Archives de catégorie : Intelligence Artificielle

Le temps qu’il fait, le 29 octobre 2010

La psychanalyse
Principes des systèmes intelligents (Masson 1990)
Le mystère de la chambre chinoise

Le prix (Le Croquant 2010)
• Le mécanisme de la formation des prix
• Les interactions entre classes sociales et les interactions à l’intérieur d’une classe sociale
• Karl Marx

Les systèmes de retraites
• Répartition et capitalisation
• Comment il faudrait repenser la question

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Planète Terre – Trousse de Survie

Dans mon dernier billet, Les méchants de la nouvelle génération, j’offre sous une forme condensée l’information que j’ai glanée ici ou là sur la spéculation sur les matières premières. Stilgar dans son commentaire, demande des précisions. Je connais la réponse à certaines de ses questions et il faudra que je les offre sous la forme d’un autre commentaire ou en y consacrant un nouveau billet. Ce sont là les limites du genre blog.

J’ai l’occasion d’approfondir un sujet davantage quand on me commandite un article, comme celui qui paraîtra en juin dans Savoir/Agir ou celui que je prépare en ce moment sur la crise financière pour Le Débat (numéro de septembre). Je vais bientôt avoir également accès à la totalité de l’infrastructure UCLA, ayant été promu de Research Affiliate à Visiting Scholar en date du 1er juin (merci Dwight Read et John Bragin !), ce qui va démultiplier mon accès à l’information.

Le problème là – pour quelqu’un qui comme moi tire ses revenus d’un emploi dans le secteur privé – c’est que je dois subsidier moi–même ma recherche – ce qui ne peut se faire – comme je l’ai expliqué dans mon introduction à L’implosion rédigée pour ContreInfo – qu’en alternant des périodes chômage–recherche avec des périodes travail–pas de recherche. Je viens de le faire pendant vingt ans mais ce n’est vraiment pas pratique.

Une alternative, ce serait bien entendu de voir sa recherche subsidiée par un poste d’enseignant ou dans un organisme de recherche officiel, comme ce fut le cas pour moi de 1977 à 1984. Depuis, rien ne s’est présenté de ce côté-là, probablement du fait de ma polymathie complétée de mon franc–parler.

Il faut donc trouver une autre formule. Une autre possibilité, c’est bien entendu de voir sa recherche subventionnée par ceux que ses conclusions intéressent, c’est–à–dire, et le grand mot est lâché, par des « clients », ou mieux encore par des « coopérateurs » qui sont intéressés à ce que votre recherche suscite l’intérêt.

Pour cela, j’ai besoin de votre feedback, de vos idées – ainsi que de toutes les bonnes volontés. J’ai créé une page permanente dans le blog intitulée – pour donner une idée claire de ce qui nous intéresse (eh oui, nous somme déjà deux, peut–être même trois… voire quatre !) – « Planète Terre – Trousse de Survie (PT–TDS) » (*), que je mettrai à jour au fur et à mesure. Il faut comprendre s’il y a une demande et si oui, ce qu’elle est exactement et aussi, quelle formule adopter pour la réaliser : on n’est pas là pour, d’un côté réinventer le monde en théorie et de l’autre, retomber dans tous les pièges et dans les formules éculées !

Si vous jugez que votre feedback doit plutôt prendre la forme d’un courriel, utilisez l’adresse suivante : PlaneteTerre.TrousseDeSurvie@gmail.com

————–
(*) « Planet Earth – Survival Kit (PE–SK) ».

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Le mystère de la « mentalité primitive » résolu !

Je suis de jour en jour le – lent – progrès de la publication de L’implosion (les exemplaires ont été livrés aux libraires le 7 et ils mettront officiellement le livre en vente le 21). Les publications « papier » se déroulent à ce rythme ancestral et je n’arrête pas de m’émerveiller, par contraste, de l’instantanéité miraculeuse de la publication internet.

Le blog m’a familiarisé avec le processus de l’idée qui me vient sous la douche et qui vous est communiquée vingt minutes plus tard. Jeudi dernier, Sylvain Dzimira me demandait si je disposais toujours du texte d’un article que j’avais publié en 1989 dans la Revue Philosophique : Intelligence artificielle et mentalité primitive. Actualité de quelques concepts lévy-bruhliens. Il m’a signalé il y a une heure, la réédition de mon article par la Revue du MAUSS en ligne.

Cette re-publication m’a donné envie de relire le texte vingt ans après sa rédaction. On craint bien entendu la mauvaise surprise lors de telles relectures. Bonne nouvelle : je suis non seulement toujours en vie mais j’éprouve même la satisfaction de me dire que j’avais bien résolu à cette époque l’épineuse question de la « mentalité primitive ». Seule déception : il me semblait que mon nouveau regard ferait sauter le bouchon qui bloquait alors l’Intelligence Artificielle. Ce ne fut malheureusement pas le cas.

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Le Loup

Je lisais ce matin le compte-rendu d’une nouvelle édition des contes de Grimm, où l’auteur nous explique que le pouvoir des contes de fées vient du fait que quand nous les entendons contés pour la première fois nous croyons les choses qu’ils nous rapportent : nous croyons qu’on peut émerger, pétant de santé, du ventre d’un loup sur lequel est opéré une césarienne, après avoir été mangé tout cru par lui plusieurs heures auparavant.

Admettons. Mais est-il possible qu’un enfant – à l’âge où les mots individuels commencent à être compris – imagine vraiment qu’un loup puisse être grimé de manière convaincante en grand–mère ?

Dans un texte dont on me rappelait hier l’existence, consacré à la question de la « mentalité primitive », j’approuvais Lévy–Bruhl quand il affirmait que la pensée fonctionne avant tout sous le mode de l’affect (c’est ce présupposé qui guida mes expérimentations en Intelligence Artificielle), à l’encontre de Lévi–Strauss qui suppose lui que son mode premier est intellectuel : analytique du monde au sein duquel nous vivons.

Quand Armel avait trois ou quatre ans, il nous racontait les équipées qu’il entreprenait avec son ami Carbone (l’auteur du compte–rendu des frères Grimm préciserait : « ami imaginaire »), aventures dramatiques du fait de la menace constante que faisait planer sur les deux amis, la présence mystérieuse du… Loup.

Un jour qu’au détour d’un chemin creux nous découvrions un arbre récemment foudroyé, terrassé et calciné, aussi terrifiant que ceux qui retardent Blanche–Neige éperdue dans la nuit, Armel, roulant des yeux et brandissant vers le ciel un index accusateur, avait – pareil à Sherlock Holmes résolvant soudain le mystère du chien des Baskerville – laissé tomber son verdict : « Le loup ! »

Peu de temps plus tard, alors que sa mère et moi regardions à la télé les images charbonneuses d’un documentaire consacré à la plongée en eaux très profondes, et alors que le visage d’un homme-grenouille en gros-plan occupait tout l’écran, et tandis que nous n’avions pas entendu s’ouvrir derrière nous la porte de la chambre des enfants, une voix s’éleva dans la nuit, solennelle et lugubre, glaçant nos sangs parce qu’elle prononçait une fois encore les mots fatidiques : « Le loup ! »

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Le petit robot pensant

J’ai été interrogé tout à l’heure par Richard Adhikari, journaliste à TechNewsWorld à propos d’un projet d’Intelligence Artificielle. Rien ne m’était dit de ce projet sinon ce que serait le titre de l’article : « Un programme d’Intelligence Artificielle pense comme un enfant de quatre ans ».

Le journaliste a très bien résumé mes propos :

L’anthropologue et sociologue Paul Jorion commente : « Je me méfie de ce genre de projets où il est question d’enfants. J’ai toujours le sentiment qu’il doit y avoir alors des problèmes majeurs qui n’ont pas encore été résolus ».

Jorion développa en 1989 au laboratoire d’Intelligence Artificielle des British Telecom, ANELLA, Associative Network with Emerging Logical and Learning Abilities, Réseau Associatif présentant des Propriétés Logique et d’Apprentissage Emergentes, dont l’intelligence était guidée par une dynamique d’affect, ou émotionnelle.

La plupart des tentatives en Intelligence Artificielle « ont abordé le problème de manière inutilement compliquée », affirme Jorion. La sienne au contraire était « très simple – Je dispose d’un univers de mots et il s’agit simplement de connecter ces mots d’une manière qui restitue du sens ».

Quant aux pouvoirs d’Eddie, l’enfant de quatre ans développé au Rensselaer Polytechnic Institute dans l’état de New York par une équipe dirigée par Selmer Bringsjord, l’article explique que

… pour tester le pouvoir de raisonnement d’Eddie, le groupe a créé une démo dans Second Life où l’on montre à Eddie un personnage qui place un objet à un certain endroit d’une chambre virtuelle avant de la quitter, suivi par un deuxième personnage qui déplace l’objet pour le déposer à un autre endroit de la pièce. On demande alors à Eddie où la première personne devrait chercher l’objet à son retour. La réponse d’Eddie est au premier endroit – réponse incorrecte bien sûr mais qui serait typique d’un enfant de quatre ans dans le monde réel.

Quand je vous disais !

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Le réseau comprend un sous-ensemble (les « mots à contenu ») d’une langue naturelle particulière

La pensée comme dynamique de mots. II. Architecture (4)

Dans les langues Indo–Européennes, il existe deux types de mots. Tout locuteur de la langue a un sens intuitif très fort de cet état de choses. Nous n’avons aucune difficulté à définir la signification – c’est à dire à définir les mots du premier type : « une rose est une fleur ayant de multiples pétales, souvent de couleur rose, ayant un parfum marqué et agréable, une tige couverte d’épines », etc. ; « un pneu est l’enveloppe en caoutchouc d’une roue, gonflée d’air », etc. Pour ce qui touche au second type de mots, la définition est beaucoup plus ardue. Par exemple, dans le cas du mot
« néanmoins » : « il est utilisé lorsqu’on entend suggérer que bien qu’une seconde idée apparaisse à première vue contradictoire avec une première idée déjà exprimée, elle est cependant vraie, etc. » Autrement dit, quand on s’efforce de définir un mot comme « néanmoins », on a énormément de mal à dire qu’il « signifie » quelque chose en particulier, il faut plutôt – comme je viens de le faire – affirmer qu’il est « utilisé quand… » et il est alors significatif que l’on se voie forcé d’exprimer cet usage à l’aide – sinon d’un synonyme, du moins comme dans les cas de « bien que » ou « toutefois » – d’un mot qui s’utilise dans des contextes très proches.

Le premier type de mots est souvent appelé « mots à contenu », les seconds, « mots de structure » ou « d’armature » (1). Les dictionnaires ont la tâche facile avec les premiers et du fil à retordre avec les seconds, recourant avec les mots du second type, tel « néanmoins », à l’astuce que j’ai utilisée, de renvoyer à un mot proche avec la signification duquel – en réalité l’usage – le lecteur est censément être plus familier. Le philosophe anglais Gilbert Ryle appelait les premiers, « topic–committed », « engagés quant à un contenu » et « topic–neutral », « neutres quant à un contenu ». Il écrivait « Nous pouvons appeler des expressions anglaises ‘neutres quant à un contenu’ si un étranger qui les comprend et elles seulement, n’obtient grâce à elles aucune indication quant à la signification d’un paragraphe où elles sont présentes » (Ryle 1954 : 116).

Dans le langage sans ambiguïté des logiciens médiévaux, les premiers étaient appelés « catégorèmes » et les seconds « syncatégorèmes » (2). Nous pouvons comprendre intuitivement ces termes comme signifiant que les
« mots à contenu » sont essentiellement consacrés à désigner la « catégorie », la « sorte », l’« espèce » des choses que nous évoquons ; alors que les mots du second type, les « mots d’armature » jouent essentiellement un rôle syntaxique, le rôle d’un « mortier » – ce qui expliquerait pourquoi nous avons du mal à exprimer ce qu’ils « veulent dire » et préférons décrire comment ils sont « utilisés ».

Le réseau dont je parle ici est constitué de « mots à contenu » : ce sont eux les éléments d’un réseau où la fleur « rose » est connectée à la couleur « rose » et la fleur « violette » à la couleur « violet ». Les autres mots, les « mots d’armature », n’appartiennent pas à ce réseau particulier, ils sont stockés d’une manière différente : ils sont convoqués pour lier entre eux les « mots d’armature », comme un mortier d’une nature particulière qui permettra à ces mots combinés de fonctionner ensemble à l’intérieur d’une phrase. Par exemple, à propos de ce qui a été dit lors de ma tentative de définition pour « néanmoins » : que le mot est utilisé quand deux états de choses évoqués ensemble apparaissent à première vue contradictoires. Pour minimiser le choc, pour soulager l’inconfort affectif qui naît précisément quand deux états de choses contradictoires sont évoqués simultanément, un mot tel
« néanmoins » est introduit entre les parties en conflit. Avec « néanmoins », les états de choses évoqués proviennent de localisations éloignées l’une de l’autre dans l’espace que constitue la signification : leur rapprochement crée un déséquilibre qui doit être résolu. Le sujet parlant qui connecte dans sa parole les états de choses rapportés de part et d’autre de « néanmoins » fait la grimace intérieurement. Et pour résoudre la tension, il ou elle glisse entre eux un « isolant de contradiction », une « rustine de compatibilité » telle néanmoins. Et l’équilibre est ainsi restauré. « Le Duc savait qu’il valait mieux pour la Princesse et pour lui qu’il s’abstienne de la voir désormais. Néanmoins, le matin du jour suivant… » Le « néanmoins » m’ôte mon souci et je cesse de me préoccuper désormais du sort du Duc : s’il est bête à ce point, tant pis pour lui! Qu’en ai–je à faire !

Les « mots d’armature » appartiennent à ce que j’appellerai dans la Section 14, l’« enrobage » : ils font partie des couches qui permettent de créer une phrase pourvue de signification à partir des mots découverts le long d’un parcours de longueur finie au sein du réseau.

(1) Toutes les langues ne traitent pas la répartition entre « mots à contenu » et « mots d’armature » de la même manière. Les langues telles le chinois et le japonais sont beaucoup plus économes dans leur usage des « mots d’armature » que ne le sont les langues indo–européennes. Le chinois archaïque en particulier y recourait fort peu : la signification émergeait essentiellement de la rencontre – sans adjonctions supplémentaires – de
« mots à contenu ».

(2) Ernest Moody résume la question de la manière suivante : « Les signes et les expressions à partir desquels les propositions peuvent être construites étaient divisés par les logiciens médiévaux en deux classes fondamentalement différentes : les signes syncatégorématiques, qui n’ont dans la phrase qu’une fonction logique ou syntaxique, et les signes catégorématiques (à savoir les ‘termes’ proprement dits) qui ont un sens indépendant et peuvent être les sujets ou les prédicats des propositions catégoriques. On peut citer les définitions qu’a données Albert de Saxe (1316–1390) de ces deux classes de signes, ou de ‘termes’ au sens large.
‘Un terme catégorématique est celui qui, considéré par rapport à son sens, peut être le sujet ou le prédicat (…) d’une proposition catégorique. Par exemple, des termes comme ‘homme’, ‘animal’, ‘pierre’ sont appelés catégorématiques parce qu’ils ont une signification spécifique et déterminée. Un terme syncatégorématique, quant à lui, est celui qui, considéré par rapport à son sens, ne peut pas être le sujet ou le prédicat (…) d’une proposition catégorique. Appartiennent à ce genre, des termes comme ‘chaque’, ‘aucun’, ‘quelque’, etc. Qui sont appelés signes d’universalité ou de particularité ; et semblablement, les signes de négation comme le négatif ‘ne… pas…’, et les signes de composition comme la conjonction ‘et’, et les disjonctions comme ‘ou’, et les prépositions exclusives comme ‘autre que’, ‘seulement’, et autres mots de cette sorte’ (Logique I).
Au XIVè siècle, il devint habituel d’appeler les termes catégorématiques la matière (le contenu) des propositions, et les signes syncatégorématiques (ainsi que l’ordre et l’arrangement des constituants de la phrase), la forme des propositions ».

Moody, E. A. 1953 Truth and consequence in Mediaeval Logic, Amsterdam : North-Holland

Ryle, G., 1954 Dilemmas, The Tarner Lectures 1953, Cambridge : Cambridge University Press

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Tout sujet parlant vit la dynamique d’engendrement de la parole comme une expérience émotionnelle ou « affective »

La pensée comme dynamique de mots. I. Principes généraux (3)

Une description en termes proprement « physiques » de la dynamique objective de la parole sera proposée par la suite. J’indique entretemps que pour ce qui touche aux sujets parlants eux–mêmes, leur expérience subjective de la dynamique de la parole est – du début d’un acte de parole jusqu’à sa conclusion – une expérience de nature émotionnelle ou « affective ». L’opinion commune veut que les émotions constituent un obstacle à l’expression de la pensée rationnelle. Il est vrai qu’au-delà d’un certain seuil, les émotions peuvent effectivement produire un désarroi et constituer un handicap à la parole. Dans les circonstances normales cependant, l’« expression de ses sentiments » – qui est bien la formulation à laquelle recourent spontanément les locuteurs pour décrire la motivation de leurs interventions – débouche en règle générale sur un discours rationnel. La raison en réside dans la structure du réseau qui sous–tend l’expression de la parole : celui–ci canalise l’engendrement de la parole au long de chemins ramifiés sans doute mais contraints de telle manière que l’expression de ses sentiments génère nécessairement une ou plusieurs séquences de phrases pourvues toutes de signification.

Les gens affirment parler pour « exprimer leurs sentiments », pour « se soulager », pour « s’ôter ça de la tête » et telle est bien en effet l’expérience ressentie dans l’expression de la parole : au départ, les locuteurs éprouvent une sensation qui peut varier d’une insatisfaction mineure au sentiment d’un sérieux malaise (dont les causes seront examinées de manière détaillée dans la Section 18) et entreprennent de « dire ce qu’ils ont sur le coeur » jusqu’à ce que s’éteigne en eux ce besoin de s’exprimer ; parvenus à ce point d’aboutissement, ils se disent alors soulagés et s’affirment se retrouver
« l’âme en paix ». Ce sentiment s’interrompt lorsqu’une nouvelle source d’irritation mineure ou majeure est ressentie et relance la dynamique. Je montrerai en Section 15 que d’un point de vue objectif, la dynamique est caractérisée de manière plus exacte comme l’atteinte d’un puits de potentiel au sein d’un espace de mots soumis à une dynamique de minimisation. La caractérisation comme « dynamique d’affect » n’est toutefois pas incorrecte puisque du point de vue subjectif du locuteur, le processus vécu est celui d’un soulagement émotionnel. De plus, le paramètre déterminant le gradient de descente au sein de l’espace de mots est celui d’une valeur d’« affect » associée aux mots (ou plutôt, comme nous le verrons, à des paires de mots), à l’intérieur de l’« espace–de–mots » auquel le réseau s’assimile.

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Le réseau en question est stocké dans le cerveau

La pensée comme dynamique de mots. I. Principes généraux (2)

Il est indéniable que les paroles sont produites à partir d’un sujet parlant, puisqu’elles émanent de sa bouche. Ceci ne signifie pas pour autant que le réseau mentionné dans La parole est générée comme l’aboutissement d’une dynamique opérant sur un réseau , accompagné de ses données soit nécessairement stocké à l’intérieur du sujet parlant. On peut cependant raisonnablement supposer que c’est bien le cas, essentiellement en l’absence d’un autre choix qui serait préférable.

Supposons, l’espace d’un instant, que ce réseau soit situé ailleurs qu’au sein des sujets parlants, ceci voudrait dire que le substrat de la parole se situerait à l’extérieur de leur corps, émettant alors son information vers ces sujets ou bien constituant un répertoire auxquels ces sujets accéderaient. Il devrait alors exister alors des circonstances dans lesquelles la communication serait interrompue ou serait tout au moins perturbée du fait de l’existence d’un obstacle interférant avec elle. Or, rien de tel n’est observé dans le cas de la parole : des individus nageant au fond des océans, marchant sur la lune, voire encore prisonniers d’une cellule aux parois couvertes de plomb au sein d’un bunker ne manifestent aucune réduction de leur capacité à parler.

Il est significatif à ce point de vue que certains sujets présentant des troubles mentaux postulent précisément l’existence de telles sources extérieures à leurs paroles et affirment que les mots qu’ils prononcent ou bien leur parole intérieure sont l’objet d’interférences causées par un émetteur indiscret et envahissant (*).

Une fois admis que le réseau est effectivement situé au sein-même du sujet parlant, il a pu être prouvé au–delà de tout doute raisonnable que son contenant n’est autre que le cerveau. En effet, des lésions au cerveau, soient accidentelles soient résultant d’une opération clinique, ainsi que d’autres sources d’interférence, sont capables d’affecter la capacité à parler, soit de manière générale, soit de manière spécifique. Il existe ainsi une abondante littérature, initiée au XIXème siècle par des auteurs tels Broca et Wernicke, soulignant les effets en termes d’aphasie ou d’agnosie, que certaines lésions du cerveau de différents types sont à même d’induire en interférant avec le fonctionnement normal du cerveau où elles affectent alors le déroulement normal de la parole ou du processus de réflexion (les travaux d’Oliver Saks dans les années 1980 : The Man Who Mistook His Wife for a Hat, en particulier, ont proposé sous une forme vulgarisée des récits de tels cas).

Il convient de noter cependant que de telles observations, prises isolément, ne suffisent pas à invalider l’hypothèse de l’externalité du réseau : il se pourrait en effet que les lésions se contentent de perturber la réception de signaux en provenance d’une source extérieure ou de diminuer la capacité du cerveau à accéder à un répertoire extérieur. C’est en effet seulement une fois admis comme étant le plus plausible que le corps du sujet parlant contient ce réseau (qui constitue le substrat de l’acte de parole) que le cerveau peut faire la preuve qu’il en est la localisation la plus probable.

En sus d’une probabilité déductive, existe–t–il une plausibilité additionnelle au fait que le cerveau contienne le type de réseau envisagé ici ? C’est bien en effet le cas : il a été établi que le cerveau contient un réseau d’un type particulier constitué de cellules nerveuses ou neurones. Dans les sections qui viennent, je m’efforcerai de vérifier si le réseau en question et celui constitué de cellules nerveuses pourraient être identiques.

(*) Je montrerai par la suite (section 21) pourquoi on peut s’attendre à ce qu’un réseau dont la connectivité est rompue suppose qu’il ne puisse être lui–même la source de l’acte de parole qu’il pose. Lorsque la connectivité est perdue, les parties déconnectées du réseau ont cessé de communiquer entre elles : l’émergence de paroles en provenance d’une autre partie du réseau est perçue comme venant d’une source extérieure par chacune des autres parties.

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La parole est générée comme l’aboutissement d’une dynamique opérant sur un réseau

La pensée comme dynamique de mots. I. Principes généraux (1)

L’hypothèse globale est que « la parole est générée comme l’aboutissement d’une dynamique opérant sur un réseau ». Cette hypothèse est spécifique puisqu’elle affirme que les données, les « mots » mobilisés dans la production de la parole, sont structurées en réseau. L’hypothèse est également porteuse d’information lorsqu’elle distingue deux parties dans le mécanisme : une architecture, à savoir le réseau lui–même et une dynamique – qui sera définie plus précisément ultérieurement – opérant sur celui–ci.

Dans une certaine mesure, cette hypothèse se contente de formuler ce qui va de soi, puisque la parole se déroule dans le temps et est donc par nature un processus dynamique ; par ailleurs, une dynamique opère nécessairement sur un substrat constituant son architecture. Dans le cas de la parole, cette architecture comprend automatiquement les éléments de la parole que sont les mots, dont tout acte de parole est une combinaison séquentielle.

De plus, et à moins que l’on n’entende attribuer la complexité tout entière de la parole à sa dynamique, il est raisonnable de supposer que sa forme reflète au moins partiellement le mode d’organisation statique de ses éléments. Rien ne vient bien entendu prouver que la parole ne résulte pas de l’exercice d’une dynamique extrêmement complexe sur une base de données amorphe, les phrases étant produites en prélevant à la demande les mots individuels d’une base de données ou ils seraient stockés aléatoirement. Cette dernière hypothèse suppose toutefois une méthode qui serait extrêmement peu économique pour assurer la tâche de générer en sortie une suite de mots parfaitement organisée. Ceci serait inattendu puisqu’il a été observé que dès qu’un processus biologique atteint un certain niveau de complexité, celle–ci se répartit économiquement entre le substrat et la dynamique opérant sur celui–ci (c’est le cas en particulier des organes des sens où le problème de la complexité du traitement de l’information est partiellement résolu par la complexité de l’organe lui–même).

Si les données (les « mots ») sont d’une certaine manière organisés à l’intérieur de leur répertoire, une méthode évidente pour modéliser cette organisation consiste à recourir à l’objet mathématique appelé graphe (un ensemble de paires ordonnées). Un graphe connecté (1) correspond à ce qu’on appelle en langage courant, un « réseau ». Autrement dit, affirmer que la dynamique de la parole opère sur un réseau revient simplement à dire que son substrat constitué de mots est « d’une certaine manière » et « dans une certaine mesure » organisé. Ajouter que ce réseau est connecté signifie que le lexique complet connu du locuteur est disponible chaque fois qu’une phrase est prononcée (2).

(1) Je montrerai ultérieurement (section 21) que la connectivité du graphe est une condition sine qua non pour que la parole d’un sujet parlant soit rationnelle.

(2) Comme il sera postulé ultérieurement (section 21), ce à quoi on assiste dans le cas de la psychose, c’est que seule une partie du lexique est disponible dans la génération de la parole. La névrose (section 20) correspond au cas moins dramatique où des mots individuels et donc certains parcours singuliers du réseau, sont inaccessibles, le lexique complet demeurant par ailleurs disponible, même si ce n’est parfois que par des chemins tortueux et difficiles d’accès.

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La pensée comme dynamique de mots

Á deux reprises déjà, j’ai présenté un article que je rédigeais en feuilleton, affichant chaque partie au fur et à mesure qu’elle était prête, pour offrir finalement le texte complet. Le processus a pris dans chacun des cas, environ deux mois. (Les tâches et les responsabilités qui sont aujourd’hui les nôtres; Ce qu’il est raisonnable de comprendre et partant d’expliquer).

Je procéderai de la même manière avec La pensée comme dynamique de mots. Le processus prendra sans doute plus longtemps puisque ce texte est conçu au départ comme devant contenir vingt–cinq chapitres. Je m’efforcerai de le poster simultanément en version française et anglaise.

J’ai travaillé à temps plein comme chercheur en Intelligence Artificielle de 1988 jusqu’au début de l’année 1990. Mon rapport final pour British Telecom (Martlesham Heath – U.K.) s’intitule An alternative neural network representation for conceptual knowledge. Ma recherche au Laboratoire d’Informatique pour les Sciences de l’Homme (à Paris) déboucha sur mon livre intitulé Principes des systèmes intelligents (Paris : Masson, 1990).

La pensée comme dynamique de mots

Le modèle présenté ici fut conçu au fil des ans sous différents angles, combinant un savoir théorique avec les enseignements tirés de la mise au point d’un logiciel. Je considère personnellement que la philosophie, qui mobilisa les meilleurs esprits des vingt–cinq siècles passés, constitue non seulement une source légitime de notre connaissance relative à la cognition mais aussi la meilleure. Les principales autres sources de mes découvertes en Intelligence Artificielle ont été la psychanalyse, essentiellement freudienne et lacanienne, les travaux sémantiques et logiques des Scolastiques ainsi que les travaux des logiciens chinois antiques.

Mon ambition a toujours été de proposer un cadre conceptuel à la parole et à la pensée, suffisamment spécifique quant à son architecture et à sa dynamique pour pouvoir être testé comme un projet d’Intelligence Artificielle. Le test débuta il y a bien des années au “Connex” Project des British Telecom où je développai ANELLA (Associative Network with Emergent Logic and Learning Abilities), réseau associatif aux propriétés émergentes logique et d’apprentissage.

I. Principes généraux
1. La parole est générée comme aboutissement d’une dynamique opérant sur un réseau
2. Ce réseau est stocké dans le cerveau humain
3. Le sujet parlant vit la dynamique de génération de la parole comme une expérience émotionnelle ou « affective »

II. Architecture
4. Ce réseau contient un sous-ensemble des mots (les mots « à contenu ») d’une langue naturelle spécifique
5. Le composant élémentaire du réseau, du point de vue de la génération de la parole, est un couple de mots
6. Chacun de ces couples de mots possède à chaque instant une valeur d’affect
7. La valeur d’affect de chaque couple de mots résulte d’un renforcement Hebbien
8. Le réseau dispose de deux principes d’organisation : héréditaire et endogène
9. Le principe héréditaire est isomorphe à l’objet mathématique appelé un
« treillis de Galois »
10. Le principe endogène est isomorphe à l’objet mathématique appelé un
« P-graphe »
11. Le principe endogène est primaire
12. Le principe héréditaire est historique : il autorise le raisonnement syllogistique et s’assimile à l’émergence de la « raison » dans l’histoire

III. Dynamique
13. Le squelette de chaque acte de parole est un parcours de longueur finie dans le réseau
14. Tout acte de parole résulte de plusieurs « enrobages » auquel est soumis un parcours dans le réseau
15. L’engendrement d’un acte de parole est la descente d’un gradient dans l’espace de phases du réseau soumis à une dynamique d’affect
16. L’énonciation d’un acte de parole modifie les valeurs d’affect des couples de mots activés dans cette énonciation
17. La descente du gradient (processus de relaxation) restaure l’équilibre du réseau
18. Il existe quatre sources potentielles de déséquilibre dans les valeurs d’affect attachées à un réseau

1. Les processus corporels vécus par le sujet parlant comme « humeurs »
2. Les actes de parole d’origine externe perçus par le sujet parlant
3. Les actes de parole d’origine interne : la pensée ou « parole intérieure » ou le fait de s’entendre parler soi–même (sous–cas de 2.)
4. L’expérience empirique (la perception)

19. Chez le sujet sain, tout parcours du réseau dispose d’une validité logique qui lui est inhérente ; c’est une conséquence de la topologie du réseau
20. La névrose résulte d’un déséquilibre des valeurs d’affect du réseau compromettant un flux normal dans la descente du gradient (le « refoulement » freudien)
21. La psychose reflète des défauts dans la structure du réseau (« forclusion » lacanienne)

IV. Conséquences
22. L’engendrement de la parole est automatique et ne mobilisent que les quatre sources mentionnées précédemment (18)
23. L’engendrement de la parole est déterministe
24. Il n’existe pas de « super-facteur » dans l’engendrement de la parole en sus des quatre sources mentionnées précédemment (18)
25. L’intentionnalité constituerait un tel « super–facteur » superflu, ayant sa source dans la conscience ou ailleurs

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Le reste de « Principes des systèmes intelligents »

C’est le dernier jour des vacances à la plage ; il va falloir rentrer. J’explique au policier que l’homme chauve, accompagné de sa fille, reconduit au garage l’Alfa Roméo du disparu. Mes parents auraient dû me rejoindre, je vais voir où ils sont restés. Je m’engage sur l’escalator qui descend vers la maison. Je pense au nom du disparu : « Jach ter Cap ». Il me semblait que la maison se trouvait juste au bas de l’escalator mais non, une longue route de campagne s’avance dans la nuit. Je suis légèrement contrarié : « Allons bon ! »

La rédaction de « Principes des systèmes intelligents » fut terminée à l’automne 1989. L’expérience avait été très gratifiante : le couronnement de trois années de recherche en Intelligence Artificielle. J’avais beaucoup de choses à rapporter et plusieurs explications de questions encore problématiques s’étaient présentées spontanément sous ma plume alors même que je rédigeais. Comme chez Freud, le rêve devait être constitué de traces mnésiques – qu’il s’agisse de « restes diurnes » où d’éléments enregistrés de plus longue date – recombinées de manière originale mais selon un gradient d’affect, de manière à réaliser un désir.

Le conducteur de l’Alfa Roméo me rappelle étonnamment Mr. Falmagne, un de mes professeurs d’histoire à l’athénée (en français : « lycée ») ; sa fille, c’est manifestement Grace Kelly, recyclée de « Fenêtre sur cour » que nous avons regardé hier soir. Mais « Jach ter Cap » ?

La chose qui ne marche pas dans « Principes des systèmes intelligents », le reste qui m’a chiffonné au fil des années, c’est la liberté du rêve, cette capacité apparente de générer du purement neuf. Il n’est pas à exclure que
« Jach ter Cap » soit une recombinaison d’éléments enregistrés mais il faudrait alors que la taille de ces éléments soit extrêmement petite, se situant au–dessous du niveau de ce qui serait une unité sémantique élémentaire : si le rêve peut travailler à partir de syllabes ou de lettres privées en soi de signification, alors mon explication dans « Principes des systèmes intelligents » a d’une certaine manière échoué.

Bien entendu, écrire cela, c’est me lancer un défi. Je le faisais déjà avant l’invention du blog : je soumettais ma perplexité aux étudiants. Dans les cas épineux comme celui-ci, je faisais déjà appel à la solidarité universelle.

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Le robot lacanien

Marvin Minsky vient de publier un ouvrage intitulé The Emotional Machine (Simon & Schuster 2007) où il réclame un nouveau statut pour l’Intelligence Artificielle qui devra désormais s’appuyer sur l’émotion si elle veut parvenir à reproduire l’homme ou la femme dans la machine. L’idée est excellente, d’autant qu’elle rappelle l’ambition d’un chercheur aujourd’hui injustement négligé qui, il y a vingt ans déjà, mettait au point ANELLA (Associative Network with Emergent Logical and Learning Abilities), réseau associatif aux propriétés logique et d’apprentissage émergentes. Contrairement aux logiciels conçus à l’époque, ANELLA n’appliquait pas de règles pour raisonner logiquement, elle se contentait de suivre les émotions comptabilisées par sa dynamique d’affect. ANELLA ignorait tout à sa naissance (sauf « Maman », cela va de soi) et apprenait en posant des questions, puis elle répétait ce qui avait l’heur de plaire à ses interlocuteurs.

La seule psychologie qui repose sur l’affect, c’est bien entendu la psychanalyse, et ANELLA combinait les enseignements de la linguistique scolastique avec la métapsychologie freudienne et lacanienne. J’écrivis en 1987, alors qu’ANELLA était encore au berceau, « Ce que l’intelligence artificielle devra à Freud », texte publié dans la revue lacanienne L’Âne. J’expliquai ensuite plus longuement dans Principes des sytèmes intelligents (1990), la philosophie tout entière qui sous–tendait ANELLA.

L’année dernière, j’ai retrouvé le code d’ANELLA sur une disquette profondément enfouie dans une caisse entreposée durant dix longues années sur le port d’Amsterdam (« authentique ! », comme précisent parfois les bandes dessinées). « Chouette », me suis–je dit, « tu vas pouvoir redécouvrir comment cela marchait ! ». Enfer et damnation ! des lignes de code absconses en nombre quasi infini !

Avis aux jeunes générations : logiciel en avance sur son temps, disponible pour une jeunesse retrouvée et de nouvelles aventures !

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