Crise ou effondrement ? cela ne tient qu’à nous !, par Zébu

Billet invité.

« Le glissement vers une complexité croissante, initialement opéré pour atténuer les tensions ou profiter d’un aubaine, est au départ une stratégie rationnelle et productive qui génère un rendement marginal favorable. Cependant, comme toujours, les tensions continuelles, les épreuves non anticipées et le prix élevé de l’intégration socio-politique se combinent pour faire baisser ce rendement marginal. Alors que celui-ci décline, la complexité, en tant que stratégie, génère des bénéfices comparativement plus faibles à des coûts de plus en plus élevés. Une société qui ne peut enrayer cette tendance, comme au moyen de l’acquisition d’un subside d’énergie, devient vulnérable aux poussées de tensions qu’elle ne put affronter car elle est devenue trop faible ou trop appauvrie, ainsi qu’au déclin du soutien de sa population. Si cette tendance se poursuit alors qu’une poussée de tension insurmontable est de plus en plus probable avec le temps, l’effondrement devient une question de probabilité mathématique. Avant qu’une épreuve survienne, il peut se produire une période de stagnation économique, de déclin politique et de recul territorial. »[1].

Quand Joseph A. Tainter écrit ces lignes en 1988, il ne pense pas forcément aux sociétés actuelles auxquelles il appartient (occidentale et nord-américaine) et il dresse surtout un inventaire de 3 cas (Empire Romain d’Occident, Mayas Classiques des Basses-Terres et société Chacoane du Sud-Est nord-américain) d’effondrement de sociétés antiques, qu’il entreprend d’analyser comme cas d’étude à l’appui de sa théorie : l’effondrement est essentiellement dû à une perte de rentabilité marginale[2] du fait de la complexité croissante que toute société organisée génère en se développant.

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PARLEMENT EUROPÉEN, « La Cohésion sociale en temps de récession », le mercredi 19 février 2014, de 15h à 18h30

« La Cohésion sociale en temps de récession »

Mercredi 19 Février 2014

Parlement européen. Bruxelles

Salle A1G3

15h-18h30

Inscription en ligne.

La crise économique et sociale qui secoue le monde depuis 2008 ne cesse d’être discutée, réinterprétée, expliquée. Conjoncturelle pour les uns, structurelle voire civilisationnelle pour les autres, les effets désastreux de cette crise mondialisée s’amplifient encore, sans que les analystes ne soient en mesure de proposer des solutions. En première ligne de cette crise globale, se trouvent les populations les plus fragiles. Accroissement des inégalités entre les plus riches et les plus pauvres, précarisation des classes moyennes, la crise accroît les tensions sociales. Jusqu’où ?

Lors de cette conférence, il s’agira notamment de revenir sur les mutations que le lien social va subir, et d’étudier les potentiels créatifs, en terme social et environnemental, que la conjoncture fait émerger. L’Espagne et la Grèce, qui sont à ce jour les pays les plus durement touchés par la récession, constituent des laboratoires en la matière.

En d’autres termes : que peut devenir la cohésion sociale en temps de récession prolongée ? Comment répondre au lien social détérioré ? Quelles formes de violences cela peut-il faire émerger ? Et, à l’inverse, quels types de résistances et de créativité cela peut-il engendrer ? Enfin, quelles peuvent être les réactions et les représentations, politiques comme sociales, à l’œuvre face à la multiplication de situations de récessions nationales, voire à l’émergence d’une dépression généralisée ?

Mot d’accueil

Yves Cochet, Député européen Verts/ ALE et Nikos Chrysogelos, député européen Verts/ALE

15h -16h:

Présentation de l’étude « Cohésion sociale en temps de récession en Europe »

 Alice Canabate, docteur en sociologie politique

Discutant : Paul Jorion, Anthropologue, sociologue. Professeur à la Vrije Universiteit Brussel

16h- 17h15:

Economie Ecologique: un nouveau schéma pour répondre à la crise sociale ? 

Joan Martinez Alier, Professeur d’économie et Chercheur à l’Université Autonome de Barcelone

Theodota Nantsou, Directrice politique du WWF Hellas

Professeur Petrakis, Economiste, Université d’Athènes.

17h15-18h30

La résistance sociale à la crise : les solutions pratiques

Yannick Vanderborght, Professeur de sciences politiques aux Facultés Universitaires Saint Louis

Barbara Helfferich, Directrice du Réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN)

Conclusion

Philippe Lamberts, Député européenVerts/ALE

 

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rtbf, MATIN PREMIÈRE, 5/5 de Marie Vancutsem dans le 5-7, lundi 7 octobre à 5h45

Nous recevrons l’anthropologue et économiste Paul Jorion. Avec lui, nous allons faire un bilan, cinq ans après le déclenchement de la crise financière. Système de régulation toujours inexistant au niveau du secteur bancaire et financier, liens parfois incestueux entre finance et justice… Où en sommes-nous, quelles alternatives existent, si elles existent, et peut-on espérer un avenir meilleur ?

Le podcast est ici. Aujourd’hui : spéculation et agences de notation.

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L’actualité de demain : DES CRISES POLITIQUES DE GRANDE PORTÉE MAIS SANS ISSUE, par François Leclerc

Billet invité.

Aux États-Unis, en Italie et au Portugal, trois crises politiques s’affichent simultanément, témoignant combien cet échelon de « crise » est atteint. Rien à voir entre elles, en raison de la diversité de leur contexte, si ce n’est leur intensité et, surtout, leur portée.

Les dirigeants politiques poursuivent leur course dans le vide, suspendus au sort de Silvio Berlusconi, alors que tous les signaux d’alarme ont été tirés à propos de la situation des banques du pays. Troisième puissance économique de la zone euro, l’Italie ne peut pas de ce point de vue être cataloguée parmi ces pays périphériques abandonnés à leur sort. Jean-Claude Junker, l’ancien président de l’Eurogroupe, résumait hier ce que la Grèce pouvait pour sa part attendre : « Dire aux Grecs que quoi qu’il advienne ils auront une aide, ce n’est pas un bon signal. Dire à nos compatriotes que quoi qu’il advienne les Grecs n’auront plus un sou, c’est contreproductif. Il faut savoir silence garder »…

Mais que dire aux Italiens dont les grandes entreprises sont vendues au rabais, leurs PME mendient le crédit et leurs banques et compagnies d’assurance regorgent de titres de la dette publique qui se dévalorise quand son taux augmente ? Les banques de la zone euro, au premier chef les françaises qui en étaient gorgées, se sont délestées de ces titres qui leur brûlaient les doigts, anticipant un dérapage et des pertes, faisant de l’Italie l’exemple à venir, mais qui se rapproche considérablement, d’une implosion, cette explosion vers l’intérieur. La BCE, qui a accepté en garantie les mêmes titres enregistrera les pertes qu’elle a jusqu’à maintenant su éviter avec les titres de la dette grecque. Si l’Italie devait à son tour tomber dans le trou, c’est toute l’Europe qui menacerait d’y tomber.

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Une autre approche pour une sortie de crise, par Rémi Chanrion

Billet invité.

Lorsqu’un gouvernement souhaite résorber sa dette publique, il cherche, le plus souvent, à diminuer le poids de son déficit public, dit autrement, de sa dette annuelle. Pour ce faire, il utilise deux leviers à sa disposition. A savoir l’augmentation des impôts et la réduction des dépenses. La méthodologie classiquement utilisée pour réduire les dépenses publiques est la suivante. Elle consiste dans l’examen des différents postes de dépenses (Education, Intérêt de la dette, Famille, Santé, Défense nationale etc.). Cet examen met alors en évidence les postes de dépenses qui pèsent le plus sur la situation financière du pays. Ils subiront alors une diminution de leur montant. Cette méthode qui entraine une baisse de la demande, dont découle un affaiblissement de la croissance, et qui aboutit à accroissement de la dette du pays est contreproductive, lorsqu’elle appliquée à la réduction des dépenses publiques.

Elle gagnerait, en revanche, à être appliquée aux agents économiques constitués par les ménages. Ainsi, il conviendrait, dans un pays donné, soucieux de réduire son déficit public tout en conservant, ou en augmentant, sa croissance, de procéder à l’examen de l’ensemble des postes de dépenses qui pèsent, non plus sur les comptes de l’Etat, mais désormais sur le portefeuille d’un ménage moyen. Et cela dans le but d’en faire ressortir les éléments pesant le plus sur le pouvoir d’achat du dit ménage. Ces dépenses sont classiquement, en mettant volontairement de côté la problématique complexe du prix des loyers, l’alimentation, le paiement des différents services nécessaire à l’activités du ménage (l’eau, électricité, moyens de communication constitués par la téléphonie et internet).

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HOE DURVEN ZE ? COMMENT OSENT-ILS ?

J’ai participé à une série de cinq films sur le monde financier intitulée : « Comment osent-ils ? ». C’est fait par Pieter de Vos dont vous aviez beaucoup aimé la vidéo sur l’évasion fiscale : Les chasseurs de fortune.

Les épisodes 1 à 3 sont d’ores et déjà en ligne et vous les trouverez ci-dessous. Les numéros 4 et 5 devraient suivre bientôt.

1er épisode : « Une crise bancaire par semaine »

2ème épisode : « Plus d’austérité que ça tu meurs »

3ème épisode : « Le paradis fiscal »

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UN TEMPS DE SILENCE ET DE CONFUSION, par Un Belge

Billet invité.

Cher Paul,

J’observe et je sens que le processus dans lequel nous sommes engagés, et auquel on donne le triste nom de Crise, est entré dans une nouvelle phase. En tout cas, impossible pour moi, depuis des semaines, de prétendre sérieusement avoir des choses nouvelles à formuler par écrit. Il me semble que je ne pourrai rien dire qui n’ait déjà été dit ou démontré. Il me semble aussi que toute l’intelligence mise en oeuvre jusqu’à présent sur le Blog continue de porter ses fruits, infiniment précieux, mais montre également ses limites face à une inertie colossale. Sur cette inertie, aucun intellect (aussi brillant soit-il) n’a de prise. Ce n’est pas en démontrant à un ivrogne qu’il est ivre qu’on le dissuade de boire. Cause toujours, pense-t-il en son for intérieur, tant qu’il lui reste encore un peu de jus au fond de sa bouteille….

Au stade où nous en sommes, que peut un texte ? Que peut une interview radio ? Que peut une capsule vidéo ? Beaucoup de choses, qui doivent être accomplies… mais pas l’essentiel, qui appartient au monde de l’action. Entre le monde de l’analyse et le monde de l’action, il y a un gouffre, qui ne se laisse franchir que par un saut, qu’il appartient à chacun d’accomplir ou de différer. Et là, nous touchons à ce qu’aucun média ne peut transmettre, et qui est du domaine de l’existence intime et incommunicable. Je pense que nous parvenons à un moment de nos histoires où l’important n’est plus ce que chacun pense, dit ou écrit, ni même ce que chacun fait… mais ce que chacun incarne, intrinsèquement et immédiatement, avant même d’ouvrir la bouche.

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PIQÛRE DE RAPPEL : L’avenir à court-terme

Passionnants en fait, ces mois qui ont suivi l’effondrement de Lehman Brothers. Dans mon billet du 24 janvier 2009, je répondais à un commentateur qui posait la question suivante : « Comment François Leclerc et Paul Jorion voient-ils l’avenir à court-terme (4-5 ans) ? »

Un horizon de quatre ou cinq ans en janvier 2009 ? Cela fait donc à peu près maintenant : mai 2013. Voici ce que j’écrivais il y a un peu plus de quatre ans.

Je vais me lancer. Je crois que ça ira beaucoup plus mal avant que ça n’aille mieux. Et la raison en est la suivante, c’est que si vous et moi voyons bien que seul un saut radical nous sortira du désastre actuel, ceux qui nous ont conduits là feront tout ce qui est en leur pouvoir – et le pouvoir ils en disposent en ce moment – pour remettre la machine en marche par des demi-mesures. Il y arriveront partiellement, pour des effets de surface, mais ils n’y arriveront pas sur les questions de fond parce que la machine sous sa forme présente est irréparable.

Pendant ce temps-là, des gens comme moi, comme vous sur ce blog, auront fait d’excellentes propositions sur ce qu’il convenait de faire. Ceux qui nous ont conduits là, ceux qui se sont trompés du tout au tout dans leurs analyses mais tiennent toujours le haut du pavé, continueront comme avant : prétendant qu’ils ont quand même raison – d’une certaine manière – que les « réformes », les privatisations doivent se poursuivre pour la raison incompréhensible X ou Y, que c’est la faute « en dernière instance » au Président Clinton, et ainsi de suite, … remplissez les pointillés.

Mais cela ne leur servira à rien parce qu’il deviendra de plus en plus clair à tout le monde – inexorablement – que c’est leur néo-libéralisme qui nous a conduits là où nous en sommes, et rien ni personne d’autre. Alors, alors finalement, « au stade de l’écoeurement », on se mettra à écouter ce que nous sommes en train de dire. Mais il faudra de la patience parce qu’il faut toujours énormément de patience quand c’est de l’histoire qu’il s’agit.

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L’actualité de demain : POUR UN PROGRAMME DE MESURES « NON CONVENTIONNELLES », par François Leclerc

Billet invité.

La pagaille européenne prend des dimensions renouvelées. Il faut aussi aller la rechercher dans une étude réalisée par KPMG, le groupe de services financiers, pour la découvrir dans toute sa profondeur et ne pas s’en tenir à ses manifestations les plus spectaculaires qui s’expriment sous la forme du véritable « krach politique » qui s’approche, pour reprendre l’expression appropriée de Martine Orange dans Médiapart.

Il s’avère que les créances douteuses des banques européennes atteindraient 1.500 milliards d’euros (dont 600 milliards pour les seuls établissements britanniques, espagnols et irlandais). Au lieu de nettoyer leurs bilans et constater des pertes en vendant leurs portefeuilles, ce qui viendrait contrevenir au renforcement de leurs fonds propres et inquiéterait les investisseurs, celles-ci préfèrent proroger leurs prêts (les faire rouler).

Nous venons seulement d’arriver, au bout de tant de longues années, à cette constatation qui dès le début de la crise aurait dû s’imposer : les banques sont plus atteintes qu’elles ne veulent le reconnaître et leur désendettement est prioritaire, sans que l’on puisse attendre qu’elles y parviennent par elles-mêmes en faisant de nouveaux dégâts. Les États auraient dû intervenir et appliquer avant l’heure le modèle chypriote de mise à contribution des actionnaires et des créanciers, qui était à l’époque impensable. Quitte à en assumer les conséquences systémiques qui n’auraient manqué d’apparaître, aboutissant à une reconfiguration d’ensemble du système bancaire européen et de la dette souveraine.

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LA LIBRE BELGIQUE, 2013 : LE DÉFI DES DETTES PUBLIQUES, par Paul Jorion et Bruno Colmant, le 23 février 2013

OPINION

2013: le défi des dettes publiques

Une opinion de Paul Jorion, anthropologue, chargé de cours à la VUB, et Bruno Colmant, économiste, chargé de cours à l’UCL.

Il y a, bien sûr, un ralentissement généralisé du rythme de croissance mondiale, phénomène classique de tassement conjoncturel qui succède avec la régularité du pendule aux périodes de crédit excessif, comme celle qui a caractérisé la période 2001-2007, périodes de surexploitation de l’effet de levier qu’autorise l’endettement, débouchant sur un « moment Minsky ». Un tel « moment » s’exprime par un retour brutal au seul roc solide de l’économie : celui de l’argent sonnant et trébuchant, alors que les reconnaissances de dette – qui étaient fondées sur des châteaux en Espagne – feront apparaître, dans la vérité de leur prix, la différence qui existe entre la richesse qui a véritablement été créée et celle qui ne reposait que sur des espoirs infondés.

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FINANCER LA FIN DU MONDE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Après les Britanniques, les Français s’essaient à écrire dans la Loi le monde bancaire idéal qu’ils recherchent.

Les Britanniques cernés par les côtes de leur île ont une représentation naturelle des frontières qui font le vivre ensemble. L’irréalisme de la globalisation financière leur est évidente car ils savent d’instinct qu’elle n’est pas gouvernable. Néanmoins, il est une réalité nouvelle qui a produit la possibilité de l’excès de levier financier déclencheur de la crise : c’est la globalisation de l’espace conceptuel par le numérique. L’information circule sans coût. Cela permet toutes les constructions spéculatives fondées sur l’exploitation du temps incompressible nécessaire à l’intelligence humaine pour rapprocher les concepts de la réalité. Les modèles financiers se construisent et se détruisent infiniment plus vite que la réalité qu’ils prétendent anticiper.

La prospérité de la City s’est tout entière construite sur un impérialisme intellectuel et scientifique visant à concentrer à Londres les flux d’information. Les autorités britanniques de stabilité financière ont concrètement expérimenté avec la dévaluation de la livre en euro la disproportion qu’elles ont laissé prospérer entre le rythme du pouvoir réel et le rythme du pouvoir conceptuel. Grâce à la City, personne ne se rend mieux compte que les Britanniques de la déstabilisation irréversible du réel par le conceptuel financiarisé sans limite.

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LA CRISE, SES CAUSES, SES DILEMMES ET SES SOLUTIONS, par Jacques Sapir

Billet invité. L’entêtement dans les politiques d’austérité est maintenant susceptible de transformer une situation de récession en authentique dépression. Tout le monde le sait, sauf nos dirigeants et les prétendus « experts » qui les conseillent. Bien entendu, le fait que tout le monde le sache sauf eux nous fera une belle jambe une fois que la dépression sera là. Combien de fois se tournera-t-on encore vers les mêmes financiers, auteurs de catastrophes pour leur demander de nous indiquer la voie ? Seuls les partis pris idéologiques ont-ils encore voix au chapitre ? La prise en compte du démenti par les faits est-elle vraiment morte et enterrée ?

La crise de la zone Euro est largement analysée comme une crise des dettes souveraines. Cette analyse conduit à donner une priorité à la réduction des déficits et de la dette, ce qui mène à l’adoption de politiques d’ajustement plus ou moins brutales suivant les pays. Or, aujourd’hui, il est clair que ces politiques ne fonctionnent pas et, en réalité, aggravent la situation à la fois dans les pays considérés mais aussi dans l’ensemble de la zone Euro. En réalité, c’est l’analyse de base qui est en cause. La crise de la zone Euro n’est pas une crise de la dette mais une crise issue des décalages accumulés de compétitivité, en raison de l’impossibilité, depuis 1999 de compenser ces dits décalages par des dévaluations. Ces décalages ont conduit les pays à accumuler des dettes excessives dans le long terme (depuis 1999) même si des causes conjoncturelles ont aussi joué.

Dans ce texte, nous analyserons ces politiques, les raisons de leur inefficacité et leurs conséquences, avant d’aborder la question de l’avenir à court et moyen terme de la zone Euro.

I. Des politiques qui « ne marchent pas ».

Des mesures, souvent extrêmement brutales d’ajustement structurel ont été mises en place, soit par décision du gouvernement soit dans le cadre d’accords de refinancement par les institutions européennes (FESF puis MES), dans les différents pays qui connaissent des problèmes importants pour refinancer leurs dettes. Ces politiques sont par ailleurs en passe d’être consolidées par le nouveau Traité Européen qui devrait être ratifié d’ici à cet hiver.

Ces politiques sont largement comparables à celles qui ont été mises en œuvre au début de la Grande Dépression des années 1930 (en particulier en Allemagne) et dont il est acquis qu’elles ont aggravé dans des proportions considérables cette crise.

Tableau 1

Comparaison entre la politique menée par le Chancelier Brüning en 1930-1932 et les politiques de rigueur en Europe continentale.

On constate cependant aujourd’hui, avec désormais de 2 à 3 ans de recul que ces politiques ne donnent pas les résultats escomptés. Une analyse des rentrées fiscales menée sur 3 pays  (Grèce, Espagne et Italie) le montre éloquemment.

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CHEDD, Les chemins de la transition, « La transition… », Rennes, le 3 juillet 2012, par Sylvie Gendreau

Billet invité.

Le ton est calme, presque rassurant. Son argumentaire est clair, documenté. Paul Jorion est assis au centre de la scène. Les auditeurs du Collège des hautes études du développement durable de Bretagne l’ont invité à prononcer la conférence d’ouverture de leur colloque annuel sur le thème de La transition.

Ce mardi 3 juillet 2012, le chercheur, ex-trader, a fait une démonstration importante qui illustre à quel point l’heure est grave. Il nous reste moins d’une petite trentaine d’années pour inventer un autre système que le système capitaliste. Il compare la situation que nous vivons à un phénomène en physique, le soliton, une vague qui remonte le courant et qui ne veut pas faiblir, la propagation d’un tsunami qui n’épargnera personne.

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LE VOTE UTILE… AU PREMIER TOUR

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Dans la conférence que j’ai eu l’occasion de faire en décembre dernier pour un public composé des anciens de HEC et dont j’ai l’intention de reprendre la trame dans mon livre à venir intitulé : Les questions qui restent à résoudre, j’ai recours à l’image du soliton : une énorme vague résultant de la superposition de plusieurs vagues de taille normale venues accidentellement s’agréger en un monstre.

Les trois vagues que j’évoquais sont 1° la crise financière et économique, conséquence de la machine à concentrer la richesse qui caractérise nos sociétés, de nouveau régime, aussi bien que d’ancien régime, faute pour nous d’avoir jamais accordé l’attention qu’il mérite à ce vice qui handicape nos systèmes économiques, 2° la complexité de notre monde qui a cessé d’être maîtrisable depuis que nous avons abandonné de gaité de cœur à l’ordinateur les rôles d’une part de comprendre notre monde, et d’autre part de prendre les décisions qui s’imposent à son sujet, enfin 3° la fin du processus de colonisation de notre planète par notre espèce, qui découvre tardivement les limitations qu’une politique de « terre brûlée » finit par rencontrer et qui sont celles du Réel.

Ces trois vagues, considérable chacune, constituent désormais un tout indissociable et un candidat à l’élection présidentielle française doit vouloir les traiter de manière cohérente toutes ensemble.

À l’époque du discours de Toulon, M. Sarkozy parlait en termes très éloquents de la crise financière et économique. Ce thème a cependant disparu entièrement de son programme actuel pour se concentrer sur une problématique du montrer-du-doigt-de-préférence-quelqu’un-d’autre-que-soi-même, si bien qu’aucun des deux candidats les mieux placés pour l’emporter dans les élections présidentielles ne parle ni d’une manière ni d’une autre de l’une quelconque des trois composantes du soliton.

En fait, de la complexité engendrée par le développement de l’informatique et de la maîtrise sur le monde qui nous a échappé à cette occasion, aucun des candidats en présence ne parle en aucune manière : à les en croire, le monde reste transparent à leurs yeux, hypothèse qui conforte la supposition implicite qu’ils seront en mesure de prendre les décisions qui s’imposent, et que le monde répondra sans broncher à leurs injonctions et de la manière prévue par eux. M. Mitterrand revenu d’outre-tombe, pareil au spectre du père de Hamlet, pourrait leur expliquer ce qu’il en est réellement dans ces cas-là.

Restent les deux autres vagues : la planète et ce qu’il en reste sous nos coups de boutoir, et la crise financière et économique. Comme la première de ces deux vagues constitue le contexte général au sein de laquelle vient se loger la seconde, il aurait été logique que le parti qui maîtrise le mieux la problématique écologique insère conceptuellement la crise financière et économique au sein de celle-ci et nous propose un programme cohérent de réforme globale.

Pour des raisons que j’ignore mais qui sont probablement liées à la supposition fautive, et calamiteuse, qu’il fallait choisir de parler SOIT du contexte écologique et planétaire, SOIT de la crise financière et économique, et que, pareil à l’âne de Buridan, on était disposé à hésiter indéfiniment sur la ligne à suivre, EE – Les Verts sont tombés dans un mutisme mortifère dont les chiffres d’intentions de vote en faveur de leur candidate sont le reflet sans appel.

Le Front de Gauche qui, après avoir pris l’aspect crise financière et économique à bras le corps et avec un bel enthousiasme, s’aventure maintenant sur le terrain de la revendication écologique, s’en tire mille (à vue de nez) fois mieux.

Il n’en reste pas moins que le point de jonction entre la vague de l’avanie imposée par nous à notre planète et la vague de la machine à concentrer la richesse, source de dérive financière, est celui de la troisième vague, à savoir celle de la complexité hors de contrôle. Le parti qui parviendrait à présenter aux électeurs la combinaison complète de ces trois facteurs qu’il s’agit pour nous d’affronter d’abord et de résoudre ensuite, imposerait sa façon de voir au premier tour, et du coup, certainement au second, soit dans le meilleur des cas, directement, soit, faute de mieux mais sans se déjuger, indirectement par la cohérence de son approche.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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RTL.be, ÉDITION SPÉCIALE, « Austérité : que nous restera-t-il ? », lundi 23 janvier 2012

RV a pris la peine de transcrire mon intervention. Merci à lui !

Michel De Maegd

Bonsoir, merci d’être parmi nous. Vit-on en 2012 au dessus de nos moyens ?

Paul Jorion

Pas vraiment. Il faut poser le problème tout à fait autrement.

Nous vivons dans des sociétés que nous devons regarder par rapport à d’autres. Il faut que nous comprenions comment notre système marche, et dans notre système, vous le savez, la plupart des gens sont des salariés, ils reçoivent un salaire. Il y a des gens qui sont dirigeants d’entreprise. Ces gens là dirigent une entreprise : ils font un profit sur les marchandises qui sont vendues. Et il y a des gens, ça peut être les mêmes, la question n’est pas là, il y a des gens qui procurent des capitaux et ces capitaux sont rémunérés avec des intérêts.

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L’actualité de la crise : LE JOUR OU LA CAVALERIE N’ARRIVERA PAS A TEMPS ! par François Leclerc

Billet invité

« Le plan, tout le plan et rien que le plan ! », c’est ainsi que peut se résumer l’attitude des dirigeants européens qui se raccrochent à ce qu’ils tiennent encore dans leurs mains et qui leur échappe, face à des développements en Grèce et en Italie qu’ils ne maîtrisent pas.

À Athènes, ils essayent d’obtenir des garanties écrites du parti Nouvelle Démocratie, appelé dans la confusion à succéder au Pasok après un gouvernement d’unité nationale d’intérim. À Rome, ils adressent à un gouvernement italien en sursis une liste des mesures dont l’application va être surveillée de près par la Task force de l’Union européenne, la BCE et le FMI. Dans les deux cas, ils continuent d’écrire la chronique d’une mort annoncée – celle du plan dont ils exigent l’application – ne pouvant qu’espérer retarder l’inéluctable : l’entrée de l’Italie au cœur de la zone des tempêtes et ses imprévisibles conséquences.

L’éclatement partiel de la zone euro est dans toutes les têtes, mais comment s’y résigner, comment s’y préparer ?

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ÉVITER LE RETOUR AUX ANNÉES TRENTE, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité

La « crise », dont beaucoup de bons esprits disaient qu’elle était derrière nous, a donc rebondi au cours de l’été. Le spectre du « double dip » se profile. Les réminiscences des « années 30 » se multiplient.

Les responsables politiques de l’Europe ont cru que l’on pouvait rassurer les « marchés » en multipliant les déclarations concernant la mise en place de dispositifs accentuant l’« austérité » en vue de résorber les dettes des pays-membres. On a même entendu au plus haut niveau des propos selon lesquels tous les pays de la zone euro  devraient viser le retour à l’équilibre des finances publiques, ce qui constitue une aberration économique. En effet, s’il est normal et souhaitable de préconiser de ramener la zone dans son ensemble à un niveau d’endettement raisonnable, cela n’a aucun sens de demander à tous les pays membres de la zone à la fois de rechercher l’équilibre budgétaire selon on ne sait quelle « règle d’or ». C’est oublier que la variété des situations économiques et budgétaires appelle des politiques différentes. On a cru rassurer les « marchés », on les a effrayés, car ils savent que la multiplication concomitante de programmes d’austérité ne peut conduire qu’au retour redouté de la « grande récession » en Occident. D’où leur réaction négative. On a beau rappeler ce qui s’est produit au cours des années 30, l’impression prévaut que nos dirigeants se dirigent à l’aveugle vers le piège.

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