CHEDD, Les chemins de la transition, « La transition… », Rennes, le 3 juillet 2012, par Sylvie Gendreau

Billet invité.

Le ton est calme, presque rassurant. Son argumentaire est clair, documenté. Paul Jorion est assis au centre de la scène. Les auditeurs du Collège des hautes études du développement durable de Bretagne l’ont invité à prononcer la conférence d’ouverture de leur colloque annuel sur le thème de La transition.

Ce mardi 3 juillet 2012, le chercheur, ex-trader, a fait une démonstration importante qui illustre à quel point l’heure est grave. Il nous reste moins d’une petite trentaine d’années pour inventer un autre système que le système capitaliste. Il compare la situation que nous vivons à un phénomène en physique, le soliton, une vague qui remonte le courant et qui ne veut pas faiblir, la propagation d’un tsunami qui n’épargnera personne.

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LE VOTE UTILE… AU PREMIER TOUR

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Dans la conférence que j’ai eu l’occasion de faire en décembre dernier pour un public composé des anciens de HEC et dont j’ai l’intention de reprendre la trame dans mon livre à venir intitulé : Les questions qui restent à résoudre, j’ai recours à l’image du soliton : une énorme vague résultant de la superposition de plusieurs vagues de taille normale venues accidentellement s’agréger en un monstre.

Les trois vagues que j’évoquais sont 1° la crise financière et économique, conséquence de la machine à concentrer la richesse qui caractérise nos sociétés, de nouveau régime, aussi bien que d’ancien régime, faute pour nous d’avoir jamais accordé l’attention qu’il mérite à ce vice qui handicape nos systèmes économiques, 2° la complexité de notre monde qui a cessé d’être maîtrisable depuis que nous avons abandonné de gaité de cœur à l’ordinateur les rôles d’une part de comprendre notre monde, et d’autre part de prendre les décisions qui s’imposent à son sujet, enfin 3° la fin du processus de colonisation de notre planète par notre espèce, qui découvre tardivement les limitations qu’une politique de « terre brûlée » finit par rencontrer et qui sont celles du Réel.

Ces trois vagues, considérable chacune, constituent désormais un tout indissociable et un candidat à l’élection présidentielle française doit vouloir les traiter de manière cohérente toutes ensemble.

À l’époque du discours de Toulon, M. Sarkozy parlait en termes très éloquents de la crise financière et économique. Ce thème a cependant disparu entièrement de son programme actuel pour se concentrer sur une problématique du montrer-du-doigt-de-préférence-quelqu’un-d’autre-que-soi-même, si bien qu’aucun des deux candidats les mieux placés pour l’emporter dans les élections présidentielles ne parle ni d’une manière ni d’une autre de l’une quelconque des trois composantes du soliton.

En fait, de la complexité engendrée par le développement de l’informatique et de la maîtrise sur le monde qui nous a échappé à cette occasion, aucun des candidats en présence ne parle en aucune manière : à les en croire, le monde reste transparent à leurs yeux, hypothèse qui conforte la supposition implicite qu’ils seront en mesure de prendre les décisions qui s’imposent, et que le monde répondra sans broncher à leurs injonctions et de la manière prévue par eux. M. Mitterrand revenu d’outre-tombe, pareil au spectre du père de Hamlet, pourrait leur expliquer ce qu’il en est réellement dans ces cas-là.

Restent les deux autres vagues : la planète et ce qu’il en reste sous nos coups de boutoir, et la crise financière et économique. Comme la première de ces deux vagues constitue le contexte général au sein de laquelle vient se loger la seconde, il aurait été logique que le parti qui maîtrise le mieux la problématique écologique insère conceptuellement la crise financière et économique au sein de celle-ci et nous propose un programme cohérent de réforme globale.

Pour des raisons que j’ignore mais qui sont probablement liées à la supposition fautive, et calamiteuse, qu’il fallait choisir de parler SOIT du contexte écologique et planétaire, SOIT de la crise financière et économique, et que, pareil à l’âne de Buridan, on était disposé à hésiter indéfiniment sur la ligne à suivre, EE – Les Verts sont tombés dans un mutisme mortifère dont les chiffres d’intentions de vote en faveur de leur candidate sont le reflet sans appel.

Le Front de Gauche qui, après avoir pris l’aspect crise financière et économique à bras le corps et avec un bel enthousiasme, s’aventure maintenant sur le terrain de la revendication écologique, s’en tire mille (à vue de nez) fois mieux.

Il n’en reste pas moins que le point de jonction entre la vague de l’avanie imposée par nous à notre planète et la vague de la machine à concentrer la richesse, source de dérive financière, est celui de la troisième vague, à savoir celle de la complexité hors de contrôle. Le parti qui parviendrait à présenter aux électeurs la combinaison complète de ces trois facteurs qu’il s’agit pour nous d’affronter d’abord et de résoudre ensuite, imposerait sa façon de voir au premier tour, et du coup, certainement au second, soit dans le meilleur des cas, directement, soit, faute de mieux mais sans se déjuger, indirectement par la cohérence de son approche.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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RTL.be, ÉDITION SPÉCIALE, « Austérité : que nous restera-t-il ? », lundi 23 janvier 2012

RV a pris la peine de transcrire mon intervention. Merci à lui !

Michel De Maegd

Bonsoir, merci d’être parmi nous. Vit-on en 2012 au dessus de nos moyens ?

Paul Jorion

Pas vraiment. Il faut poser le problème tout à fait autrement.

Nous vivons dans des sociétés que nous devons regarder par rapport à d’autres. Il faut que nous comprenions comment notre système marche, et dans notre système, vous le savez, la plupart des gens sont des salariés, ils reçoivent un salaire. Il y a des gens qui sont dirigeants d’entreprise. Ces gens là dirigent une entreprise : ils font un profit sur les marchandises qui sont vendues. Et il y a des gens, ça peut être les mêmes, la question n’est pas là, il y a des gens qui procurent des capitaux et ces capitaux sont rémunérés avec des intérêts.

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L’actualité de la crise : LE JOUR OU LA CAVALERIE N’ARRIVERA PAS A TEMPS ! par François Leclerc

Billet invité

« Le plan, tout le plan et rien que le plan ! », c’est ainsi que peut se résumer l’attitude des dirigeants européens qui se raccrochent à ce qu’ils tiennent encore dans leurs mains et qui leur échappe, face à des développements en Grèce et en Italie qu’ils ne maîtrisent pas.

À Athènes, ils essayent d’obtenir des garanties écrites du parti Nouvelle Démocratie, appelé dans la confusion à succéder au Pasok après un gouvernement d’unité nationale d’intérim. À Rome, ils adressent à un gouvernement italien en sursis une liste des mesures dont l’application va être surveillée de près par la Task force de l’Union européenne, la BCE et le FMI. Dans les deux cas, ils continuent d’écrire la chronique d’une mort annoncée – celle du plan dont ils exigent l’application – ne pouvant qu’espérer retarder l’inéluctable : l’entrée de l’Italie au cœur de la zone des tempêtes et ses imprévisibles conséquences.

L’éclatement partiel de la zone euro est dans toutes les têtes, mais comment s’y résigner, comment s’y préparer ?

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ÉVITER LE RETOUR AUX ANNÉES TRENTE, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité

La « crise », dont beaucoup de bons esprits disaient qu’elle était derrière nous, a donc rebondi au cours de l’été. Le spectre du « double dip » se profile. Les réminiscences des « années 30 » se multiplient.

Les responsables politiques de l’Europe ont cru que l’on pouvait rassurer les « marchés » en multipliant les déclarations concernant la mise en place de dispositifs accentuant l’« austérité » en vue de résorber les dettes des pays-membres. On a même entendu au plus haut niveau des propos selon lesquels tous les pays de la zone euro  devraient viser le retour à l’équilibre des finances publiques, ce qui constitue une aberration économique. En effet, s’il est normal et souhaitable de préconiser de ramener la zone dans son ensemble à un niveau d’endettement raisonnable, cela n’a aucun sens de demander à tous les pays membres de la zone à la fois de rechercher l’équilibre budgétaire selon on ne sait quelle « règle d’or ». C’est oublier que la variété des situations économiques et budgétaires appelle des politiques différentes. On a cru rassurer les « marchés », on les a effrayés, car ils savent que la multiplication concomitante de programmes d’austérité ne peut conduire qu’au retour redouté de la « grande récession » en Occident. D’où leur réaction négative. On a beau rappeler ce qui s’est produit au cours des années 30, l’impression prévaut que nos dirigeants se dirigent à l’aveugle vers le piège.

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INVESTIR.fr, « L’hémorragie a été stoppée temporairement, mais rien n’a été réglé »

Un entretien, sur le site Investir.fr

Comment interprétez-vous les turbulences boursières de ces dernières semaines ? Assiste-t-on à une nouvelle crise ?

Il n’y a pas de nouvelle crise, tout simplement parce que nous n’en avons pas terminé avec la crise financière de 2007 ! La récession de 2008-2009 s’est révélée récemment plus longue et plus profonde qu’on ne l’avait dit en 2010 ; nous n’avons connu depuis qu’une période de stabilisation relative. Signe qu’il n’y a pas eu de véritable reprise, le chômage ne diminue pas outre-Atlantique et continue de tourner autour d’un chiffre réel de 17 % depuis 2009 (NDLR : d’après le Bureau of Labor Statistics, le taux de chômage américain s’élève à 9%, mais d’après la Federal Reserve Bank of Saint Louis, si on y ajoute le chômage déguisé le taux passe à 17%). De même, l’indice du commerce international est plat depuis deux ans. Le Baltic Dry Index, l’indice des prix pour le transport maritime, n’est pas revenu à ses niveaux de 2007 et 2008. Il a même chuté d’environ 20% depuis avril. (NDLR : Cet indice est considéré comme un baromètre du fret maritime international, et a fortiori, de la croissance mondiale).

Les aides massives de l’Etat aux banques et à l’économie, aux Etats-Unis notamment, n’ont fait qu’alourdir et transférer la dette du privé vers le public. L’hémorragie a été stoppée temporairement, mais rien n’a été réglé.

La suite, en ligne ici.

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Flash – 13h : MAIN BASSE SUR L’ITALIE, par François Leclerc

Billet invité

Après le plongeon des bourses asiatiques enregistré à la clôture, leurs consœurs européennes ne parviennent pas à garder le nez hors de l’eau, en dépit des interventions destinées à soutenir les cours. Même Madrid et Milan redescendent après être montées. La nervosité est grande sur les marchés, à la mesure des incertitudes et de l’approche de l’ouverture de Wall Street.

Les CDS sur la dette américaine se tendent, atteignant 57,55 points de base, tandis qu’ils baissent légèrement sur la dette des pays de la zone euro. Reflétant la petite détente intervenue sur le marché obligataire après l’annonce de l’intervention de la BCE.

Cette dernière a, selon le Corriere della Sera, adressé une lettre au gouvernement italien, co-signée par Jean-Claude Trichet et son successeur Mario Draghi. Selon le journal, elle dresse la liste des mesures à prendre, leur calendrier d’application et même les décrets législatifs à adopter. Comme si la banque centrale prenait la main en Italie, avec l’exigence détaillée d’une libéralisation de l’économie, de privatisations accélérées et de réformes libérales du marché du travail. Un véritable programme de gouvernement, toujours selon le journal.

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SCÉNARIOS DE CRISE, par Pierre Sarton du Jonchay et Jean-Luc Gréau

Billet invité

Il y a trois niveaux d’analyse de la désintégration en cours du système financier mondial.

1/ Les faits à peu près visibles et admis

La Grèce ne peut pas et ne remboursera pas l’intégralité de sa dette publique. Il en est de même à un moindre degré de l’Irlande, du Portugal, de l’Espagne. Mais vraisemblablement aussi des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de l’Italie et de la Belgique. Tous ces pays sont en déficit maximal de leur finances publiques. Le problème est la croissance du produit intérieur brut (PIB) plus faible que la croissance de la dette par rapport à ce même PIB. Les recettes fiscales ne peuvent pas croître aussi vite que la dette qui ne peut donc pas être stabilisée.

Si la pression fiscale augmente sur les revenus salariés à seule fin de réduire l’endettement public, alors les facteurs de croissance s’amenuisent ; la dette publique croît par les seuls intérêts. Les intérêts rongent inexorablement la capacité publique de structurer l’économie politique. La conséquence non visible mais bien ressentie de la dérive des dettes publiques est l’anticipation que chacun fait de son appauvrissement en services et assurances publiques. L’épargne de précaution augmente en actifs réels ; des biens durables sont accumulés par exemple dans l’immobilier simplement pour mettre en réserve sans consommer.

Une autre épargne augmente placée et investie à l’étranger où le futur est réputé plus rentable et moins risqué. Ce phénomène est massif en dollars et en euros facilité par le statut de monnaie de réserve internationale de ces monnaies. La fuite des liquidités à l’extérieur de l’économie réelle en dollars et en euros fait monter les taux de change dans le reste du monde et les taux d’intérêt partout.

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L’actualité de la crise : LE ROYAUME DES ILLUSIONS ET LA PORTÉE DE L’INDIGNATION, par François Leclerc

Billet invité

Chacun a le nez sur sa crise. Les Européens d’un côté, les Américains de l’autre, sans omettre les Japonais. Au-delà des frontières de ce monde qualifié d’Occidental, les pays émergents subissent le contre coup de la crise des autres.

Au nombre de toutes les illusions qui sont propagées – elles ne manquent pas – celle qui veut croire que chacun aurait dans son petit coin la solution à ses propres problèmes est une des plus répandues et des plus fausses. Les crises régionales ne sont certes pas identiques, leurs contextes étant différents, mais elles sont de même origine. Elles appellent donc une réponse d’ensemble, que l’on est loin d’entendre souvent formulée.

La prochaine nomination d’un nouveau directeur général du FMI illustre on ne peut plus crûment le fait que les vrais enjeux ne sont pas publiquement débattus. L’attention se porte sur la nationalité des candidats, mais pas sur leurs intentions, sur l’orientation qu’ils proposent pour le FMI. Tout au plus parle-t-on de sa gouvernance.

Le risque est grand que ce qui avait été entamé ne soit remis en cause, ou au moins retardé. Sans le clamer sur les toits, le FMI se positionnait discrètement afin de devenir l’artisan d’un nouvel ordre monétaire, une sorte de banque centrale mondiale en mesure de régler le problème qui ravage toute l’économie occidentale : la dette, dont on ne sait plus comment se débarrasser et que l’on voudrait recommencer à produire. Tout confondue, elle est l’addition de la dette « publique » avec la « privée », si la distinction a un sens, car on a vu comment les vases étaient communicants – à sens unique – quand cela s’est révélé indispensable à la survie du système.

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LE CAPITALISME EST-IL LIMITÉ PAR UNE MORALE ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Les excès de la crise financière posent un problème politique et moral d’identification et de mesure de l’excès. S’il y a réellement excès, il doit être qualifié pour être réduit et le cas échéant résorbé. L’excès financier interroge les fondements de la civilisation qui a inventé le capitalisme. Ces fondements sont la politique de la Grèce antique et le monothéisme judéo-chrétien. La démocratie grecque est la libre discussion de la valeur. Le monothéisme est la libre progression vers un bien supposé commun et universel.

Pour juger de la valeur de sa liberté et de l’accroissement de la valeur, l’intelligence doit compter. L’excès est un jugement du langage humain sur l’existence de la liberté et sur la variation de cette liberté. La mesure de l’excès introduit l’homme dans la question du sens. Il ne peut pas donner de sens à l’excès sans une référence extérieure à la mesure. Les Grecs forgent leur jugement dans la démocratie. Les Juifs dans la parole du Dieu unique. Les deux démarches fondent la monnaie qui transforme le jugement en nombre, c’est à dire en prix. Dans le modèle aristotélicien, la monnaie matérialise le prix qui ne sort pas des limites de la démocratie. Dans le langage juif, la monnaie forme le prix par l’interprétation de la volonté monothéiste.

Les deux cosmologies grecque et juive convergent dans l’empire romain. Les monnaies de Rome servent à la fois à payer aux dieux le prix de ses excès, à régler les échanges commerciaux et à payer l’impôt à la justice romaine. Le libre échange dans un espace politique unifié par un même système de mesure du droit permet le crédit et l’accroissement de la circulation monétaire. L’Empire romain est le berceau du christianisme qui fusionne le monothéisme juif avec la démocratie grecque. Le christianisme fonde la loi sur l’égalité des hommes devant Dieu. Tout individu croyant ou non-croyant est appelé à devenir le citoyen du Ciel.

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LA RÉGLEMENTATION FINANCIÈRE PERMETTRA-T-ELLE DE CHANGER DE PARADIGME ?, par Mathilde Lemoine

Le texte que vous allez lire n’est pas récent : il a été publié dans la Revue de la CFDT en 2009 (N° 93, pages 24 à 29). Si j’ai demandé à son autrice (vous avez pu nous voir côte à côte sur le plateau de Ce soir (ou jamais !), le 24 mars) l’autorisation de le reproduire, c’est parce qu’il explique magistralement en une synthèse de six pages ce que je n’ai eu l’occasion d’expliquer que beaucoup plus longuement (La crise du capitaliste américain – 2007, L’implosion – 2008, La crise – 2008). Vous noterez j’en suis sûr, qu’alors qu’il existe aujourd’hui une multitude d’interprétations des origines de la crise, nous en offrons, Mathilde Lemoine et moi, la même exactement.

L’ampleur de la crise actuelle rend indispensable la mise en œuvre d’une nouvelle régulation financière et bancaire.

Mais elle ne suffira pas à limiter la « dérive monétaire » et les dysfonctionnements observés.

Bilan et perspectives d’action.

La crise financière est intervenue après une «période enchanteresse» caractérisée par une forte croissance, 4,3% en moyenne de 2000 à 2007, une faible inflation, 2,5% en moyenne par an, et par des taux d’intérêt longs très limités, 4,7% en moyenne. S’affranchissant du caractère instable de la croissance et des déséquilibres macro-économiques, certains pensaient que ce «monde merveilleux» était durable et que tous les salariés y auraient accès un jour.

Le réveil est douloureux. En réalité, c’était le crédit qui avait permis la construction de ce monde de croissance. Or « toutes les crises impliquent une dette devenue, d’une façon ou d’une autre, dangereusement disproportionnée aux moyens de paiements sous-jacents » disait déjà J.K Galbraith [1]. La vérité a donc fini par éclater. L’accès au crédit est alors devenu plus difficile, précipitant le désendettement des ménages et des entreprises. L’investissement a cessé, la demande s’est repliée, ce qui a entraîné une diminution brutale de l’utilisation des capacités de production. Le taux de chômage a commencé à remonter, limitant encore la demande et retardant le moment où les entreprises se mettront à réinvestir et à augmenter leurs capacités de production.

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BFM RADIO, LUNDI 3 JANVIER 2011 A 11h38 – « Depuis l’été dernier, la crise des marchés financiers a changé de nature »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Un câble diplomatique datant du 17 mars 2008, récemment divulgué par WikiLeaks, rapporte une conversation entre Mervyn King, le président de la Banque d’Angleterre, Robert Kimmitt,  alors Sous-Secrétaire au Trésor américain et Robert Tuttle, l’Ambassadeur des États-Unis en Grande-Bretagne, et répond indirectement à une question que l’on se pose à propos du déclenchement de la crise : parmi les instances dirigeantes de l’époque, incompétence ou dissimulation ?

La réponse dans ce cas-ci est claire : dissimulation. Parce que le diagnostic posé par Mervyn King ne diffère en rien de ceux qui furent proposés par les commentateurs de l’actualité financière à l’époque – je veux dire ceux d’entre nous qui n’avaient ni responsabilité politique, ni responsabilité au sein d’une banque, que celle-ci soit centrale ou commerciale.

Du côté des responsables, le message est resté identique, du plongeon du prix des titres adossés à des crédits hypothécaires subprime en février 2007 à aujourd’hui, et en contradiction flagrante avec les faits : la crise bancaire est une crise de liquidité et non pas de solvabilité. Autrement dit, elle résulte d’un problème purement technique de circulation de l’argent au sein du système financier et non de la faillite de fait du secteur bancaire dans son ensemble.

Or, le Président de la Banque d’Angleterre le dit sans ambages lors de ce déjeuner d’affaires à Londres en mars 2008 : la crise bancaire est maintenant une crise de solvabilité et non pas de liquidité, et il ne date pas ce verdict du moment où se tient la conversation, mais de six mois auparavant : en août 2007, c’est-à-dire du moment où un responsable de BNP Paribas prononça à propos des titres subprime les mots fatidiques : « Pas de prix ! » (après moi, en fait).

Quel aurait été l’impact a posteriori d’un diagnostic vrai ? Admettre l’insolvabilité de fait du secteur bancaire aurait débouché sur sa nationalisation, impliquant sa mise sous tutelle de l’État et un règlement par les investisseurs des pertes subies dans ce secteur. Refuser de reconnaître l’insolvabilité a conduit au résultat que l’on connaît : le règlement de l’addition par le contribuable à la place de l’investisseur, et un boulet attaché à son cou pour une durée indéfinie.

Il était question dans le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Toulon le 25 septembre 2008, de punir les responsables de la crise : « L’impunité serait immorale », y est-il dit. Or, il existait dès mars de la même année une solution à la crise, pas celle prônée par Mervyn King de la dissimulation mais celle de dire la vérité à ce moment-là : « On ne rétablira pas la confiance en mentant, on rétablira la confiance en disant la vérité », affirmait le même discours.

Un choix existait : sauver les peuples ou les investisseurs. Ce furent les investisseurs qui furent choisis. Un mauvais choix, tout aussi mauvais que celui qui fut à l’origine de la crise : « On a financé le spéculateur plutôt que l’entrepreneur », affirme le discours de Toulon. La conclusion de ce discours demeure elle aussi d’une étonnante actualité : « … ne rien faire, ne rien changer, se contenter de mettre toutes les pertes à la charge du contribuable et faire comme s’il ne s’était rien passé serait également une erreur historique ».

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SOMMES-NOUS VRAIMENT PROCHES D’UNE NOUVELLE REVOLUTION FRANCAISE ?, par Cédric Mas

Billet invité

La période actuelle se révèle riche de dangers et de perspectives inquiétantes. Entre le nécessaire effondrement écologique et énergétique inhérent à la finitude de notre monde et l’abîme économique et social auquel nous destinent nos élites aveuglées, les temps ne sont guère à l’optimisme, en tout cas pour les citoyens éclairés et avertis qui consultent ce blog.

Il est difficile de contester le lent effondrement d’un système, qui est en train d’imploser sous nos yeux impuissants. Le seul problème, c’est que bien que spectateurs de cette autodestruction, nous faisons corps avec elle, et nous nous retrouvons au cœur des conséquences dramatiques que cet effondrement ne manquera pas de causer. En effet, nous vivons (ou survivons) grâce à ce système auquel nous avons abandonné toutes nos capacités d’autosubsistance, en nous soumettant volontairement à une répartition hyperspécialisée des tâches.

Malgré cela, l’examen attentif des faits, et surtout de leurs enchaînements et de leur dynamique propre est passionnant, et les billets réguliers des principaux intervenants de ce blog fournissent une matière extraordinaire à la réflexion de chacun, que l’on ne s’étonne plus de voir suivie et reprise jusque dans les médias « mainstream » (malheureusement encore trop souvent en « off », avec ce qu’il faut de distanciation critique dans la voix ou le sourire, que l’on aimerait voire appliquée aux actions ou déclarations de nos décideurs économiques et financiers, et de leurs alter ego qui nous servent de ministres ou d’élus).

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