Archives par mot-clé : crise

La démocratie est-elle soluble dans la finance ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Toxicité financière

La crise des subprimes s’est déclarée par des problèmes de liquidité. Il est devenu impossible à l’été 2007 de calculer le prix de certains actifs financiers, en l’occurrence les actifs subprimes à haut risque. Les actifs subprimes se sont révélés toxiques parce qu’ils sont mutants et matériellement imprévisibles, comme les virus. Ils contiennent en eux-mêmes la cause invisible de leur transformation. Techniquement, un actif toxique est un nominal d’option dont la composition est indéchiffrable et la prime vendue par un opérateur financier de solvabilité inconnue. Une option financière est la promesse de réaliser quelque chose à un certain prix sous certaines conditions. L’acheteur de l’option est celui qui veut avoir le quelque chose au prix à terme annoncé et qui paie une prime au vendeur qui s’engage à le lui réaliser. La prime de l’option représente ce que le vendeur est susceptible de décaisser en monnaie à l’échéance de l’option si la promesse ne se réalise pas au prix annoncé.

La fabrication d’un actif toxique vise à prélever une commission sur la construction d’une option dont le risque est polymorphe ; dont le risque peut être présenté différemment à son acheteur et à son vendeur. L’intermédiaire de toxicité vend le nominal à quelqu’un qui trouve la promesse bien belle pour la prime faible qu’il a à régler. Et il vend la prime à quelqu’un qui la trouve bien élevée pour le faible prix réel du nominal qu’il est censé garantir. L’un achète un risque dont le prix paraît faible tandis que l’autre vend le même risque dont le prix paraît élevé pour ce qu’il semble réellement. Acheteur et vendeur du même actif toxique ne se voient pas et ne se parlent pas : ainsi le fabricant peut présenter son produit sous deux formes différentes qui ne sont pas comparées explicitement. L’agent de toxicité financière est indétectable parce qu’il tient le marché étroit de ce qu’il vend ou parce parce qu’il est trop gros pour que l’acheteur exposé à la toxicité identifie séparément la responsabilité du vendeur de la prime et de son fabricant.

Acheter un risque revient à vendre une assurance. Si l’assureur inspire confiance, il n’est pas imaginable qu’il puisse assurer des événements qui n’arrivent pas aussi fréquemment qu’il l’annonce ; ou qu’il ne soit qu’assureur d’événements qui n’arrivent jamais ; ou encore qu’il soit l’assuré d’un assureur d’événements qu’il provoque lui-même. Un producteur de toxicité financière est l’agent invisible d’actifs transformables à l’insu de l’acheteur qui se croit protégé de la variabilité du prix réel. A partir de l’été 2007, il est apparu progressivement que ces actifs sans prix vraiment rationalisable étaient diffusés dans le monde entier. Toute institution financière d’une quelconque importance avait dans ses comptes une proportion inconnue d’actifs toxiques, soit que ces actifs fussent des primes sans prix rationnel, soit que leur prix fût garanti par un propriétaire de la prime potentiellement insolvable.

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La crise : ses dessous et ses implications futures, par Paul Tréhin

Billet invité

La crise financière actuelle, combinée à une crise économique dans « l’économie réelle », n’est plus probablement que la partie visible de l’iceberg d’une évolution structurelle beaucoup plus profonde dans l’économie. L’observation de cette crise comme un phénomène purement financier va peut-être mener à une solution à court terme des problèmes sans vraiment adresser les problèmes sous-jacents : « Nous ne pouvons pas résoudre des problèmes en utilisant le même mode de pensée que nous utilisions quand nous les avons créés. » Albert Einstein.

Bien qu’il y ait quelques similitudes entre la crise actuelle et la grande dépression de 1929, les solutions utilisées dans les années trente pour un retour de l’économie à la prospérité à cette période ne suffiront certainement pas à résoudre le problème de manière durable dans la situation présente.

Au moins deux aspects sous-jacents de la crise économique devraient être abordés :
1. L’accroissement de la rapidité d’évolution de l’innovation technologique
2. L’écart croissant entre économies riches et économies sous-développées.

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Je ne rembourserai pas, par Olivier Brumaire

Billet invité

Je ne rembourserai pas – ou « Les pauvres paieront-ils pour les (très) riches » ?

La dette publique française file désormais allègrement vers les 1 800 Md€, soit la bagatelle de 60 000 € par foyer.

En 2010, la situation budgétaire de l’État est dramatique : Ressources nettes 175 Md€, Dépenses nettes 325 Md€, Déficit 150 Md€ (« www.performance-publique.gouv.fr » – le gouvernement a conservé son humour…). Le plafond de Maastricht de 3 % du PIB est enfoncé avec près de 8 % du PIB. Nous dépensons ainsi cette année 190 % des recettes (contre encore 120 % avant la crise)… Et du coup, la dette représente près de 10 ans de recettes fiscales actuelles…

Heureusement les politiques nous l’ont promis : il est hors de question qu’ils gèrent les finances publiques avec « rigueur » – pour ceux qui auraient encore un doute. Voilà enfin une promesse dont nous pouvons être assurés qu’elle sera tenue… Vivons donc au dessus de nos moyens, ou plutôt, enrichissons les riches, et après, que diable, advienne que pourra. Et bien justement, ça advient…

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L’argent destructeur

Voici la traduction de mon entretien originellement en allemand avec le Dr. Stefan Fuchs qui a été diffusé de 9h30 à 10h00 sur Deutschlandfunk le 9 mai. Les germanophones peuvent toujours écouter le podcast ici

J’accueille toujours avec reconnaissance les entretiens longs parce qu’ils permettent de développer, sans devoir tronquer une partie des arguments, une véritable démonstration.

Traduction française : j’ai pris comme base essentiellement la traduction de Johannes Finckh, la plus proche des mes propos originels en français. Merci à lui, merci aussi à Timiota et Fleurbleue qui avaient unis leurs efforts dans une traduction parallèle.

L’exemple que j’avais donné de trois personnes se prêtant mutuellement de l’argent n’a manifestement pas été compris par le traducteur allemand, qui m’a « corrigé » en parlant d’un triplement de la somme au lieu d’un doublement. J’ai réexpliqué l’exemple, en lui rendant sa cohérence, et du coup, sa rigueur.

L’argent destructeur

Enseignements de l’hypercrise, deuxième partie : Entretien avec le chroniqueur économique Paul Jorion

Par Stefan Fuchs

La crise financière culmine depuis l’automne 2008 dans une crise du capitalisme global. Car la libéralisation débridée des marchés et l’expansion de la division internationale du travail n’ont pas pu tenir les promesses gigantesques de croissance et de prospérité.

Dans la deuxième partie de la série d’entretiens « « Enseignements de l’hypercrise », Stefan Fuchs a eu un entretien avec Paul Jorion sur l’effet destructeur de l’argent. Jorion est chroniqueur économique du journal français « Le Monde ». Economiste structuraliste, il critique la mise sur le même plan de l’argent et du crédit comme une pure idéologie. Le capitalisme actuel serait selon lui à l’agonie.

Stefan Fuchs: Monsieur Jorion, vous étiez parmi les premiers à avoir prédit la crise américaine de « subprimes ». Vous-même travailliez aux États-Unis dans le secteur du crédit, et vous prédisiez dès 2004 une grave crise de ce capitalisme financier américain. L’élément déclenchant de l’hypercrise est selon votre analyse un mécanisme interne de l’économie globale telle qu’elle se développait dans le dernier tiers du 20ème siècle et qui a eu pour effet une concentration de plus en plus forte de l’argent en peu de mains. Comment décrivez-vous ce mécanisme qui conduisit presque à un tarissement de la circulation monétaire et qui déclencha cette crise extrême qui saisit ensuite aussi l’économie réelle ?

Paul Jorion: En comparant la crise de 1929 qui avait débuté aux États-Unis pour devenir alors une crise économique mondiale et la crise à laquelle nous avons affaire depuis 2007, on observe une parenté stupéfiante : la concentration de la richesse économique entre les mains d’une minuscule minorité. En vertu d’un mécanisme économique très simple. Lorsque l’argent n’est pas là où il est nécessaire, soit pour produire dans une entreprise soit dans les ménages pour acquérir des biens durables, ou bien encore parce que le salaire est insuffisant pour vivre du fait que les salaires réels stagnent ou sont même en recul, il faut alors se le procurer par le crédit. C’est une loi aussi implacable que logique : la concentration de la richesse est un processus qui s’autoalimente. Lorsque l’argent est réparti inégalement dans un système économique, cette répartition inégale s’accentuera avec le temps toujours davantage. C’est ce que nous vivons. L’argent n’est pratiquement jamais là où il est nécessaire, ni dans la production industrielle, ni dans la consommation. On doit toujours se le procurer via le crédit. L’argent et son prix ont aujourd’hui un rôle prédominant et qui va se renforçant continuellement. Le système financier dispose d’une omniprésence quasi-divine qui ponctionne un profit sur chaque transaction. Du coup, une part croissante d’intérêts est contenue dans le prix de tous les produits et de tous les services.

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Ceux qui savaient

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On me dit souvent : « Vous faisiez partie du tout petit groupe de gens qui savaient qu’une crise majeure allait éclater ». Je réponds en général qu’en 2002, entre collègues, à l’heure du déjeuner, on discutait de la crise qui s’annonçait.

Mais ça ne s’arrêtait pas là : nous écrivions des rapports à l’intention de la direction. Et comme ceux-ci étaient accueillis par un grand silence, mes collègues me faisaient souvent part de leur découragement : « Ils ne prennent même pas la peine de lire ce que nous écrivons ! ».

Mes patrons n’étaient pas des imbéciles et cette interprétation désabusée me paraissait un peu courte. J’ai expliqué dans ma chronique du Monde – Économie des lundi 29 et mardi 30 juin 2009, intitulée « La bonne santé retrouvée des banques américaines », comment Angelo Mozilo, PDG de Countrywide, aussitôt qu’il eut compris, entreprit d’exercer toutes les stock options qu’il avait dans sa firme et de revendre l’ensemble de ses actions. Et ceci, le plus légalement du monde : en suivant le plan de désengagement par étapes prévu par la loi. Je terminais ma chronique en disant ceci :

Si le parallèle avec Countrywide a un sens, il s’agit alors simplement pour les dix banques ayant aujourd’hui remboursé l’argent du TARP de consciencieusement nettoyer la caisse avant de mettre définitivement la clé sous la porte. Lorsque les trillions à nouveau perdus seront examinés, les quelques milliards détournés in extremis par leurs dirigeants, passeront, c’est à parier, relativement inaperçus.

Or, aux Etats-Unis, les informations tombent en pluie drue depuis quelques mois : le récit de l’invention du CDO synthétique (voir Glossaire) rapportée par Michael Lewis dans son livre The Big Short : « la grande vente à découvert », pour pouvoir précisément parier sur la chute de l’immobilier américain, le fonctionnement du hedge fund Magnetar, expliqué par Yves Smith dan son livre ECONned (intraduisible : « conned » : roulé dans la farine), les CDO synthétiques Abacus de Goldman Sachs au centre d’une plainte de la SEC (Securities & Exchange Commission), le régulateur des marchés américain, et ceux appelés Baldwin, de Morgan Stanley, que la presse évoquait vendredi, etc., tous expliquent avec moult détails que toutes les firmes à Wall Street, tous les fonds d’investissement spéculatifs, ne tombaient pas à la même vitesse : certains avaient très bien compris ce qui se tramait, et chacun rassemblait tout l’argent auquel il avait accès pour le consacrer à une seule chose : parier sur la chute du capitalisme américain, la « grande liquidation avant fermeture définitive ! ».

Je ne faisais pas partie en réalité des rares élus qui avaient deviné ce qui allait se passer : je faisais partie des rares crétins qui avaient choisi de vendre la mèche plutôt que de me joindre à la foule de ceux déterminés à ne pas laisser passer sans broncher une occasion de devenir super-riche comme on n’en voit qu’une seule fois dans sa vie.

Seule question : que vaudront les dollars après la fermeture définitive ? Les euros, on le sait déjà.

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Michael Lewis, The Big Short. Inside the Doomsday Machine, London : Allen Lane, 2010

Yves Smith, ECONned : How Unenlightened Self Interest Undermined Democracy and Corrupted Capitalism, New York : Palgrave, 2010

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Deutschlandfunk, dimanche 9 mai de 9h30 à 10h00

Pour ceux qui comprennent l’allemand. Mon entretien avec le Dr. Stefan Fuchs passe de 9h30 à 10h00 sur Deutschlandfunk. Vous pouvez écouter le podcast ici

Zerstörerisches Geld

Lehren aus der Hyperkrise, Teil 2: Gespräch mit dem Wirtschaftskolumnisten Paul Jorion

Von Stefan Fuchs

Die seit Herbst 2008 andauernde Finanzkrise hat sich auch zu einer Krise des globalisierten Kapitalismus zugespitzt. Denn eine ungehemmte Liberalisierung der Märkte und die Ausdehnung der internationalen Arbeitsteilung haben die gigantischen Wachstums- und Wohlstandsversprechen nicht einlösen können.

Im zweiten Teil der Gesprächsserie « Lehren aus der Hyperkrise » unterhält sich Stefan Fuchs mit Paul Jorion über die zerstörerische Wirkung des Geldes. Jorion ist Wirtschaftskolumnist der französischen Tageszeitung « Le Monde ». Als strukturalistischer Ökonom kritisiert er die Gleichsetzung von Geld und Kredit als blanke Ideologie. Der hiesige Kapitalismus befinde sich in einem Todeskampf.

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Le bancor : une solution thermodynamique à la crise, par Zébu

Billet invité.

C’est étrange …

On se croirait dans le monde de la physique et des lois de la thermodynamique.

Soient des systèmes financiers ‘en équilibre’, certes instables mais ‘en équilibre’. Principe 0.

Dans le système financier américain, l’énergie financière se trouve de plus en plus transformée en crédit immobilier dont la masse se trouve à être reportée dans le temps et concentrée de telle manière qu’elle engendre un effondrement par son propre poids : Subprimes. Loi I. Transformation de l’énergie.

De l’effondrement des subprimes nait l’investissement public du déficit ainsi créé, qui se transforme ainsi en désordre, de manière irréversible. Loi II. Entropie. Car le système financier américain n’étant pas isolé, l’énergie ainsi transformée s’échange avec les autres systèmes. C’est d’ailleurs la seule solution viable pour un système en entropie car s’il était isolé, l’énergie ainsi produite par la transformation serait croissante jusqu’à qu’elle ce soit diffusée à l’ensemble du système, pour demeurer ensuite constante, le risque étant l’auto-combustion.

Les systèmes qui ‘absorbent’ l’énergie transmise par l’entropie doivent pouvoir faire de même. Or le formatage de la construction européenne, notamment de la BCE (à l’inverse de la Fed), n’a pas permis à l’UE et particulièrement à la zone euro de transformer l’énergie reçu par entropie ou de la transmettre à d’autres systèmes. La transformation étant irréversible mais s’appliquant cette fois dans un système financier clos, l’entropie ne peut qu’augmenter, le risque d’auto-combustion s’enclenchant. Dès lors, la seule solution pour cette zone (qui n’a pas l’avantage du dollar et ne peut pas réaliser de Quantitative Easing comme la Fed = absorption de la chaleur) est de transférer cette énergie vers les systèmes sociaux, afin que l’entropie puisse reprendre son cours et que l’énergie financière se dissipe, plutôt qu’elle ne se transmette au système bancaire ou au système monétaire.

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L’actualité de la crise: le spectacle est bâclé, par François Leclerc

Billet invité.

LE SPECTACLE EST BÂCLÉ

Dans ce moment de la crise, sans que cela diffère tellement des précédents, les calculs réels et présumés des acteurs qui occupent le devant de la scène apparaissent bien dérisoires et à courte vue. La crise grecque, voulue et provoquée pour l’exemple, a dérapé sans que son issue ne soit désormais aisément maîtrisable. Elle n’est cependant que le symbole d’une situation qui dépasse les frontières de l’Europe et atteint l’ensemble du monde occidental.

Certes, certains pays sont moins atteints que d’autres, mais est-il réellement pensable qu’ils puissent tirer seuls leur épingle du jeu dans un monde financièrement et économiquement aussi interconnecté ? Du Japon aux Etats-Unis, en passant par l’Europe, la dette va continuer d’enfler, sans que les bonnes résolutions adoptées le temps d’une rencontre puissent inverser la tendance. Sauf à accepter de prendre le risque de s’engager collectivement dans une longue déflation à la Japonaise accompagnée d’une crise sociale profonde et dure.

Jour après jour, la crise de la dette publique s’annonce donc redoutable. Car, par son ampleur, il ne peut plus y être trouvé de solution aussi facilement qu’on le croyait avec les recettes éprouvées. Les restrictions budgétaires pour réduire le déficit et la dette devraient être d’une telle ampleur qu’elles sont impraticables à une telle échelle, si elles ne sont pas relayées par une croissance économique, par ailleurs introuvable. Ben Bernanke, le président de la Fed, vient de reconnaître que la croissance ne suffirait pas à faire baisser le déficit budgétaire à un niveau acceptable. Le premier ministre grec, Georges Papandréou, vient de déclarer dans une belle envolée devant les députés : « La condition principale pour réussir (…) c’est de tout changer dans ce pays, économie, Etat, habitudes, mentalités, comportements, pour fonder une économie viable ». Un programme qui donne la mesure de ce qui ne sera pas fait et qui fait sonner par avance le glas d’ambitions qui ne seront pas tenues.

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Chaîne Parlementaire (LCP) et 24/24, dimanche 11 avril (diffusion à 8h35, 16h30 et 23h30)

Chaîne Parlementaire (LCP) et 24/24 : un débat entre Patrick Devedjian, Philippe Askenazy et votre serviteur : « Une crise fatale ? » dans le cadre de l’émission « Parlons-en ».

Je ne me suis pas disputé avec le Ministre de la relance, nous nous sommes contentés de n’être fermement pas d’accord.

Le débat a été enregistré mardi dernier, il passe en différé demain dimanche (diffusion à 8h35, 16h30 et 23h30). On devrait le trouver également en podcast dans les jours qui viennent.

Visible grâce à Dominique Larchey-Wendling. Merci !

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Comment Al Capone est tombé

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Tout le monde connaît l’histoire d’Al Capone, que l’État américain n’arriva jamais à coincer pour ses activités de racket mais qui tomba pour une affaire de fraude fiscale. Vous savez aussi que les banques américaines donnent du fil à retordre aux autorités depuis que celles-ci tentent de remettre un peu d’ordre dans un secteur qui provoqua une crise inédite du système capitaliste tout entier. Vous lirez du coup avec intérêt une dépêche de l’agence Bloomberg intitulée : JPMorgan, Lehman, UBS Named as Conspirators in Muni Bid-Rigging, autrement dit, et en rendant les choses un peu plus explicites : « JP Morgan, Lehman Brothers, Union de Banques Suisses désignés comme co-conspirateurs dans un cas d’enchères truquées sur le marché des obligations émises par des communautés locales ».

Si vous lisez l’article vous noterez que le titre de la dépêche se contente de nommer les plus gros poissons. D’autres noms sur la liste : Bank of America, Bear Stearns, Société Générale, General Electric et Salomon Smith Barney, qui appartenait autrefois à Citigroup. Wachovia est aussi mentionnée, rachetée depuis par Wells Fargo, ainsi que Financial Security Assurance Holdings Ltd., un rehausseur de crédit qui était à l’époque une filiale de Dexia.

Les co-conspirateurs nommés dans cette action en justice dans le cadre de la loi anti-trust participaient à des enchères truquées organisées par une compagnie nommée CDR Financial Products Inc. Étaient escroquées, des « munis », des communautés locales, communes, États, académies, qui recevaient des intérêts artificiellement bas sur leurs investissements dans le cadre de ce qu’on appelle des « guaranteed investment contracts », un marché dont le volant est de 2 800 milliards de dollars. Les co-conspirateurs versaient des pots-de-vin à CDR en échange de ses bons services.

Des poursuites n’ont pas encore été engagées mais gageons que le passage d’une nouvelle réglementation sur les activités financières aux États-Unis se trouve soudain facilité.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Où sont les pêcheurs à la ligne ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Certains d’entre vous qui ne consultent qu’occasionnellement Le Blog de Paul Jorion sont certainement déçus de voir qu’il n’y est pas question de ce qui fait aujourd’hui la une des journaux que lisent la grande majorité de mes lecteurs : les élections régionales en France. Quand je dis : « la grande majorité de mes lecteurs », c’est que, sur les trente derniers jours, 81 % d’entre vous êtes Français.

Bien sûr, je suis Belge résidant en France et, me viendrait-il l’envie de voter à ces élections régionales françaises, je n’en aurais pas le droit. Mais de là ne vient pas l’opinion que j’ai d’elles.

De manière générale, on ne trouve pas sur mon blog d’appels à l’action. Certains s’en plaignent, et je leur ai répondu dans deux billets récents : « N’est-il pas temps alors de s’engager ? » et Le duc d’Aiguillon, le vicomte de Noailles, le vicomte de Beauharnais et le duc du Châtelet. La raison n’est pas que je m’oppose à l’action, autrement dit que je lui préfère la contemplation, mais mon blog ne me paraît pas l’endroit d’où en parler : un blog est à mes yeux, un lieu de réflexion et, de ce point de vue, il me semble pleinement assumer sa fonction, car il a produit durant ses trois ans d’existence, sinon un corpus cohérent de mesures à prendre, tout au moins ce qui me semble un diagnostic très complet de la situation présente, que je caractérise depuis l’automne 2008 comme étant la fin et la sortie du capitalisme.

Pourquoi l’automne 2008 ? Parce que c’est à ce moment-là, dans les mesures prises aux États-Unis pour contenir l’hémorragie consécutive à la chute de Lehman Brothers, qu’on a pu constater que, faute de mesures susceptibles de sauver le système économique et financier en perdition, celles qui étaient prises – par leur inconséquence et leur inanité – ne pouvaient à terme qu’encore aggraver le mal.

Aggraver le mal, parce que les créances privées devenues trop lourdes et ayant précipité un effondrement de la finance d’abord et de l’économie ensuite, avaient été – selon une formule jusque-là classique – prises en charge par les États et que, pour la première fois dans l’histoire, cette charge était d’un montant tel qu’elle entraînait cette fois les États, à la suite du secteur privé, droit dans l’abîme. C’est cette situation inédite que j’ai décrite dans La sortie du capitalisme, un article paru l’automne dernier dans la revue Le Débat. Les discussions actuelles autour de la dette publique de la Grèce et d’autres pays comme la Grande-Bretagne, ne parlent de rien d’autre que de cette charge désormais trop lourde et de la chute dans l’abîme désormais amorcée.

Or, de cette sortie du capitalisme, qui est l’époque que nous vivons à présent et qui est au centre de toutes nos préoccupations, les partis qui briguent les suffrages des électeurs français aux élections régionales, n’en parlent pas.

Si vous êtes familier du Blog de Paul Jorion, vous avez pu constater que les opinions qui s’y expriment – aussi bien au niveau des commentaires que des chroniques – représentent ce qu’on appelle en France, la gauche et la droite « civilisées ». Il n’est pas surprenant du coup que les politiques à qui j’ai personnellement l’occasion de parler représentent le même éventail. J’évoque avec eux la période que nous traversons et je leur pose la question : « Pourquoi les partis n’en parlent-ils pas ? » Et la réponse est celle-ci – et je ne trahis personne en la révélant, parce qu’elle est la même, quelle que soit l’affiliation partisane : « Parce que les partis s’adressent l’un à l’autre d’une manière qui leur est devenue classique et qu’ils sont devenus incapables, par une longue habitude, de tenir un autre langage ». Mes interlocuteurs sont quant à eux conscients de la particularité de la période historique que nous traversons et des risques de débordement qui se profilent à l’horizon en raison d’un mécontentement qui ne pourra aller que croissant, mais ils ne voient pas comment, dans la chasse aux suffrages à laquelle se livrent les partis, ces sujets pourraient même être évoqués.

On a pris l’habitude d’appeler « pêcheurs à la ligne », ceux qui en France s’abstiennent de voter. Ils considèrent que les choses ne vont pas suffisamment mal qu’il faille rompre la paix d’un dimanche pour se rendre dans l’isoloir. Les 53 % d’abstentionnistes et les 4 % de votes blancs de dimanche dernier, ne sont pas cependant tous des pêcheurs à la ligne : les lacs et les cours d’eau français ne pourraient y suffire. Les pêcheurs à la ligne sont ceux qui ne sont pas spécialement inquiets, et le paradoxe de la situation présente me semble être – et il est crucial que les politiques en prennent conscience sans tarder davantage – qu’il n’y a plus en France que les pêcheurs à la ligne pour aller voter.

Pendant ce temps-là, l’époque elle n’attend pas, et le débat se poursuit et se poursuivra ici à propos des deux mondes : celui qui s’enfonce et s’efface d’une part et celui en train de naître d’autre part, au même niveau de sérieux et d’excellence que vous me permettez jour après jour d’atteindre ici.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise: ils marchent sur notre tête, par François Leclerc

Billet invité

ILS MARCHENT SUR NOTRE TETE

Après la Chine, coupable d’obstinément sous-évaluer sa monnaie afin de favoriser ses exportations, l’économie occidentale vient de se trouver un deuxième grand responsable des déséquilibres mondiaux qui la perturbent gravement : voici venu le temps de l’Allemagne, dénoncée comme appliquant une politique néfaste de modération salariale, à qui l’on demande désormais de diminuer les impôts (pour ne pas donner à quiconque de mauvaises idées).

On remarquera qu’il s’agit des deux plus grandes puissances économiques exportatrices mondiales, atteintes d’un mal que l’on n’avait pas encore détecté et que le docteur Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et président (tournant) de la Banque des règlements internationaux, vient de diagnostiquer avec perspicacité sur les ondes de la radio française BFM : « La situation où un pays accumule les excédents est une situation qui traduit un déséquilibre entre la consommation et la production » (sic). On est loin du temps où la puissance d’un pays se mesurait aux excédents de sa balance des payements !

Dans les deux cas, ces pays et la politique économique qu’ils défendent sont montrés du doigt, sommés de la corriger afin de contribuer à remettre sur ses pieds un monde qui marcherait dorénavant sur sa tête (ce que l’on avait déjà remarqué). Ceux-là mêmes qui avaient hier droit aux félicitations du jury. Les impétrants, on ne s’en étonnera pas, protestent de leur innocence et se drapent outragés dans leurs vertus en prétendant ne rien vouloir changer.

Les réactions n’ont pas tardé. Aux Etats-Unis, des sénateurs annoncent vouloir déposer une loi prévoyant des sanctions (des taxes à l’importation) pour les pays dont la monnaie sera sous-évaluée. On attend avec intérêt la définition des critères d’évaluation de la juste valeur de la monnaie, ainsi que l’acronyme de la nouvelle agence fédérale chargée de la calculer ! En Europe, le premier de la classe est sommé de diminuer ses impôts, afin que le danger d’une déflation qui est aux portes du continent s’éloigne.

Dans les deux cas, la Chine et l’Allemagne devraient, afin de remettre le monde à l’endroit, réorienter leur activité économique en privilégiant le développement de leurs marchés intérieurs (en accroissant le pouvoir d’achat). Nous en sommes là ! pas à un paradoxe près, si l’on contemple les effets de la politique de distribution de la richesse de ces dernières décennies, dont cela n’était pas spécialement l’objectif principal !

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