Archives de catégorie : Afrique

La mort en Afrique : Rappel à Dieu ou règlement de compte ?

Ce texte est le dernier d’une série de quatre (« L’histoire véridique de Simon, envoûté et maudit », « La conquête du Dahomey (1894) : Ce qui s’est vraiment passé » et « Les concepts centraux de la religion vaudoue ») appartenant à la même famille : des comptes-rendus qui m’ont été confiés en tant qu’Européen ouvert à la manière dont les Africains conçoivent le monde et qui ne les passera pas, avant de les rapporter, à la moulinette des préjugés propres à sa culture. La dernière partie du texte m’a été communiquée par l’une de mes étudiantes au département de psychanalyse de Paris VIII en 1985-86. Je ne vois pas d’autre raison à son anonymat qu’une demande expresse de sa part à cette époque. Si l’autrice de cette réflexion se reconnaît et s’est ravisée sur ce point, qu’elle se fasse connaître : je lui reconnaîtrai bien volontiers la maternité de son texte en l’indiquant ici. 

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Les concepts centraux de la religion vaudoue

La religion vaudoue est originaire du royaume du Dahomey. Elle a essaimé en particulier du fait de l’esclavagisme qui a enlevé des pratiquants de cette religion pour en faire les victimes du travail forcé en divers endroits de la planète, en Haïti en particulier. Le mot « vaudoun » en langue fon se traduit en français par « sacré » ou « saint ». Les informations qui suivent m’ont été confiées à Cotonou (Bénin), le 2 octobre 1984.

Le wensagun

C’est le messager de la mort, ou pour prévenir d’un mal. C’est surtout vrai pour les croyants, c’est un signe vu dans la vie quotidienne ou vu dans un rêve. L’adepte voit son fétiche devant lui qui lui annonce le mal qui va arriver. On peut essayer d’anéantir ce mal avant qu’il n’arrive. Quand c’est la mort, on ne peut rien faire. On invite ses fils et ses petits-fils et on leur transmet sa science, les choses qu’on ne peut transmettre que juste avant sa disparition.
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La conquête du Dahomey (1894) : Ce qui s’est vraiment passé

Vous croyez savoir comment la France a conquis le Dahomey en 1894 ? La version que vous connaissez est trompeuse. Voici l’authentique déroulement des faits : vous trouverez ici les propos d’une personne qui a tenu en 1984 à ce que je sache ce qui s’était véritablement passé.

Gbéhanzin se réfugie à quelques lieues d’Agbomé. Il a un gri-gri (gbo) que seul le Gucili a aussi, un gri-gri qui permet de se cacher (de se rendre invisible). Gbéhanzin n’avertit pas son frère et quand les Français approchent il va se cacher avec cette « science ».

À l’origine, Gbéhanzin s’appelait Kondo. Le naja mord rarement car il a du mal à ouvrir la bouche, mais quand sa queue est enroulée autour de quelque chose, on ne peut la dénouer. « Quand le naja fait ce nœud on ne peut (aucune chose) ne peut dénouer ».
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L’histoire véridique de Simon, envoûté et maudit

J’ai rédigé ce récit en 1987. Les faits rapportés se déroulent au Bénin trois ans auparavant. Tous les noms propres de personnes et de lieux ont été modifiés. J’ai maintenu le ton sur lequel ces événements m’avaient été racontés, de préférence au style distancé dit « ethnographique ».

J’entendis parler pour la première fois de Simon le 30 avril 1984. Et si je n’entretiens à ce sujet aucun doute, c’est qu’à cette date, j’ai couché par écrit dans mon carnet de notes, quinze lignes qui relatent fidèlement ce que je crus comprendre, ce jour-là, de l’histoire de Simon.

Je ne sais plus dans quelles circonstances exactes Anastase me parla de lui ; il s’agissait sans doute d’une de nos plus longues tournées, celle qui nous conduisaient régulièrement dans les villages frontaliers.
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Quand la Chine se comporte comme les USA en 1947 avec le plan Marshall, par Thom Billabong

Ça y est, la Chine offre de soigner l’Afrique et de lui remettre sa dette.

Diplomatie vaccinale : la Chine promet à l’Afrique 1 milliard de doses et une annulation de dette (latribune.fr)

Elle se comporte donc exactement avec la générosité (bien comprise) des USA à la fin de la 2de guerre mondiale, quand ses surplus et sa machine à produire avaient besoin de marchés d’accueil solvables. Le plan Marshall visait entre autres cet objectif d’apporter rapidement des débouchés aux biens qui ne seraient désormais plus détruits dans les combats, tout en faisant un bien réel aux économies des pays ruinés par le conflit. Ce faisant, les USA pouvaient asseoir par la manne financière et la relance de la machine économique, un contre pouvoir puissant à l’idéologie soviétique, qui elle-même cherchait à émanciper les peuples du joug capitaliste.

C’était la quadrature parfaite : des ressources quasi-illimitées à ceux qui en avaient besoin, détournant ces derniers d’un autre « possible » porté par l’URSS, avec une des abandons de créances – les dettes des pays via le plan et durant le conflit – au fur et à mesure que la prospérité des uns augmentait celle des autres. Continuer la lecture de Quand la Chine se comporte comme les USA en 1947 avec le plan Marshall, par Thom Billabong

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L’Afrique et moi VIII. Les rapports que je rédigeai pour la FAO

Rappel : L’Afrique et moi I. Fonctionnaire des Nations-Unies ; II. Un poste de tout repos ; III. Des pêcheurs ne sachant pas pêcher : IV. La vérité : vraiment pas bonne à dire ; V. « Jorion se fâche » ; VI. Pêcherie et sorcellerie : VII. Un environnement pas toujours très sûr.

La FAO publia en 1985 deux de mes rapports *  : l’un sur l’organisation des villages et, en parallèle avec la présence de fonctionnaires et d’élus, l’influence encore des structures traditionnelles que sont la chefferie et les églises locales vaudou ; l’autre relatif à l’autosubsistance dans les villages : la part de ce qui est pêché, de ce qu’on récolte, et qu’on ne cherche pas à vendre à l’extérieur parce que l’on en vit prioritairement.

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L’Afrique et moi VII. Un environnement pas toujours très sûr

Rappel : L’Afrique et moi I. Fonctionnaire des Nations-Unies ; II. Un poste de tout repos ; III. Des pêcheurs ne sachant pas pêcher : IV. La vérité : vraiment pas bonne à dire ; V. « Jorion se fâche » ; VI. Pêcherie et sorcellerie.

L’année suivante, en 1986, la FAO m’offrit cette fois une mission de trois mois : au Bénin, le siège du projet des pêches, où j’avais déjà passé un an, mais aussi dans deux autres pays que je ne connaissais pas encore : au Ghana et au Libéria. 

Quand, en passant par le siège de la FAO à Rome, j’ai signalé que j’avais eu l’occasion de rencontrer des Béninois à Pointe-Noire au Congo l’année précédente, certains m’ont dit : « Allons bon ! ».

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L’Afrique et moi VI. Pêcherie et sorcellerie

Rappel : L’Afrique et moi I. Fonctionnaire des Nations-Unies ; II. Un poste de tout repos ; III. Des pêcheurs ne sachant pas pêcher : IV. La vérité : vraiment pas bonne à dire ; V. « Jorion se fâche ».

La raison de l’inefficacité des équipages constitués de Vilis s’avéra résider dans les accusations réciproques de sorcellerie qui minaient rapidement la bonne entente au sein des équipages. Le problème ne se posait pas lorsque ces pêcheurs trouvaient de l’emploi sur les bateaux de Ghanéens ou de Béninois, non pas que la question de la sorcellerie cesse d’être pertinente dans leur cadre mais du fait que les Congolais trouvaient là leur maître, ce qui réglait la question. Les Béninois, venus du pays du vaudou (« vaudoun » veut dire « saint », « sacré », en fon, la langue de l’ancien royaume du Dahomey) étaient réputés à Pointe-Noire comme étant tout particulièrement puissants de ce point de vue. Un Congolais interrogé par moi à propos de l’atmosphère sur le bateau béninois où il était embarqué me dit de son patron : « Il a un poisson magique comme je n’en ai jamais vu ! » Comme cela semblait régler l’ensemble des problèmes de relations humaines susceptibles de se poser sur une pirogue, je ne cherchai pas à en savoir davantage.

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L’Afrique et moi V. « Jorion se fâche »

Rappel : L’Afrique et moi I. Fonctionnaire des Nations-Unies ; II. Un poste de tout repos ; III. Des pêcheurs ne sachant pas pêcher ; IV. La vérité : vraiment pas bonne à dire.

Mon renvoi des Nations-Unies après un an seulement de présence sur le terrain, cas tout à fait exceptionnel, reflétait en réalité des querelles entre factions au sein de la division des pêches de la FAO : celle des anciens officiers coloniaux à laquelle appartenait mon patron, en lutte contre celle des « idéalistes » convaincus qu’il était quand même possible – à petite échelle – de faire avancer les choses. Témoignage de cette lutte de pouvoir : le fait qu’une mission à Pointe-Noire au Congo me fut confiée durant l’été 1985, quelques mois à peine après mon ignominieux renvoi.

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L’Afrique et moi IV. La vérité : vraiment pas bonne à dire

Rappel : L’Afrique et moi I. Fonctionnaire des Nations-Unies ; II. Un poste de tout repos ; III. Des pêcheurs ne sachant pas pêcher.

La nouvelle que les pêcheurs béninois étaient migrants fit très mauvaise impression : toute la représentation de notre projet FAO s’écroulait. Que faire de nos filets danois et de nos moteurs japonais censés résoudre les problèmes de la pêche locale ? J’aggravai mon cas en cherchant à apporter une solution au cas des pêcheurs malades que l’on voyait effectivement assis à longueur de journée sur la plage, alimentant aux yeux d’un passant peu curieux (comme l’est un expert en aide au développement), l’image d’une paresse atavique. J’allai les voir eux. 

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L’Afrique et moi III. Des pêcheurs ne sachant pas pêcher

Rappel : L’Afrique et moi I. Fonctionnaire des Nations-Unies ; II. Un poste de tout repos

Le projet de la FAO au Bénin avait pour but de développer la pêche dans le pays. Il avait été constaté qu’au contraire des pays voisins, la pêche côtière y languissait. Le Bénin vivait à cette époque sous un régime marxiste-léniniste et l’on avait considéré en haut-lieu aux Nations-Unies que le temps était venu d’intervenir également dans des pays dont le gouvernement était de ce type-là.

Notre projet était patronné par le Danemark et par le Japon. Son objectif était de découvrir les raisons de la faiblesse de la pêche et d’y porter remède. Comme souvent dans les projets d’aide au développement, la conclusion à laquelle on aboutirait était préétablie : on pouvait la lire dans le fait que le Danemark avait offert des filets et le Japon, des moteurs hors-bord Yamaha.

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Compte-rendu de Anthony D. Buckley, Yoruba Medecine, Oxford University Press, Oxford, 1985

Compte-rendu de Anthony D. Buckley, Yoruba Medecine, Oxford University Press, Oxford, 1985

A paru dans L’Homme, 1988, 105 : 132-133.

Anthony  Buckley a écrit un livre exemplaire sur le savoir empirique dont disposent un ou plusieurs médecins traditionnels du pays yoruba (Nigéria Occidental). Que l’auteur de l’ouvrage ne puisse trancher entre la nature idiosyncrasique ou partagée de ce savoir est dû à son caractère ésotérique et à la complexité de l’enseignement : Buckley n’a pu l’acquérir lui-même de manière aussi approfondie que par apprentissage auprès d’un maître unique. Mais ceci n’entache nullement la qualité de l’ouvrage. L’auteur a cependant le sentiment que le savoir médical est toujours très personnel, partagé par les spécialistes quant à ses prémisses les plus générales seulement : bien des systématisations que son maître lui transmet semblent être propres à celui-ci. 

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L’honneur perdu de la collection « Terre Humaine » (1988)

L’honneur perdu de la collection « Terre Humaine » a paru dans L’Âne Le magazine freudien, 34, 1988 : 24-25.

Bien que l’ « enquête de terrain » de l’ethnologue constitue en effet, comme chacun l’imagine, ses vacances, on aurait tort d’imaginer pour autant qu’il s’agisse là d’une mince affaire, ou qu’elle soit sans risques pour celui qui la vit. Il y a vingt ans, Michel et Françoise Panoff publiaient L’ethnologue et son ombre, ouvrage qui revenait avec insistance sur la dimension « galère » de tout terrain ethnologique, et qui fut dans l’ensemble mal reçu pour cette raison même : il ne fallait pas – disait-on – révéler au monde les coulisses de l’exploit ethnologique, fait d’aventures captivantes sans doute, mais aussi de sinistres naufrages. D’autant que certains, et non des moins fameux, font cependant carrière sur les quelques provisions qu’ils ou elles ont pu arracher à l’épave avant son engloutissement.

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