VUB, Stewardship of Finance, 6ème leçon, Ordre national et désordre international : havres fiscaux, shadow banking, mafias, le 18 novembre 2013

Ordre national et désordre international : havres fiscaux, shadow banking, mafias

Je vous rappelle que l’accès est libre : amphithéâtre QB, tous les lundis ouvrables de 16 à 18h, 2 boulevard de la Plaine, 1050 Bruxelles.

Info complète ici.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – MONDIALISATION, par Michel Leis

Billet invité.

Mondialisation

La mondialisation est indissociable de l’histoire du capitalisme, elle a toujours été porteuse de promesses de surprofit. Dès l’époque romaine s’ouvre la route de la soie, synonyme d’énormes profits pour l’audacieux voyageur qui osait s’y lancer. Nés à la fin du XIème siècle, les premiers contrats de Societatis Maris ou de Colleganza créés dans le cadre d’un unique voyage couvrent les frais engagés par l’expédition entre des apporteurs de capitaux et ceux qui prennent le risque physique de l’expédition. Ils entérinent aussi une forme de partage des énormes bénéfices réalisés en cas de succès, qui va d’une répartition plutôt favorable au marchand dans le cas des contrats vénitiens ou plutôt en faveur de l’apporteur de capitaux dans le cas des contrats génois. En cas de succès, le rendement peut atteindre plusieurs fois le montant du capital investi, à la nuance près qu’il faut parfois attendre très longtemps pour le retour sur la mise de fonds initiale et que la prime de risque est très élevée. Les progrès de la navigation vont non seulement ouvrir de nouvelles routes, mais ils vont ouvrir la voie à une nouvelle forme de mondialisation : la prédation. Pourquoi troquer ou payer des marchandises quand l’esclavage permet de limiter le coût de production au strict minimum? Pourquoi acheter des matières premières quand on peut simplement se les approprier ? La colonisation va être un des enjeux majeurs du capitalisme entre la fin du XVème et le milieu du XXème siècle.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – HAVRE FISCAL, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

HAVRE FISCAL – Traduction de l’anglais tax haven. Paradis des damnés de « l’enfer » fiscal pour qui le principe même d’une imposition proportionnée au volume des revenus et des rentes a des relents de tenailles de forge rougies au feu et manipulées par des tourmenteurs communistes, barbichus et cornus. Les particuliers en quête d’un régime d’imposition accommodant, c’est-à-dire non « confiscatoire » [1], ne sont pas les seuls à s’y retrouver. Les entreprises bancaires (BNP, Deutsche Bank [2]), énergétiques (Total, BP) et technologiques de pointe (Google, Apple), les mêmes qui, paraît-il, font grimper le PIB et la fierté de leurs pays d’origine, viennent oublier dans ces champs élyséens et lotophagiques le devoir de reconnaissance à l’égard des communautés qui ont permis leur émergence. Sachant que les bénéfices sont imposés à 33,33 % en France, un fleuron du CAC 40 s’arrangera pour transporter les siens, via un pont de holdings, dans un havre où ils ne seront plus imposés qu’à 2 % (millefeuille hollandais). Les démons infernaux eux-mêmes sont trop contents de disposer à leurs portes de paradis qui, bien mieux que le Secret défense, leur permettent de masquer à leur parlement la circulation des commissions et rétro-commissions liées aux contrats militaires [3] ou énergétiques. C’est encore grâce à ces paradis qu’ils peuvent soutenir sans ciller que Lucifer ne verse aucune rançon aux terroristes preneurs d’otages.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 12 SEPTEMBRE 2013

Fraude fiscale

Bruxelles interroge les Pays-Bas, le Luxembourg et l’Irlande sur leur rôle de paradis fiscal

– Financial Times : Brussels probes multinationals’ tax deals, le 11 septembre 2013

La Syrie

John Kerry, Secrétaire d’État américain

La vidéo sur youtube.

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« Le Grand Œuvre : une autre Europe, vite ! » : État des lieux, par Michel Leis

Billet invité.

Nécessité d’une construction européenne

L’Europe est un assemblage de nations qui partagent des racines anciennes, mais qui n’ont pas réellement de cultures communes (à commencer par la langue) malgré des interactions permanentes au cours de l’histoire. L’histoire de l’Europe s’exprime plus sous la forme de rivalités et de conflits que de coopérations, le dernier en date sur le sol européen remonte à moins de 20 ans. Le réveil des nationalismes, depuis la forme soft d’un populisme fondé sur l’égoïsme des régions les mieux loties, jusqu’aux formes les plus virulentes que sont les partis d’extrême-droite, fait craindre une balkanisation de l’Europe. Le maintien de la paix reste un enjeu d’actualité, il est le résultat d’une bataille permanente, en Europe plus que partout ailleurs. 

Vivre dans une région frontalière montre à quel point les frontières ne sont avant tout qu’un trait sur des cartes, l’eau, l’air, la pollution, mais aussi les capitaux et les travailleurs les franchissent allègrement. Les enjeux de demain nécessitent une coordination forte dans un espace suffisant pour garder un sens : ni trop grand, car de trop fortes disparités ne peuvent s’effacer d’un trait de plume, ni trop petit, car l’État nation a-t-il encore les moyens de mener seul des politiques énergétiques, de recherche ou de défense ? La combinaison de ces deux facteurs continue à donner un sens fort à la construction politique européenne. 

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L’ÉVASION FISCALE, UN MARCHÉ COMME UN AUTRE, par Boileau de la Dyle

Billet invité

Si ces dernières années ont mis en évidence les comportements peu éthiques, pour ne pas dire franchement immoraux, de banques devenues à la fois « too big to fail » et « too big too jail », les affaires des 6 premiers mois de l’année 2013 ont essentiellement mis en lumière une autre face du capitalisme financier. Cahuzac, Offshore Leaks et autres ont donné un éclairage nouveau sur les mécanismes de fraude (évitement fiscal ou voie de moindre taxation comme le disent, avec la pudeur qui les caractérise, les spécialistes du domaine).

Nous savions déjà qu’Apple, Arcelor-Mittal et toutes les autres grandes entreprises transnationales payaient peu d’impôts. Il est maintenant de notoriété publique qu’elles jouent sur l’hétérogénéité des législations fiscales nationales et sur l’anonymat offert par les paradis fiscaux pour ne faire naître des bénéfices que là où la taxation est faible ou inexistante. Ces montages rendent l’évitement fiscal tout à fait légal. Il suffit de payer des juristes et des banquiers pour mettre en place l’ingénierie juridique nécessaire. Ces sociétés sont devenues « too big to tax » !

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L’actualité de demain : À CHYPRE, LA FINANCE DE L’OMBRE PREND SES AISES, par François Leclerc

Billet invité.

Contrairement à l’adage, il peut-être indiqué de revenir sur les lieux du crime. Chypre a disparu des écrans radars et c’est bien dommage, car on pourrait y contempler un nouvel échec de la succession des plans de sauvetage des apprentis sorciers en charge du destin de l’Europe.

Ce qu’il va advenir de la Banque de Chypre, la principale banque commerciale de l’île, est en jeu après qu’elle a été forcée d’absorber Laiki, l’autre grande banque, et qu’un bail-in (sauvetage par ses actionnaires, créanciers et déposants) a été mis en œuvre de façon inédite, non sans fausses manœuvres auparavant.

Depuis, la banque est portée à bout de bras par la banque centrale chypriote, car son effondrement entraînerait celui de l’ensemble de l’économie du pays; le nouveau président Nicos Anastasiades a appelé les dirigeants européens à l’aide en juin dernier, sans succès. Toutefois, son sauvetage initial aura eu une conséquence inattendue : au terme d’une conversion en actions à hauteur de 47,5% des dépôts supérieurs à 100.000 euros (au lieu des 37,5% initialement prévus), des oligarques russes en sont devenus sur le papier les actionnaires majoritaires.. Ils avaient été à l’origine de tout le processus, dénoncés par les services allemands de renseignement (BND) comme recyclant de l’argent sale…

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La démocratie est-elle enchaînée face à la finance ?

Ma communication au Colloque international LA DÉMOCRATIE ENRAYÉE ? à l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, le 31 mai 2013.

L’anthropologie sociale britannique dont j’ai eu l’honneur à une époque d’être l’un des représentants, et dont je défends toujours les valeurs méthodologiques faites d’une combinaison équilibrée de rigueur et de bon sens aristotélicien, demande que quand il est question des phénomènes relevant de l’humain, une explication, pour mériter ce nom, doit pouvoir rendre compte des faits observés aussi bien en termes de personnes, d’acteurs humains composant les sociétés auxquelles nous appartenons, qu’en termes d’institutions procurant à ces sociétés humaines le cadre au sein duquel elles peuvent fonctionner, en assurant autant que faire se peut le bonheur de leurs membres.

De même que le comportement des abeilles explique la structure hexagonale des alvéoles composant les rayons en raison de la manière dont elles les ont construits, assemblées en grand nombre et battant simultanément des ailes, et explique ensuite celle de la ruche toute entière, c’est celle-ci qui en vient à expliquer, par un effet en retour, ce que sont précisément les abeilles. L’activité des hommes, qu’elle soit routinière, d’ordre réflexe, ou bien délibérée, déterminée par un calcul mené à son aboutissement, explique la forme qu’ont prises les institutions humaines. Le comportement des êtres humains s’explique ici aussi, en retour, par la manière dont sont faites ces institutions. Le rapport entre les deux est dialectique : sous la forme d’une détermination réciproque où les individus vivent leurs institutions comme un sentiment qu’ils éprouvent, et ce sont ces sentiments qui, en réaction à la manière dont les institutions les modèlent, remontent ensuite, de l’individu à la structure, en s’agrégeant pour définir la dynamique qui exercera sur ces institutions une contrainte et les fera évoluer de manière à ce que s’efface toute pression inacceptable qui se sera exprimée comme insatisfaction éprouvée ou comme ressentiment, c’est-à-dire en tant que « sentiment ».

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LA DÉMOCRATIE POUR LES NULS

2 heures et 27 minutes, c’est relativement bref pour un cours très complet sur la démocratie, magistralement donné et illustré de nombreux exemples, tous d’une actualité brûlante. La leçon s’est tenue mercredi dernier 3 juillet. Les enseignants étaient MM. Antoine Peillon, journaliste à La Croix et Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart. L’auditoire, dont les visages reflétaient selon les instants un éventail de sentiments allant de la perplexité à l’inquiétude, en passant quelquefois, il faut bien le dire, par la honte, était constitué de la Commission sénatoriale sur la fraude fiscale, s’intéressant plus particulièrement ce jour-là, au rôle joué par les banques.

Si vous ne disposez que de 30 minutes, rendez-vous à la fin de l’audition, vous y verrez Fabrice Arfi en professeur d’éducation civique d’un petit groupe de Sénateurs : il y a pour ceux-ci, c’est certain, beaucoup de matière à mémoriser en un laps de temps très court mais il est clair qu’ils retiendront la leçon.

Fabrice Arfi :

Si vous disposez de davantage de temps, commencez par le début, vous entendrez Antoine Peillon mentionner, entre autres, l’absence de réponse pour de très longues périodes de l’Autorité de contrôle prudentiel de la Banque de France aux dénonciations de fraude fiscale, permettant la destruction de preuves, mutisme suivi du licenciement des lanceurs d’alerte ; le porosité entre le secteur financier et les organes censés le contrôler ; les complicités entre personnalités politiques du plus haut rang (ancien président de la république) et certains grands fraudeurs ; le caractère dérisoire des peines infligées par rapport au montant du délit en cas de condamnation et, mentionnées alors dans les attendus en dépit du caractère flagrant de la fraude, de prétendues circonstances atténuantes ; le secret défense invoqué pour protéger de grands fraudeurs, vedettes des media, sur instructions venant des instances les plus hautes de l’État, etc.

Avoir des structures off-shore non déclarées est devenu la normalité pour les entreprises, ajoute encore Antoine Peillon, rappelant que le rapport de force vis-à-vis de l’État qui leur assure l’impunité est le chantage à l’emploi.

Antoine Peillon :

Il apparaît de tout cela que les paradis fiscaux ne constituent pas aujourd’hui un système parallèle caché, mais le coeur même du système financier. Comme l’écrivait ici hier dans un billet Annie Le Brun : « Non seulement parce que ce qui est décrit comme la quintessence de la fraude fiscale se révèle être le principe même d’un système financier déterminant désormais toute réalité. Mais aussi parce que, du même coup, il paraît impossible d’avoir prise sur cette réalité dont la force déroutante est d’occulter tout lien de cause à effet. »

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Ami du conseil municipal : tu as un grand service à nous rendre, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Pour le meilleur et pour le pire, notre ville n’est pas politisée. Comme dans la plupart des communes françaises, les électeurs n’ont pas la moindre idée de ce qui peut opposer la droite et la gauche sur la politique locale. Il n’y a que quelques initiés qui savent pourquoi tu as démissionné de ton rôle d’adjoint dans l’équipe actuelle. Les gens supposent que vous vous êtes disputés entre vous mais n’ont pas l’idée du pourquoi et encore moins des positions de droite ou de gauche que les uns ou les autres ont.

Si aux prochaines élections, ta liste se présente plutôt à droite pour suggérer que les autres sont plutôt à gauche, les gens n’y comprendront rien et accorderont leur vote à la liste qui paraîtra héritière de la gestion actuelle sans même savoir ce qui a réussi ou échoué dans la présente mandature

La prochaine campagne municipale intervient dans un nouvel univers politique et économique où tous les critères traditionnels de compréhension et d’appréciation du vivre ensemble sont explicitement périmés. Les gens savent intuitivement que notre système politique a perdu pied avec la réalité ; l’argent manque pour tous les services publics et fuit dans les poches privées. La politique est devenue une activité de gangster : délibérément ou par nécessité le bien commun est ignoré.

Techniquement, la crise des dettes privées et publiques a rendu toutes les comptabilités imbéciles. Les budgets publics et les bilans comptables sont falsifiés pour que les services essentiels puissent continuer à fonctionner malgré l’accumulation de dettes. Théoriquement si les lois étaient respectées, il faudrait, comme expérimenté dans la zone euro, consacrer tous les revenus de l’activité économique au remboursement des dettes même s’il y a des gens qui ne sont plus ni nourris, ni soignés, ni logés.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » : évasion fiscale, par Michel Leis

Billet invité.

Évasion fiscale : Braquage réalisé par des personnes physiques ou morales sur des sommes dues à la collectivité au titre de l’impôt. Parfois, il s’agit d’un double braquage puisque ces mêmes personnes morales ont bénéficié de transferts d’argent indus de la part de la collectivité (par exemple, le renflouement des banques). Les personnes physiques ou morales qui procèdent à ce hold-up le justifient par le montant des sommes demandées au titre de l’impôt. En réalité cette justification n’est que l’expression du rapport de force tel que perçu par ces individus ou ces entités, qui pensent pouvoir fixer au plus bas le prix collectif de leurs agissements (les externalités qu’ils engendrent), l’utilisation des ressources collectives et des biens communs. 

Quand ce détournement est réalisé avec la complicité des États, en s’appuyant sur les règles existantes de la fiscalité, on parle d’optimalisation fiscale. Quand ce détournement est réalisé hors de tout cadre légal, il prend le nom de fraude fiscale. Quel que soit le cadre dans lequel l’évasion fiscale est pratiquée, elle aboutit à un transfert d’impôts des plus riches vers les plus pauvres qui doivent supporter seuls à la fois le prix collectif résultant des agissements de ces entités, et les dépenses courantes ou les investissements supportés par les États.

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Travaux de commission du Sénat, Commission d’enquête sur le rôle des banques et acteurs financiers, le 12 juin 2013

M. Pierre CONDAMIN-GERBIER
Gestionnaire de fortune, ancien associé-gérant chez Reyl Private Office, 2006-2010.

Durée : 10:24
Sénateur(s) : PILLET François

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Durée : 47:02
Sénateur(s) : BOCQUET Éric, LECONTE Jean-Yves, PILLET François

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Des commentaires sur ce qui est dit là, dans de prochains billets.

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ArcelorMittal victime d’une opinion publique volage !

Mediapart signale ce matin la parution d’une version anglaise d’un article publié la semaine passée par Martine Orange : ArcelorMittal dans les sables de Dubaï.

Si vous avez aimé les révélations récentes sur la compagnie Apple, championne toutes catégories de la dématérialisation puisque les principales composantes de son conglomérat sont localisées… nulle part ! vous aimerez aussi l’optimisation fiscale façon ArcelorMittal, compagnie qui réalise elle aussi une prouesse : gagner de moins en moins d’argent au fur et à mesure que ses revenus augmentent (enfin, « de moins en moins » aux yeux du fisc seulement !).

L’astuce ? La compagnie se voit obligée de verser des intérêts faramineux (dur ! dur !) à… un autre avatar d’elle-même situé à Dubaï où l’on ne paie pas d’impôts (tu parles d’une veine !)

Mais, mettez-vous à la place de ces braves gens : hier adulés pour être aussi malins, aujourd’hui honnis pour être aussi malhonnêtes. Comme le rappelle la sagesse populaire : « Souvent opinion publique varie, et bien fol qui s’y fie ! »

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NOUS, L’OPINION PUBLIQUE

Un rapport du Sénat américain rédigé sous la direction des sénateurs Carl Levin du côté démocrate et John McCain du côté républicain, et divulgué à Washington hier 20 mai, en vue d’une audition de dirigeants de la firme Apple aujourd’hui 21 mai, met en évidence les techniques d’« optimisation fiscale » utilisées par le géant de l’électronique.

Les montages sont expliqués de manière détaillée dans ce document de 40 pages. On y lit par exemple que l’un des départements de la firme, Apple Operations International, n’a payé aucune taxe dans aucun pays de 2009 à 2012 malgré un revenu net de 30 milliards de dollars ; un autre, Apple Sales International, a versé en 2011, 10 millions de dollars en impôts sur un montant de recettes s’élevant à 22 milliards de dollars, soit un taux d’imposition effectif de 0,045%.

C’est l’Irlande, en sa qualité de « centre financier international » (l’appellation méliorative des havres fiscaux), qui a permis à Apple un tel degré d’« optimisation », allant jusqu’à accorder à la firme des conditions d’imposition privilégiées : abaissant dans certains cas l’imposition des 12% officiels exigés des compagnies non-résidentes à un taux privilégié de 2%, voire même moins. On se souviendra que lorsque l’Irlande fut tirée d’affaire par les autres pays de la zone euro en 2010, une des conditions posées initialement pour son sauvetage était la fin de son statut de havre fiscal. On apprit rapidement, mais sans réelle surprise, que cette pré-condition pour l’aide qui lui était accordée était abandonnée.

Le rapport du Sénat américain souligne que l’« optimisation fiscale » n’est pas illégale : « C’est cela la définition même d’une entourloupe fiscale, a déclaré le sénateur Levin, une pratique qui sur le plan purement technique est légale, mais qui contrevient à l’esprit de la loi ».

En d’autres temps, le fait que l’« optimisation fiscale » n’est pas illégale aurait assuré à Apple une indifférence bienveillante des États à l’égard des techniques auxquelles la compagnie recourt. Les temps ont changé : ce ne sont pas seulement les États-Unis, mais également le Royaume-Uni, l’Australie et l’Union européenne qui poussent ces jours-ci l’« optimisation fiscale » dans ses derniers retranchements. Restons cependant vigilants et attentifs au fait qu’il n’est pas dans la nature même des gouvernements de ces pays d’opérer un tel revirement « hostile au milieu des affaires » (pour employer l’expression consacrée) parce que ce changement d’attitude n’a en réalité qu’une seule origine : l’exaspération croissante que nous manifestons envers l’« optimisation fiscale » de compagnies telle Apple, nous, l’opinion publique.

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L’actualité de demain : QUELLES BRANCHES VONT-IL COUPER ? par François Leclerc

Billet invité.

Suite au G7 qui vient de se tenir et d’ici le 20 septembre, date du G20 de St Petersbourg, un sommet européen aura lieu le 22 mai, puis un G8 en juin, avec à chaque fois à leur ordre du jour un point sur l’évasion fiscale. Un forum mondial des administrations fiscales se réunira entre temps les 16 et 17 mai prochains. Quel foisonnement !

Parallèlement, une enquête est conjointement engagée par les autorités américaine, australienne et britannique, à propos de données encore plus fournies, mais cousines, que celles divulguées par le Centre international de journalisme d’investigation (ICIJ). D’autres gouvernements pourraient à leur demande bénéficier de leur communication. La Commission a par ailleurs pour mission, à la demande de neuf États européens, de préparer une nouvelle réglementation. Il serait aussi question de mettre sur pied un organisme international permanent en charge de la lutte contre la fraude fiscale. Enfin, les discussions se poursuivent en Europe et avec des paradis fiscaux comme Singapour à propos de la mise en œuvre de l’échange automatiques des données, afin de le généraliser.

Il est trop tôt pour estimer ce qui va pouvoir résulter de cette impressionnante suite de réunions, d’enquêtes et de négociations, mais pas pour se poser sans attendre quelques questions. Jusqu’où cela va-t-il aller ? Quel est l’enjeu ? Lever le voile sur les repaires de la finance de l’ombre ou bien épingler les plus maladroits des fraudeurs pour l’exemple et assurer de bienvenues rentrées fiscales ?

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PIQÛRE DE RAPPEL : Rions un peu – Les paradis fiscaux (I)

Ah ! les temps ont bien changé : mon billet du 16 janvier 2009.

On trouve dans le projet de loi d’interdiction des paradis fiscaux déposé aux États–Unis en février 2007 par les sénateurs Carl Levin (démocrate), Norm Coleman (républicain) et Barack Obama (démocrate), la règlementation suivante :

STOPPER LES BREVETS SUR LES PARADIS FISCAUX en interdisant à l’Office Américain des Brevets et Marques de Fabrique (PTO) d’accorder des brevets relatifs aux « inventions visant à minimiser, éviter, retarder ou affecter de toute autre manière la responsabilité fiscale envers l’État Fédéral, les États de l’Union, les collectivités locales ou les états étrangers ».

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DU CONSENTEMENT DE L’ÉRADICATION DES PARADIS FISCAUX, par Zébu

Billet invité

« Action de déraciner, d’extirper totalement (quelque chose) »

L’éradication est un terme que l’on réserve aux animaux considérés comme nuisibles parce qu’ils s’attaquent aux cultures ou propagent les maladies qui frappent les hommes, aux tumeurs qui les rongent et dont il faut supprimer totalement la présence. L’éradication est nécessaire afin de préserver un corps, humain ou social, des agressions externes mais aussi internes à celui-ci pour en conserver son intégrité. Dans cette lutte, il n’y a ni place médiane, ni possibilité d’endiguement, qui tolérerait une présence certes réelle mais néanmoins résiduelle. C’est une guerre sans merci ni quartier, qui ne s’éteint qu’avec l’extinction (ou le départ) de l’Autre. On pense évidemment aux rats et aux navires qui pouvaient en être infestés, à la peste qui se répand dans la cité, à l’obscurité des égouts qui les accueillent et les protègent. On ne pense ainsi pas forcément aux paradis fiscaux. Et pourtant, dans l’astrologie chinoise, le rat est le premier animal, par ruse, des douze signes zodiacaux, symbole de l’argent et de la richesse. Et pourtant, ces paradis sont ceux de l’opacité.

Il est donc possible pour quelqu’un comme François Hollande, qui déclarait il y a un peu plus d’un an au Bourget que son adversaire était la finance, qu’un tel message subliminal ait été choisi à dessein, adressé à cette finance dont on sait combien les paradis fiscaux lui sont nécessaires pour bien fonctionner, comme l’huile à un moteur, le rat à des pandémies : « Si la finance est l’adversaire, alors il faut l’affronter avec nos moyens et d’abord chez nous, sans faiblesse mais sans irréalisme, en pensant que ce sera un long combat, une dure épreuve mais que nous devrons montrer nos armes. Maîtriser la finance commencera ici par le vote d’une loi sur les banques qui les obligera à séparer leurs activités de crédit de leurs opérations spéculatives. Aucune banque française ne pourra avoir de présence dans les paradis fiscaux. » Cette déclaration de guerre effectuée, que pouvons-nous attendre dès lors ?

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 12 AVRIL 2013

Le débat au sujet de cette vidéo aura lieu dimanche 14 avril entre 15h et 17h sur « Les débats du blog du Paul Jorion ».

L’adhésion : s’identifier à ses propres paroles et à ses propres gestes, condition pour que l’on bénéficie de la reconnaissance de l’autre.

Principes des systèmes intelligents (1989 ; 2012) : pages 217-229
Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009) : pages 147-156

Quand un gouvernement prend des mesures contraint et forcé, il est déjà en fait trop tard pour lui pour les prendre, parce que l’adhésion manque précisément.

Sur YouTube, c’est ici.

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