COMME DANS LE MARC DU CAFÉ, L’AVENIR SE LIT DANS LES BILANS BANCAIRES, par François Leclerc

Billet invité.

Il n’est pas rare ces temps-ci de lire que les banques sont confrontées à un problème de modèle, mais sans plus d’explication. On comprend que c’est du sérieux après avoir cru saisir que deux modèles s’opposaient globalement, celui de la banque universelle – qui fait tous les métiers de la banque – et celui de la banque d’affaire, qui n’a pas d’activité de dépôt. Une des grandes questions étant la séparation des activités des banques se revendiquant du premier modèle. Elle n’est pas intervenue au sein de l’Union européenne, et elle pourrait être revue aux États-Unis et donner lieu à compensation au Royaume-Uni, lit-on également. Mais les deux modèles seraient-ils aujourd’hui en question ?

Le plongeon de la Deutsche Bank a confirmé que le système bancaire européen n’était pas au bout de ses peines, par opposition à des banques américaines semblant au bout des leurs. Une raison en serait que la Fed exerce sur ce dernier une surveillance rigoureuse, ce qui ne serait pas le cas en Europe de l’EBA et de la BCE, suspectes de complaisance pour la bonne cause. Une autre, que les banques européennes sont notoirement sous-capitalisées en raison de leurs efforts pour se mettre au niveau de leurs concurrentes d’outre-Atlantique sans en avoir les moyens, et que cela ne peut pas durer éternellement.

Le Wall Street Journal a cependant titré un de ses articles  : « Il y a un petit quelque chose de la Deutsche dans chaque banque ». Ce n’est donc pas si simple et conduit à s’interroger sur ce qu’elles partagent. La valorisation des banques, aujourd’hui inférieure à ce qu’elle était au début de la crise, met en effet la puce à l’oreille si l’on considère les progrès accomplis entretemps par la régulation financière : elle aurait dû au contraire s’améliorer. Qui a raison : le marché ou les régulateurs ?

La fragilité des banques étant maintenant chose acquise, les investisseurs surréagiraient au risque qu’elles représentent, pour leur avoir été si longtemps masqué. Ce pourrait être une explication, comme le serait également la complexité de la réglementation et le sentiment profond qu’elle est contournée. On ne prête qu’aux riches ! Mais une autre cause de la réserve, pour ne pas dire de la défiance des investisseurs, vient à l’esprit, que le Journal décrit.

Les banques seraient assommées par le coût de la régulation financière, le rétrécissement de leur activité en tant que banque d’investissement, la compétition montante du secteur peu régulé du shadow banking et naissante des FinTech (les start-ups utilisant les nouvelles technologies), ainsi que par les amendes et l’aplatissement de la courbe des taux. Cela fait beaucoup pour une banque, qu’elle soit américaine ou européenne, car toutes subissent ce qui précède à des degrés divers.

Pour le rédacteur du Journal, la conclusion coule de source : « il y a trop de banques, et elles doivent maigrir pour s’adapter à la baisse de la demande ». Voilà donc ce que signifierait, de manière décevante, la crise de leur modèle. Quant aux investisseurs, lorsqu’à l’occasion ils découvrent ce que les bilans bancaires recèlent, ils sont effrayés par les coûts de réparation des banques qu’ils vont devoir assumer, vu la faible profitabilité qu’elles dégagent. Dans ces conditions, quelle raison auraient-ils de participer à une augmentation de capital et de se mettre dans la gueule du loup ?

Ce cas de figure n’a pas été prévu par les concepteurs de l’Union bancaire, fiers de leur œuvre quand ils ont privilégié l’intervention de capitaux privés pour sauver les banques, conscients des ravages politiques potentiels de la poursuite des sauvetages publics. Heureusement, ils ont laissé de discrètes issues de secours pour que des capitaux publics puissent être injectés… Mais comment les autorités politiques pourront-elles demain les emprunter et mener de front, face à leurs électeurs, le sauvetage sur fonds publics des banques européennes et la poursuite de leur politique d’austérité budgétaire ?

Pas d’autre solution que de continuer de planquer sous le tapis les problèmes, ou bien se résoudre à bâtir des structures de défaisance pour gagner du temps. Et dans l’immédiat de rejeter les nouvelles réformes du Comité de Bâle, dont l’application dévoilerait les faiblesses cachées des mégabanques européennes et créerait de nouveaux besoins de renforcement de leurs fonds propres.

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