À l’aube d’une bataille !

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En bleu, État acquis à Clinton, plus ou moins fermement, selon l’intensité. En rouge, État acquis à Trump, plus ou moins fermement, selon l’intensité. En gris : indécis.

Se lit sur la carte, une vieille constante États-Unienne :

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Ouvert aux commentaires.

I- La « mentalité primitive »

Jacques Athanase GILBERT

Votre parcours est particulièrement atypique, marqué en particulier par cette étonnante transition du chercheur au blogueur. Au-delà, votre pensée s’enracine dans le champ de la transdisciplinarité, empruntant à la fois à la philosophie, à l’anthropologie, à la sociologie et à l’économie. Comment appréhendez-vous cet itinéraire ?

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique (V), D’un monde finissant à un monde émergeant, entretien réalisé le 21 mars 2016

Franck CORMERAIS

Vous êtes passé d’une observation empirique d’un monde finissant à celle d’un monde émergeant : le monde digital.

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« La crise des subprimes, c’est bien simple… »

Ouvert aux commentaires.

Je prépare en ce moment la leçon que je consacrerai lundi prochain à la crise des subprimes dans le cadre de la chaire « Stewardship of Finance » à la VUB, et je repense aux nombreuses personnes qui m’ont dit au fil des années : « Vous savez, la crise des subprimes, c’est bien simple : on prêtait de l’argent à des gens qui ne pouvaient pas rembourser ! »

La tentation était grande de répondre : « Vous savez, j’ai travaillé plusieurs années dans le secteur des subprimes et les trois livres (*) que j’ai rédigés sur le sujet représentent 950 pages consacrées à la question, et je peux vous affirmer que, non, la crise des subprimes, ce n’est malheureusement pas aussi simple que vous l’affirmez ! »

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DU CHEMINEMENT DE LA PENSÉE

Un article dans le Guardian du 29 octobre, rapporte qu’Andrew Haldane, Executive Director of Financial Stability de la Banque d’Angleterre, considère que le mouvement Occupy Wall Street a raison : la répartition déséquilibrée du patrimoine aux États-Unis est la cause première de la crise née en 2007.

Cette nouvelle m’a fait réfléchir à la manière dont les idées se transmettent. Je ne rapporte que des faits dans ce que je vais écrire maintenant.

Quand je rédige de l’automne 2004 au printemps 2005 le manuscrit de La crise du capitalisme américain, qui paraîtra en janvier 2007 aux éditions La Découverte sous le titre Vers la crise du capitalisme américain ?, mon souci est de proposer un mécanisme causal de la crise qui se dessine.

Je sais dans quels termes mes collègues au sein des établissements financiers dispensateurs de crédit où nous travaillons ensemble, s’expliquent ce qui est en train de se dessiner. Leur formation est économique, comptable, dans certains cas, purement mathématique ou physique, la composition des populations qui seront à l’origine de la crise ne fait pas partie de leur horizon.

Le premier domaine dans lequel je me mets à piocher est celui des faillites personnelles des ménages américains (pp. 172-178 ; 172-179 de la nouvelle édition). Le régime en place aux États-Unis est alors généreux : la philosophie de la « seconde chance » qui imprègne la culture américaine permet de passer avec beaucoup de bienveillance sur les erreurs commises. Mais cette générosité irrite le milieu des affaires qui parviendra par le lobbying à faire resserrer la vis à cette époque précisément – dans un très malencontreux contretemps, comme il deviendra vite évident.

Des statistiques de faillites, je passe aux recensements dès qu’il s’agit de définir les groupes ethniques impliqués dans les secteurs respectivement « prime » et « subprime ».

Un biais personnel intervient ici : mon irritation, appelons un chat un chat : « anticolonialiste », devant la classification U.S. qui appelle « native American » les populations amérindiennes nées sur le sol U.S. et « Hispanic », celles qui sont nées dans tout autre territoire du continent américain où l’on s’exprime en espagnol.

J’habite la Californie et – appelons une fois de plus un chat un chat – le régime d’apartheid dans lequel vivent là où j’habite, les Amérindiens originaires d’Amérique centrale, est pour moi une source permanente de mauvaise humeur et de chagrin.

C’est alors que je tombe sur une étude de la Fed, signée Arthur B. Kennickell, et consacrée à la répartition des revenus et du patrimoine en général aux États-Unis (*). J’utilise les données que je trouve là dans le sous-chapitre La répartition des patrimoines aux États-Unis (pp. 123-134 ; 121-134 de la nouvelle édition) et j’attribue à cette redistribution parfaitement déséquilibrée un rôle déterminant dans la crise à venir.

Les choses en restent là : je fais quelques exposés sur la crise dans des séminaires aux U.S. (UCLA et UCI) sans provoquer autre chose qu’un intérêt poli.

Point final ? Pas tout à fait : le 3 mai 2011 a lieu au musée Branly à Paris, un séminaire très confidentiel : « Towards an anthropology of the crisis in current capitalism », vers une anthropologie de la crise du capitalisme actuel. En raclant les fonds de tiroirs on a pu réunir sur ce sujet six anthropologues (dont l’une, aux États-Unis, qui ne pourra pas se joindre à nous, faute de fonds pour ses billets d’avion).

Je suis l’un des cinq intervenants. J’axe mon exposé sur la répartition du patrimoine aux États-Unis, attirant l’attention sur les 2,8% que se partagent les 50% les plus pauvres de la population des États-Unis, et les 32,7% qui reviennent au 1% le plus nanti (p. 123 de mon livre ; table 5 de l’article de B. Kennickell, p. 9).

L’un des quatre autres intervenants est David Graeber, qui sera en septembre 2011 l’un des initiateurs du mouvement d’indignés Occupy Wall Street. Deux mois plus tard, en novembre, le magazine Rolling Stone lui attribuera la paternité du slogan « We are the 99 percent », nous sommes les 99%.

Le livre de Joseph Stiglitz, Le prix de l’inégalité, paraît aux États-Unis le 11 juin 2012. Son thème est que la répartition très déséquilibrée du patrimoine a joué un rôle déterminant comme origine de la crise. Là aussi je serais curieux de connaître le « cheminement de la pensée », pour reprendre l’expression du très grand historien de la science français qu’était Émile Meyerson.

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(*) Arthur B. Kennickell, A Rolling Tide: Changes in the Distribution of Wealth in the U.S., 1989-2001, Federal Reserve Board, SCF

 

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« LE PRIX DES INÉGALITÉS » ET POURQUOI NOS DIRIGEANTS SONT DÉTERMINÉS À CONTINUER DE NOUS LE FAIRE PAYER

Ceux d’entre vous qui lisent aujourd’hui Le prix des inégalités de Joseph Stiglitz et qui ont eu l’occasion de lire mon livre La crise du capitalisme américain (2007), auront été frappés par la quasi-identité des thèmes évoqués et par la parfaite identité des thèses centrales à ces deux ouvrages : la crise des subprimes a été causée par la concentration de la richesse et ses deux facettes : pouvoir d’achat insuffisant pour la majorité de la population américaine, fortunes démesurées pour une petite minorité, argent en excès allant se placer dans la spéculation, faute de débouchés dans la production, et dérèglant là le mécanisme de la formation des prix, et en particulier, celui des matières premières.

J’ai développé depuis le thème de « la machine à concentrer la richesse » et le rôle que joue celle-ci dans les phases ultérieures de la crise, dans L’argent, mode d’emploi (2009) et Le capitalisme à l’agonie (2011), et j’y reviens de manière plus systématique encore dans Misère de la pensée économique, qui sera en librairie le 3 octobre.

Le fait que, si je suis lu et bien lu, le message que j’ai délivré en 2007 et que je martèle depuis dans mes ouvrages, n’a lui aucun impact sur les politiques économiques telles qu’elles sont pratiquées (la Troïka – BCE, UE, FMI – sera aujourd’hui à Nicosie et continuera d’ânonner et d’imposer des mesures qui sont le contraire exact de ce que je préconise), s’explique aisément : je ne suis pas même économiste et, à l’exception de la chronique mensuelle que je rédige depuis 2008 pour Le Monde-Économie, j’ai été jusqu’à très récemment privé de toute la visibilité que procure une affiliation institutionnelle,

Or, toute vraisemblable qu’elle soit, cette explication s’avère inadéquate si l’on pense au fait que Joseph Stiglitz défend depuis de nombreuses années des thèses semblables aux miennes, et n’a pas davantage d’impact que moi sur les politiques mises en vigueur.

« Prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, Professeur à Columbia, ex-directeur de la Banque mondiale et conseiller de Clinton, est sans conteste l’économiste le plus respecté et le plus lu au monde », constate la jaquette de son plus récent livre. « Le plus respecté » et « le plus lu au monde », sans que cela ait la moindre conséquence dans le monde réel, et ceci prouve que la reconnaissance et les affiliations prestigieuses ne font en réalité rien à l’affaire : c’est le message lui-même que nous délivrons lui et moi qui est irrecevable par ceux, « de gauche » tout aussi bien que « de droite », qui décident de notre sort, et nous enfoncent aujourd’hui toujours davantage dans la crise, alors que la teneur des mesures qu’il faudrait prendre est connue, et qu’en plus, toute la ville en parle.

 

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LA RÉGLEMENTATION FINANCIÈRE PERMETTRA-T-ELLE DE CHANGER DE PARADIGME ?, par Mathilde Lemoine

Le texte que vous allez lire n’est pas récent : il a été publié dans la Revue de la CFDT en 2009 (N° 93, pages 24 à 29). Si j’ai demandé à son autrice (vous avez pu nous voir côte à côte sur le plateau de Ce soir (ou jamais !), le 24 mars) l’autorisation de le reproduire, c’est parce qu’il explique magistralement en une synthèse de six pages ce que je n’ai eu l’occasion d’expliquer que beaucoup plus longuement (La crise du capitaliste américain – 2007, L’implosion – 2008, La crise – 2008). Vous noterez j’en suis sûr, qu’alors qu’il existe aujourd’hui une multitude d’interprétations des origines de la crise, nous en offrons, Mathilde Lemoine et moi, la même exactement.

L’ampleur de la crise actuelle rend indispensable la mise en œuvre d’une nouvelle régulation financière et bancaire.

Mais elle ne suffira pas à limiter la « dérive monétaire » et les dysfonctionnements observés.

Bilan et perspectives d’action.

La crise financière est intervenue après une «période enchanteresse» caractérisée par une forte croissance, 4,3% en moyenne de 2000 à 2007, une faible inflation, 2,5% en moyenne par an, et par des taux d’intérêt longs très limités, 4,7% en moyenne. S’affranchissant du caractère instable de la croissance et des déséquilibres macro-économiques, certains pensaient que ce «monde merveilleux» était durable et que tous les salariés y auraient accès un jour.

Le réveil est douloureux. En réalité, c’était le crédit qui avait permis la construction de ce monde de croissance. Or « toutes les crises impliquent une dette devenue, d’une façon ou d’une autre, dangereusement disproportionnée aux moyens de paiements sous-jacents » disait déjà J.K Galbraith [1]. La vérité a donc fini par éclater. L’accès au crédit est alors devenu plus difficile, précipitant le désendettement des ménages et des entreprises. L’investissement a cessé, la demande s’est repliée, ce qui a entraîné une diminution brutale de l’utilisation des capacités de production. Le taux de chômage a commencé à remonter, limitant encore la demande et retardant le moment où les entreprises se mettront à réinvestir et à augmenter leurs capacités de production.

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Réflexion sur « La crise du capitalisme américain », par Eric Huber

Un billet invité un peu spécial aujourd’hui, puisqu’il s’agit en fait d’une réflexion par Eric Huber sur le livre de Paul Jorion, « La crise du capitalisme américain » (La Découverte 2007 ; réédition aux Editions du Croquant 2009).

Livre remarquable, ne se laissant pas enfermer dans l’impasse épistémologique habituelle des analystes de la crise récente, qui cherchent désespérément à isoler une cause physique qui déclencherait naturellement tout le reste. Jorion, aussi bien anthropologue qu’économiste, s’attache à décrire la réalité économique dans sa complexité, passant aisément des explications commerciales aux explications sociologiques, et montrant comment les multiples facettes de la société américaine se renforcent ou se contrecarrent. Il prend donc bien en compte la nature humaine des relations  économiques, qui amène à considérer les rapports changeants entre croyances et décisions. Son analyse assez poussée des systèmes de croyances et de valeurs américaines (s’inspirant beaucoup des écrits de Tocqueville et Weber) le distingue très largement des autres commentateurs que j’ai pu lire jusqu’ici. A noter aussi, son insistance sur la bulle immobilière, souvent négligée par les commentateurs en 2008, qui dans le feu de l’action n’avaient plus d’yeux que pour les produits financiers modernes aux noms exotiques.

…. La suite ici.

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