Archives par mot-clé : Bretton Woods

PERTE DE CONFIANCE DANS LES BANQUES CENTRALES, par François Leclerc

Billet invité.

Que peuvent les banques centrales ? La question parait bizarre tellement il en est attendu, mais le scepticisme grandit devant leur absence de résultats en dépit de la multiplication de leurs mesures non conventionnelles, ainsi que de leurs innovations, comme l’adoption de taux négatifs par certaines.

Continuer la lecture de PERTE DE CONFIANCE DANS LES BANQUES CENTRALES, par François Leclerc

Partager :
Email This Post Email This Post

LA GUERRE SANS FIN DES MONNAIES, par François Leclerc

Billet invité.

De plus en plus nombreux, les économistes qui voient plus loin que le bout de leur nez se grattent la tête. Qu’il est loin le temps où Nouriel Roubini pouvait seul se prévaloir du surnom de Mister Doom (Monsieur catastrophe), car les alarmistes sont désormais légion  ! Ce n’est pas une consolation, car ils ont en commun de non seulement craindre le pire mais aussi de ne pas savoir comment et quand il surviendra.

Continuer la lecture de LA GUERRE SANS FIN DES MONNAIES, par François Leclerc

Partager :
Email This Post Email This Post

LES LEVIERS DE LA RELANCE MONDIALE EN DISCUSSION, par François Leclerc

Billet invité.

L’injection de liquidités directement aux particuliers par les banques centrales vient de faire hier un adepte de plus, le très respectable chroniqueur du Financial Times Martin Wolf. Afin de susciter la demande qui fait défaut et que les banques centrales ne parviennent pas à susciter, il suggère après d’autres qu’il leur soit donné le pouvoir de procéder à une telle distribution.

Continuer la lecture de LES LEVIERS DE LA RELANCE MONDIALE EN DISCUSSION, par François Leclerc

Partager :
Email This Post Email This Post

Le système monétaire idéal de John Maynard Keynes (II) L’ordre monétaire né en 1944 à Bretton Woods

En 1944, deux propositions se retrouvèrent face à face à Bretton Woods : une proposition américaine, défendue par Harry Dexter White et une proposition britannique défendue par John Maynard Keynes.

Curieusement, les propositions américaine et britannique étaient plus proches l’une de l’autre durant la période de négociation qui précéda l’accord qu’elles ne le furent au final. Les Américains étaient ainsi bien disposés à l’origine à l’égard du principe d’une nouvelle monnaie de compte internationale, servant de base pour établir le taux de change entre les diverses monnaies qui continueraient elles d’exister comme avant, monnaie qui se serait appelée « unitas », tandis que les Britanniques proposaient eux une monnaie de compte internationale appelée « bancor ». À l’arrivée cependant, les Américains proposèrent de faire de leur propre devise la monnaie internationale, qui deviendrait ainsi devise de référence et acquerrait en conséquence le statut de devise de réserve dans les échanges internationaux. Les Britanniques s’en tinrent au bancor mais perdirent la partie. Avec l’économie américaine représentant en 1944, 70% de l’économie mondiale dans un contexte d’épuisement généralisé de nations saignées à blanc en raison de la guerre, le rapport de force était trop défavorable aux Britanniques dans les négociations.

Continuer la lecture de Le système monétaire idéal de John Maynard Keynes (II) L’ordre monétaire né en 1944 à Bretton Woods

Partager :
Email This Post Email This Post

Le système monétaire idéal de John Maynard Keynes (I) Les monnaies individuelles et les rapports entre elles

Les monnaies ne sont sans doute pas nées indépendamment les unes des autres : certaines nations ont dû copier ce qui se faisait chez l’une de leurs voisines dont la monnaie s’était mise à circuler chez elles, facilitant le négoce local. L’invention a dû leur paraître excellente et mériter d’être reprise. Quoi qu’il en soit, au bout d’un moment chacune de ces nations disposa de sa propre devise, constituant chacune un système monétaire autonome.

Comme aucune de ces nations émettrices de monnaie ne vivait en autarcie, un modus vivendi a dû être trouvé partout où elles interagissaient dans le commerce qui s’établissait entre elles, autrement dit quand des citoyens de deux de ces nations s’achetaient et se vendaient des biens, l’acheteur réglant dans sa propre monnaie ou devant préalablement échanger sa propre monnaie pour l’autre, auprès d’un changeur. La question de la parité de ces deux devises se posait alors.

Si la parité entre deux monnaies est flottante, c’est le rapport de force implicite ici et maintenant entre les économies des deux pays qui en sont garants qui détermine le taux de change entre ces deux monnaies.

Continuer la lecture de Le système monétaire idéal de John Maynard Keynes (I) Les monnaies individuelles et les rapports entre elles

Partager :
Email This Post Email This Post

LA LIVRE STERLING ET L’ÉTALON-OR (III) LE MÉTAL JAUNE

Le feuilleton Keynes jusqu’ici :

4-août L’HOMME QUI S’AVÉRA TOUJOURS AVOIR EU RAISON ET NE FUT JAMAIS ÉCOUTÉ
5-août UN OBJECTEUR DE CONSCIENCE INTENDANT DES TROUPES (I) LE DÉNI
6-août UN OBJECTEUR DE CONSCIENCE INTENDANT DES TROUPES (II) LA RÉSISTANCE PASSIVE
6-août UN OBJECTEUR DE CONSCIENCE INTENDANT DES TROUPES (III) LA REVANCHE DE L’INTELLECTUEL
12-août EN 1919, JOHN MAYNARD KEYNES A TRENTE-SIX ANS, ET IL N’A ENCORE RIEN À REPROCHER À LA THÉORIE ÉCONOMIQUE
14-août LES ENFANTS « BONS EN MATHS » QUI RESTERONT CEPENDANT SCEPTIQUES QUANT AUX MÉRITES DE CETTE BRANCHE DU SAVOIR
15-août KEYNES ET LES ÉCONOMISTES : DEUX CONCEPTIONS DU MONDE INCONCILIABLES
16-août LE HASARD SIMPLIFIÉ POUR RENDRE LA FINANCE SOLUBLE
17-août EXPRESSION SPONTANÉE ET STRATÉGIE EN FINANCE ET EN ÉCONOMIE
19-août LA LIVRE STERLING ET L’ÉTALON-OR (I) LES MISES EN GARDE DE KEYNES
21-août LA LIVRE STERLING ET L’ÉTALON-OR (II) LE CHARYBDE DE L’INFLATION ET LE SCYLLA DE LA DÉFLATION

 

Pourquoi l’or a-t-il pu si longtemps servir de monnaie ? D’abord parce qu’il présente bien : parce que, comme l’écrit Keynes dans A Tract on Monetary Reform (1923), le livre où il mène croisade contre le retour de la Grande-Bretagne à l’étalon-or : « il bénéficie toujours du prestige que lui donnent son parfum et sa couleur » (Keynes [1923] 1931 : 174). Ensuite parce qu’il est imputrescible et n’est pas non plus l’un de ces métaux qui s’oxydent ; il résiste donc bien aux manipulations multiples et s’accommode des intempéries et du temps qui passe. Mais surtout parce qu’étant richesse en soi (échangeable en tant que tel lorsque l’État, garant d’une monnaie fiduciaire, fondée sur la confiance, s’effondre), il a toujours pu apparaître comme la « doublure » naturelle de la nouvelle richesse créée au sein d’une nation, faisant en sorte qu’une monnaie fondée sur l’étalon-or semble présenter une disposition « naturelle » à assurer la stabilité des prix.

Pourquoi est-ce ainsi ? Parce qu’une société qui s’enrichit en produisant des marchandises, trouve dans l’ensemble de l’or en même proportion. Keynes explique cela :

« … il s’est fait que le progrès dans la découverte de mines d’or avançait en gros du même pas que le progrès qui intervenait dans d’autres domaines – une correspondance qui n’était pas une pure affaire de chance, parce que le progrès en ce temps là, du fait qu’il était caractérisé par une ouverture graduelle de la surface du globe et son exploitation, impliquait assez logiquement qu’étaient découverts pari passu, des dépôts d’or dont l’accès était de plus en plus malaisé » (ibid. 174).

Continuer la lecture de LA LIVRE STERLING ET L’ÉTALON-OR (III) LE MÉTAL JAUNE

Partager :
Email This Post Email This Post

LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 23 AOÛT 2013

Sur Youtube.

Où l’on reparle d’un système financier en très piteux état…
… et où l’on préconise une fois de plus de restaurer l’interdiction de la spéculation

La dépendance à la planche à billet

Pour ceux qui ont raté les épisodes précédents :
– Blog de PJ : Le temps qu’il fait le 28 juin 2013
La déclaration de Ben Bernanke le 19 juin 2013
4 milliards de dollars imprimés par jour font du dollar une monnaie de singe
La fin du carry trade  est une catastrophe pour le real brésilien, la roupie indienne

La complexité non-maîtrisée

La panne du NASDAQ le 22 août et l’erreur de trading de Goldman Sachs la veille
Ma simulation d’un marché : « Adam Smith’s Invisible Hand Revisited. An Agent-Based simulation of the New York Stock Exchange », Proceedings of the 1st World Conference on Simulation of Social Systems, Kyoto, August 2006, Vol. I, Springer Verlag : 247-254
Conclusion : Les marchés ne peuvent fonctionner que parce que personne n’y comprend rien
Keynes et la théorie des « anticipations rationnelles » se trompent tous deux sur ce point
En comprenant mieux les marchés que les êtres humains, les Algos les détruisent

Interdire les paris sur les fluctuations de prix

Ramener la finance à sa taille légitime (-80%)
Glass-Steagall Act, Taxe Tobin ne sont que des demi-mesures
Keynes en 1936 : « Les spéculateurs sont inoffensifs aussi longtemps qu’ils ne sont qu’autant de bulles à la surface du flot régulier de l’esprit d’entreprise. La situation devient cependant sérieuse quand c’est l’esprit d’entreprise qui se transforme en une simple bulle à la surface d’un tourbillon spéculatif. Quand la fructification du capital d’une nation se transforme en sous-produit de l’activité d’un casino, le travail est rarement bien fait »
La spéculation était interdite en France jusqu’en 1885, en Belgique, jusqu’en 1867

Restaurer un ordre monétaire international

Comme dans la période 1944 – 1971 : le bancor et la chambre de compensation multilatérale internationale
Frédéric Lordon : « Sortir de l’euro ? », août 2013
L’appel de Zhou Xiaochuan, gouverneur de la banque centrale chinoise

– Blog de PJ : La Chine, arbitre des élégances financières, par Paul Jorion, le 7 juin 2010
– Blog de PJ : Bancor : L’appel de Zhou Xiaochuan, dix-huit mois plus tard, par Pierre Sarton du Jonchay, le 18 octobre 2010
 

Partager :
Email This Post Email This Post

L’HOMME QUI S’AVÉRA TOUJOURS AVOIR EU RAISON ET NE FUT JAMAIS ÉCOUTÉ

Quelques jours avant de partir pour la Corse, je me suis posé la question : de quoi avais-je donc promis de parler le 19 juillet à Ajaccio dans ma conférence du cycle « Science et humanisme » ? On me voit expliquer dans la vidéo la surprise qui fut la mienne de découvrir que mon exposé serait consacré à John Maynard Keynes. Ce serait la première fois depuis mon retour en Europe en 2009 que j’évoquerais dans l’une de mes conférences quelqu’un plutôt que quelque chose. La raison, je crois l’avoir maintenant devinée : lorsque Jean-Noël Ropion m’invita et m’expliqua que le thème cette année serait « Penseurs d’avenirs », il y a dû y avoir méprise de ma part : je n’ai pas compris alors que les « penseurs d’avenirs » en question ne seraient pas l’objet dont il nous était demandé de débattre, mais nous-mêmes : les conférenciers invités.

Comme j’ai également l’occasion de le dire dans la vidéo, le choix était bon : ce fut une bonne chose de parler de Keynes. Du « vrai » Keynes, comme le précisait mon titre : « Un homme pour demain : (le vrai) John Maynard Keynes ».

Le vrai Keynes est aujourd’hui fort peu connu. On peut le trouver pour ce qui est de l’homme, des actes qu’il a posés et de l’œuvre qu’il a écrite, dans la biographie en trois volumes qu’a publiée entre 1982 et 2000, Robert Skidelsky (*), et pour ce qui est de sa théorie économique proprement dite, dans le John Maynard Keynes (1975) de Hyman Minsky.

L’histoire conjecturale est un terrain sur lequel il vaut mieux ne pas s’aventurer : on peut en effet y prétendre tout et n’importe quoi sans crainte de se voir jamais démenti mais, prenant ici un risque calculé, j’affirme que si la proposition rédigée par Keynes en 1919 sur les réparations dues aux Alliés par l’Allemagne avait été adoptée, Adolf Hitler serait resté le peintre d’aquarelles moyennement doué qu’il était, épanchant son fiel dans des livres lus par 15% au plus de la population allemande, et que si la proposition de Keynes en 1944 à Bretton Woods en faveur d’un ordre monétaire international avait été adoptée, nous ne serions pas dans la merde où nous sommes plongés aujourd’hui : nous aurions progressé pendant près de soixante-dix ans déjà sur la voie inscrite dans sa proposition, d’une pacification des relations économiques entre nations, et au sein de celles-ci, entre leurs citoyens.

Au lieu de cela, Keynes ne fut pas écouté et ceux qui parlent en son nom aujourd’hui et se proclament « keynésiens » n’ont dans leur quasi-totalité pas même pris la peine de le lire et ne savent rien de l’homme qu’il fut. Ce sont eux qui entendent dans l’expression « euthanasie du rentier » une évocation voilée de l’inflation, ignorant qu’il s’agit de la transition vers le socialisme décrite par Keynes dans les « Notes finales sur la philosophie sociale à laquelle la théorie générale peut conduire », constituant le dernier chapitre de sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936).

Qu’il ne serait pas entendu à l’époque où il s’exprimait, Keynes en était pleinement conscient. Dans la préface d’un recueil de ses textes publié en 1931, intitulé Essays in Persuasion, il écrivait :

« Sont rassemblés ici les croassements de douze années – les croassements d’une Cassandre qui ne parvint jamais à influer à temps sur le cours des événements. Le volume aurait pu s’appeler « Essais en prophétie et persuasion », car la prophétie, hélas, fut davantage couronnée de succès que la persuasion. Mais ce fut dans un esprit de persuasion que la plupart de ces essais furent rédigés, dans une tentative d’influencer l’opinion. Ils furent considérés à l’époque, un grand nombre d’entre eux, comme autant de propos exagérés et imprudents. […] Il me semble au contraire – alors que je les relis, conscient que mon témoignage personnel est nécessairement biaisé – qu’à la lumière des événements qui eurent lieu ensuite, ils reflètent davantage une modération difficile à justifier qu’une prétention excessive » (1931).

Le moment est venu de faire en sorte que Keynes soit au moins entendu aujourd’hui.

=================================================

(*) Hopes Betrayed 1883-1920 (1982), The Economist as Saviour 1920-1937 (1992), Fighting for Britain 1937-1946 (2000). L’éditeur américain de Robert Skidelsky le força à changer pour les exemplaires vendus aux États-Unis, le titre du troisième volume en Fighting for Freedom : « combattre pour la liberté » au lieu de « combattre pour la Grande-Bretagne », trahissant quant à lui une conception curieuse de la liberté de l’auteur. Skidelsky s’en explique avec mauvaise humeur dans la préface.

Partager :
Email This Post Email This Post

IPSOnomics, « DES RÉFORMES À METTRE EN ŒUVRE IMMÉDIATEMENT », à la Banque Centrale Européenne à Francfort, le 18 mars

Merci aux cinquante personnes venues m’écouter, et dont on me dit que certaines ne sont pas membres du syndicat IPSO à l’origine de mon invitation.

Merci pour la qualité de vos questions. Désolé d’avoir dû répondre à certaines de celles-ci (« Qu’aurait-il fallu faire à Chypre ? », « Quelle autre politique la BCE devrait-elle adopter ? ») que le format des questions / réponses à la fin d’un exposé d’une heure ne permet pas d’y répondre, parce qu’il faudrait d’abord remonter considérablement en amont et définir un changement de paradigme, comme un défaut généralisé de la zone euro ou la reconstitution d’un ordre monétaire mondial sur la base de la proposition de Keynes à Bretton Woods en 1944.

Je suis entièrement d’accord avec les organisateurs que répondre à chacune de telles questions réclamerait un exposé à lui tout seul, et j’ai répondu favorablement à leur suggestion que je revienne bientôt à la BCE dans ce but précis.

Partager :
Email This Post Email This Post

MAINTENANT, CONTINUER À DÉBLAYER

Puisqu’il sera désormais question ici davantage de l’avenir que du présent assimilé aux scories du passé, il faut que tous les efforts se concentrent sur les projets qui font obstacle au basculement vers un monde nouveau et meilleur (et ici-bas !).

L’interdiction de la spéculation fait partie de ces efforts. Au cours des bientôt six ans d’existence du blog, nous avons fait des progrès considérables sur ce plan-là : d’abord, le sujet est désormais présent dans tous les esprits et quelques progrès ont été réalisés sur le plan pratique : les positions « nues » sur Credit-default Swaps ont été interdites au sein de l’Union Européenne, ensuite, la question a bien évolué sur le plan conceptuel : les arguments des amis de la spéculation ont été pulvérisés l’un après l’autre :

–       Non, la spéculation n’est pas « une notion vague » : il s’agit des paris organisés sur les variations de prix.

–       Non, il n’est pas difficile d’interdire la spéculation : il suffit de rétablir dans chaque pays les quelques articles de loi dont l’abrogation l’avait permise.

–       Non, la spéculation n’est pas utile « parce qu’elle apporte de la liquidité » : la spéculation n’apporte de la liquidité qu’aux niveaux de prix spéculatifs, c’est-à-dire reflétant le rapport de force entre les seuls spéculateurs.

Le retour d’un ordre monétaire international, le dernier en date étant mort en 1971, est avec l’interdiction de la spéculation, un autre de ces projets majeurs. Là aussi nous avons progressé de manière décisive sur le plan conceptuel et nous poursuivrons inlassablement dans cette voie.

En mai 2010, je rédigeais ici une Note sur le bancor qui fut intégrée, considérablement étoffée, dans Le capitalisme à l’agonie (2011 : 164-187), Pierre Sarton du Jonchay a consacré de nombreux « billets invités » à la question et un autre effort important est en voie d’élaboration dans le cadre à la fois de la chaire « Stewardship of Finance » et de la mouvance du blog.

David McNally a suggéré de manière convaincante que les produits dérivés sont nés pour pallier les déséquilibres résultant de la fin de l’ordre monétaire international en 1971. Et quand ils appellent au retour du protectionnisme, certains de mes amis ne visent en réalité rien d’autre que la fin de la circulation sans entrave des capitaux spéculatifs, trafic que la mise en place de la chambre de compensation multilatérale internationale prônée sans succès par Keynes à Bretton Woods en 1944, interromprait immédiatement.

L’argument massif contre un retour à la bifurcation Bretton Woods est « Les Américains ne voudront jamais ! ». Cet argument doit être pulvérisé à son tour. J’avance un pion : pourquoi Geithner s’est-il montré en sa faveur en octobre 2010 ? Je reproduis ce que j’écrivais à l’époque dans Le Monde, dans une chronique intitulée précisément Le retour à la bifurcation :

 Mais en affirmant le 22 octobre à Séoul, au cours d’une réunion préparatoire du G20, qu’une pacification des relations économiques entre nations doit se déplacer du plan des devises à celui d’un équilibre de leurs comptes courants et en proposant que ceux-ci ne puissent désormais dévier de plus de 4% en termes de PIB, qu’il s’agisse d’un excès d’importations ou d’exportations, le Secrétaire du Trésor américain Tim Geithner définit la problématique comme John Maynard Keynes l’avait fait en 1944.

=====================================

MCNALLY, David [2009], « From financial crisis to world slump : accumulation, financialization, and the global slowdown », Historical Materialism 17 : 35-83.

 

Partager :
Email This Post Email This Post

LE CHOIX DU DÉFAUT

Les ministres des finances de la zone euro ne sont pas parvenus à se mettre d’accord dans la nuit sur l’aide de 44 milliards « à la Grèce » (quelle partie de la Grèce ? qui en Grèce ou ailleurs ?). Raison de plus me semble-t-il pour prendre au sérieux la suggestion que j’ai faite dans Le Monde lundi et reprise ici-même : le défaut de la zone euro dans son ensemble, avec mutualisation de la dette, avec aussi création au niveau de la zone euro d’une chambre de compensation multilatérale telle que proposée par Keynes à Bretton Woods en 1944.

Partager :
Email This Post Email This Post

LOGIQUE D’UN BRETTON WOODS II, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

De la contradiction du départ…

Dans « Back to which Bretton Woods? Liquidity and clearing as alternative principles for reforming international finance », Massimo Amato et Luca Fantacci de l’Université Bocconi de Milan, expliquent clairement l’impasse conceptuelle dans laquelle Étatsuniens et Britanniques se sont enfermés à Bretton Woods. Les propositions de White s’opposaient à celles de Keynes car ils cherchaient un même instrument qui fût à la fois de réserve internationale et de paiement international. L’instrument de réserve devait conserver sa valeur dans la durée ; il imposait que les emprunteurs nets subissent un intérêt débiteur. L’instrument de paiement devait au contraire circuler le plus rapidement possible afin que les déséquilibres de balance des paiements ne s’accumulent pas par le jeu-même des réserves et des intérêts créditeurs. Les objectifs abstraitement convergents dans le nouvel ordre monétaire idéal de White et Keynes s’opposaient dans la réalité et la technique : l’accumulation de réserves en dollars par les États-Unis ne pouvait pas être remis en cause en tant que créance des États-Unis sur le monde ni en tant que rente par la perception d’un intérêt réglé par les débiteurs.

Ni White, ni Keynes n’avait de solution théorique d’équilibre entre le besoin de réserve international et le prix de la liquidité de ces réserves. La notion-même de liquidité internationale était empirique comme elle le reste dans l’actuel système de règlement. La liquidité reflète l’équilibre des échanges réels ; échanges qu’on recherche intenses et denses mais sans certitude de la réalité de l’équilibre entre des intérêts nationaux objectivement différents. L’accumulation possible de réserves en 1944 comme aujourd’hui est présumée une situation d’équilibre même si elle nourrit le doute quant à la solvabilité des zones monétaires débitrices nettes vis-à-vis de leurs non-résidents. La Chine massivement créancière de la zone dollar aujourd’hui n’est pas sûre de la valeur à terme de son pouvoir d’achat international ; elle a remplacé les États-Unis dans le rôle de créancier du monde par la zone dollar. Les réserves accumulées par les États-Unis dans leur propre monnaie pour financer la guerre des alliés sont devenues les réserves des Chinois pour financer le bien-être à terme des Chinois comptabilisé en dollar.

Continuer la lecture de LOGIQUE D’UN BRETTON WOODS II, par Pierre Sarton du Jonchay

Partager :
Email This Post Email This Post

L’HUMANITÉ-DIMANCHE, Reconstruire un ordre monétaire international, 5 – 18 janvier 2012

A paru dans l’Humanité-Dimanche, dans la rubrique « Les défis de 2012 ».

L’article tel qu’il a été publié.

La question d’un ordre monétaire international est cruciale : il est impératif de la résoudre si l’on veut que la sortie de crise de nos sociétés passe par des transitions douces plutôt que par de grands soubresauts dus au fait que l’on se contente de subir les événements.

La question d’un ordre monétaire international avait été partiellement résolue en 1944 à Bretton Woods dans le New Hampshire, lorsqu’a été mis en place le système monétaire international qui devait durer jusqu’en 1971. Deux positions s’affrontaient : la position américaine, représentée par Dexter White au nom des États-Unis et la position essentiellement britannique défendue par John Maynard Keynes, économiste fameux mais qui joua aussi un rôle important en son temps dans la gestion des affaires économiques et financières de la Grande-Bretagne.

La solution qui fut adoptée était déséquilibrée. On était en 1944 et le seul grand pays qui n’avait pas connu la dévastation de son territoire, était les États-Unis, qui s’étaient aussi enrichis partiellement du fait que les Britanniques leur avaient commandé une grande partie de l’armement qu’il était devenu impossible de fabriquer en Grande-Bretagne en raison des bombardements allemands. À cette époque, à eux seuls, les États-Unis représentaient 70% de la richesse économique de la planète en raison du fait que les autres économies étaient à terre.

Continuer la lecture de L’HUMANITÉ-DIMANCHE, Reconstruire un ordre monétaire international, 5 – 18 janvier 2012

Partager :
Email This Post Email This Post