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Le Vif/L’Express, « Ce n’est pas dans sa nature ! », 17 – 23 mai 2012

Ce n’est pas dans sa nature !

Comme j’avais affirmé que l’histoire du scorpion qui se suicide en se piquant lui-même de son dard était une légende, quelqu’un m’a renvoyé à une petite vidéo où l’on voit un scorpion prisonnier d’un bocal entrer en frénésie, se piquer et tomber raide mort. L’histoire est donc vraie.

Une autre histoire qui circule sur les scorpions n’est elle certainement pas vraie, puisqu’elle suppose que ces animaux parlent. Vous la connaissez peut-être. Je la raconte quand même : un scorpion demande à une grenouille si elle peut l’aider à traverser la mare en le portant sur son dos. La grenouille lui répond qu’elle n’en fera rien, qu’elle ne le connaît que trop bien : il la piquera et elle en mourra. L’arthropode s’indigne : « Pourquoi ferai-je cela ? Je me noierais ! » La grenouille se laisse convaincre. Arrivés au milieu de l’eau, le scorpion la pique de son dard. Le malheureux batracien a juste le temps de s’indigner : « Mais ? … », à quoi le scorpion qui coule lui aussi, répond : « Je sais ! mais c’est dans ma nature : je n’y peux rien ! »

Ce qui m’a fait penser à ces anecdotes de science naturelle, c’est bien sûr l’attitude de certains lobbys financiers depuis le début de la crise en 2007. La grenouille, dans la seconde histoire doit être remplacée par une vache à lait, représentant le contribuable.

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L’actualité de la crise : LES PLUMEAUX ET LE MARTEAU, par François Leclerc

Billet invité.

Au lieu de se faire toute petite, la finance spéculative fait à nouveau abondamment parler d’elle, rappelant les bonnes résolutions d’origine restées lettre morte.

En Espagne, l’opération vérité que tente le gouvernement pour faire le ménage dans les banques n’est pas crédible à force d’avoir trop tardé. Mais rester les bras croisés n’est plus possible. Elle rejaillit déjà sur le marché de la dette souveraine, car on ne voit pas comment l’Etat pourra éviter d’être mis à contribution, si le futur Mécanisme européen de stabilité ne les recapitalise pas directement. Sans même parler du financement ultérieur des bad banks dans lesquelles leurs actifs immobiliers toxiques devront être parqués (en dépit des réticences de Santander et de BBVA à y procéder, qui préféreraient continuer de dissimuler leurs faiblesses).

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LE PIEGE WIKILEAKS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Un article du New York Times : Prospect of WikiLeaks Dump Poses Problems for Regulators par Andrew Ross Sorkin, attire l’attention sur le fait que les documents que Wikileaks s’apprête à diffuser à propos d’une grande banque, embarrasseront davantage les régulateurs du monde financier que cette banque elle-même.

C’est vrai. J’ai eu entre les mains (dans le cadre de mon activité légitime au sein de banques américaines !) les documents que l’OCC (Office of the Comptroller of the Currency), le régulateur des banques américaines, et l’OTS (Office of Thrift Supervision), le régulateur des caisses d’épargne, adressaient à l’entreprise pour laquelle je travaillais, pour lui suggérer de modifier son comportement dans tel ou tel domaine ou sur tel ou tel aspect de son activité. Les régulateurs étaient bien informés, mais infiniment compréhensifs. Une lettre assurant qu’il serait apporté sans délai remède au problème soulevé vous offrait un sursis d’un an au moins. Dans le pire des cas, si le problème soulevé était vraiment gênant, on pouvait toujours… changer de régulateur. J’ai assisté à cela chez Countrywide : quand l’OTS est devenu un peu trop pressant, la compagnie a changé son statut de caisse d’épargne à celui de banque pour dépendre dorénavant de l’OCC. Ici aussi, la transition offrirait un sursis d’une durée confortable.

L’absence de régulation ne découle donc pas du fait que les régulateurs ne savent rien, mais du fait qu’ils n’agissent qu’avec une extrême mollesse. Et la raison là, c’est un rapport de force qui leur est défavorable. J’ai rapporté dans Comment on devient l’« anthropologue de la crise », une conversation que j’avais eue (ou plutôt qu’avait eue avec moi) un dirigeant de banque : « Il y a une chose que vous n’avez pas l’air de comprendre mon petit Monsieur : le régulateur, ce n’est pas lui qui me dira ce que je dois faire. Non, ce n’est pas comme ça que les choses se passent : c’est moi qui lui dirai quels sont les chiffres, il ne mouftera pas et les choses en resteront là. Un point c’est tout ! ».

Une simple question de rapport de force. Mais comme on l’a vu avec la publication du livre The Big Short de Michael Lewis, le fait que le public sache désormais aussi ce que le régulateur savait déjà, modifie soudain le rapport de force : on avait finance contre régulateur, et le régulateur était KO au premier round mais avec régulateur et opinion publique d’un côté, contre finance de l’autre, on commence à faire attention aux points.

Bien sûr le régulateur doit justifier alors le fait de ne pas avoir agi, bien qu’il ait su. Mais on l’a vu à propos de l’audition de représentants de la firme Goldman Sachs au sénat américain, il existe une astuce à laquelle on peut avoir recours : mettre en scène une audition, et prétendre que l’on apprend tout le jour-même. Ce n’est pas très convaincant, ne serait-ce que parce que certains des auditeurs ne pourront pas s’empêcher de faire les malins, en posant des questions insidieuses qui trahissent qu’ils en savent beaucoup plus qu’ils ne le prétendent.

« WikiLeaks produira des documents dans lesquels des banquiers discutent de la manière dont ils ont roulé un client, dont ils ont maquillé leurs chiffres ou même comment ils ont roulé les régulateurs dans la farine », suppute Sorkin dans l’article du New York Times. Au vu de la turpitude de dirigeants de grandes banques américaines, le même renversement du rapport de force aura lieu : le régulateur obtiendra le renfort de l’opinion publique.

La réaction des autorités pourrait être la même que dans le cas des faits rendus publics dans The Big Short : une audition au Congrès ou au Sénat. Mais il y a un hic – et un hic sérieux ! – Wikileaks a été désigné comme organisation techno-terroriste par le Vice-Président Joe Biden, ce qui suggère avec insistance que l’on doive ignorer ce qu’elle raconte. Le régulateur aura reçu le renfort de l’opinion publique, et celle-ci comprendrait très mal qu’il n’intervienne pas vu la gravité des faits révélés – même sur le tard, mais l’information aura été procurée par une organisation présentée comme terroriste dans un autre contexte : celui des 250 000 câbles diplomatiques américains transmis à la presse internationale. Peut-on traiter à la fois les informations diffusées par WikiLeaks comme la propagande d’une organisation terroriste et comme des données sur la foi desquelles la justice se doit d’intervenir ? La raison d’État fait le premier choix et le peuple (quel empêcheur de tourner en rond décidément !), le second.

Il y a là un piège, et particulièrement machiavélique. Un certain nombre de personnes doivent s’activer à l’heure qu’il est pour que l’information sur les banques n’apparaisse jamais au grand jour. Il y a deux semaines exactement, je signalais le début de la guerre civile techno ; et ce n’est pas une « drôle de guerre » : il s’y passe plein de choses !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : QUAND LES ZOMBIES L’EMPORTENT, par François Leclerc

Paul Krugman titre sa dernière chronique dans le New York Times « When Zombies Win » (Quand les zombies l’emportent). Il la débute ainsi : « Quand les historiens étudieront les années 2008-2010, ils seront interloqués par l’étrange victoire que les idées fausses y auront remporté. Les fondamentalistes du marché libre, qui ont eu tort sur tout, dominant la scène politique plus fortement que jamais. »

La question mérite en effet d’être posée. Est-il possible que le système financier, qui a implosé et dont la crise se poursuit sans être maîtrisée, puisse continuer à parader en prétendant retomber sur ses pieds ? De quelles nouvelles promesses désastreuses sera-t-il dans ce cas capable ? Toutes les hypothèses, après tout, doivent être posées, même les pires.

Si l’on considère les Etats-Unis et l’Europe, des chemins opposés y sont pour l’instant empruntés, selon le rôle qu’y jouent ou non les banques centrales. La Fed et la Bank of England utilisent généreusement la planche à billet, tandis que la BCE s’y emploie plus modérément en s’en défendant maladroitement. Le déficit public américain ne cesse de croître, tandis que les Européens prétendent le freiner brutalement sans attendre.

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L’actualité de la crise: TOUT S’ENCHAINE ET TOUT S’EMMÊLE, par François Leclerc

Billet invité.

Cela va être au tour de l’Irlande de démâter un de ces prochains jours, prise également dans une forte tourmente obligataire. On croit assister au remake d’un film déjà vu.

Les autorités les plus autorisées ont dans un premier temps nié le besoin de toute assistance financière, comme en Grèce. Puis est venu le moment – nous y sommes – où cela est enfin envisagé, ne pouvant plus être repoussé, avant de passer enfin à exécution.

La suite de l’histoire est déjà connue, qui peut être encore calquée sur ce qui se passe en Grèce : les engagements pris auprès des nouveaux créanciers ne seront pas tenus, car si les mesures d’austérité seront bien prises, les prévisions de recettes ne se concrétiseront pas comme prévues.

Voilà les faits de la journée, qui montrent comment l’histoire est en train de bégayer. Après ceux de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce, qui crèvent les plafonds, les taux espagnols jusqu’à maintenant plus sages se tendent nettement. Les CDS, qui expriment le coût des assurances contre la dette, suivent le mouvement. Ceux des Portugais ont dépassé les 500 points, pour la première fois, ceux des Irlandais sont montés à 620 points de base et ceux des Espagnols à 294 points. S’embarrassant de circonlocutions, le premier ministre grec George Papandréou, déjà à l’étape suivante, vient de reconnaître que le déficit public ne serait pas réduit comme prévu en fin d’année…

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L’actualité de la crise : UNE RÉGULATION EN FAILLITE, par François Leclerc

Billet invité.

Actualité du G20 oblige, il faut y revenir, mais est-il bien nécessaire de s’acharner à suivre les méandres des débats internationaux à propos de la régulation financière en gestation ? Etant donné, se dit-on, que les dispositions prises n’auraient pas pu empêcher la crise actuelle, et qu’elles pourront encore moins demain faire obstacle à la prochaine, qui prendra une autre forme et surprendra tout autant.

Le G20 va faire sonner faux les trompettes, en vue d’annoncer l’adoption d’une nouvelle régulation des banques (Bâle III), bien qu’elle soit encore arrêtée à mi-chemin, faute de dispositions anti-sytémiques que l’on ne parvient pas à définir et devant la levée de boucliers des mégabanques. Mais il laisse largement de côté celle des produits financiers sophistiqués et des marchés, sur lesquels se réalisent leurs transactions.

L’avenir du shadow banking est dans ces conditions pleinement assuré, les banques utilisant déjà leurs filiales pour contourner les réglementations actuelles et futures. Certains analystes considérant de surcroît que les restrictions apportées à l’activité des banques va les amener à prendre encore plus de risques dans le secteur non réglementé, afin d’améliorer leur retour sur fonds propres, qui vont devoir être augmentés.

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L’actualité de la crise : SAUVER AU MOINS LES APPARENCES, par François Leclerc

Billet invité

En annonçant chercher une « trêve », et en dépit de toutes les dénégations, les ministres des finances du G7 puis du G20, qui sont réunis avec les banquiers centraux en Corée du Sud, ont entériné que la guerre des monnaies est bien déclarée. Guerre ou guérilla, elle va se poursuivre, une fois le flot de paroles apaisantes prononcées et de bonnes intentions déclarées.

La politique de la chaise vide adoptée par les Brésiliens, qui ont sonné l’alarme initiale, exprime on ne peut plus clairement ce qu’ils attendent de ces réunions. Autre symbole, les Coréens du Sud, hôtes du G20, étudieraient la mise en place de mesures de contrôle de l’entrée de capitaux afin de se protéger, le Brésil et l’Indonésie les ayant devancés dans une perspective similaire.

Un projet de communiqué final du G20 proclamerait l’engagement de « s’abstenir de toute dévaluation compétitive », une déclaration de non belligérance destinée à calmer le jeu et les pays émergents. Réaffirmant que le G20 « va se diriger vers un système de taux de changes davantage déterminés par le marché », et que l’objectif est de « minimiser les effets adverses d’une volatilité excessive et de mouvements désordonnés » de ceux-ci.

Dans une lettre adresse au G20 Finances, Tim Geithner a appelé le FMI à surveiller les engagements monétaires pris par les pays du G20 et demandé des rapports trimestriels. « Les pays du G20 doivent s’abstenir d’appliquer des politiques de taux de change destinées à leur conférer un avantage compétitif », écrit le secrétaire d’Etat. A contrario, les pays ayant des déficits commerciaux doivent augmenter leur épargne en adoptant « des objectifs budgétaires de moyen-terme crédibles » et en renforçant leurs exportations.

S’en tenir à un simple rappel des principes, sous forme d’injonction, c’est reconnaître qu’il n’y a pas de solution en vue.

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L’actualité de la crise : LA STRATÉGIE DU BRICOLAGE, par François Leclerc

Billet invité

Les trois piliers de la stratégie européenne de gestion de la crise se précisent. Ils ont pour nom austérité, discipline budgétaire et régulation financière. L’avantage est qu’ils vont finir par pouvoir être revendiqués, l’inconvénient est qu’ils présentent dès à présent des défauts de construction.

On n’a pas fini de gloser sur le compromis franco-allemand de Deauville. Non seulement en raison des multiples réactions qu’il suscite, étant ressenti comme un fait accompli par Bruxelles, le Parlement européen et de nombreux autres pays de l’Union européenne. Ainsi qu’une capitulation par les partisans de sanctions « automatiques » en cas de non respect par un pays des ratios de dette et d’endettement. Mais aussi en raison de ses grandes imprécisions. Rappelant de ce point de vue les discussions qui ont précédé la mise sur pied sur fonds de stabilité européen (EFSF).

Tonnant du haut de son magistère et outrepassant les termes de son mandat, Jean-Claude Trichet a signifié son désaccord avec une formule préconisant des sanctions prises à la majorité qualifiée des états membres de la zone euro. Y voyant le reniement de la stricte discipline budgétaire dont il s’est toujours fait l’apôtre. Le deuxième volet d’une politique dont la cohérence – et la limite tout à la fois – repose sur le sauvetage prioritaire des banques, quitte à donner un coup de pouce aux pays qui pourraient en causer la chute en sombrant dans la crise.

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L’actualité de la crise: UNE QUADRATURE DU CERCLE DE PLUS, par François Leclerc

Billet invité.

Un clou chasse l’autre. C’est tout du moins ce que doivent se dire les grands de ce monde, dans l’espoir de ne pas répéter le triste spectacle de Washington, où a été mise en scène à leur corps défendant leur incapacité à ne serait-ce qu’avancer dans la solution de problèmes monétaires qui les dépassent.

Il s’agit cette fois-ci de se préparer au G20 de Séoul, dans désormais moins d’un mois, afin que les chefs d’État ne soient pas soumis à la même épreuve que leurs ministres des finances.

La ponctuation de la crise par ces grandes réunions internationales ne produit malheureusement plus son petit effet, après une intronisation qui a permis de présenter le G20 sous le jour d’un nouveau directoire mondial capable de tout prendre à bras le corps. Impliquant désormais de grands efforts de communication, afin de projeter une image positive de ses participants.

Quel thème flatteur les dirigeants du monde vont-ils pouvoir choisir afin de redonner l’impression qu’ils ont conservé l’initiative, alors qu’elle leur échappe à nouveau des mains ? Celui de la relance économique n’est plus propice à des manifestations d’unité, surtout si entretemps la Fed a annoncé qu’elle relançait la planche à billet, à l’inverse de la politique de réduction des déficits préconisée par la BCE. L’épineux sujet de la crise monétaire s’invitera quant à lui tout seul et ne pourra être éludé, ce qui est bien fâcheux. De grandes phrases bien senties sont en préparation, n’en doutons pas.

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L’actualité de la crise, le petit théâtre va recommencer, par François Leclerc

Billet invité.

LE PETIT THÉÂTRE VA RECOMMENCER

Cela fait déjà deux fois qu’une chronique consacrée à la crise monétaire est repoussée au prétexte de l’actualité. La première en raison de la situation irlandaise – ce qui semble a posteriori justifié, de nouveaux éléments montrant à quel point elle est inextricable dans le cadre européen qu’elle est censée respecter, qui est donc mis en cause – la seconde en raison d’une série de première annonces européennes à propos de la régulation financière, qu’il est difficile d’ignorer même si l’on en fait bien peu de cas.

En se demandant, cette fois-ci, si ce nouveau report est bien circonstancié. Car l’ascension irrésistible du yen japonais est en train, sous l’effet de la baisse du dollar américain et à la faveur des gigantesques mouvements quotidiens de capitaux du Forex – le marché mondial des devises – d’enfoncer le Japon dans sa crise déflationniste. Celui-ci n’ayant les moyens ni de s’y opposer, ni d’enrayer la progression de sa dette publique qu’il lui est intimé de stopper, qui seule lui permet de rester en surface. L’immobilisme n’est pas une solution mais il finit toujours par s’imposer, peu ou prou.

Jusqu’où et jusqu’à quand ? C’est la même question que l’on peut se poser vis à vis de la dette américaine.

Pourquoi abandonner provisoirement ce sujet, pour traiter de la régulation financière européenne ? Son destin semblant tout tracé : rejoindre peu glorieusement sur le banc de touche la réglementation américaine qui s’y trouve déjà, dont on sait à quel point elle laisse à la finance un jeu ouvert.

C’est l’effet de la dictature de l’actualité, cette grande oublieuse qui fait se succéder sans répit et sans laisser le temps de les analyser les grands phénomènes dont nous sommes les témoins. Qui mériteraient d’être mieux hiérarchisés.

Certes, on remarque aux Etats-Unis que certains régulateurs tentent, dans le cadre des prérogatives que la loi Dodd-Frank leur a accordée, de durcir ses dispositions. Pouvant faire espérer que tout n’est pas joué. Mais tout cela ressemble à des batailles d’arrière garde, comme vont l’être les tentatives européennes d’encadrer la spéculation sur les matières premières, ou bien de promouvoir une taxe sur les transactions financières, deux campagnes qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy entendent bien mener à grands renforts de flons flons.

Avec pour objet dérisoire – pour ne pas dire pathétique – de masquer derrière un frêle paravent l’essentiel de la politique qu’ils ont suivie depuis le début de la crise, et qui a spectaculairement échoué. C’est à dire préserver à tout prix le système financier, dans l’espoir insensé et naïf qu’il relancera l’économie et que tout repartira comme avant. On appelle cela une manoeuvre de diversion, une de plus, accréditant l’idée que contrairement à l’adage, gouverner ce n’est pas prévoir, c’est faire semblant d’agir. Diriger les regards vers l’accessoire pour préserver l’essentiel.

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L’actualité de la crise : le vif du sujet, par François Leclerc

Billet invité.

LE VIF DU SUJET

Les décisions du Comité de politique monétaire de la Fed sont aujourd’hui saluées par une chute générale des marchés boursiers. Soit, est-il expliqué par certains, parce que les mesures adoptées confirment le retour prochain de la récession, soit parce qu’elles sont considérées comme trop timorées et insuffisantes pour la prévenir, expliquent d’autres. A lire les commentaires des traders, les marchés semblent craindre tout et son contraire.

Aux Etats-Unis, l’installation d’un chômage structurel, la faiblesse de la demande qui en résulte (dont l’origine est aussi à trouver dans la pression qui s’exerce sur les salaires), ainsi que l’impossibilité de procéder à une relance budgétaire contribuent à dresser une toile de fond inquiétante, qui est maintenant installée. Les milieux d’affaires, comme le panel du Wall Street Journal vient de le mettre en évidence, en sont venus à considérer que la déflation était désormais l’ennemi public n°1, le danger du retour de l’inflation passant au second plan. C’est bien une époque, décidément, qui s’achève. D’autant que tous les commentaires reconnaissent que la déflation sera plus difficile à vaincre que l’inflation, et de s’en inquiéter.

On commence à envisager sérieusement que la Fed pourrait se trouver à court de munitions. Que la question n’est pas tant qu’elle aille prochainement, ou non, au-delà de ce qu’elle vient de décider, en se réengageant dans une politique de création monétaire à grande échelle, que tout le monde semble considérer comme une éventualité vraisemblable. Mais que l’effet de cette politique est tout simplement incertain. Les instruments monétaires ont leurs limites, qui pourraient avoir été trouvées. La relance du crédit bancaire grâce à l’injection de nouvelles liquidités pourrait-elle réellement, dans ces conditions, être en mesure d’éviter – et même de combattre – la récession qui s’annonce ? Rien n’est moins certain.

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L’actualité de la crise: ils sont incorrigibles, par François Leclerc

Billet invité.

ILS SONT INCORRIGIBLES

Alors que s’approche le coeur de l’été, période propice à de douces flâneries, de sympathiques promenades et d’aimables incursions littéraires, ou à tout autre plaisir à convenance, était-il bien avisé de se plonger dans l’un des sujets les plus arides et rébarbatifs de la planète financière, à savoir la réglementation bancaire ?

Les journalistes des agences de presse, ainsi que ceux de la grande presse internationale, se sont manifestement posé la question, avant de finalement se résoudre à pondre tardivement leurs papiers d’analyse des premières décisions du Comité de Bâle, pour se mettre enfin à leurs valises. Quel métier  !

Un même soupir d’abattement ne pouvait manquer d’échapper au chroniqueur de l’actualité financière du blog de Paul Jorion, qui se cale consciencieusement tous les jours de cette nourriture inspirée pour tenter de la restituer, lorsqu’il a constaté qu’il allait falloir aussi s’y plonger. Et, oh horreur ! que les analyses qu’il avait récupérées ne se recoupaient pas aisément et semblaient même parfois se contredire. Pas sur l’interprétation, mais sur le factuel, la pire des situations. Comme s’il n’était pas seul à la peine.

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L’actualité de la crise: interdit d’interdire ?, par François Leclerc

Billet invité.

INTERDIT D’INTERDIRE ?

En ces temps de célébration outrancière de l’adoption de la loi de régulation financière américaine, qui donne lieu à des envolées destinées à être vite oubliées, et qui laisse sur leur faim ceux qui ont un moment cru que, pour s’être fait une si grande frayeur, les Américains réagiraient de manière conséquente, une simple question s’impose.

Qu’est ce qui est le pire dans cette situation ? Que les portes du casino aient été laissées ouvertes, au prétexte de réglementer en chipotant son accès, ou bien que se poursuive la vaine quête du truc miraculeux qui contiendra un risque systémique que l’on ne sait toujours pas par quel bout pendre  ?

Car ce qui est frappant, dans ce paysage qui ne peut devenir que plus désolé, en dépit de toutes les fausses assurances qui s’épuisent les unes après les autres, c’est que l’on en revient toujours à la même étonnante approche restant à la surface des choses.

Jamais il ne s’agit de remédier aux origines du cataclysme, dont la recherche est tout simplement oubliée. L’objectif limité et inatteignable reste d’essayer de l’endiguer, le jour inconnu où il surviendra à nouveau, à l’endroit méconnu où il se manifestera, selon des mécanismes dont on sait par avance qu’ils seront déroutants, car imprévisibles. Car c’est tout ce qui a voulu être retenu.

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Les deux formes du désespoir

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Puisque je ne me trompe que rarement jusqu’ici dans mes prévisions (quand je me trompe, c’est parce que mes cris d’alarme rencontrent un écho et je ne me plains donc pas), en voici une autre : les tentatives de régulation de la finance qui ont débuté en 2007-2008 n’aboutiront à rien. À rien du tout.

Si vous lisez ce qui s’écrit à propos des négociations qui ont lieu en ce moment aux États-Unis pour réconcilier les versions Congrès et Sénat du financial overhaul, le Grand Plan Qui Fait Trembler Les Banquiers, vous verrez que pour obtenir les quelques voix républicaines nécessaires aux votes, on retire jour après jour le peu qui restait. Ou bien si vous vous intéressez à celles qui ont lieu en ce moment à Bâle à propos d’une augmentation des réserves en capital que doivent constituer les banques, vous verrez que chaque pays est enthousiaste à l’idée d’imposer des conditions plus lourdes à celles de ses voisins mais très réservé quant à tout changement qui toucherait les siennes propres, et que l’application de nouvelles règles ne devrait de toute manière pas intervenir avant cinq ou dix ans d’ici « pour ne pas handicaper la reprise en freinant l’allocation de crédit » – je vous jure que je n’invente rien.

« Mais pourquoi, me direz-vous, cet argument de la régulation comme obstacle à la reprise est-il même pris au sérieux ? » Parce qu’on sait que tout coût supplémentaire pour le secteur bancaire sera transmis aux clients des banques. « Et le retour des bonus mirobolants, et la reprise des embauches dans les salles de marché se livrant pour 80 % de leur activité à de la spéculation pure ? » Ça n’a aucun rapport. Ça n’a aucun rapport parce qu’on ne touchera ni aux revenus des dirigeants, ni aux dividendes des investisseurs. « Pourquoi ? » Parce qu’on vous le dit. Parce que c’est comme ça. Parce que si des individus complètement discrédités du fait de leur incapacité à voir venir la crise, et ensuite pour n’avoir absolument pas su quoi faire pour en sortir, ont le pouvoir que l’on constate d’empêcher toute modification de la réglementation de leur secteur (sauf celle qui les arrange parce qu’elle le modernise), alors, je vous le demande, pourquoi voudriez-vous qu’ils n’aient pas aussi le pouvoir de maintenir leurs revenus au même niveau qu’avant, voire même à les augmenter encore, et que tout nouveau frais soit automatiquement passé au client sans autre forme de procès ?

Rassurez-vous, cela ne durera qu’un temps, Dieu qui a dit un jour : « J’exterminerai de dessus la terre les hommes que j’ai créés, des hommes jusqu’au bétail, jusqu’aux reptiles et même jusqu’aux oiseaux du ciel, car je me repens de les avoir faits » (Genèse, 6, 7), consulte en ce moment son calendrier. Les banques sont tombées. Elles ont attiré dans le gouffre avec elles, les États. Les États sont raccrochés par un fil à leurs banques centrales. Lesquelles n’ont plus d’autre ressource que la planche à billet (on évoque ce matin, pour la Fed, un nouveau tirage de 5.000 milliards de dollars – après les 2.500 milliards émis sans contrepartie de richesse depuis mars 2009). Les banques centrales ne tombent pas : elles font comme les autres dans ce domaine, elles se discréditent, et elles le font en engendrant l’hyperinflation et la misère qui se déverse sur le monde.

Et ensuite ? Euh… il reste le Fonds Monétaire International qui tirera tout le monde d’affaire. Non, soyons sérieux, après, il ne reste qu’une chose – mais on peut déjà s’y préparer : passer, comme le dit Kant, du désespoir résigné au désespoir indigné.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise: ni fleurs, ni couronnes, par François Leclerc

Billet invité.

NI FLEURS, NI COURONNES.

Pour accorder son vote à la loi de régulation américaine, un sénateur républicain a réclamé que soit abandonnée la taxation des banques qui y était inscrite. C’est chose faite, un enterrement se prépare : son adoption.

Conservée, cette mesure n’aurait certes pas changé quoi que ce soit à l’esprit de cette loi – resserrer un peu certaines mailles d’un filet dans lequel des ouvertures béantes ont été aménagées – mais un tel abandon de dernière minute augure mal de la suite des événements. A défaut de trouver en lui-même les ressorts de son aggiornamento, le capitalisme financier vient de victorieusement faire opposition aux velléités affichées d’encadrer, sinon de contrarier, sa logique destructrice. La loi, c’est sa loi.

Le travail n’est pas terminé, car il reste encore un gros morceau à casser. Il s’agit de Bâle III, le dernier rempart des régulateurs, la réglementation destinée à renforcer la capacité des banques à résister à une prochaine grande crise. Une issue inévitable au vu de ce qui a déjà été décidé par le Congrès américain, en plus de la poursuite de l’actuelle.

Le mandat initialement donné par le G20 prévoyait l’accroissement en quantité et en qualité des fonds propres des banques, ainsi que des dispositions techniques visant à décourager de trop forts leviers d’endettement. A Toronto, il a depuis été décidé d’assouplir l’implémentation des nouvelles règles en gestation, afin de ne pas brider le retour espéré de la croissance, ainsi que de tenir compte des conditions économiques nationales (puisque les décisions collégiales du G20 laissent désormais de larges marges de manoeuvre à chacun de ses membres).

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