UN TABOU EST TOMBÉ, MAIS CE N’EST PAS LE BON ! par François Leclerc

Billet invité.

Un tabou est tombé, mais ce n’est pas celui du Traité de stabilité et de croissance européen ! Une fois de plus, ce sont les banques qui font l’objet d’attentions particulières. Le vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis menace le Comité de Bâle de rien moins que de rejeter son plan de renforcement de leurs fonds propres, agrandissant le fossé entre les autorités européennes et américaines à propos de la régulation bancaire.

Les banques européennes sont rattrapées par une sous-capitalisation notoire qui provient de la course au gigantisme qu’elles ont précédemment menée avec leurs concurrentes américaines dans ce monde financier mondialisé. Longtemps masquée, cette faiblesse réapparait alors que la crise bancaire rebondit en Europe. Engagée en Italie, elle est réapparue en Allemagne avec la Deutsche Bank et la Commerzbank et finira bien par rejaillir ailleurs.

Ce n’est pas seulement le principe – et le coût – d’une recapitalisation qui sont en cause, mais l’objet même de la réforme que le Comité de Bâle entend imposer. Son intention est en effet d’encadrer la mesure du risque effectuée par les banques, qui impacte directement sur ses besoins en fonds propres, en déterminant un plancher de ses besoins déterminé par un calcul alternatif du risque mené par les régulateurs. Le point est très sensible, car les banques sont fortement suspectées de minorer ce risque afin de passer les tests de résistances de la BCE et réduire ainsi la taille de leur matelas de fonds propres.

Les banques essaient de noyer le poisson en se réfugiant derrière les différences de normes comptables américaines et européennes encadrant la compensation des produits dérivés afin de déterminer leur exposition réelle au risque de ceux-ci (à condition de savoir effectivement le calculer). Mais ce n’est pas un secret qu’elles doivent leur rapide développement à leur forte implication sur le marché des produits dérivés, ce qui est pour les plus grandes d’entre elles leur talon d’Achille. Les mesures du Comité de Bâle les touchent donc de plein fouet.

La Commission arrive en sauveur et vise à épargner la Deutsche en maintenant la fiction de sa bonne santé, en œuvrant en sous-main par ailleurs à la mansuétude du Département de la Justice américain. Une diminution de l’amende de 14 milliards de dollars pourrait permettre de masquer la nécessité d’aller chercher des fonds sur le marché, un exercice devenu impraticable dans le contexte actuel.

Cela fait beaucoup d’obstacles et il est fort peu probable qu’il soit donné à la Deutsche et à ceux qui l’entourent de ses soins, beaucoup de temps pour passer à l’acte résolument. Ce matin, les Bourses européennes reculaient à nouveau sous l’effet des valeurs bancaires… Faute d’avoir convaincu, il ne restera plus à l’État qu’à intervenir, rompant un autre tabou : celui de la fin du renflouement des banques sur fonds publics symbolisé par la création de l’Union bancaire. On cherche vainement une réussite à présenter dans la politique européenne de désendettement prioritaire.

Comme chaque fois qu’il y a péril, les mégabanques américaines viennent renifler s’il n’y a pas de bonnes affaires pour elles. Cette fois-ci, c’est JP Morgan qui tient la corde en s’impliquant dans le sauvetage des banques italiennes…

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