L’actualité de la crise: la crise de la dette publique n’en est qu’à ses débuts, par François Leclerc

Billet invité.

LA CRISE DE LA DETTE PUBLIQUE N’EN EST QU’A SES DEBUTS

La bulle financière de la dette publique a actuellement pris dans l’actualité le pas sur celle des actifs privés. D’autant plus aisément que les effets de cette dernière se font surtout ressentir en Asie (et d’une manière générale dans les pays émergents), alors que la spéculation a choisi l’Europe comme cible, et plus particulièrement la Grèce, l’un de ses maillons faibles. Non sans y avoir été incitée par des gouvernements décidés à en faire un exemple en Europe.

Trois causes distinctes à la crise européenne actuelle se sont conjuguées, qui sont durables.

1/ Une volonté de préparer l’opinion à une politique de rigueur, modulée suivant les pays, destinée à absorber les déficits créés par la crise financière et s’appuyant pour commencer sur une dramatisation du cas grec.

2/ Une spéculation qui a sauté sur l’occasion, dont on a cru déceler l’origine exclusive outre-Atlantique et qui a utilisé à ses fins le marché opaque des CDS pour lesquels aucune réglementation n’a toujours été mise en place (le sera-t-elle un jour ?).

3/ En toile de fond, la nécessité de diminuer la pression sur les marchés obligataires, que les établissements financiers vont être amenés à beaucoup solliciter, en obtenant des Etats qu’ils lèvent autant que possible le pied sur leurs propres émissions de titres de dette.

Ce dernier enjeu, qui est à la base de la montée en puissance de la problématique de la dette publique, à résorber de toute urgence, explique qu’elle est destinée à occuper la première place des préoccupations des gouvernements dans la période à venir. En Europe d’abord, mais aussi au Japon et aux Etats-Unis, de très loin les deux principaux débiteurs mondiaux sur le marché de la dette. Le premier se finançant essentiellement sur son marché intérieur, le second bénéficiant de la protection que lui offre le dollar monnaie de réserve et de refuge, il se comprend que ce soit l’Europe qui ait eu les honneurs de la première salve (en premier lieu la zone euro, en attendant que le Royaume-Uni entre à son tour inévitablement en scène).

Les Etats-Unis bénéficient non seulement du statut privilégié de leur devise, mais également – ainsi que les Britanniques, mais dans une moindre mesure, et les Japonais – d’une banque centrale ayant les coudées franches pour pratiquer une vigoureuse politique de création monétaire. Aux Etats-Unis la Fed a acheté des T-bonds (pour 300 milliards de dollars), après avoir accueilli sans compter des titres de la dette hypothécaire, en contre partie de ses injections de liquidités. Aidée en cela par Fannie Mae et Freddie Mac, qui sont financés à fonds perdus par le gouvernement afin d’éviter l’effondrement du marché immobilier. Tout cela soulage d’autant les pressions qui s’exercent sur leur dette colossale, car les déficits de Fannie et Freddie ne sont pas pris en compte dans le déficit américain.

Cette situation pourrait même être relativement confortable, comparée à celle des Européens, si des signaux d’alarme ne commençaient pas à retentir. En premier lieu, les achats chinois de T-bonds ont chuté fortement ces derniers mois, en second la Fed commence à éprouver quelques difficultés à faire du surplace, amusant la galerie en dévoilant des plans de retrait de ses liquidités, tout en précisant qu’ils ne seront mis en application qu’à une date indéfinie. Les taux, en attendant, se tendent inexorablement, surenchérissant le coût de la dette américaine, à la faveur de nouvelles émissions d’autant plus fréquentes que leur maturité est courte (un mécanisme qui naturellement est aussi à l’oeuvre en Europe).

Le statut du dollar est la clé de voûte qui maintient un édifice qui sans cela se serait déjà écroulé. Cette situation peut durer, le danger étant sur ce plan contenu pour les temps immédiats à venir, en attendant que murisse la réforme du système monétaire international que tout le monde sait inévitable, mais que personne ne cherche à hâter. Une autre menace est plus redoutable, qui résulte de la faiblesse de la consommation intérieure, moteur de la croissance américaine (et mondiale). Elle est issue des difficultés enregistrées par les classes moyennes et de la distribution plus restrictive du crédit. Elle est en germe porteuse – cela se manifeste déjà en profondeur – d’une détérioration accentuée de la situation sociale et d’une mise en cause du modèle américain. Ce qui est un redoutable phénomène dans ce pays, car il en est le ciment. Sans mesures de relance s’enchaînant, ce phénomène est pourtant inéluctable et politiquement source d’instabilité et d’incertitude. Quant aux plans de réduction du déficit budgétaire américain, ils ont jusqu’à maintenant été observés avec indulgence, mais cela risque de ne pas durer ainsi très longtemps.

L’alerte à propos du déficit public se rencontre, prioritairement et pour l’instant, dans certains Etats ou métropoles plus particulièrement touchés. A l’image de ce qui se produit au niveau du réseau des banques régionales, qui continuent de faire faillite à un rythme accéléré, le pays est atteint dans son tissu économique et social. Sans interventions de l’Etat fédéral, impliquant de nouvelles augmentations de son déficit budgétaire, la situation risque de devenir difficile.

Les gouvernements européens sont actuellement en première ligne, et ils ne viennent pas de démontrer un savoir-faire époustouflant. Ils se sont révélés incapables d’annoncer des mesures d’aide financière tangibles, à l’occasion du sommet de Bruxelles, et il n’est pas certain qu’ils le feront en début de semaine prochaine, comme annoncé en premier lieu, si les marchés ne les y contraignent pas. Au prétexte annoncé par Nicolas Sarkozy – sera-t-il suffisant  ? – que ces mesures ne sont que tactiques subalternes et qu’il faut retenir l’affirmation stratégique du soutien politique européen à la Grèce ! En réalité, si les mécanismes d’une aide financière – aujourd’hui en faveur de la Grèce, demain d’un autre pays de la zone euro – sont dûment répertoriés, leur réalisation continue de faire problème. Ce que l’on s’efforce de dissimuler.

La création d’un « FMI européen », proposée par des voix encore isolées, ou bien l’émission d’euro-obligations, qui a les faveurs de certains Etats dont la Pologne, sont des chantiers qui ne semblent pas près d’être ouverts. Les gouvernements – en premier lieu les Allemands et les Français qui ont quelques munitions, d’autres devant les conserver pour faire face si nécessaire – en sont réduits à faire leurs emplettes au rayon bricolage : garanties et prêts bilatéraux divers, achats d’obligations souveraines via des banques « amies », etc. Leur choix se serait porté, d’après Jean-Claude Junker, sur des « prêts bilatéraux coordonnés ». Ce qui nécessitera des négociations de marchand de tapis au coup par coup, chaque fois qu’il sera nécessaire d’activer ce dispositif. Ces mesures ont par ailleurs des limites, qui seront vite atteintes si des rebondissements interviennent dans la crise européenne, ce qui est plus que probable. La fameuse boîte de Pandore a été ouverte, personne ne sait comment la refermer, ni comment combattre ce qui en jaillit.

En Europe, l’attention s’est focalisée sur la zone euro, et en son sein sur le gros morceau que représente l’Espagne, mais elle pourrait se diriger vers le Royaume-Uni, dont la situation financière est toute aussi délicate. Et qui ne dispose pas du parapluie de l’euro, même si l’on mesure actuellement la protection relative qu’il offre. Le cas du Royaume-Uni est un peu en standby, en raison de la proximité des élections et du changement d’équipe gouvernementale qui en est attendu. Mais ce n’est que partie remise, comme pour l’Espagne. Et cela va mettre en évidence que les gouvernements européens ne se sont pas donnés les moyens de faire face à la crise.

Au sein des instances communautaires, on voit émerger après quelques tentatives désordonnées et sans lendemain, de la présidence espagnole notamment, un habillage de circonstance. Sous forme d’une coordination politique renforcée, que l’on va essayer de faire vivre à coup de sommets rapprochés, présidés par Herman Van Rompuy. Mais cela ne fait pas une politique et ne dégage pas de réels moyens ! Le chacun pour soi est désormais installé, la possibilité que des solutions collectives puissent se dégager est réduite. La porte est ouverte pour que la spéculation financière se poursuive, avec une Grèce même mise sous stricte tutelle budgétaire, puis avec de nouvelles victimes.

Le gouvernement allemand poursuit son objectif, à échéance de 2011, fin du mandat de Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE, afin de placer son candidat : Alex Weber, le président de la Bundsebank. Mais cela ne fait pas non plus une politique, car on voit difficilement comment les Allemands pourront entraîner derrière eux les autres pays européens dans une politique de rigueur aussi soutenue que celle qu’ils veulent imposer aux Grecs, en particulier ceux qui sont les plus sinistrés. Sauf à entrer dans une logique d’aide financière communautaire à laquelle ils se refusent actuellement.

Les spéculations vont reprendre, à coup de CDS peut-être, sur le terrain politique certainement. On va parler d’approfondissement de l’Europe, notamment sur un terrain où elle s’est très peu aventurée : la convergence fiscale. Pourtant, la seule logique qui semble pouvoir s’imposer va être celle de l’improvisation, afin de faire face à la crise. Elle a déjà amené les Allemands à accepter l’idée d’un soutien financier à l’un des membres de l’eurozone, raison de plus pour qu’ils freinent tout autre projet plus ambitieux, dont aucun gouvernement ne saurait en réalité être porteur s’ils s’y opposent.

Les négociations salariales menées entre le gouvernement allemand et les syndicats de fonctionnaires, qui réclament une augmentation, viennent pour la troisième fois d’échouer. Le gouvernement tiendra-t-il bon ? Acceptera-t-il à Berlin ce qu’il a refusé à Athènes ?

Baudoin Prot, président de la Fédération bancaire française (FBF) et directeur général de BNP Paribas, vient de déclarer que l’exposition des banques françaises “n’est pas un sujet particulier.” Ajoutant: “Pour l’essentiel, les grandes banques françaises sont actives dans les pays de la zone euro de loin les plus solides”. Que pense-t-il du chiffrage de la Banque des règlements internationaux (BRI), selon lequel les engagements des banques françaises en Grèce se montaient en septembre 2009 à 75 milliards de dollars ?

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76 réflexions sur « L’actualité de la crise: la crise de la dette publique n’en est qu’à ses débuts, par François Leclerc »

  1. Il ne faut pas attaquer une armée de front si on est en infériorité (extrait – approximatif – d’une citation de Mao pendant la longue marche).

    Le problème des Européens est d’annoncer des mesures crédibles (mais chères) qu’elles ne mettront pas en oeuvre, pour laisser le temps de mettre en place et d’appliquer de mesures souterraines meilleur marché.

    Pourvu qu’ils y pensent et que çà marche. Ce serait bien si en passant on voit un scénario d’arroseur arrosé, mais je rêve sans doute …

  2. ” LA CRISE DE LA DETTE PUBLIQUE N’EN EST QU’A SES DEBUTS ”

    Mon Dieu, Mon Dieu, c’est déjà bien dur à vivre partout !

  3. Vendredi 12 février 2010 :

    La Grèce doit régler seule sa crise budgétaire, a estimé l’allemand Jürgen Stark, membre du directoire de la BCE, qui demande de nouvelles mesures d’austérité de la part d’Athènes, dans un entretien paru vendredi au magazine Der Spiegel.

    Le gouvernement grec doit “mettre de l’ordre dans sa propre maison”, a dit le responsable, au lendemain d’un sommet des dirigeants européens qui ont assuré la Grèce de leur solidarité.

    Les mesures d’austérité annoncées jusqu’ici “sont un minimum absolu qui doit maintenant être mis en oeuvre, et il faudra en faire plus étant donné la nette détérioration de la situation”, a-t-il estimé selon des extraits de l’interview au Spiegel, à paraître lundi.

    Les chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE se sont engagés jeudi à empêcher tout risque de faillite du pays surendetté et à défendre la zone euro dans son ensemble. Aucune mesure concrète n’a été annoncée pour le moment. Cela sera à l’ordre du jour d’une réunion lundi des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles.

    Jürgen Stark rejette l’idée d’une aide bilatérale, comme celle d’une aide de l’Allemagne à la Grèce, la jugeant “contre-productive ou très difficile à concilier avec les principes de l’Union monétaire”.

    Il refuse aussi l’éventualité du lancement d’une obligation européenne au profit de la Grèce, qui ne réglerait “absolument pas les problèmes structurels” du pays, a-t-il affirmé.

    Les Echos

  4. @ Monsieur Leclerc

    pour le point 1), déconstruire les services publics et les acquis sociaux est une constante des politiques “néo-libérales” ces 20 dernières années, cette occasion n’est qu’un prétexte de plus pour avancer un peu plus vers la privatisation de la Sécu (dont le “trou” est lié au non-paiement légal de leurs cotisations des grosses entreprises style Bouygues pour les contrats-aidés et en raison du nombre important des sans-pap qui travaillent au vu et su de tous et qui les rendent compétitifs) et la remettre aux Gan et Axa à l’affût de la bête qui va tomber d’inanition et d’hémorragies répétées)

    dans votre billet précédent, vous nous indiquiez qu’au début de la boucle qui a mené à la crise grecque, GS s”est vue refusée par la Chine le rachat de son prêt au gouvernement hellène.
    c’est cela que nous pourrions retenir, les Chinois ont rétorqué de cette manière entre autres à la vente d’armement à Taïwan
    elle démontre là sa puissance de nuisance ( et en miroir son rôle d’amortisseur de la crise financière américaine baptisée de crise mondiale) en ne suivant plus les injonctions spéculatives de ceux qui se prennent pour la police du monde ou mieux, la Main (visible) de Dieu sur Terre
    –le reste, l’impuissance des Européens, des politiques, leur veulerie, leur incompétence, leur servitude qui sert leurs intérêts bien compris, c’est tautologique.

    P Jorion nous dit que les crédits de l’immobilier commercial, 1400 milliards $, va avoir à être financé en 2012, ces choses-là ont dû avoir donné lieu à des CDS dont l’encours se monterait à combien?
    et pour avoir une idée imagée, qui fasse sens pour nous, de ce type de somme, peut-être faut-il l’exprimer en unité PIB USA?

  5. @ F. Leclerc :
    Je souhaiterais aussi attirer l’attention des dommages ‘collatéraux’ qu’une crise de la dette publique, certes à ses débuts, pourrait provoquer dans le monde, bien réel et autrement plus énorme, des banques (notamment d’investissement, mais comme le firewall banque d’investissement/banque de dépôt est tombé il y a plus de 10 ans, parlons des banques en général).

    Prenons un exemple concret, en lien avec l’affaire du moment, la crise de la dette grecque. Soit, le Crédit Agricole (ce pourrait être Société Générale, UBS, Deutsche Bank, Lehman Brothers, etc.).

    Des spéculateurs, utilisant le ‘véhicule’ spéculatif des CDS, ciblent justement le problème de la dette publique en Grèce (mais ce pourrait être autre chose demain ou hier).
    Le Crédit Agricole, qui a mis la main jusqu’au coude dans le bourbier grec par l’entremise de l’achat d’Emporiki, 4ème banque grecque, y est ‘exposé’, par le simple fait qu’être présent dans un endroit du monde où une crise sévère sévit n’est pas la panacée pour un banquier, en termes de retour sur investissement, surtout quand la dite banque fait pertes sur pertes et doit être recapitalisée à plusieurs reprises, la dernière étant d’un milliard d’euros.

    Néanmoins, pour une banque comme Crédit Agricole, banque mondiale, membre du club restreint des TBTF, rien d’impossible : certes, la rentabilité (le retour sur investissement) est réduit mais le bénéfice demeure et c’est bien là l’essentiel. Car quand tout ce sera calmé et que la restructuration de la dite banque se sera effectuée comme convenu, soit vers 2011-2012, on ouvrira alors des perspectives de développement intéressants et on parlera ensuite d’un excellent investissement stratégique d’ici à la fin des années 2010. Rien donc de calamiteux in fine, surtout si l’on prend soin de préciser comme on le fait dans les médias qu’Emporiki ne représente qu’1,8% des actifs du groupe. En clair, au pire, on ‘perdrait’ 1,8% des actifs et ne mettrait pas en péril, évidemment le groupe.
    D’où la citation du président de la FBF, M. Prot, que l’exposition des banques françaises n’est pas un sujet ‘particulier’. CQFD.

    Sauf que dans ce monde-ci, ce genre de situation génère plusieurs effet induits, qui eux, vont faire ‘exposer’ la dite banque française ‘particulièrement’ :
    – une perte d’actifs d’1,8% pourrait faire passer le groupe, dans son ensemble, dans une situation de non respect des accords de Bâle II (et bientôt III, encore plus restrictif, notamment avec les titres hybrides du Tier one, quasi fonds propres, qui ne seraient plus valorisés qu’à 50% au lieu de 100% actuellement). Ce qui serait fâcheux, en termes de notation, faisant dégrader très certainement la note du groupe dans son ensemble et réduire, en plus de cette perte d’actifs, des gains substantiels, en particulier pour les actionnaires, ce qu’ils ne laisseront ps faire, il faut s’en douter.
    – les dits actionnaires mais plus largement ‘le marché’ en viendront, avant même qu’un bail-out soit prononcé, a flairer le doute et à lâcher soit le titre en bourse, soit les spéculateurs sur le risque au travers de véhicules assurantiels et spéculatifs que sont les CDS, par exemple, venant augmenter les pertes, autrement plus douloureuses que les ‘simples’ actifs d’1,8% d’Emporiki, en augmentant par exemple le coût de l’emprunt pour le groupe, emprunt d’autant plus nécessaire que le titre plonge. D’où le recours de plus en plus aux titres hybrides, pour augmenter les fonds propres sans passer par des augmentations de capital. Ce qui viendrait renforcer le soupçon des agences de notation sur la qualité du Tier one et une possible nouvelle dégradation de la note.
    “Malgré tout, cela ne va pas faire les affaires du titre en Bourse.” (http://www.votreargent.fr/bourse/fiches-valeurs/conseils.asp?id=122938)
    – la banque grecque détient certes une partie minoritaire de la dette grecque sous forme d’obligations mais elle reste néanmoins exposé à une dégradation de la notation de la dette par les agences. Car la dégradation de la dette grecque est actuellement à BBB+, soit en-dessous de la ligne de ‘flotaison’ temporaire qu’a déterminé la BCE pour accepter les obligations détenues par les banques en garanties pour obtenir des prêts de la BCE à 1%, le seuil habituel étant fixé à A-. Ainsi, puisqu’Emporiki détient des obligations grecques dégradées, la banque grecque ne pourra bientôt plus utiliser ces obligations comme garanties pour obtenir des prêts auprès de la BCE, limitant ainsi l’accès aux crédits peu cher dont elle a besoin, notamment pour se recapitaliser.
    “Kalsi said that banks holding large amounts of Greek debt could be affected if the country’s rating is downgraded below BBB-, two notches below where it is now, as this would mean the bonds could no longer be used as collateral at the European Central Bank.”
    http://www.guardian.co.uk/business/2010/feb/11/greece-debt-france-switzerland
    http://www.lesechos.fr/info/inter/020360168736-la-bce-maintient-un-ton-ferme-vis-a-vis-d-athenes.htm
    – Moody’s vient de dégrader les titres hybrides non-cumulatifs du groupe ‘casa’, les faisant passer aussi en A3, soit l’équivalent de A- pour Standar Poor’s, soit le niveau minimum habituel pour obtenir de la part de la BCE des prêts, juste avant d’entrer en zone ‘inconnue’ … En clair, un bon avertissement pour ses quasi fonds propres, dont on peut penser que la dégradation actuelle auquel participe Emporiki n’est pas étrangère.

    Apparemment donc, ‘l’exposition’ des banques françaises n’est pas un sujet particulier.
    Sauf que lors d’une explosion nucléaire, on peut être touché directement par le souffle (et en mourir rapidement) mais aussi bien être touché par les radiations, même en en étant éloigné de manière importante, soit par une présence trop prolongée sur les lieux de l’explosion, soit par l’ingestion de produits irradiés provenant du lieu de l’explosion.

    Je dirais donc que la crise immobilière a irradiée la dette publique, qui irradie ensuite la dette privée des banques, qui …

  6. Samedi 13 février 2010 :

    Etrange semaine de négociations – disons plutôt de tergiversations – européennes à propos du prétendu sauvetage de la Grèce.

    Au final, la montagne accouchant tout au plus d’une souris, et les pays riches du Nord comme l’Allemagne et les Pays-Bas refusant de se saigner pour ceux du Club Med, il semblerait que les 27 Chefs d’Etat et de Gouvernement n’aient abordé que la problématique du respect par la Grèce de ses obligations européennes…

    Comment ce pays parviendra-t-il à lever 30 nouveaux milliards d’euros indispensables à sa survie ces trois prochains mois ? Nul ne le sait.

    Toujours est-il que le risque systémique est aujourd’hui similaire à celui de l’époque cauchemardesque de la chute de Lehman Brothers, avec une Union Européenne qui devra se porter au chevet de l’intégralité de son système bancaire si elle ne soulageait pas rapidement la Grèce !

    Michel Santi, sur le site Gestionsuisse.com

  7. Quand l’immobilier va tout va, or l’immobilier ne va plus, et pourquoi l’immobilier ne va plus?
    Tout simplement parce qu’il est déconnecté de la réalité du revenu de la masse des gens.
    Seulement voilà parce que c’est le pilier de base du château de carte, croire qu’on peut conserver une telle disparité de revenus entre le haut et la base, c’est folie, la base va entrainer le haut dans sa chute.
    Qui pouvait croire qu’en injectant de la monnaie dans le circuit tout repartirait comme avant ?
    A moins que cela ait été fait pour permettre au haut de sortir de ces actifs risqués avant la chute finale au détriment de la base.
    Mais même après cela quel avenir ?

  8. Il y a dans la crise actuelle un élément de fragilisation supplémentaire des banques européennes. Il a déjà été largement souligné que l’application de Bâle III – lorsque la nouvelle norme sera figée et devra être appliquée – leur posera problème, en raison de la nature d’une partie de leur fonds propres obligataires actuels, qui ne sera plus acceptée.

    C’est pourquoi elles mettent l’accent sur le danger qu’il y aurait à leur imposer des normes trop sévères (avec l’argument que cela limiterait leur capacité à soutenir l’économie !), et qu’elles fondent également leurs espoirs dans l’étalement des mesures qui seront finalement adoptées.

    Mais, si les obligations d’Etat en venaient à devoir être à leur tour dépréciées, en raison de l’augmentation de leur taux sur le marché, la marche qui devrait être alors gravie serait rehaussée. Car elles ont profité des distributions de liquidité de la BCE pour en acheter en quantité, considérant qu’il n’y avait pas plus sur moyen pour renforcer leurs fonds propres…

    1. Qui est responsable ?
      Les banques, pour avoir acheté des obligations de l’Etat grec, alors à haut rendement d’intérêt et jugées plus ‘sûres’ que d’autres véhicules pour renforcer leurs fonds propres, touchés par la crise des subprimes et des produits dérivés ? Ou pour avoir choisit ces obligations là plutôt que d’autres, plus sûres encore mais jugées moins rémunératrices (obligations allemandes) ? Ou encore de n’avoir pas profiter de cet argent ‘gratuit’ de la BCE pour ne pas l’avoir directement intégré dans ses fonds propres ou investit différemment (dans l’économie réelle par exemple, en crédits aux entreprises, bien moins risqués que d’investir sur des obligations grecques, qui étaient déjà dégradées en notation, mais plus rémunératrices ?
      Bref, n’est-ce pas encore du fait de l’appât du gain, de la spéculation (investissement financier), du pari sur la variations des prix que se fait la responsabilités des banques ? Un “Glass Steagall Act” européen aurait-il pu changer cela ?

      Ou la BCE est-elle aussi responsable, d’avoir fourni de l’argent aussi peu cher à ceux par qui la faute était arrivée, en connaissance de cause, sans aucune contre-partie (sur le type d’investissements par exemple), sachant que les dites banques ne faisaient que reproduire les mêmes risques mais avec les obligations d’un Etat grec qui était déjà il y a quelques années sur la sellette ?

      En clair, si les drogués (les banques) doivent se soigner et que les états doivent les placer en cures de désintoxication, il reste que le principal ‘dealer’ dans l’affaire est la BCE, qui a continué à diffuser ses crédits ‘gratuits’ aux drogués en acceptant comme garanties des obligations moins ‘bonnes’ (mais connaissant parfaitement que ces garanties n’étaient que des garanties de dépendances des ‘drogués’ envers la BCE), puis qui annonce cyniquement qu’elle relèvera son niveau de garantie à la fin de l’année.
      Imaginez l’effet que produirait l’annonce d’un dealer qui diffuse de la coke et du crack quasi gratuitement aux drogués et qui d’un coup dit : “les gars, désolé, mais là, c’est pas bon pour le bizz ce que je fais et je l’ai fais parce que vous étiez vraiment en manque, mais c’est fini : le prix de la dope va doubler et en plus, il y en aura pas pour tout le monde” ?

      J’aurais été les banques, en tant que drogué, j’aurais fais alors très certainement ce qu’elles on fait : prendre des paris sur les risques de faillite, avec des CDS, puisque je n’ai plus rien à perdre. Si je gagne, je me refournis gratuitement un max de doses pendant un bon moment. Si je perds, j’aurais de toute manière perdu, mais plus lentement.

      Qui faut-il ‘arrêter’ ? Les drogués ou le dealer ?
      M. Trichet ne se soucie pas des états, sauf s’ils sont trop gros comme drogués. La Grèce, ce n’est qu’une mère de famille junkie qui se schoote à la petite semaine. L’espagne, le RU, là oui, de vrai ‘client’.
      Mais ceux qui ne vivent que par la drogue du crédit et qui le diffuse, les banques, là non, des drogués-revendeurs. Pas pareil. Sauf que dans le bizz de la drogue, on rase pas gratis non plus ad vitam : ça va un moment pour soutenir l’activité, faire du CA, mais près, on reprend le cours ‘normal’ des choses.

      Mais ça, personne n’en parle …

  9. @ Bertrand,
    merci pour cette réponse limpide. Euh… Vous savez, c’est à peu près une des seules choses que je comprenne dans tout cet imbroglio d’escroqueries en cascade, c’est que tous les déficits, dettes… que cela a entraîné doit être payé, de gré ou de force, par les gens, les citoyens lambas qui commencent à peine à comprendre ce qui se passe.

    Mon problème, indépendament de cela, c’est que je vois tout le monde s’agiter et réfléchir et se démener pour trouver des s o l u t i o n s c o r r e c t e s ET r e s p c t u e u s e s pour satisfaire les charognards psychopathes qui viennent déjà de nous braquer.
    Là, j’avoue, je ne comprends pas du tout ce fatalisme. Cette résignation immédiate à la loi du plus fort…

    Mais je ne demande quà apprendre 😀 Merci encore!

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