Archives de catégorie : Littérature

L’homme invisible est nécessairement déprimé

L’homme invisible est nécessairement déprimé

À propos de Patricia De Pas, Figures littéraires de la dépression, Paris : Serge Safran éditeur 2021, 151 pages

Le contrat social, conçu par l’Anglais Thomas Hobbes, et mis au point par le citoyen de la République de Genève qu’était Jean-Jacques Rousseau, suppose qu’un petit groupe de nos aïeux se soient un jour concertés puis mis d’accord pour sacrifier une part de la liberté dont été faite leur périlleuse vie solitaire pour gagner en sécurité dans un pacte commun qui unirait leurs efforts.

Il s’agit d’une légende bien entendu : un tel événement n’a jamais eu lieu. Le mythe est cependant puissant puisqu’un scientiste aussi militant que Sigmund Freud allait encore le répétant. Et pourtant, deux millénaires auparavant, Aristote le Stagirite, disait déjà de l’animal Homo sapiens  : « zoon politikon », à entendre comme « animal vivant en société ».

Un animal vivant à ce point en société qu’isolé durant de longues périodes, il perd tout repère. Tout lecteur de Defoe aura compris que s’il n’avait rencontré Vendredi, Robinson Crusoé aurait sombré dans la folie. Le confinement solitaire est d’ailleurs un supplice bien connu.
Continuer la lecture de L’homme invisible est nécessairement déprimé

Partager :

« Dix sept portraits de femmes » : le making of – Retranscription, le 2 août 2021

Retranscription de « Dix sept portraits de femmes » : le making of.

Bonjour, nous sommes le lundi 2 août 2021 et je vous avais promis une série de quatre vidéos dont j’ai déjà produit les deux premières : la première, le point sur le Covid-19, la seconde sur ce que j’appelais « les deux deuils », c’est-à-dire le deuil qu’une personne qui a atteint comme moi l’âge de 75 ans doit faire dans sa représentation de la personne qu’elle est par rapport au monde parce que le sentiment s’installe que le nombre de jours devient limité même si on est en bonne santé – touchons du bois ! – et le second deuil étant celui malheureusement que nous devons faire de l’humanité – j’y repensais encore ce matin en cherchant un coton-tige, en me disant : « Mais non, ils sont bannis » [rires] alors que les magasins qui vendaient les cotons-tiges, je ne sais pas, dans chacun de ces magasins, il y a des tonnes de plastique par ailleurs. C’est un bon échantillon de ce que nous arrivons à faire ! Nous bannissons les chalumeaux pour les enfants et les cotons-tiges pour les bébés [rires] et pour le reste, voilà… c’est-à-dire que nous nous attaquons à un milliardième du problème en disant que nous faisons un effort, et les gens font ça individuellement aussi. Bon, mais je ne vais pas revenir sur celle-là. La quatrième à venir, c’est le point de ce qu’on sait maintenant sur le coup d’État manqué de M. Trump mais il me manque encore, j’attends encore au courrier des livres qui viennent de paraître et où il y a des révélations. Ces révélations, on les connaît déjà un petit peu par les résumés qu’a fait la presse mais j’aimerais bien voir le texte moi-même. 
Continuer la lecture de « Dix sept portraits de femmes » : le making of – Retranscription, le 2 août 2021

Partager :

« … les trésors retrouvés de Louis-Ferdinand Céline » : une remarque

Le quotidien Le Monde titre : Des milliers de feuillets inédits : les trésors retrouvés de Louis-Ferdinand Céline, par Jérôme Dupuis.

Mon statut d’abonné m’autorise à mettre des commentaires. Voici celui que je viens de mettre en ligne :

Les manuscrits perdus d’une canaille méritent-ils le nom de « trésors » ? Trésors de quoi ? De l’art d’écrire, coupé de toute réalité humaine ? À quoi sert d’écrire de belles phrases si c’est pour faire apparaître en surface l’horreur la plus abjecte tapie en certains d’entre nous, dont l’espèce ferait volontiers l’économie ?

Céline, « grand écrivain » ? Heidegger « grand philosophe », malgré sa militance – pas juste une carte d’adhésion – au sein du Parti national-socialiste ? Combien de temps rangerons-nous encore l’éthique au magasin des accessoires, sous prétexte qu’existent pour voiler l’infamie, des phrases bien faites ?

Partager :

Le temps qu’il fait le 18 juin 2021 (II) : Éloge de la psychanalyse – Retranscription

Retranscription de la seconde partie de Le temps qu’il fait le 18 juin 2021 à 21m51s.

J’arrive toujours quand même à faire mes transitions. Je ne sais pas comment ça marche, ça doit être « freudien » [Je ris : je viens en effet de parler de Freud, accompagné de Ferenczi et de Jung, arrivant par paquebot dans le port de New York le 29 août 1909, leur disant « Ils ne se doutent pas que nous leur apportons la peste ! », disant que j’ai fait la même chose avec la théorie financière]. Je voulais vous parler de psychanalyse pour terminer. Je suis tombé … j’ai fait une vidéo il n’y a pas tellement longtemps [le 28 avril 2021] sur la conscience, sur la représentation que je me fais de la conscience et là, on n’est plus dans les mathématiques financières, on est dans la théorie psychanalytique, et je suis tombé, et j’en ai parlé, j’ai fait un petit billet là-dessus [Le modèle que je propose pour la conscience a déjà été décrit par…], je suis tombé chez Nabokov sur quelque chose de très intéressant que je vais commencer par vous relire, c’est court.
Continuer la lecture de Le temps qu’il fait le 18 juin 2021 (II) : Éloge de la psychanalyse – Retranscription

Partager :

Philip K. Dick : le prophète qui se fit passer pour romancier (II)

Suite et fin.

Il y a donc dans VALIS (« Vast Active Living Intelligence System » – 1981) un très étonnant dédoublement de la personnalité : un personnage correspondant en tout point au véritable Philip K. Dick, dont ses compagnes successives et amis de l’époque affirment avec un bel ensemble qu’il était fou et, en retrait, l’auteur de cette quasi autobiographie, maître de ses moyens, faisant preuve d’une stupéfiante lucidité, disséquant avec la froideur clinique d’un médecin-légiste le comportement de ce fou, dont rien ne suggère qu’il soit autre que le même Philip K. Dick. 

Dans une lettre datée de 1981, Dick prolongeait l’exercice : « Tous ceux qui ont lu mon récent roman VALIS savent que j’ai un alter ego nommé Horselover Fat, qui reçoit des révélations divines (du moins le croit-il : il pourrait s’agir de simples hallucinations, comme le pensent les amis de Fat). […] Eh bien, Fat a eu une autre vision : celle qu’il attendait. […] Pauvre Fat ! Sa folie est maintenant achevée car il suppose que dans sa vision il a vu le nouveau sauveur. J’ai demandé à Fat s’il était sûr de vouloir parler de cela car il ne ferait que corroborer le caractère pathologique de son état. Il m’a répondu : « Non, Phil, ils vont penser que c’est toi ». Maudit sois-tu, Fat ! de m’avoir conduit dans ce double bind (double contrainte anxiogène car combinant deux exigences contradictoires) » (1995 : 314).

Continuer la lecture de Philip K. Dick : le prophète qui se fit passer pour romancier (II)

Partager :

Philip K. Dick : le prophète qui se fit passer pour romancier (I)

En deux parties.

Lorsqu’ils assistèrent le 24 septembre 1977 à une conférence qui deviendrait fameuse, intitulée « Si vous jugez ce monde mauvais, vous devriez voir certains des autres » (1995 : 233-258), les auditeurs présents dans une salle comble de l’hôtel de ville de Metz imaginaient entendre un auteur de science-fiction évoquer ses livres. Au lieu de cela, ils furent confrontés à un gourou leur expliquant ce que Jésus de Nazareth entendait dire quand il avait affirmé : « Mon royaume n’est pas de ce monde », à savoir qu’il existe un monde parallèle au nôtre où nous pouvons rejoindre Dieu par un simple glissement latéral, à condition bien sûr que nous en exprimions le désir, et que Dieu réponde à notre souhait par un geste charitable de sa part. Il n’y avait en ce temps-là que les initiés à connaître Philip Kindred Dick (1928-1982), peut-être le plus fameux aujourd’hui des auteurs de science-fiction, mais fêté à cette époque par les seuls aficionados de ce genre littéraire. 

Continuer la lecture de Philip K. Dick : le prophète qui se fit passer pour romancier (I)

Partager :

Si vous avez besoin d’une religion… j’ai ce qu’il vous faut, le 3 avril 2021 – Retranscription

Retranscription de Si vous avez besoin d’une religion… j’ai ce qu’il vous faut, le 3 avril 2021. Bonsoir, nous sommes…

Vous devez être connecté pour lire le contenu complet de l'article. Vous pouvez vous abonner ici

Partager :

Quinzaines – Orwell Socialiste malgré lui, le 15 mars 2021

Quinzaines me fait l’honneur de titrer sur mon Orwell Socialiste malgré lui.

Orwell publiait en 1946 un article intitulé « Politics and the English Language », la politique et la langue anglaise, une dénonciation de la manière dont les intellectuels britanniques écrivent leur langue, qui se terminait par une liste de recommandations visant à éviter leurs travers.

L’année suivante, en 1947, « loin de la foule déchaînée » sur l’Île de Jura en Écosse, Orwell entreprendrait la rédaction de Nineteen Eighty-Four (1984), qui paraîtrait en juin 1949.

La fameuse dystopie est complétée d’un appendice intitulé « The principles of newspeak », les principes de la novlangue, cette forme abâtardie et corrompue de l’anglais qu’un régime totalitaire a su imposer en Oceania avec pour objectif l’élimination du crimemental (« thoughtcrime »).

Continuer la lecture de Quinzaines – Orwell Socialiste malgré lui, le 15 mars 2021

Partager :

Lawrence Ferlinghetti (1919-2021)


Le début de Le sanctuaire, mon billet ici, en date du 26 avril 2007.

Ma mère est morte en janvier 2003. Deux semaines plus tôt je l’avais vue pour la dernière fois, impuissante, dans sa chambre de réanimation à l’hôpital de Vannes. Et donc ce matin-là où j’ai appris la nouvelle, j’escaladais et je dégringolais les rues de San Francisco avec l’envie de prier, cette envie qui transcende dans ces moments-là le fait que l’on croie ou non en Dieu, que l’on aie une religion ou que l’on n’en aie point. Et je suis passé dans Columbus Street, devant la librairie City Lights.

Quand on connaît la boutique, on finit par s’y retrouver dans sa configuration labyrinthique. Au sous-sol, il y a la collection la plus complète que je connaisse d’ouvrages en anglais sur le bouddhisme et le taoïsme. Au premier étage, il y a une petite pièce, et cette petite pièce est deux choses à la fois : c’est la partie d’une librairie et c’est aussi un joli sanctuaire. Les livres sont disposés avec dévotion sur des présentoirs, comme des offrandes. Ce qui se comprend quand on sait que c’est Lawrence Ferlinghetti, le poète « beat », qui la fonda, il y a bien longtemps. Il y a des photographies, certaines de très grand format. Une en particulier, de Jack Kerouac et de Neal Cassady. Est-il dieu possible d’avoir l’air plus breton que Ti Jean Duluoz ? Et c’est là que j’ai pu prier, à ma manière.

Partager :

Que peut-on savoir du réel ?, le 23 décembre 2020 – Retranscription

Retranscription de Que peut-on savoir du réel ?, le 23 décembre 2020. Bonjour, nous sommes le 23 décembre 2020 et…

Vous devez être connecté pour lire le contenu complet de l'article. Vous pouvez vous abonner ici

Partager :

David Cornwell (John Le Carré) 1931-2020

1979, j’habite l’Angleterre et je regarde fasciné sur la BBC Tinker Tailor Soldier Spy : 315 minutes de dialogues entre deux personnages masculins bavardant sans jamais se presser et sur un ton désinvolte. La seule règle du jeu pour eux, on le comprend rapidement, est de ne jamais prononcer une phrase qui exprimerait ce qu’ils pensent vraiment. Je me suis convaincu sans difficulté qu’il s’agissait d’un quasi documentaire sur le véritable métier d’espion.

J’ai souvent pensé à John Le Carré quand j’écrivais La chute de la météorite Trump. Si ça se voit, j’en suis très fier.

Partager :