Etats-Unis.

Ses déclarations valent d’abord par la reconnaissance que les banques vont bien devoir accroître leurs fonds propres, afin de respecter les nouveaux ratios de Bâle III, sans qu’aucun chiffrage ne soit évidemment fourni. Ainsi que la voie qu’elles vont selon lui suivre afin d’y parvenir : par incorporation aux réserves d’une partie de leurs bénéfices, et non par appel aux actionnaires actuels ou ouverture du capital. Ce qui sera facilité par l’allongement du calendrier de mise en conformité finalement adopté par le Comité de Bâle et explique l’importance accordée par les lobbies bancaires à cet aspect de la réglementation.

« Les régulateurs ont en effet eu la sagesse de nous donner assez de temps pour cela »,

déclare satisfait le président de la FBF, en omettant d’expliquer ce que cette « sagesse » doit à l’action des lobbies bancaires.

L’opération sera donc à un double titre sans douleur. Les actionnaires actuels n’auront pas à mettre de leur poche et ne verront donc pas leurs titres dilués, tandis qu’il est clairement prévu que le coût du crédit augmente afin de préserver autant que possible le ROE (Return on Equity ou rentabilité du capital) des banques. Somme toute, on augmente les bénéfices prévisionnels grâce au coût plus élevé du crédit, afin d’en consacrer une partie au renforcement des fonds propres, ce qui revient à répercuter sur les clients de la banque – les emprunteurs – le coût de l’opération.

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L’actualité de la crise: le crépuscule des banques centrales, par François Leclerc

Billet invité.

LE CREPUSCULE DES BANQUES CENTRALES

Les mêmes qui ont déjà raconté tant d’histoires – qui se sont révélées être des menteries – sont en train de recommencer leur chanson. Ils sont tombés sur la date du deuxième anniversaire de l’effondrement de Lehman Brothers, à deux jours près, pour annoncer que cette fois-ci, c’est certain, une nouvelle chute libre du système financier ne pourra pas se reproduire grâce aux décisions qu’ils ont prises. Comment y croire ?

Le processus qui a conduit le Comité de Bâle a arrêter de nouvelles mesures de renforcement des fonds propres des banques n’a, pour le moins, pas été marqué par la plus grande transparence. On a compris que des assouplissements avaient été finalement accordés aux banques, suite à des marchandages opérés en coulisse, à la faveur d’intenses campagnes de lobbying. Mais on ne sait trop ni lesquels, ni en faveur de qui. En ces temps où il est parfois question d’élargir les prérogatives des banques centrales, un tel modus operandi est inquiétant, puisque Bâle III – le petit dernier du nom – est présenté comme dressant une barrière infranchissable pour toute nouvelle crise qui pourrait survenir et que les arbitrages auxquels il a donné lieu ont été pris dans le secret des dieux de la finance. Est-ce bien cela la nouvelle gouvernance mondiale qui nous est proposée ?

Une même absence de transparence entoure les conséquences de l’application de ces mesures, dont le calendrier très étalé dans le temps fait redouter qu’elles interviendront quand il sera trop tard. Les lobbies bancaires ont ainsi produit un document décrivant les sévères restrictions de crédits à l’économie qui en résulteraient, la Banque des règlements internationaux établissant à contrario des effets beaucoup plus mesurés pour défendre son propos. Et, lorsqu’il s’agit de tenir l’inventaire des banques qui vont devoir augmenter leurs fonds propres en vertu des nouveaux ratios, puis d’établir les besoins de financement cumulés que cela représente, les estimations les plus diverses circulent, dont on doit penser qu’elles ne sont pas sans intentions cachées. D’après Nout Wellink, le président du Comité de Bâle, l’ordre de grandeur des besoins des banques européennes serait tout de même de plusieurs centaines de milliards d’euros. Alors que presque toutes affectent de n’en rien paraître, où est l’erreur ?

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L’actualité de la crise: pour prévenir, il faudrait guérir, par François Leclerc

Billet invité.

POUR PRÉVENIR, IL FAUDRAIT GUÉRIR

A Bâle, le plus distingué des aréopages vient de mettre au point le nouveau dispositif destiné à ce que nous ne connaissions plus jamais cela. Afin que plus jamais le système financier ne soit dans l’obligation d’être renfloué par les Etats sur fonds publics, car ils n’en ont plus les moyens. C’est tout du moins ce qui est reconnu par ses ténors quand ils sont en mal de franchise.

L’histoire dira, mais on ne sait pas quand, s’il s’agit ou non d’une forfanterie de plus. D’un accord de circonstance marqué dès l’origine par une incompréhension de la nature profonde de la crise actuelle, par une incapacité à remettre en cause des rouages qui vont tôt ou tard reproduire les mêmes effets. Dans un contexte qui aura évolué – que l’on voit se dessiner à grands traits – et d’une manière qui ne sera pas la même que la dernière fois.

Dans l’immédiat, un notable renforcement des fonds propres que vont devoir détenir les banques a été décidé par les représentants des banques centrales et des régulateurs des 27 pays membre du Comité de Bâle, sous les auspices de la Banque des règlements internationaux. Le prochain G20 de Séoul devrait donner l’occasion aux Chefs d’Etats d’entériner cet accord.

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