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La Grèce, Moody’s et le destin de la zone euro

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Si vous avez vu l’émission Ce soir (ou jamais !) du 4 février, vous avez pu me voir demander à Mr. Éric Woerth, le ministre du budget français, s’il ne pensait pas que le pouvoir des agences de notation était exorbitant. Il me semble qu’il a répondu oui. Mais vous pouvez vérifier vous-même.

Ce thème du pouvoir exorbitant des agences de notation, je l’avais déjà abordé le 1er février dans une chronique pour BFM Radio que j’avais précisément appelée Un pouvoir véritablement exorbitant mais je ne parlais alors qu’en termes généraux. Parlons maintenant en termes spécifiques. Ce qui va nous ramener… à la Grèce, bien entendu.

La question qu’on se pose depuis quelques jours, c’est : « Pourquoi Der Spiegel ? ». Pourquoi le pot-aux-roses du swap de change véreux arrangé par Goldman Sachs au « bénéfice » de la Grèce a-t-il été révélé par un hebdomadaire allemand ? La réponse se trouve probablement dans les termes-mêmes du swap.

Si l’on en croit un article publié hier par « Tyler Durden » and « Marla Singer » sur le site Zerohedge, la rétrogradation de la Grèce et de « Titlos », le SPV (Special Purpose Vehicle), la société créée dans le but de gérer le fameux swap, à la notation A2 par Moody’s le 23 décembre dernier, place désormais tout l’arrangement un seul degré seulement au-dessus de la note A3 qui a été définie par Moody’s lors de sa validation du swap et de la rédaction du contrat, comme déclenchant un appel de collatéral d’un montant de 5,4 milliards d’euros. Dans la situation financière actuelle de la Grèce, on le sait bien, ce serait la fin. On n’est plus qu’à un cran au-dessus et vu la manière dont fonctionne la zone euro, chacun sait – et les Allemands tout particulièrement – vers qui tous les yeux se tourneraient alors comme étant le volontaire désigné pour tirer la Grèce du pétrin.

Ceci, c’était pour répondre à la question : « Pourquoi Der Spiegel ? » Mais ce n’est pas de l’Allemagne que j’avais l’intention de parler : je voulais parler des agences de notation. C’est Moody’s qui a cautionné le montage du swap et lui a attribué son Aaa initial. C’est Moody’s qui a déterminé qu’une rétrogradation à une note inférieure à A2 déclencherait un appel de collatéral fatal. C’est Moody’s qui a rétrogradé la Grèce ainsi que son swap au grade A2 le 23 décembre dernier. C’est sur Moody’s que repose encore l’entière responsabilité de rétrograder l’un ou l’autre, voire les deux à la fois de A2 à A3. Je repose alors la question que j’ai posée à Mr. Éric Woerth : « N’est-ce pas un pouvoir exorbitant attribué à une firme privée ? » Je ne dis même pas : « À une firme privée américaine ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : La Grande Crise, par François Leclerc

Billet invité.

LA GRANDE CRISE

La crise de la dette publique va toucher les uns après les autres et sans distinctions tous les pays occidentaux, (« ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés » – Jean de la Fontaine). La Grèce a eu l’honneur, dont elle se serait bien passé, d’en faire la première les frais. Les pays membres de la zone euro en sont déjà la victime, pour ne pas vouloir y faire face, succombant à la tentation de s’y dérober, et cela ne peut que se poursuivre ainsi, selon une lente et inexorable montée vers un on ne sait quoi. Quant au sort des Britanniques et des Américains, ils sont appelés à rejoindre le bal des vampires, selon de plus en plus nombreux Cassandre (jamais crue mais ayant toujours raison, selon la légende). En attendant, la crise financière, devenue économique puis politique, acquiert progressivement toute sa douloureuse dimension sociale, dans une Europe qui était encore épargnée par rapport aux Etats-Unis.

En raison de l’énormité des déficits actuels et à venir et de la politique suivie pour y faire face, nous sommes entrés – avec des variantes, mais pas davantage – dans une longue période faite d’une stagnation économique qui ne dit pas son nom et d’un surenchérissement progressif et irrésistible du marché obligataire. Celui-ci accroissant encore le coût de la dette et réduisant les marges de manoeuvre budgétaires. La croissance, condition supposée de la sortie de crise dont on ne parle d’ailleurs plus, n’a dans cet environnement aucune chance d’être au rendez-vous.

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L’actualité de la crise: l’austérité comme unique stratégie, par François Leclerc

Billet invité.

L’AUSTERITE COMME UNIQUE STRATEGIE

Dans l’attente de la réouverture lundi des marchés, afin de savoir s’ils vont ou non continuer de chatouiller la queue du diable, et de la tenue de la réunion de l’Eurogroup, dont on ne sait plus si elle va être ou non l’occasion d’annoncer des mesures effectives de soutien financier à la Grèce, réflexions et commentaires abondent et s’efforcent de prédire une suite aux événements.

Les incertitudes sont telles qu’il n’est cependant possible que de se raccrocher à une seule certitude: nous ne sommes qu’aux prémices de la crise de la dette publique, qui va être longue et sujette à de nombreux rebondissements (à la mesure de son ampleur et de ses enjeux). Que ce soit en Europe – où elle démarre – ou bien au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, qui ne seront touchés que plus tard, car ils disposent de l’arme de la création monétaire, qui atténue les effets des déficits publics. Mais qui ne perdent rien pour attendre.

Qu’il soit permis, toutefois, de faire une autocritique à propos d’un récent billet, intitulé à tort « la confusion comme unique stratégie », faisant croire qu’il n’y avait que bouillonnement là où, en réalité, il y a un projet politique, qui se confirme et se déroule pour l’instant implacablement. Non sans contradictions et ajustements au sein de la zone euro, qui sont secondaires. D’où, tel un correctif, le titre de ce présent billet.

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L’actualité de la crise: la crise de la dette publique n’en est qu’à ses débuts, par François Leclerc

Billet invité.

LA CRISE DE LA DETTE PUBLIQUE N’EN EST QU’A SES DEBUTS

La bulle financière de la dette publique a actuellement pris dans l’actualité le pas sur celle des actifs privés. D’autant plus aisément que les effets de cette dernière se font surtout ressentir en Asie (et d’une manière générale dans les pays émergents), alors que la spéculation a choisi l’Europe comme cible, et plus particulièrement la Grèce, l’un de ses maillons faibles. Non sans y avoir été incitée par des gouvernements décidés à en faire un exemple en Europe.

Trois causes distinctes à la crise européenne actuelle se sont conjuguées, qui sont durables.

1/ Une volonté de préparer l’opinion à une politique de rigueur, modulée suivant les pays, destinée à absorber les déficits créés par la crise financière et s’appuyant pour commencer sur une dramatisation du cas grec.

2/ Une spéculation qui a sauté sur l’occasion, dont on a cru déceler l’origine exclusive outre-Atlantique et qui a utilisé à ses fins le marché opaque des CDS pour lesquels aucune réglementation n’a toujours été mise en place (le sera-t-elle un jour ?).

3/ En toile de fond, la nécessité de diminuer la pression sur les marchés obligataires, que les établissements financiers vont être amenés à beaucoup solliciter, en obtenant des Etats qu’ils lèvent autant que possible le pied sur leurs propres émissions de titres de dette.

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L’actualité de la crise: la confusion comme unique stratégie, par François Leclerc

Billet invité.

LA CONFUSION COMME UNIQUE STRATEGIE

On ne comptait plus, hier mercredi, les confidences, communiqués et déclarations ou bien les rencontres, déjeuners, téléconférences et appels téléphoniques, étourdi par la fébrilité dont ils témoignent et impressionné par le peu de résultat qui en ressort. Seuls les mails, les SMS et les tweets n’auront pas pu être comptabilisés, les spectateurs de cette cohue débordés. Cette journée aura été l’occasion d’une sorte de mouvement brownien de conciliabules, à propos de la crise de la zone euro ; ainsi que de la Grèce, par qui le malheur est arrivé pour y avoir été appelé avec légèreté, et du soutien qui va devoir lui être accordé, après avoir sur tous les tons juré que l’on ne s’y laisserait pas prendre.

Il faudra attendre le sommet informel de demain, et peut-être même au-delà, pour connaître les mesures de soutien qui seront finalement décidées, car il semble que l’accouchement soit difficile et que seule une déclaration politique européenne, ronflante mais symbolique, soit pour l’instant au programme, un recours au FMI n’étant même pas exclu. Pour le reste, les formules à l’étude sont connues (pour l’essentiel des aides bilatérales, sauf surprise), mais leur mise au point tarde, sans que l’on soit certain qu’elle va être obtenue au finish. On se croirait revenu au temps de ces sommets bruxellois portant sur la taille des mailles des filets de la pêche au maquereau.

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L’actualité de la crise: e la nave va, par François Leclerc

Billet invité.

E LA NAVE VA (*)

Est-ce un sommet de l’Union européenne de la dernière chance qui va se tenir avec succès jeudi prochain à Bruxelles, en vue de résoudre la crise grecque ? Rien n’est moins sur, en dépit des expectatives. Car l’incertitude continue de régner au sein de la zone euro à propos du marché de la dette souveraine et de la résorption des déficits publics. La ligne de conduite des principaux gouvernements semblant masquée ou indécise, sans doute les deux à la fois. Mais elle est porteuse, dans les deux cas, de dangers potentiels qui pourraient se révéler sous-estimés.

Il est peu probable que des décisions claires sortent de la réunion de jeudi. Au contraire, on peut s’attendre à l’expression de nouvelles circonvolutions à propos de la coordination des politiques budgétaires et financières, à la recherche d’un modèle toujours introuvable de gouvernance européenne. Sans qu’un signal clair ne soit donné aux marchés, à qui la parole a été donnée et qui vont vouloir la conserver.

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L’actualité de la crise: une belle ballade dans la neige d’Iqaluit, par François Leclerc

Billet invité.

UNE BELLE BALLADE DANS LA NEIGE D’IQALUIT

Un G7 Finance s’est réuni cette fin de semaine dans le grand Nord canadien, à Iqaluit, et il a fallu que ce soit encore un spectacle. Son côté informel abondamment mis en scène pour mieux lui donner de l’importance et l’opposer aux G20, qui bénéficient désormais seuls de l’apparat des grands messes, mais qui se sont trop vite succédés et dont la formule est déjà usée. L’absence de communiqué final masquant celle d’un consensus, à propos d’un ordre du jour si chargé que l’on se dit qu’il a été à peine feuilleté. Chacun étant venu avec sa vision politique nationale de ce qu’il convient de faire, afin de solutionner des problèmes qui sont eux financiers et internationaux. Reconnaissant que les approches se doivent d’être communes pour être efficaces, et en conséquence s’efforçant de mettre en avant que les choses progressent en ce sens, sans avoir cependant rien de tangible à annoncer pour que cela soit crédible. La route est encore longue à parcourir, même en traîneau à neige et sous la fourrure…

Dans la logique de cette situation, les réunions plénières ont été réduites au profit de rencontres bilatérales, chacun essayant de convaincre l’autre du bien fondé de son approche. Nous en sommes donc restés aux préliminaires. Ce G7 Finance, en prélude au prochain G20 de Toronto, aura au moins démontré une chose : les problèmes sont identifiés, les solutions ne le sont pas.

A propos de la dette publique, présentée par le FMI en entrée de la réunion comme le plus important problème de l’année (optimiste !), le G7 a botté en touche, personne n’ayant de solution opérationnelle et avouable. Affirmant par la voix de Jim Flaherty, le ministre des finances canadiens qui présidait la réunion, que les Européens devaient régler entre eux le problème de la Grèce. Ce qui revient à pointer du doigt les 300 milliards de dollars de dette des Grecs, ainsi que les 8.000 milliards celles des Européens, pour ignorer les 22 mille milliards de celle des Etats-Unis et du Japon (le Canada étant il est vrai le mieux loti). Jean-Claude Trichet, président de la BCE, et les représentants des pays Européens membres du G7 (Allemagne, Royaume-Uni, France et Italie), continuant d’offrir pour tout viatique à leurs collègues grecs l’expression de leur confiance dans le fait qu’ils arriveront tous seuls à venir bout de la crise en cours. Dans quel état ? cela n’a pas été précisé.

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L’actualité de la crise: le compte à rebours est lancé pour l’Europe, par François Leclerc

Billet invité.

LE COMPTE A REBOURS EST LANCE POUR L’EUROPE

Il règne un silence assourdissant parmi les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro, alors que la crise dans la crise que connaît l’Europe est en train de progressivement s’élargir. Centrée initialement sur la Grèce, elle est en train de s’étendre résolument en Espagne et au Portugal. Nous étions suspendus à un signal, qui aurait pu être donné par Jean-Claude Trichet, le président de la BCE – dont une réunion des gouverneurs avait lieu aujourd’hui – mais il n’est pas venu.

La Grèce doit continuer à ne compter que sur elle-même. Jean-Claude Trichet s’est contenté de déclarer que le gouvernement grec avait fait « des pas dans la bonne direction », ce qui impliquait qu’il allait devoir en faire d’autres. Cherchant à relativiser la crise actuelle, comparant le déficit public de la zone euro à celui des Etats-Unis ou du Japon : 6% pour la première et 10% pour les seconds. Une faible parade, puisque ce sont les maillons faibles de la zone euro qui sont menacés (et elle dans son entier, par ricochet) et qu’aucune manifestation de solidarité financière de sa part n’est donc toujours annoncée.

Car il y a dans la situation actuelle une nouveauté importante : ce ne sont plus seulement les situations particulièrement périlleuses de tel ou tel pays de la zone euro qui semblent motiver les marchés, mais aussi l’inaction et le silence des principaux pays membres, l’Allemagne et la France. Il est en effet clair que les efforts qui sont demandés à la Grèce, vu leur importance extrême, ne pourront être réellement accomplis que si une aide financière lui est par ailleurs accordée. Sa fragilité de départ est accentuée par sa solitude dans l’épreuve, et non le contraire.

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L’actualité de la crise: l’Europe à la recherche d’un mécanisme de crise, par François Leclerc

Billet invité.

L’EUROPE A LA RECHERCHE D’UN MECANISME DE CRISE

Après avoir déversé le froid, les autorités et gouvernements Européens font couler l’eau tiède. En choeur, soudainement, ils assurent la Grèce qu’elle ne va pas être laissée seule dans l’épreuve, continuant de réaffirmer qu’elle doit faire un gros effort et va être surveillée de très près, afin de ne pas se déjuger. Ce que chacun traduira par : « nous sommes peut-être allés un peu trop loin, nous n’avons pas mesuré les conséquences de ce que nous avons engagé, il est temps de calmer le jeu ».

Que faut-il penser de cette histoire qui n’est pas terminée ? Elle est à la mesure de l’improvisation dans laquelle ces autorités et gouvernements agissent, de leur absence de stratégie commune. Car, si l’objectif était de signifier que le temps de la rigueur était venu et de faire un exemple, elles ont surtout illustré qu’elles ne savaient agir que pour montrer qu’elles n’avaient pas l’intention d’intervenir ensemble ! Ce qui augurait, inévitablement, d’une cascade d’autres catastrophes, allant au-delà de leurs intentions, si tant est que celles-ci soient claires. Après la Grèce, c’était au tour du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, commençait-on à dire et à entendre…. (pour ne parler que de la zone euro, et taire la situation de la Grande-Bretagne, le grand malade de l’Europe). Or, elles ne pouvaient pas se permettre ce délitement.

Les alertes des uns, les spéculations des autres, avaient en effet donné petit à petit corps à l’idée que la zone euro était susceptible, sinon d’éclater, de se désagréger. Qu’autour de l’Allemagne, à la manoeuvre dans cette affaire grecque, allait se constituer un pôle économique droit dans ses bottes, auxquels pourraient se joindre ceux des pays qui en seraient encore capables, et qui satisferaient à ses conditions.

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L’actualité de la crise: discret sommet de la nouvelle gouvernance mondiale à Davos, par François Leclerc

Billet invité.

DAVOS : DISCRET SOMMET DE LA NOUVELLE GOUVERNANCE MONDIALE

Le Forum économique mondial de Davos vient de se terminer, mais ce n’est pas à sa tribune que le plus important aura été dit. Mais bien à l’occasion d’une de ces rencontres privées qu’affectionnent les grands de ce monde, une de ces discrètes réunions dont tout le monde parle mais personne ne sait – sauf les participants – ce qui y a exactement été discuté. Devant nous contenter, à défaut, de reconstituer la liste de ceux-ci, de prendre connaissance de son ordre du jour présumé, déchiffré sur un paper-board par un journaliste profitant d’une porte un instant entre-baillée (sic). Et, faute d’un communiqué final qui de toute façon arrondirait les angles, de soupeser les indiscrétions et confidences recueillies au vol à la sortie de la réunion par les unes et les autres des agences de presse. Le secret, toujours le secret, ce mode-là n’en finira donc jamais  ?

Que peut-on tenter d’en comprendre à l’arrivée  ?

Ils étaient plusieurs dizaines, venus d’Europe et d’Amérique du Nord, banquiers centraux, dirigeants d’organisations internationales, ministres, conseillers des présidents, présidents de commissions parlementaires, ou plus prosaïquement mégabanquiers (en espérant n’avoir oublié personne). Comme si un véritable sommet réunissant tous les acteurs privés et publics avait été convoqué, avec l’avantage d’être informel, en vue d’arriver enfin à quelque chose. Permettant de se dire plus facilement ses quatre vérités et d’avancer vers un accord global. Il étaient donc tous là ou presque, profitant de leur présence à Davos, sans que l’on sache si leur rencontre avait été organisé à l’avance ou était le résultat, improvisé, de l’offensive menée depuis le début du Forum par les représentants vedettes des mégabanques, Josef Ackermann de la Deutsche Bank et Bob Diamond de Barclays (entourés de très nombreux illustres collègues, ceux de Morgan Stanley et Goldman Sachs brillant seuls par leur absence).

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L’actualité de la crise: montée d’impératifs contradictoires, par François Leclerc

Billet invité.

MONTEE D’IMPERATIFS CONTRADICTOIRES

Les gouvernements occidentaux, qui n’ignorent pas que la crise est installée et chronique, sont toujours à la recherche d’une ligne de conduite, sans avoir évacué la crainte d’une possible rechute aiguë. Ils font face à deux dilemmes, plus faciles à identifier qu’à trancher. L’un concerne la réduction des déficits publics, l’autre le renforcement des fonds propres des banques, tous deux apparemment contradictoires avec la reprise économique.

A propos du premier d’entre eux, les gardiens du temple – BCE en tête, qui mène une campagne acharnée – martèlent tous le même discours: les déficits publics doivent être impérativement réduits. Mais ils ne disent pas comment s’y prendre, car – admettent-ils – il ne faut pas casser la reprise économique. Le dernier communiqué du FMI illustre parfaitement ce choix impossible entre des impératifs contradictoires, justifiant d’être abondamment cité.

L’organisation internationale vient de relever ses prévisions de croissance pour 2010, tout en reconnaissant que celle-ci restait dépendante du soutien des Etats dans les pays développés. Ce qui implique, selon elle, « de soutenir la reprise là où elle n’est pas encore fermement enclenchée » (dans les pays occidentaux). Utilisant une formule qui ne manque pas de saveur : « On ne discerne encore guère de signes de solidité de la demande privée autonome, tout au moins dans les économies avancées ».

Mais, une fois de plus, le FMI souligne que « les pays où la viabilité des finances publiques est de plus en plus préoccupante doivent avancer dans la conception et la communication de stratégies de sortie crédibles ». Avec pour objectif de « concevoir des stratégies crédibles qui permettront de s’affranchir du soutien de la politique monétaire, et de les communiquer». En vue de diminuer « les craintes d’inflation ou de nouvelle instabilité financière ». Remarquant également que « l’inquiétude croissante concernant la dégradation des situations budgétaires et la viabilité des finances publiques pourrait déstabiliser les marchés financiers et enrayer la reprise, en rehaussant le coût de l’emprunt pour les ménages et les entreprises ». Mais aussi que d’autres facteurs pourraient « freiner la reprise dans les économies avancées », comme « le niveau élevé du chômage » ou bien « l’existence de systèmes financiers qui ne sont pas encore complètement rétablis et, dans certains pays, la fragilité des bilans des ménages ».

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L’actualité de la crise: repeindre les transats du Titanic, par François Leclerc

Billet invité

REPEINDRE LES TRANSATS DU TITANIC

Deux angles étaient possibles pour apprécier la portée du nouveau plan de Barack Obama de restriction des activités financières des banques, dénommé la « réglementation Volcker » pour tenter de lui donner une légitimité dans les milieux financiers. Un angle politique américain, immédiatement adopté parce qu’il s’imposait dans le contexte électoral et qu’il confirmait que la dimension politique prenait le dessus dans la crise, et un angle plus purement financier et global, relégué dans un premier temps au second plan, car les intentions exprimées par le président n’étaient pas, comme à l’accoutumée, accompagnées des mesures qu’elles impliquaient. Et qu’il était anticipé que le rouleau compresseur des lobbies et du Congrès réunis allait couper aux mesures des banques le nouvel habit qui leur était proposé d’endosser, tandis que les uns après les autres les gouvernements européens saluaient ce plan tout en expliquant qu’il était parfait pour les Américains mais inadapté à la situation de leur pays (ou qu’il adoptait enfin leur vision des choses, pour le Français !).

Il apparaissait ainsi, pour que l’exercice soit complet et que l’analyse intègre toutes les facettes de cette nouvelle donne, qu’il était également nécessaire de la transposer au plan international, dimension obligatoire tant politique que financière de cette crise. L’ouverture du Forum de Davos, dès mercredi prochain, allant être au hasard du calendrier une caisse de résonance propice.

Enfin, il s’imposait que l’événement soit mis en perspective, intervenant peu de temps après une autre annonce américaine, celle du projet de taxation des banques selon la taille de leur bilan, pour une période estimée à dix ans et à concurrence de la perception d’environ 100 milliards de dollars. Le commentateur était sollicité de toutes parts dans le contexte confus du foisonnement des réflexions en cours. Enregistrant d’un côté les travaux du Comité de Bâle (et du Conseil de stabilisation financière, qui cherche à justifier son existence dans le monde très peuplé des régulateurs financiers), statuant sur le renforcement des fonds propres des banques et la définition de leur nature. D’un autre l’action des travaillistes britanniques poussant leurs pions en faveur d’une taxation des transactions financières, en attendant que le FMI s’exprime et tranche entre les diverses modalités possibles de celle-ci. D’un troisième encore, en s’interrogeant sur la vision encore à préciser des Allemands, qui viennent d’annoncer la tenue de leur propre conférence internationale (de « haut rang », avant le prochain G20 de juin de Toronto), pour ne pas être en reste.

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L’actualité de la crise: préparation d’artillerie en Europe, par François Leclerc

Billet invité.

PREPARATION D’ARTILLERIE EN EUROPE

Etre entré dans une phase plus politique de la crise, qu’est-ce que cela signifie dans l’immédiat ? D’abord, cela ne fait pas disparaître pour autant ses autres manifestations : financières, économiques et sociales, qui interagissent entre elles de manière peu contrôlée. Chacune gardant sa propre logique, porteuse de ses incertitudes particulières. Sont ainsi à prendre en considération : l’épée de Damoclès du crédit immobilier commercial, parmi d’autres inconnues de ce monde financier toujours aussi opaque ; la confirmation de la faible reprise économique et de sa configuration ultérieure prévisible dans les pays OCDE ; l’accroissement du chômage et la reconnaissance de sa dimension structurelle réelle, assorti de mises en cause du bouclier de la protection sociale, au nom de la réduction des déficits publics.

Ensuite, cette nouvelle dimension politique reflète l’impérieuse nécessité devant laquelle les gouvernements sont désormais d’agir, après avoir confié aux financiers les clés des coffre-forts publics afin qu’ils règlent à leur manière le chaos qu’ils ont créé. Elle est susceptible d’ouvrir des champs d’intervention, de générer des initiatives dans l’opinion publique, là où l’apathie semble s’être installée.

Voilà ce qui est en cause. Nous donnant l’occasion d’être attentif au développement des contradictions déjà apparues parmi les décisionnaires – amenant certains à tenir des propos rompant avec l’orthodoxie de la pensée unique – ainsi qu’aux initiatives et contestations de tous ordres, qui sont susceptibles de se développer. L’un de leurs modèles, non reproductible tel quel nécessairement, étant par exemple le mouvement Américain « Move your money », auquel il a été fait référence par Corinne Lepage. Ce qui est en question, au final, c’est l’interaction qui pourrait naître entre les contradictions exprimées par les uns et les actions des autres.

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L’actualité de la crise: des tests qui tournent mal, par François Leclerc

Billet invité.

DES TESTS QUI TOURNENT MAL

Les deux cas test Européens de la Grèce et de l’Islande seraient-ils en train de tourner au vinaigre  ?

En dévoilant la situation financière catastrophique de la Grèce, afin de l’obliger à la redresser et de créer ainsi une sorte de jurisprudence européenne, au prétexte de ne pas avoir à renflouer le pays, l’Allemagne a ouvert une boîte de Pandore qui va être difficile à refermer. Le marché obligataire public européen est désormais sous tension, surenchérissant les coûts pour les pays les plus fragiles. Ce qui n’est pas pour déplaire aux investisseurs, mais va alourdir encore pour ceux qui les subissent le poids des déficits publics et limiter d’autant les possibilités de leurs gouvernements de financer la relance, tout en diminuant leurs marges de manoeuvres internes.

La dynamique qui est enclenchée est bien celle de l’éclatement de la zone euro, et il n’est pas certain que la volonté politique existe pour la combattre efficacement, si l’on en croit les dernières déclarations d’Angela Merckel et de Jean-Claude Trichet, la première inquiète mais passive devant cette situation et le second figé dans une intransigeance qui risque d’être demain considérée comme aveugle. Ni la Grèce, ni le Portugal, ni les autres pays qui s’apprêtent à les rejoindre sur la liste de l’infamie, ne peuvent faire face avec leurs seuls moyens à la situation dans laquelle ils se débattent.

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L’actualité de la crise : RFA, équilibre instable sur une ligne de crête, par François Leclerc

Billet invité.

RFA, EQUILIBRE INSTABLE SUR UNE LIGNE DE CRÊTE

Manfred Weber, président de la fédération allemande des banques privées (BdB), a affirmé il y a deux jours dans les colonnes du Berliner Zeitung que « pour l’instant, ce sont les Grecs seuls qui sont sur la sellette. Ils doivent expliquer de façon crédible comment ils vont faire pour juguler le déficit ». On ne pouvait exprimer plus délicatement le refus de toute aide financière européenne. Et, en ce qui nous concerne, apprécier le « pour l’instant », en nous demandant si les Allemands ne vont pas devoir, comme tout le monde, prochainement s’expliquer à leur tour. Les financiers ne s’embarrassent ni de précautions de langage ni de sentiments. Ceux de la City n’en ont pas davantage fait preuve en adoptant l’acronyme PIGS pour désigner les pays aux finances les plus mal en point de la zone euro (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne). Pour ne pratiquer aucun ostracisme, il doit être aussi accordé une mention à Georges Pauget, directeur général du Crédit Agricole. En référence à un autre sujet de l’actualité, l’annonce de la taxation des bonus pour 2009, il en a vivement contesté la « cohérence », car elle aboutit à prendre de l’argent aux banques, alors qu’il leur est demandé d’augmenter leurs fonds propres (c’est son argumentation). Pour enfoncer le clou (de travers), il a précisé que les banquiers Français ne devaient « rien » à l’Etat, puisque les aides de l’Etat avaient été remboursées avec intérêt.

Ce monde est ainsi fait, et sans doute nous ferions nous des illusions si nous pensions qu’il va changer de son plein gré ! Joseph Ackerman, le président de la Deutsche Bank, ne nous incitera en tout cas pas à l’espérer. Il a multiplié ces derniers temps les déclarations péremptoires, pour s’opposer à tout projet de taxation financière, ou à toute obligation d’un trop fort renforcement des fonds propres des banques. Réagissant cette fois-ci à l’annonce par Gordon Brown et Nicolas Sarkozy d’une taxation des bonus des banquiers (une mesure qui restera dans les annales comme un grand moment de la communication politique), il a déclaré que le refus du gouvernement allemand de suivre ses voisins donnait « un avantage compétitif à l’Allemagne », et que « renforcer le hub financier allemand était une décision très sage »….

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