L’actualité de la crise: e la nave va, par François Leclerc

Billet invité.

E LA NAVE VA (*)

Est-ce un sommet de l’Union européenne de la dernière chance qui va se tenir avec succès jeudi prochain à Bruxelles, en vue de résoudre la crise grecque ? Rien n’est moins sur, en dépit des expectatives. Car l’incertitude continue de régner au sein de la zone euro à propos du marché de la dette souveraine et de la résorption des déficits publics. La ligne de conduite des principaux gouvernements semblant masquée ou indécise, sans doute les deux à la fois. Mais elle est porteuse, dans les deux cas, de dangers potentiels qui pourraient se révéler sous-estimés.

Il est peu probable que des décisions claires sortent de la réunion de jeudi. Au contraire, on peut s’attendre à l’expression de nouvelles circonvolutions à propos de la coordination des politiques budgétaires et financières, à la recherche d’un modèle toujours introuvable de gouvernance européenne. Sans qu’un signal clair ne soit donné aux marchés, à qui la parole a été donnée et qui vont vouloir la conserver.

En ce début de semaine, les Espagnols étaient à l’offensive pour contrer la menace qui pèse sur eux. José Luis Rodriguez Zapatero, le chef du gouvernement, avait déjà dénoncé “les analystes créateurs d’opinion sur l’euro”. José Manuel Campa, le secrétaire d’Etat à l’Economie, a engagé ce même jour un séjour londonien et multiplie les rendez-vous à la City. José Blanco, le ministre des transports, a déclaré à Madrid : “On assiste à des manoeuvres troubles et a une résistance très claire à un contrôle et une régulation accrus des marchés” provenant de “ceux qui sont à l’origine de la crise, à savoir les spéculateurs financiers internationaux”.

Afin d’anticiper l’évolution de la crise, les analystes financiers en mal de boule de cristal scrutent l’évolution de leurs indicateurs favoris, les Credit-Defaut Swaps (CDS), ces contrats d’assurance dont les primes sont dans le cas présent censées mesurer le risque attaché aux obligations d’Etat, mais qui en réalité expriment une spéculation financière sans rapport avec le risque lui-même (comme l’explique Paul Jorion dans sa chronique de BFM).

Pour leur part, les commentateurs politiques cherchent à pénétrer le sens des déclarations distillées par les ministres allemand et français, ainsi que par les hiérarques de Bruxelles et le grand prêtre de la BCE. S’interrogeant sur la stratégie suivie par les gouvernements forts de la zone euro.

Tout le monde se retrouve d’accord pour constater que la dépréciation de l’euro par rapport au dollar – qui découle de la crise actuelle – n’est pas pour déplaire. Ni aux Français qui la réclamaient en vain depuis plusieurs années aux autorités monétaires de la BCE, ni aux Allemands pour qui celle-ci représente une chance supplémentaire de renforcer leur relance, étant donné le poids de leurs exportations dans leur PIB.

Faut-il alors penser que l’intransigeance manifestée à l’égard d’Athènes, laissée seule dans l’épreuve et la tourmente, n’a pour objectif que d’obtenir grâce à la réaction des marchés ce qu’il n’était pas possible de faire en utilisant la boîte à outils de la BCE ? Celle-ci étant mobilisée pour soutenir de dollar, ainsi que les autres banques centrales, afin d’éviter qu’il ne chute d’avantage. Cela serait comme jouer avec des allumettes à côté d’un bidon d’essence.

Une autre raison, plus politique, est largement exposée dans la presse. Toute aide apportée à la Grèce aurait deux implications, qui seraient autant d’inconvénients : 1/ mutualiser la dette grecque la ferait partiellement financer (ou garantir, un moindre mal) par les pays forts, ce qui pourrait être mal vécu par ceux qui vont devoir serrer leur ceinture en leur sein ; 2/ renforcer un aléa moral, ce qui serait peu incitatif pour les autres pays de la zone euro, à qui il est demandé de suivre le chemin de l’austérité.

Une troisième grille de lecture est également plus discrètement proposée. La clé de la crise actuelle serait à Berlin, dont les intentions vis à vis de la zone euro sont suspectées. Comme si les Allemands pouvaient avoir choisi d’utiliser le levier des marchés pour imposer une reconfiguration de la zone euro ; recentrée autour des pays les plus forts, déportée vers l’Est (Pologne, Tchéquie et Solvaquie, qui ont mieux résisté à la crise) au détriment du Sud. De la même manière qu’ils avaient procédé à la réunification de l’Allemagne, au moment de la chute de la RDA (l’Allemagne de l’Est), dans des conditions financières qui en avaient fait de facto partager le coût à leurs partenaires. Somme toute par intérêt national, n’étant pas prêts à renvoyer l’ascenseur.

Il y a sans doute dans la situation actuelle un peu de tous ces calculs à la fois. La réflexion se déplaçant alors pour porter sur le risque systémique qu’elle génère. En se demandant : « jusqu’où leur est-il possible de ne pas aller  ? » (avant que la situation ne dérape). Afin d’y répondre, un premier niveau d’analyse sommaire s’est à tort vite imposé. On a parlé poids respectifs des PIB et considéré que ceux de la Grèce, ou du Portugal, étaient quantité négligeable comparé à celui de la zone euro. Gêné pour s’en tenir à cette analyse, lorsque le sort de l’Espagne a été ensuite posé sur le tapis. Il a donc alors fallu se résoudre à commencer à rechercher ces causes discrètes des enchaînements systémiques, que l’on ne voit toujours que lorsqu’il est trop tard.

En se résolvant à soupeser les engagements qui pourraient avoir été pris au sein du système financier, notamment par les banques allemandes auprès de leurs consoeurs des pays du Sud. Ou ayant fortement investi dans des obligations de l’Etat espagnol, lorsqu’elles ont cherché un refuge relatif au sein de la zone euro, sans se douter qu’elles échangeaient un risque de change contre un risque de dette. On a fini par se demander, ensuite, si la crise des pays du Sud ne devait pas être comparée, par ses effets potentiels, à celle de certains pays de l’Est de l’année dernière, qui avait conduit le FMI à intervenir en force pour les soutenir (et par ricochet à conforter les banques occidentales).

Aujourd’hui, on en est là. Trouvant significatif que l’éventualité d’une intervention du FMI reste toujours présente, comme une sorte de derniers recours, au cas où les Européens continueraient de rester l’arme au pied. Mais celle-ci ferait supporter le poids de la crise européenne actuelle à tous les pays membres du FMI, ce qui peut justifier leurs réticences, tandis que les Européens craignent le symbole que représenterait l’intrusion du fonds au sein de la zone euro. Une situation qui ne déplairait pas aux euro-sceptiques qui y verraient la justification de leur analyse de toujours.

Tous ces calculs ont pour principal effet de ne pas aborder de front le problème de la dette publique. Celui-ci se pose aujourd’hui avec acuité en Europe, il se posera de même demain aux Etats-Unis, ainsi qu’au Japon (en dépit du fait que la dette de ce dernier pays soit auto-financée). De premiers signes annonciateurs de cette évolution inévitable de la crise sont déjà apparus. Il a fallu à Timothy Geithner, secrétaire d’Etat au Trésor, faire preuve de beaucoup d’assurance lors d’une interview télévisée sur la chaîne américaine CBS, pour affirmer que la note de la dette américaine ne changerait jamais. Qu’il évoque cette éventualité, même pour la rejeter, étant en soi significatif. Les marchés choisissent toujours les points faibles pour s’infiltrer, comme l’eau lors d’une inondation. L’Europe est tout simplement l’occasion de faire à moindre frais une démonstration, les Etats-Unis étant un plus gros morceau.

Les gouvernements vont devoir être un peu plus réactifs, s’ils veulent faire barrage à la montée en puissance des marchés, qui rétrécit leurs marges de manoeuvre. Il n’est pas certain qu’ils y soient déterminés ou qu’ils veuillent s’en donner les moyens. Jeudi, à Bruxelles, les chefs d’Etat et de gouvernement vont tenter de bricoler un dispositif, à défaut de définir une politique. Afin de se réfugier derrière lui, pour mieux justifier une rigueur dont ils retardent l’application.

(*) Comme Federico Fellini a titré l’un de ses films (ainsi si vogue le navire).

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75 réflexions sur « L’actualité de la crise: e la nave va, par François Leclerc »

  1. A propos de la Grèce et de l’Allemagne qui s’insurge contre toute aide, l’Allemagne a t elle réglé ou répudier ses dettes de guerre ?
    L’orthodoxie comme toute chose concerne tout le monde.

  2. Pour remettre les choses en perspectives :
    “Selon Cyril Julliard, président du fonds de hedge funds Eraam, “les hedge funds agissent sur un marché déjà profondément déséquilibré. Dans la balance, ils pèsent peut-être les 100grammes qui, parfois, font la différence”.
    http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/02/09/rumeurs-paris-irrationnels-les-speculateurs-attisent-l-affolement-des-marches_1303028_3214.html#xtor=RSS-3234
    (on y cite d’ailleurs P. Jorion).

    100 grammes ne font pas la livre (de chair) demandée par le capitalisme …

    @ F. Leclerc :
    M. Ricol faisait office de M. Loyal (apparemment bien) pour le compte du gouvernement français précédemment concernant le ‘déblocage’ des crédits aux entreprises. Expert-comptable et commissaire aux comptes, il connaît bien les réalités financières. Il est aussi très au fait des positions françaises, de par ses missions réalisées préalablement pour le gouvernement et Sarkozy (rapport sur la crise financière en septembre 2008 et médiateur du crédit). A priori, quelqu’un qui a la confiance du Président. Et qui ne s’exprime pas sans feu vert au plus haut niveau sur la crise grecque.

    Et que dit exactement M. Ricol ?
    Ceci : “Il y a des gens qui spéculent sur les difficultés de la Grèce, puis demain du Portugal et de l’Espagne, et tous les pays européens vont y passer si on ne les arrête pas. Ces gens sont fous”.
    Et tout le journal de déduire :
    “Il a ainsi demandé la mise sous contrôle des “hedge funds” (fonds spéculatifs), accusés de spéculer sur les emprunts des Etats grecs, espagnol et portugais.” (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/02/09/01011-20100209FILWWW00113-grece-on-peut-preter-l-argent-ricol.php)

    Pour autant, JAMAIS M. Ricol, qui sait peser ses mots, n’a dit ‘hedge funds’ : “(…) a dénoncé M. Ricol sans jamais prononcer le mot “hedge funds”.
    Mais TOUS de reprendre cette phrase dans leurs commentaire sans que JAMAIS M. Ricol n’ait prononcé ce terme !!

    C’est impressionnant ce qui se passe en ce moment en termes de communications.
    En tout cas, le message est passé car de suite parès la déclaration de M. Ricol, la spéculation s’est affaiblie et les bourses sont revenues à une situation plus normale.
    Mais pour qui était ce message ? Pour les hedges funds, comme le pensent tous les médias ?
    Ou pour les banques d’investissement, qui seraient particulièrement concernées dans l’affaire, du fait de leurs présences dans les banques grecques et dans la détention d’obligations d’Etat ?

    Réponse :
    “René Ricol a par ailleurs fustigé les banques d’investissement, à l’origine de la crise. « Ce ne sont pas les banquiers qui travaillent dans les agences de proximité qui ont fait ça. » Selon lui, « Il y a toujours des risques liés à la crise financière. Je suis inquiet notamment d’un dérapage de ce qui se passe en Grèce à d’autres pays européens. » “.

    Des BANQUES d’investissement. Pas des hedge funds. On ne me fera pas croire que M. Ricol ne connait pas la différence :
    http://www.lavoixdunord.fr/actualite/L_info_en_continu/Littoral/2010/02/01/article_ren-eacute-ricol-commissaire-g-eacute-n.shtml
    “Je crois qu’il y a par exemple en France des banques qui pour la plupart d’entre elles ont compris ce qui s’était passé, ont changé leur modèle.
    Vous savez aujourd’hui, la banque d’investissement dans ce pays, celle qui créait le problème, on la regarde avec beaucoup plus de prudence.”
    http://www.radiobfm.com/edito/info/56717/rene-ricol-les-investissements-prevus-par-le-grand-emprunt-doivent-etre-debloques-par-tranches-/

    1. Je ne comprends pas où vous voulez en venir. L’essentiel de la déclaration de René Ricol était d’affirmer qu’il était possible de prêter de l’argent aux Grecs.

      Mais, par ailleurs:

      1/ Ses propos ont été prononcés sur la radio BFM, puis partiellement repris par une dépêche de l’AFP, qui les rapporte et les cite, elle même ensuite reprise – totalement ou partiellement – sur les sites web des médias français.

      2/ Aucun démenti ne semble avoir été apporté par René Ricol à la dépêche en question.

      3/ Une partie de ses propos ne figurent effectivement pas sur le site de BFM (j’ai vérifié), mais cela ne signifie rien, car il est bien précisé qu’il ne s’agit que d’extraits audio.

    2. Excusez moi. Je m’exprime mal ou je suis confus.
      Je voulais juste dire, comme le notais d’ailleurs Le Figaro, que M. Ricol n’avait JAMAIS prononcé le mot d’hedge fund.
      Ce sont les médias qui ont supposé qu’il devait parler de ceux-ci.
      De fait, il parlait des banques d’investissement.
      M. Ricol n’a pas eu besoin de faire un démenti. Ses paroles n’ont pas été faussées. Ce sont simplement des interprétations réalisées par les médias sur le sens de ses propos.

      Or, depuis quelques jours, on présente les hedge funds comme les coupables (idéal) de la crise de la dette grecque.
      On va (très) vite en besogne il me semble, pour trouver un coupable, alors que M. Ricol ne parle que des BANQUES d’investissement.

  3. Mardi 9 février 2010 :

    Ewald Nowtotny, l’un des membres du Conseil des gouverneurs de la BCE, a expliqué que le mandat de la BCE l’empêchait d’intervenir pour aider la Grèce ou tout autre Etat membre.

    “La BCE a un mandat clair. Nous avons une clause de non-renflouement claire”, a-t-il déclaré lors d’un entretien au site FT Alphaville, qui dépend du Financial Times.

    Boursorama

  4. “L’idée est de n’intervenir qu'”en cas de catastrophe”, selon un expert, afin d’éviter une défaillance de la Grèce susceptible d’ébranler l’ensemble de la zone euro.”
    Selon Le Monde, plusieurs scénarios se profilent, depuis l’intervention du FMI, un ‘couplage’ FMI/Etats zone euro et une sortie de la zone euro.
    Mais rien sur le fond : CDS, actifs pourris des banques, …

  5. Dans l’attente que Jean-Claude Trichet soit sorti de l’avion qui le ramène en urgence d’Australie (compter 25 heures de vol), où les banques centrales tenaient salon, nous ne saurons sans doute pas ce que le sommet de jeudi de Bruxelles va bien pouvoir décider pour sauver la Grèce (le moindre de ses soucis) et limiter la casse sur l’euro (ce qui va le préoccuper d’avantage).

    Rarement le terme d’apprenti-sorcier aura été autant adapté à la situation actuelle pour parler des leaders de la zone euro, Allemands et Français en tête. Ils sont parvenus – en voulant faire de la Grèce un exemple au yeux de tous, afin de faire ensuite passer leurs plans de rigueur – à déclencher une gigantesque spéculation à la baisse contre l’euro, et à une déstabilisation de l’Espagne, impossible à assumer .

    Des noms de banques circulent, sur la base d’informations de la CFTC, l’autorité américaine de régulation des marchés des matières premières. Goldman Sachs et Deutsche Bank sont cités, notamment, afin de leur imputer la responsabilité de cette spéculation. On parle aussi de hedge funds non identifiés, en omettant de rappeler qu’ils sont financés par les prime-brokers, c’est à dire les banques… Sans non plus se demander si cette première liste est limitative et si d’autres honorables établissements n’auraient pas également eu quelques faiblesses coupables.

    Les spéculateurs ont utilisé la stratégie éprouvée de la vente à découvert (Short-selling), qui consiste à emprunter une devise dont on estime que le prix va baisser pour la vendre aussitôt. Puis, une fois le cours diminué, à la racheter moins cher pour la restituer au prêteur. Environ 43.741 contrats en euros, correspondant à 5,5 milliards d’euros, ont été vendus, du jamais vu. C’est un gigantesque pari sur la baisse de l’euro, qui la suscite inévitablement.

    Le déficit de la Grèce a bon dos.

    1. Apprenti-sorcier ? Vous êtes bien trop gentil en disant cela, un mot de trois lettres suffit.
      Ils sont trop forts non content d’avoir subit le renflouement des banques, ils continuent à leur filer des raisons de faire de l’argent facile.
      Il faut qu’ils se réveillent ces politiques, qu’ils arrêtent de se croire à la tête d’une SARL sous couvert de l’administration judiciaire de banques….

    2. Merci M. Leclerc pour cette précision sur la notion de ‘prime-broker’ des banques d’affaires.
      Je souhaiterai savoir si sans l’intermédiation que ces banques offrent aux hedge funds il était possible à ces derniers d’agir sur les marchés des obligations.

    3. D’une manière générale, les hedge funds sont les clients des prime-brockers, auprès desquels ils se financent. Dans le cas présent, comment savoir ?

    4. Au moins, là, les choses sont claires dans les propos : M. Jouyet parle bien d’hedge funds, à la différence de M. Ricol qui ne les avait pas cité nommément.
      http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE6190BW20100210

      Une remarque intéressante :
      “”Objectivement, c’est plus immoral qu’illégal, c’est un des problèmes et une des lacunes qu’il faudra combler dans les futures réunions du G20″, a-t-il ajouté.”

      M. Joyet met le doigt sur le point sensible : la relation entre légalité et moralité, ce qui a à voir avec la notion de justice mais aussi de légitimité.
      S’il existe une hiatus entre légalité et moralité, il est donc nécessaire de mettre en concordance ces deux notions.
      Soit nous acceptons qu’une moralité faible concordante à une légalité faible (des dispositifs légaux faibles) puisse perdurer, ce qui est le cas actuellement et qui provoque une crise ‘multi-directionnelle’ (financière mais aussi politique, sociale et philosophique).
      Soit nous élevons le ‘niveau’ de légalité au niveau moral souhaité et implique dans ce cas que des dispositifs légaux soient mis en place, en concordance avec ce niveau moral.

      Mais vouloir moraliser sans vouloir légaliser n’a aucun sens.
      Encore moins avec le G20.
      Ce qui était quand même le cas jusqu’à maintenant de toutes les actions engagées, internationales et nationales, sur la crise financière. Notamment en France, avec la ‘moralisation du capitalisme’, chère à Sarkozy.

      Soit on continue sur cette voie et tout continuera à se dégrader.

      Soit on engage d’autres actions, de mises à niveau des dispositifs légaux.

      PS : la Cour des Comptes a sorti hier son rapport annuel 2010. Dans lequel il critique l’inefficacité de la Charte signée par les banques concernant les emprunts toxiques délivrés aux collectivités locales.
      Qu’est-ce qu’une Charte ? Un engagement moral uniquement, en l’absence de dispositifs contraignants (légaux, contractuels). A la différence des lois et règlements. Un an après, la Cour des comptes qui effectue le suivi de ses recommandations constate qu’on en est toujours là : des Chartes morales sans effets.

  6. Si je comprends bien, pour sauver l’Euro, il y a une condition absolument nécessaire et très probablement suffisante: casser les reins de Goldman Sachs, le grand manipulateur.
    Bon courage monsieur TRICHET!

  7. Depuis le début de la semaine, en attendant le sommet européen de jeudi, les journées sont bien remplies afin d’improviser une solution à l’assaut spéculatif que connaît l’euro, qui a atteint de plein fouet la Grèce et menace le Portugal et l’Espagne.

    Le discours des Allemands est en train de changer, ce qui ne signifie pas qu’une solution a été trouvée. Ceux-ci ont enfin pris la mesure des événements et compris qu’ils n’avaient pas le choix et devaient intervenir. La question n’étant plus d’aider ou non les grecs, mais de contenir et de réduire l’offensive en cours.

    Mais tandis qu’à l’extérieur de la zone euro on suggère l’intervention du FMI, un tour d’horizon des solutions disponibles avec les moyens propres des pays membres a été engagé en son sein. Les Allemands ont signifié qu’ils seraient même susceptibles d’intervenir seuls, si aucune aucune possibilité n’était dégagée. Les Français semblant en retrait.

  8. @ F. Leclerc :
    “L’arbre qui cache la forêt” :
    http://www.pro-at.com/analyse-bourse/technique-L-039-arbre-qui-cache-la-foret-4-9637.html
    On atteint selon les calculs de l’auteur des niveaux de dettes équivalentes aux US aux temps de guerre 41-45 !
    De même, l’Italie est largement oubliée des médias concernant l’endettement (> 100%).

    Mais c’est surtout la suite qui est intéressante, sur la comparaison Grèce/Californie : 0,6% PIB mondial / 3%.
    Et PIMCO de parler d’une augmentation de 97% du coût de l’assurance de la dette de l’état de Californie, également très touchée par les CDS !
    Sur contre-info, ils en ont publié un peu plus : http://contreinfo.info/breve.php3?id_breve=8651
    Selon Bloomberg, le ‘spread’ entre les bons de l’état et ceux du Trésor américain atteindrait 3,15%, soit proche des sommets atteints par le spread entre la Grèce et l’Allemagne pendant la crise.

    La Californie, c’est chaud !!

    PS : selon l’auteur du blog cité, il calcule qu’une dégringolade du CAC (carrément 1000 points) devrait intervenir en mars, selon le ‘décompte de Lindsay’ (???) …

  9. Autre paramètres ( source Financial Times Deutschland ): 77% de la dette grecque est entre les mains d’investisseurs étrangers

    Exposition des banques étrangères selon les chiffres de la BIS

    1. Banques France: 75 mds de $ ( toujours dans les bons coups )
    2. Banques Suisss: 64 mds de $ ( 12 % du PIB )
    3. Banques Allemagne: 43.2 mds de $

    1. @ charles :
      vu ces chiffres sur FT (http://www.ft.com/cms/s/0/8038d17e-167d-11df-bf44-00144feab49a.html).
      Et quand on lit les montants, en valeur absolue, des obligations détenues par ces grandes banques, on prend peur : 50 … 150 milliards d’euros pour certaines !!
      Les banques françaises détiendraient 11% de la dette grecque totale et les banques allemandes 9%. Mais il est nécessaire de signaler que ces mêmes banques détiennent aussi (à 72% pour Emporiki par ‘casa’, 4ème banque en Grèce) une bonne partie du secteur bancaire de Grèce … qui détient 30% des obligations !
      On augmente donc forcément le degré global d’exposition pour les banques étrangères.
      ““We therefore see a greater risk for European banks which own Greek subsidiaries, such as Crédit Agricole, as these subsidiaries are likely to suffer from weak volume growth, weaker margins and higher credit costs.”

      Ces mêmes dettes des banques françaises représentent 25% (!) de la dette grecque détenue par des ‘étrangers’ (302 milliards) mais plus encore si l’on ne tient compte que de la dette détenue par des banques étrangères : 75 milliards sur 250 milliards, soit …30% (!!).
      Si on y ajoute la dette détenue par les banques suisses et allemandes, on obtient 73% du total de la dette détenue par des banques étrangères (et non pas 77% de la dette grecque, comme tu le disais charles).
      Sources : BIS, Table 9B. (http://www.bis.org/statistics/provbstats.pdf)

      Je continue à être persuadé que les banques étrangères, notamment françaises, ont partie liée, au moins, dans l’origine de la crise.
      Car, je repose la question : à qui profite le crime ?
      A priori, à ceux qui détiennent le plus d’obligations grecques. Dans en premier lieu, selon les données indiquées sur le graphique de FT, au Royaume-Uni et à l’Irlande (23%). Ce qui pourrait valider l’origine des ‘attaques’ spéculatives indiquées comme provenant d’hedge funds basés à Londres ou de GS. Mais les principales bénéficiaires de ces ‘attaques’ sont les banques grecques en premier lieu (30%), dont un bonne partie appartiennent aux banques étrangères françaises, suisses et allemandes, ainsi qu’à ces mêmes banques.

      Personnellement, je pense que cela leur permet d’augmenter les taux d’intérêts des obligations et donc leurs ressources financières, que ce soit par les intérêts versés ou par les CDS si ces banques se sont couvertes sur le risque. Or, les ‘déboires’ des banques grecques, notamment Emporiki, sont connues et ont ‘forcé’ leurs propriétaires à remettre au pot à de multiples reprises (plus d’un milliard pour ‘casa’ en quelques mois), pour consolider leurs actifs.
      La crise grecque est donc une très bonne ‘opportunité’ pour ces banques françaises d’avoir à éviter à remettre au pot en cas de défaillances supplémentaires et peut-être même ‘avoir un retour sur investissement.
      D’autre part, sur le sujet, il me semble que la BCE a aussi des ‘choses’ à dire quant à la crise, étant donné qu’il leur est difficile de dire qu’elle n’était pas au courant : près de 9% des actifs des banques grecques sont constituées d’obligations de la BCE, soit le % le plus élevé de l’UE (et de loin). M. Trichet, un commentaire ?

      Enfin, je signale que peu d’articles dans la presse française et allemande, en dehors de FT par exemple, ont parlé de ces infos. Etrange, non … ?

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