FINANCE : 3 – RÉGULATION : 0, par François Leclerc

Billet invité.

Une page est bien tournée. L’Union bancaire, la taxe sur les transactions financières et la séparation des activités bancaires, ces trois grandes réformes financières présumées ont sombré dans d’interminables consultations européennes avec la complicité active de leurs organisateurs.

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LA RÈGLEMENTATION ? UNE FAUSSE PISTE ! par François Leclerc

Billet invité.

Fréquenter la presse financière conduit à y rencontrer une interrogation récurrente : « où cela va-t-il craquer la prochaine fois ? ». Rendant inutile tout alarmisme superflu, ces publications s’en chargent d’elles-mêmes, scrutant sans relâche l’activité financière afin d’y déceler des dysfonctionnements annonciateurs. La semaine dernière, l’Autorité bancaire européenne (EBA) a apporté de l’eau à leur moulin en annonçant dans son dernier rapport annuel que «  les risques du système financier n’ont pas changé sur le fond et se sont renforcés. »

Il est généralement admis que c’est du shadow banking non régulé que proviendra le danger, le risque s’étant déplacé depuis que les fonds propres et le coussin de liquidité des banques ont été renforcés par les régulateurs. Mais, bien que la chasse au risque soit en permanence ouverte, et que les tentatives de le cerner ne manquent pas, celui-ci reste intact. Aujourd’hui, les fonds d’investissement sont identifiés comme étant le point faible du système financier, demain un autre péril sera détecté.

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L’IMPOSSIBLE RÉFORME DU SYSTÈME FINANCIER, par François Leclerc

Billet invité.

Il y a de quoi donner le tournis : le shadow banking représentait 75.000 milliards de dollars d’actifs en 2014, selon le Conseil de stabilité financière (FSB), soit 50 % des actifs bancaires et 120 % du PIB mondial. Mais le plus impressionnant réside dans l’augmentation de 7 % de sa taille en une seule année, signifiant qu’une mutation est en cours.

Sans aller chercher plus loin et pénétrer dans les arcanes du système financier, cette constatation relativise singulièrement la portée de mesures de régulation principalement destinées aux banques. Cela a d’ailleurs conduit Vitor Constâncio, le vice-président de la BCE, à réclamer une vigilance renforcée des frontières entre ces dernières et les entités du shadow banking, comme si la cause était perdue d’avance en ce qui concerne la régulation de la finance de l’ombre.

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LES RÉGULATEURS SONT PENCHÉS SUR LE RISQUE SYSTÉMIQUE… ET N’EN FINISSENT PAS ! par François Leclerc

Billet invité.

Faisant écho au monde bancaire qui réclame un cessez-le-feu sur le front de la régulation, le Comité de Bâle joue l’apaisement dans son dernier rapport. Les 98 plus grandes banques objet de sa dernière étude ont atteint ou dépassé les exigences minimales de ratio de fonds propres à la fin juin 2014, annonce-t-il, les établissements identifiés comme systémiques devant encore atteindre leur ratio propre mais s’en approchant. Les mégabanques ont également continué de progresser afin de disposer d’un coussin de liquidités leur permettant de faire face à une crise de liquidité de trente jours. Bref, nous sommes sur la bonne voie !

Mais cela serait trop beau, car les régulateurs n’en n’ont jamais fini, placés devant la montée en puissance d’un nouveau danger systémique. Il est apparu au sein d’un autre monde dont le volume d’activité s’est considérablement accru et qui connait une forte concentration, celui des méga fonds d’investissement. Quelle pourrait en être cette fois-ci la cause ? La remontée du taux principal de la Fed pourrait précipiter une panique sur le marché obligataire, en raison de l’afflux des ventes, aboutissant à un nouveau blocage des transactions financières. Certes, les avis à ce sujet sont partagés – certains mettant l’accent sur les « conséquences dévastatrices » de la remontée du taux directeur de la Fed, d’autres exprimant leur confiance dans la capacité des fonds d’investissement à absorber le choc – mais nous vivons dans un univers formellement régit par le principe de précaution impliquant d’agir préventivement en tout état de cause…

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LA PENTE DESCENDANTE DE LA RÉGULATION FINANCIÈRE, par François Leclerc

Billet invité.

Goldman Sachs constate dans une étude une importante baisse des revenus des banques américaines, trois facteurs se conjuguant pour les affaiblir au point d’éroder de plus de 7 % leurs profits annuels, qui sont captés par le secteur du shadow banking. En cause : les bas taux d’intérêt, la régulation financière et l’apparition de nouveaux concurrents. Les énormes amendes auxquelles elles ont été condamnées ne sont pas mentionnées.

Impulsés par une Fed qui ne les augmente toujours pas, les bas taux d’intérêt persistants font d’ailleurs d’autres victimes, aux États-Unis et ailleurs, dans le secteur clé des compagnies d’assurance. Celles-ci sont prises dans un étau qui se resserre progressivement, ayant garanti des rémunérations fixes à leurs clients tout en subissant une baisse de leurs revenus obligataires. Seul leur matelas de titres n’étant pas arrivés à maturité et bénéficiant des rendements d’avant freine cette érosion qui va se poursuivre tant que les taux ne remonteront pas. Ce qui n’est pas à l’ordre du jour en Europe avec le démarrage du programme d’achat de titres de la BCE. Côté régulation, les lobbies bancaires courtisent activement la majorité républicaine du Congrès afin que soit détricotée la loi Dodd-Frank de régulation financière, dans la perspective des prochaines élections présidentielles américaines. Mais ils sont également préoccupés par l’émergence sur Internet de nouveaux acteurs P2P (pair à pair), qui contournent les banques sur des marchés très profitables et en plein développement comme celui des prêts étudiant.

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LE PATAQUÈS EUROPÉEN (suite), par François Leclerc

Billet invité.

Est-il utile de revenir sur un plan Juncker d’investissement, soutenu « sur le principe » et du bout des doigts par Angela Merkel, et que le gouvernement français voudrait « améliorer ». Ces réactions toutes diplomatiques enregistrées, il est quasi-unanimement décrié. Que l’on considère la faiblesse de son montant, l’absence de fonds publics, ou son mécanisme d’appel à des fonds privés, il est peu crédible et il en va de même de ses résultats. Mais, il faut le concéder, ce plan ne fait qu’exprimer l’étroitesse des marges de manœuvre de ses concepteurs, que l’on connaissait déjà.

Vitor Constancio, le vice-président de la BCE, est-il mieux loti que Jean-Claude Juncker, qui vient d’être conforté par un confortable vote de confiance du Parlement européen, sociaux-démocrates compris, en dépit des LuxLeaks ? Présentant le rapport bi-annuel de stabilité financière de la banque centrale, il a annoncé que « tous les indicateurs de risque systémique en zone euro sont à un niveau très bas, et certains d’entre eux à des niveaux similaires à ceux d’avant la crise ». Toutefois, ayant évacué tout semblant d’interrogation sur la qualité de ces indicateurs, il s’inquiète que « le shadow banking représente 60% du total des actifs bancaires en Europe », avec comme leçon que « nous devons en savoir plus, et avoir une meilleure connaissance de l’exposition du secteur réglementé de la finance vis-à-vis de secteurs moins réglementés ».

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Régulation financière : BON ! MAIS C’EST PAS TOUT ÇA… par François Leclerc

Billet invité.

Reléguée au second plan, la régulation financière est la grande absente du paysage. Rendant implicite – quand elle n’est pas affirmée – l’idée fausse selon laquelle elle serait accomplie, alors qu’elle repose sur des bases la rendant par construction imparfaite, et que même là elle est loin d’être terminée.

Dans ce genre, les États-Unis peuvent certes se prévaloir d’une loi couvrant tous les domaines de la régulation – la loi Dodd-Frank – qui entre progressivement en vigueur, mais dont tous ses décrets d’application sont loin d’être adoptés, laissant de grandes zones d’ombre propice. L’heure y est par ailleurs à la poursuite d’enquêtes, dont certaines ont débuté en 2009, aboutissant désormais à des amendes qui tombent dru. Les milliards de dollars valsent et ce n’est pas fini, les mégabanques américaines et européennes en sont déjà à un total de 85 milliards de dollars d’amendes. Ventes abusives de titres subprimes, manipulations sur le Libor et les taux de change sont les grandes têtes de chapitre du registre consignant les punitions. De manière moins spectaculaire et plus timorée, les autorités britanniques et la Commission se sont également mises de la partie.

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La régulation financière progresse : CHERCHEZ L’ERREUR !, par François Leclerc

Billet invité

Quelle surprise ! Après avoir fait son siège, les banques ont obtenu ce week-end du Comité de Bâle d’importants assouplissements à propos du ratio d’effet de levier qui devra être respecté en 2018. Celui-ci mesure le rapport entre leurs fonds propres et leurs actifs, sans pondération de leur valeur. Cela fait suite à un autre important accommodement, il y a un an, qui concernait un autre ratio, celui de liquidité à court terme (LCR). Ce matin, les valeurs bancaires étaient à la hausse…

Le ratio mesurant l’effet de levier évacue toutes les interrogations liées à la valorisation des actifs et fait obstacle à la pratique instituée d’enjoliver les comptes dans cet univers très opaque quand il s’agit des dérivés. Les banques craignaient que son application génère d’importantes obligations de renforcement de leurs fonds propres, faisaient valoir que, les incitant à diminuer la taille de leur bilan, cette contrainte serait contradictoire avec la demande qui leur est faite de développer le crédit. Ou que cela aurait comme effet de les conduire à prendre plus de risque, puisque celui-ci n’est pas pris en compte dans le calcul de l’effet de levier. Leurs mauvais arguments ont été reçus, elles ont été entendues !

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LA LETTRE DES ACADÉMIES, Faut-il réduire la taille des établissements bancaires ? Une stricte séparation entre banque de dépôt et banque d’investissement est-elle nécessaire ? Qu’en est-il des relations entre les pouvoirs publics et les banques ?, N°31, 2013

Le numéro complet de la revue se trouve ici.

Faut-il réduire la taille des établissements bancaires ? Une stricte séparation entre banque de dépôt et banque d’investissement est-elle nécessaire ? Qu’en est-il des relations entre les pouvoirs publics et les banques ?

Une réponse a été offerte indirectement à ces questions d’actualité, le 6 mars 2013, par Eric Holder, l’Attorney General des États-Unis, l’équivalent de notre Ministre de la justice.

Le cadre de sa déclaration était une audition du Comité judiciaire du Sénat américain. Les questions posées visaient à comprendre pourquoi aucun dirigeant d’établissement bancaire n’avait été poursuivi à la suite des événements qui avaient conduit à l’effondrement du système financier international en septembre 2008, le fait étant patent que l’origine de ce séisme se trouve au sein-même du système bancaire américain, et plus particulièrement dans l’émission de titres adossés à des prêts immobiliers résidentiels de qualité médiocre, les fameux prêts « subprime ».

Répondant au Sénateur Chuck Grassley (républicain de l’Iowa), qui l’interrogeait sur l’apathie du ministère de la Justice dans la recherche de coupables, Eric Holder déclarait ceci :

« Je crains que la taille de certains de ces établissements ne soit devenue si grande qu’il est devenu difficile de les poursuivre en justice, parce que des indications nous parviennent qui si nous les poursuivions – si nous procédions à des inculpations – cela aurait un impact négatif sur l’économie nationale, voire même sur l’économie mondiale, et il me semble que ceci est la conséquence du fait que certains de ces établissements sont devenus trop importants […] Ceci a une influence inhibitoire sur, ou impacte, notre capacité à prendre les mesures qui seraient selon moi les plus adéquates… »

Holder ne dit pas explicitement qu’il existe entre le secteur bancaire et le ministère de la Justice un rapport de force et qu’au sein de celui-ci, le ministère de la Justice est en position défavorable, mais c’est bien ainsi que ses propos furent interprétés par les sénateurs qui l’interrogeaient. C’est également la manière dont sa réponse fut rapportée par la presse unanime.

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L’actualité de demain : QUELLE DÉTERMINATION ! par François Leclerc

Billet invité.

L’harmonisation de la régulation financière est le plus sûr moyen d’embourber celle-ci : ce n’est pas une découverte mais se vérifie à chaque occasion et sur chaque dossier. Cela vaut pour celui du gigantesque marché des produits dérivés (OTC). La finance américaine est passée maître à ce jeu-là, dont les Européens bénéficient en retour, et à l’arrivée tout traîne et rien ne se fait au nom du principe qu’il ne faut pas accorder d’avantage concurrentiel aux uns ou aux autres. L’autre piège classique consiste à faire valoir la complexité du sujet, et à l’accentuer, afin de s’y perdre ensuite.

L’enjeu des OTC est déterminant pour la sûreté du système financier, les estimations de la Banque des règlements internationaux (BRI) montrant comment, parti de rien lors de sa création au début des années 90, le marché des OTC s’est développé à une vitesse effrénée, s’échangeant de gré à gré et hors de tout enregistrement et contrôle. On parle de dizaines milliers de milliards de dollars, sautant encore d’une unité par rapport aux chiffres auxquels nous nous sommes accoutumés. Principaux contributeurs à l’accroissement de la bulle financière mondiale, ces instruments se sont révélés des outils de spéculation hors pair, permettant des paris sur le réalisation d’hypothèses les plus variées, un jeu de casino pur sans autre objet que de fabriquer de la valeur, sauf quand ils sont marginalement utilisés dans leur version assurancielle d’origine.

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L’actualité de la crise : À L’ORIGINE DES VOIX DISCORDANTES DES RÉGULATEURS, par François Leclerc

Billet invité

Les propos iconoclastes font école chez les régulateurs : après Adair Turner (FSA) et Andrew Haldane (Banque d’Angleterre), Thomas Hoenig (FDIC) vient de récidiver en mettant les pieds dans le plat, en attendant qu’intervienne Elisabeth Warren, nouvellement élue au Sénat et nommée à son comité bancaire.

Ancien de la Fed, Thomas Hoenig est depuis novembre membre du conseil d’administration du FDIC, l’organisation qui garantit les dépôts et régule les 7.000 banques et caisses d’épargne américaines. Dans un article du Financial Times du 12 décembre dernier, il vient de radicalement contester le mode de calcul des ratios fonds propres/engagements des banques de Bâle III. Partant de la constatation que les réglementations successives du Comité de Bâle ont toujours été en retard sur les événements, à chaque fois plus complexes et moins efficaces que précédemment, il propose d’en changer sans attendre les bases afin de ne pas avoir à passer prochainement à Bâle IV ! Bâle III, remarque-t-il, est encore plus complexe que son prédécesseur et offre en conséquence de nouvelles opportunités pour contourner ses intentions.

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LIBÉRATION, « Il faut pénaliser le pillage et la rapine », le 18 juillet 2012

« Il faut pénaliser le pillage et la rapine »

Pour l’économiste et anthropologue Paul Jorion, le système financier est toujours en manque de régulation.

Le scandale du LIBOR, c’était en 2008 et dans la quasi indifférence. Aujourd’hui l’indignation est totale. Pourquoi ?

C’est une situation spécifique à la Grande-Bretagne. C’est là qu’est apparu un contexte qui a permis à l’opinion publique d’avoir le sentiment d’avoir véritablement identifié les raisons de la crise. Et soudainement, au moment où l’on fait savoir publiquement qu’une banque britannique, la Barclays, a triché et qu’elle doit pour cela payer une amende d’un montant considérable, la maîtrise de la réaction que manifeste la population échappe entièrement à ceux qui ont mis en scène cette condamnation sur un mode théâtral et totalement aseptisé. Les metteurs en scène, régulateurs et gouvernants, pensaient qu’une condamnation de principe ferait l’affaire et que le règlement / liquidation du scandale passerait comme une lettre à la poste. En vain : c’est l’écœurement qui mène en réalité le bal. Le gouverneur de la banque d’Angleterre, Sir Mervyn King, le régulateur en chef, Lord Adair Turner, sont obligés de reconnaître que la réaction de l’homme de la rue a dépassé en ampleur tout ce qu’ils avaient prévu.

Pourquoi une telle réaction ?

Parce qu’il existe depuis un an exactement un climat extrêmement délétère en Angleterre. En juillet 2011, les Britanniques découvraient que la compagnie News Corporation de Rupert Murdoch avait pris un ascendant extraordinaire sur la manière dont les affaires sont menées à tous les niveaux Outre-Manche. On ne parle pas ici simplement de l’influence excessive d’un groupe de presse sur la politique d’un gouvernement, mais de la manière invraisemblable dont cette compagnie avait perverti le fonctionnement de la démocratie. News of the World, organe de presse caniveau, appartenant à l’empire Murdoch, avait piraté les téléphones de plus de 4 000 personnes en Angleterre. Et quand des plaintes étaient déposées, elles n’aboutissaient jamais parce que Murdoch corrompait les services de police qui étouffaient alors les affaires.

La population est encore sous ce choc ? 

Certainement. Alors, quand on vient lui expliquer que les grandes banques du pays communiquaient des chiffres falsifiés concernant les taux d’intérêt prévalant sur les marchés interbancaires, et ceci pour grappiller de misérables avantages financiers ici ou là, l’écœurement apparaît en surface. On dit en français : « la goutte qui fait déborder le vase », l’expression anglaise n’est pas moins parlante : « la paille en plus qui brisa le dos du chameau ».

Mais cet écœurement renvoie-t-il aussi à la manière dont a été gérée la crise des subprimes, et ce depuis près de quatre ans ?

C’est évident. On nous a répété : « la crise des subprimes est un simple dysfonctionnement dans la manière normale dont opère la finance : la panne sera rapidement réparée ! ». Mais les nouveaux scandales, en Angleterre ou ailleurs, mettent en évidence la trame de trafics à la petite semaine dont est constitué le système financier tout entier. La finance triche sur tout et partout, même pas avec panache : médiocrement. Et ceci sous le regard nonchalant d’une classe dirigeante arrogante qui trouve évident que celui qui dispose du pouvoir arrange ses affaires selon son bon plaisir.

Pourtant, il n’a jamais été autant question de régulation…

Qui pourrait croire qu’une régulation de la finance a été adoptée et serait sur le point d’être mise en œuvre ? On se paie de mots. Aux États-Unis, la tentative de régulation que constitue le Dodd-Frank Act reste lettre morte, ses adversaires ont fait en sorte que les fonds permettant de recruter les équipes qui devraient le mettre en application, ne soient jamais réunis. Au contraire, le rouleau compresseur de la dérégulation financière poursuit sa progression inexorable, et en Europe plus particulièrement.

C’est-à-dire ? 

Que propose la Troïka constituée de la BCE, du FMI et de l’UE lorsqu’elle va imposer ses diktats en Grèce ? Que se poursuive ce mouvement de dérégulation financière. La finance dirige le monde depuis plus de trente ans. Le moyen qui lui a permis de prendre chacun en otage, c’est l’explosion du crédit que la concentration de la richesse nécessite puisqu’il ne reste aucun pouvoir d’achat aux salariés. Le seul moyen de lui faire rendre gorge est de pénaliser le pillage et la rapine : ramener la rémunération des avances que sont les dividendes à un niveau décent et le salaire des dirigeants des grandes entreprises dont le comportement nous fait trop souvent honte au niveau de leur réelle compétence – niveau très éloigné de l’opinion qu’ils s’en font personnellement.

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Le Vif/L’Express, « Ce n’est pas dans sa nature ! », 17 – 23 mai 2012

Ce n’est pas dans sa nature !

Comme j’avais affirmé que l’histoire du scorpion qui se suicide en se piquant lui-même de son dard était une légende, quelqu’un m’a renvoyé à une petite vidéo où l’on voit un scorpion prisonnier d’un bocal entrer en frénésie, se piquer et tomber raide mort. L’histoire est donc vraie.

Une autre histoire qui circule sur les scorpions n’est elle certainement pas vraie, puisqu’elle suppose que ces animaux parlent. Vous la connaissez peut-être. Je la raconte quand même : un scorpion demande à une grenouille si elle peut l’aider à traverser la mare en le portant sur son dos. La grenouille lui répond qu’elle n’en fera rien, qu’elle ne le connaît que trop bien : il la piquera et elle en mourra. L’arthropode s’indigne : « Pourquoi ferai-je cela ? Je me noierais ! » La grenouille se laisse convaincre. Arrivés au milieu de l’eau, le scorpion la pique de son dard. Le malheureux batracien a juste le temps de s’indigner : « Mais ? … », à quoi le scorpion qui coule lui aussi, répond : « Je sais ! mais c’est dans ma nature : je n’y peux rien ! »

Ce qui m’a fait penser à ces anecdotes de science naturelle, c’est bien sûr l’attitude de certains lobbys financiers depuis le début de la crise en 2007. La grenouille, dans la seconde histoire doit être remplacée par une vache à lait, représentant le contribuable.

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L’actualité de la crise : LES PLUMEAUX ET LE MARTEAU, par François Leclerc

Billet invité.

Au lieu de se faire toute petite, la finance spéculative fait à nouveau abondamment parler d’elle, rappelant les bonnes résolutions d’origine restées lettre morte.

En Espagne, l’opération vérité que tente le gouvernement pour faire le ménage dans les banques n’est pas crédible à force d’avoir trop tardé. Mais rester les bras croisés n’est plus possible. Elle rejaillit déjà sur le marché de la dette souveraine, car on ne voit pas comment l’Etat pourra éviter d’être mis à contribution, si le futur Mécanisme européen de stabilité ne les recapitalise pas directement. Sans même parler du financement ultérieur des bad banks dans lesquelles leurs actifs immobiliers toxiques devront être parqués (en dépit des réticences de Santander et de BBVA à y procéder, qui préféreraient continuer de dissimuler leurs faiblesses).

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LE PIEGE WIKILEAKS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Un article du New York Times : Prospect of WikiLeaks Dump Poses Problems for Regulators par Andrew Ross Sorkin, attire l’attention sur le fait que les documents que Wikileaks s’apprête à diffuser à propos d’une grande banque, embarrasseront davantage les régulateurs du monde financier que cette banque elle-même.

C’est vrai. J’ai eu entre les mains (dans le cadre de mon activité légitime au sein de banques américaines !) les documents que l’OCC (Office of the Comptroller of the Currency), le régulateur des banques américaines, et l’OTS (Office of Thrift Supervision), le régulateur des caisses d’épargne, adressaient à l’entreprise pour laquelle je travaillais, pour lui suggérer de modifier son comportement dans tel ou tel domaine ou sur tel ou tel aspect de son activité. Les régulateurs étaient bien informés, mais infiniment compréhensifs. Une lettre assurant qu’il serait apporté sans délai remède au problème soulevé vous offrait un sursis d’un an au moins. Dans le pire des cas, si le problème soulevé était vraiment gênant, on pouvait toujours… changer de régulateur. J’ai assisté à cela chez Countrywide : quand l’OTS est devenu un peu trop pressant, la compagnie a changé son statut de caisse d’épargne à celui de banque pour dépendre dorénavant de l’OCC. Ici aussi, la transition offrirait un sursis d’une durée confortable.

L’absence de régulation ne découle donc pas du fait que les régulateurs ne savent rien, mais du fait qu’ils n’agissent qu’avec une extrême mollesse. Et la raison là, c’est un rapport de force qui leur est défavorable. J’ai rapporté dans Comment on devient l’« anthropologue de la crise », une conversation que j’avais eue (ou plutôt qu’avait eue avec moi) un dirigeant de banque : « Il y a une chose que vous n’avez pas l’air de comprendre mon petit Monsieur : le régulateur, ce n’est pas lui qui me dira ce que je dois faire. Non, ce n’est pas comme ça que les choses se passent : c’est moi qui lui dirai quels sont les chiffres, il ne mouftera pas et les choses en resteront là. Un point c’est tout ! ».

Une simple question de rapport de force. Mais comme on l’a vu avec la publication du livre The Big Short de Michael Lewis, le fait que le public sache désormais aussi ce que le régulateur savait déjà, modifie soudain le rapport de force : on avait finance contre régulateur, et le régulateur était KO au premier round mais avec régulateur et opinion publique d’un côté, contre finance de l’autre, on commence à faire attention aux points.

Bien sûr le régulateur doit justifier alors le fait de ne pas avoir agi, bien qu’il ait su. Mais on l’a vu à propos de l’audition de représentants de la firme Goldman Sachs au sénat américain, il existe une astuce à laquelle on peut avoir recours : mettre en scène une audition, et prétendre que l’on apprend tout le jour-même. Ce n’est pas très convaincant, ne serait-ce que parce que certains des auditeurs ne pourront pas s’empêcher de faire les malins, en posant des questions insidieuses qui trahissent qu’ils en savent beaucoup plus qu’ils ne le prétendent.

« WikiLeaks produira des documents dans lesquels des banquiers discutent de la manière dont ils ont roulé un client, dont ils ont maquillé leurs chiffres ou même comment ils ont roulé les régulateurs dans la farine », suppute Sorkin dans l’article du New York Times. Au vu de la turpitude de dirigeants de grandes banques américaines, le même renversement du rapport de force aura lieu : le régulateur obtiendra le renfort de l’opinion publique.

La réaction des autorités pourrait être la même que dans le cas des faits rendus publics dans The Big Short : une audition au Congrès ou au Sénat. Mais il y a un hic – et un hic sérieux ! – Wikileaks a été désigné comme organisation techno-terroriste par le Vice-Président Joe Biden, ce qui suggère avec insistance que l’on doive ignorer ce qu’elle raconte. Le régulateur aura reçu le renfort de l’opinion publique, et celle-ci comprendrait très mal qu’il n’intervienne pas vu la gravité des faits révélés – même sur le tard, mais l’information aura été procurée par une organisation présentée comme terroriste dans un autre contexte : celui des 250 000 câbles diplomatiques américains transmis à la presse internationale. Peut-on traiter à la fois les informations diffusées par WikiLeaks comme la propagande d’une organisation terroriste et comme des données sur la foi desquelles la justice se doit d’intervenir ? La raison d’État fait le premier choix et le peuple (quel empêcheur de tourner en rond décidément !), le second.

Il y a là un piège, et particulièrement machiavélique. Un certain nombre de personnes doivent s’activer à l’heure qu’il est pour que l’information sur les banques n’apparaisse jamais au grand jour. Il y a deux semaines exactement, je signalais le début de la guerre civile techno ; et ce n’est pas une « drôle de guerre » : il s’y passe plein de choses !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : QUAND LES ZOMBIES L’EMPORTENT, par François Leclerc

Paul Krugman titre sa dernière chronique dans le New York Times « When Zombies Win » (Quand les zombies l’emportent). Il la débute ainsi : « Quand les historiens étudieront les années 2008-2010, ils seront interloqués par l’étrange victoire que les idées fausses y auront remporté. Les fondamentalistes du marché libre, qui ont eu tort sur tout, dominant la scène politique plus fortement que jamais. »

La question mérite en effet d’être posée. Est-il possible que le système financier, qui a implosé et dont la crise se poursuit sans être maîtrisée, puisse continuer à parader en prétendant retomber sur ses pieds ? De quelles nouvelles promesses désastreuses sera-t-il dans ce cas capable ? Toutes les hypothèses, après tout, doivent être posées, même les pires.

Si l’on considère les Etats-Unis et l’Europe, des chemins opposés y sont pour l’instant empruntés, selon le rôle qu’y jouent ou non les banques centrales. La Fed et la Bank of England utilisent généreusement la planche à billet, tandis que la BCE s’y emploie plus modérément en s’en défendant maladroitement. Le déficit public américain ne cesse de croître, tandis que les Européens prétendent le freiner brutalement sans attendre.

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L’actualité de la crise: TOUT S’ENCHAINE ET TOUT S’EMMÊLE, par François Leclerc

Billet invité.

Cela va être au tour de l’Irlande de démâter un de ces prochains jours, prise également dans une forte tourmente obligataire. On croit assister au remake d’un film déjà vu.

Les autorités les plus autorisées ont dans un premier temps nié le besoin de toute assistance financière, comme en Grèce. Puis est venu le moment – nous y sommes – où cela est enfin envisagé, ne pouvant plus être repoussé, avant de passer enfin à exécution.

La suite de l’histoire est déjà connue, qui peut être encore calquée sur ce qui se passe en Grèce : les engagements pris auprès des nouveaux créanciers ne seront pas tenus, car si les mesures d’austérité seront bien prises, les prévisions de recettes ne se concrétiseront pas comme prévues.

Voilà les faits de la journée, qui montrent comment l’histoire est en train de bégayer. Après ceux de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce, qui crèvent les plafonds, les taux espagnols jusqu’à maintenant plus sages se tendent nettement. Les CDS, qui expriment le coût des assurances contre la dette, suivent le mouvement. Ceux des Portugais ont dépassé les 500 points, pour la première fois, ceux des Irlandais sont montés à 620 points de base et ceux des Espagnols à 294 points. S’embarrassant de circonlocutions, le premier ministre grec George Papandréou, déjà à l’étape suivante, vient de reconnaître que le déficit public ne serait pas réduit comme prévu en fin d’année…

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L’actualité de la crise : UNE RÉGULATION EN FAILLITE, par François Leclerc

Billet invité.

Actualité du G20 oblige, il faut y revenir, mais est-il bien nécessaire de s’acharner à suivre les méandres des débats internationaux à propos de la régulation financière en gestation ? Etant donné, se dit-on, que les dispositions prises n’auraient pas pu empêcher la crise actuelle, et qu’elles pourront encore moins demain faire obstacle à la prochaine, qui prendra une autre forme et surprendra tout autant.

Le G20 va faire sonner faux les trompettes, en vue d’annoncer l’adoption d’une nouvelle régulation des banques (Bâle III), bien qu’elle soit encore arrêtée à mi-chemin, faute de dispositions anti-sytémiques que l’on ne parvient pas à définir et devant la levée de boucliers des mégabanques. Mais il laisse largement de côté celle des produits financiers sophistiqués et des marchés, sur lesquels se réalisent leurs transactions.

L’avenir du shadow banking est dans ces conditions pleinement assuré, les banques utilisant déjà leurs filiales pour contourner les réglementations actuelles et futures. Certains analystes considérant de surcroît que les restrictions apportées à l’activité des banques va les amener à prendre encore plus de risques dans le secteur non réglementé, afin d’améliorer leur retour sur fonds propres, qui vont devoir être augmentés.

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L’actualité de la crise : SAUVER AU MOINS LES APPARENCES, par François Leclerc

Billet invité

En annonçant chercher une « trêve », et en dépit de toutes les dénégations, les ministres des finances du G7 puis du G20, qui sont réunis avec les banquiers centraux en Corée du Sud, ont entériné que la guerre des monnaies est bien déclarée. Guerre ou guérilla, elle va se poursuivre, une fois le flot de paroles apaisantes prononcées et de bonnes intentions déclarées.

La politique de la chaise vide adoptée par les Brésiliens, qui ont sonné l’alarme initiale, exprime on ne peut plus clairement ce qu’ils attendent de ces réunions. Autre symbole, les Coréens du Sud, hôtes du G20, étudieraient la mise en place de mesures de contrôle de l’entrée de capitaux afin de se protéger, le Brésil et l’Indonésie les ayant devancés dans une perspective similaire.

Un projet de communiqué final du G20 proclamerait l’engagement de « s’abstenir de toute dévaluation compétitive », une déclaration de non belligérance destinée à calmer le jeu et les pays émergents. Réaffirmant que le G20 « va se diriger vers un système de taux de changes davantage déterminés par le marché », et que l’objectif est de « minimiser les effets adverses d’une volatilité excessive et de mouvements désordonnés » de ceux-ci.

Dans une lettre adresse au G20 Finances, Tim Geithner a appelé le FMI à surveiller les engagements monétaires pris par les pays du G20 et demandé des rapports trimestriels. « Les pays du G20 doivent s’abstenir d’appliquer des politiques de taux de change destinées à leur conférer un avantage compétitif », écrit le secrétaire d’Etat. A contrario, les pays ayant des déficits commerciaux doivent augmenter leur épargne en adoptant « des objectifs budgétaires de moyen-terme crédibles » et en renforçant leurs exportations.

S’en tenir à un simple rappel des principes, sous forme d’injonction, c’est reconnaître qu’il n’y a pas de solution en vue.

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L’actualité de la crise : LA STRATÉGIE DU BRICOLAGE, par François Leclerc

Billet invité

Les trois piliers de la stratégie européenne de gestion de la crise se précisent. Ils ont pour nom austérité, discipline budgétaire et régulation financière. L’avantage est qu’ils vont finir par pouvoir être revendiqués, l’inconvénient est qu’ils présentent dès à présent des défauts de construction.

On n’a pas fini de gloser sur le compromis franco-allemand de Deauville. Non seulement en raison des multiples réactions qu’il suscite, étant ressenti comme un fait accompli par Bruxelles, le Parlement européen et de nombreux autres pays de l’Union européenne. Ainsi qu’une capitulation par les partisans de sanctions « automatiques » en cas de non respect par un pays des ratios de dette et d’endettement. Mais aussi en raison de ses grandes imprécisions. Rappelant de ce point de vue les discussions qui ont précédé la mise sur pied sur fonds de stabilité européen (EFSF).

Tonnant du haut de son magistère et outrepassant les termes de son mandat, Jean-Claude Trichet a signifié son désaccord avec une formule préconisant des sanctions prises à la majorité qualifiée des états membres de la zone euro. Y voyant le reniement de la stricte discipline budgétaire dont il s’est toujours fait l’apôtre. Le deuxième volet d’une politique dont la cohérence – et la limite tout à la fois – repose sur le sauvetage prioritaire des banques, quitte à donner un coup de pouce aux pays qui pourraient en causer la chute en sombrant dans la crise.

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