LA DÉMOCRATIE POUR LES NULS

2 heures et 27 minutes, c’est relativement bref pour un cours très complet sur la démocratie, magistralement donné et illustré de nombreux exemples, tous d’une actualité brûlante. La leçon s’est tenue mercredi dernier 3 juillet. Les enseignants étaient MM. Antoine Peillon, journaliste à La Croix et Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart. L’auditoire, dont les visages reflétaient selon les instants un éventail de sentiments allant de la perplexité à l’inquiétude, en passant quelquefois, il faut bien le dire, par la honte, était constitué de la Commission sénatoriale sur la fraude fiscale, s’intéressant plus particulièrement ce jour-là, au rôle joué par les banques.

Si vous ne disposez que de 30 minutes, rendez-vous à la fin de l’audition, vous y verrez Fabrice Arfi en professeur d’éducation civique d’un petit groupe de Sénateurs : il y a pour ceux-ci, c’est certain, beaucoup de matière à mémoriser en un laps de temps très court mais il est clair qu’ils retiendront la leçon.

Fabrice Arfi :

Si vous disposez de davantage de temps, commencez par le début, vous entendrez Antoine Peillon mentionner, entre autres, l’absence de réponse pour de très longues périodes de l’Autorité de contrôle prudentiel de la Banque de France aux dénonciations de fraude fiscale, permettant la destruction de preuves, mutisme suivi du licenciement des lanceurs d’alerte ; le porosité entre le secteur financier et les organes censés le contrôler ; les complicités entre personnalités politiques du plus haut rang (ancien président de la république) et certains grands fraudeurs ; le caractère dérisoire des peines infligées par rapport au montant du délit en cas de condamnation et, mentionnées alors dans les attendus en dépit du caractère flagrant de la fraude, de prétendues circonstances atténuantes ; le secret défense invoqué pour protéger de grands fraudeurs, vedettes des media, sur instructions venant des instances les plus hautes de l’État, etc.

Avoir des structures off-shore non déclarées est devenu la normalité pour les entreprises, ajoute encore Antoine Peillon, rappelant que le rapport de force vis-à-vis de l’État qui leur assure l’impunité est le chantage à l’emploi.

Antoine Peillon :

Il apparaît de tout cela que les paradis fiscaux ne constituent pas aujourd’hui un système parallèle caché, mais le coeur même du système financier. Comme l’écrivait ici hier dans un billet Annie Le Brun : « Non seulement parce que ce qui est décrit comme la quintessence de la fraude fiscale se révèle être le principe même d’un système financier déterminant désormais toute réalité. Mais aussi parce que, du même coup, il paraît impossible d’avoir prise sur cette réalité dont la force déroutante est d’occulter tout lien de cause à effet. »

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