MAINTENANT, CONTINUER À DÉBLAYER

Puisqu’il sera désormais question ici davantage de l’avenir que du présent assimilé aux scories du passé, il faut que tous les efforts se concentrent sur les projets qui font obstacle au basculement vers un monde nouveau et meilleur (et ici-bas !).

L’interdiction de la spéculation fait partie de ces efforts. Au cours des bientôt six ans d’existence du blog, nous avons fait des progrès considérables sur ce plan-là : d’abord, le sujet est désormais présent dans tous les esprits et quelques progrès ont été réalisés sur le plan pratique : les positions « nues » sur Credit-default Swaps ont été interdites au sein de l’Union Européenne, ensuite, la question a bien évolué sur le plan conceptuel : les arguments des amis de la spéculation ont été pulvérisés l’un après l’autre :

–       Non, la spéculation n’est pas « une notion vague » : il s’agit des paris organisés sur les variations de prix.

–       Non, il n’est pas difficile d’interdire la spéculation : il suffit de rétablir dans chaque pays les quelques articles de loi dont l’abrogation l’avait permise.

–       Non, la spéculation n’est pas utile « parce qu’elle apporte de la liquidité » : la spéculation n’apporte de la liquidité qu’aux niveaux de prix spéculatifs, c’est-à-dire reflétant le rapport de force entre les seuls spéculateurs.

Le retour d’un ordre monétaire international, le dernier en date étant mort en 1971, est avec l’interdiction de la spéculation, un autre de ces projets majeurs. Là aussi nous avons progressé de manière décisive sur le plan conceptuel et nous poursuivrons inlassablement dans cette voie.

En mai 2010, je rédigeais ici une Note sur le bancor qui fut intégrée, considérablement étoffée, dans Le capitalisme à l’agonie (2011 : 164-187), Pierre Sarton du Jonchay a consacré de nombreux « billets invités » à la question et un autre effort important est en voie d’élaboration dans le cadre à la fois de la chaire « Stewardship of Finance » et de la mouvance du blog.

David McNally a suggéré de manière convaincante que les produits dérivés sont nés pour pallier les déséquilibres résultant de la fin de l’ordre monétaire international en 1971. Et quand ils appellent au retour du protectionnisme, certains de mes amis ne visent en réalité rien d’autre que la fin de la circulation sans entrave des capitaux spéculatifs, trafic que la mise en place de la chambre de compensation multilatérale internationale prônée sans succès par Keynes à Bretton Woods en 1944, interromprait immédiatement.

L’argument massif contre un retour à la bifurcation Bretton Woods est « Les Américains ne voudront jamais ! ». Cet argument doit être pulvérisé à son tour. J’avance un pion : pourquoi Geithner s’est-il montré en sa faveur en octobre 2010 ? Je reproduis ce que j’écrivais à l’époque dans Le Monde, dans une chronique intitulée précisément Le retour à la bifurcation :

 Mais en affirmant le 22 octobre à Séoul, au cours d’une réunion préparatoire du G20, qu’une pacification des relations économiques entre nations doit se déplacer du plan des devises à celui d’un équilibre de leurs comptes courants et en proposant que ceux-ci ne puissent désormais dévier de plus de 4% en termes de PIB, qu’il s’agisse d’un excès d’importations ou d’exportations, le Secrétaire du Trésor américain Tim Geithner définit la problématique comme John Maynard Keynes l’avait fait en 1944.

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MCNALLY, David [2009], « From financial crisis to world slump : accumulation, financialization, and the global slowdown », Historical Materialism 17 : 35-83.

 

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48 réflexions sur « MAINTENANT, CONTINUER À DÉBLAYER »

  1. L’argument massif contre un retour à la bifurcation Bretton Woods est « Les Américains ne voudront jamais ! ». Cet argument doit être pulvérisé à son tour. J’avance un pion : pourquoi Geithner s’est-il montré en sa faveur en octobre 2010 ?

    Et à ceux qui pourraient avancer que ce seraient les Chinois dès lors qui n’en voudraient pas, on rappellera que c’est Zhou Xiaochuan lui-même, le gouverneur de la banque centrale, qui l’appelait de ses voeux en 2009 : http://www.bis.org/review/r090402c.pdf

      1. Parce que Geithner est comme tous les autres, ses idées d’un jour ne sont plus ses idées le lendemain…Ces gens là ne sont que des bateaux ivres qui changent de cap au gré du vent.
        Quand ça va mal,hop, un p’tit coup de « gauchisme » (tout est relatif ,hein ! ) mais dès que l’on croit l’orage passé, on reprend la position initiale !

        Rien à attendre de telles girouettes : C’est d’ailleurs ce qui manque le plus actuellement…La confiance.
        Pris à leur propre piège !

      2. La volonté de l’un ne fait pas le changement. Parfois, seulement un effet d’annonce.
        Quand l’équipe de France a été battue (vous vous souvenez sûrement du jour et de l’heure de ce drame), Sarkozy a déclaré : « je veux des états-généraux du foot français ». Il les a eu durant un jour ; pour le changement, c’est autre chose.
        Dans un ancien de Reiser (vers 1968), on voit le syndicaliste interpeller les ouvriers : « mais qu’est-ce que vous voulez à la fin ? » Et eux de répondre « on veut la révolution ». Alors le syndicaliste rétorque : « Vous êtes fous ! Les patrons ne voudront jamais ! ».

      3. Et dans un Wolinski de la même époque:
        Les ouvriers: « Nous voulons du pain, du vin et des femmes. »
        Le syndicaliste: « Vous êtes fous, les patrons ne voudront jamais. »

        Un temps de concertation puis
        Les ouvriers: « Et si on supprime le pain, ça va? »

      1. Pour ceux qui aiment le Ercété, RCT, Rugby Club de Toulon, il y a à dire :
        Le Président est Mourad Boujellal, il a recruté (avec son argent) les meilleurs Rugbymen dans les deux hémisphères.
        Le manager de l’équipe est Bernard Laporte, ancien ministre et entraineur de l’équipe de France.
        Aujourd’hui, l’équipe de Toulon est une des meilleures, et gagne de partout.
        Ce club fait beaucoup parler … il a les meilleures audiences sur les stades et à la télé.
        Alors, ça polémique …
        Toutefois, s’ils gagnent (c’est mon avis), c’est qu’ils jouent en équipe solidaire et avec joie, chacun semble avoir retrouvé son cœur d’enfant. « Tout le monde en veut »

      2. @ Christian
        Toulon est bien plus vaste qu’une équipe de rugby. A propos, le numéro dans le dos des joueurs c’est leur cote en Euros ? La financiarisation du sport, c’est bien ça ? Facile, jamais rien compris aux règles…

        Toulon donc et même deux fois. Mais seule la première vaut.
        Même,  » Obama « se rend à Toulon » » , au figuré s’entend.
        Oui, Toulon, si étendu, pourrait être jumelée avec Osawatomie, Kansas, USA.
        Oui, Geithner avait de prestigieux prédécesseurs.

      3. Je n’ai pas tout compris Daniel !
        J’suis plus tout jeune et mes connaissances en finances proviennent de ce que j’apprends ici sur ce blog. J’y associe Toulon pour ce qu’en dit Paul Jorion sur le discours qu’y fit Sarkozy.
        Par contre, Toulon est la ville où je jouais au rugby dans un club amateur de division inférieure, il m’en restera toujours de merveilleux souvenirs. Et aujourd’hui, alors que le pognon pourrit tout, je retrouve chez ces pros l’enthousiasme et une façon d’être sur le terrain qui est un exemple pour de nombreux jeunes.
        Et nombreux sont les enfants qui touchent à ce sport et y grandiront.

        Je savais Vigneron que tu aimais le rugby, j’ai connu ce stade alors que les tribunes étaient en bois (années 50). Quelle fierté de jouer en ouverture des matchs du RCT. Et lorsque nous nous déplacions avec la réputation de la ville, on devait assumer, prendre et rendre les torgnoles.
        Parce que Toulon.
        http://senioractif.over-blog.com/album-179644.html

      4. Le Rugby, c’est de la poésie et la vie même, collective surtout. C’est du moins ce que j’ai expérimenté dans mon jeune temps en A.S. du lycée. Et justement en ce temps-là, le pognon était largement ignoré, et pas seulement qu’au niveau scolaire. Y’avait des arrangements – telle boite, dont le patron tournait dans l’ U.S., embauchait de préférence des joueurs de l’équipe. Et c’était efficace, j’ai travaillé 2 mois avec eux: des Turcs à la manoeuvre, une armoire à glace sportive pour commander la manoeuvre,8 heures durant et pas un raté.
        La poésie, la vie, la vraie, quand vous vous relevez de la mêlée la tronche dévissée, vous voudriez pas m’en empêcher, quand même?

        Retour à Sarkozy, Obama et les autres. Osawatomie, donc et pas la ville des naufrages, beaucoup de naufrages, bateaux – plusieurs fois- et espérances -une fois suffit-.

        QUAND M. OBAMA SE REND À TOULON http://www.pauljorion.com/blog/?p=31717

        [...] il ne suffit pas de « dire les choses comme elles sont », il faut encore agir en conséquence, et poser les actes qui découlent logiquement de la brillante analyse qu’on en a faite.

      5. Le sport de haut niveau est devenu un « bizness » comme les autres basé sur la compétition et la gagne à n’importe quel prix.
        Ce n’est plus qu’une déclinaison du capitalisme financier dans lequel on retrouve tous ses travers : circulation d’énorme masses d’argent; spéculation sur les matches et sur les joueurs; corruption des instances, dirigeants , joueurs ….
        Les clubs les plus riches ; grâce à l’apport de fonds d’origine non contrôlée (potentats, blanchiement, mafia …) achètent les meilleurs joueurs pour avoir le meilleur rendement financier.
        Les joueurs s’expatrient pour gagner plus et payer moins d’impôts …
        Tout ceci est un cirque indécent et inepte.
        Cela rappelle le « Donnez leur du pain et des jeux » pendant l’effondrement de l’empire ROMAIN.
        Le rugby professionnalisé n’échappe malheureusement pas à la règle.

      6. Je comprends mieux Daniel, merci.

        Tur, c’est le genre de généralisation inacceptable.
        Tous pourris, tous pareils …
        Hé bien non ! Il y en a qui, et d’autres que …
        D’abord commencer par soi, puis autour de soi.

      7. quelle généralisation ? vous le dites vous même « Et aujourd’hui, alors que le pognon pourrit tout », cela concerne malheureusement le RUGBY .
        De plus, cela ne veut plus rien dire de soutenir un club plutôt qu’un autre à partir du moment où quasiment plus aucun joueur n’est natif de la ville ou de ses environs .
        Je ne m’étendrai pas sur Bernard LAPORTE qui est avant tout un homme d’affaire(s) …dans divers jeux ….
        Pour conclure , je signale aux connaisseurs, que je suis un inconditionnel du ballon ovale et que j’ai eu la chance d’avoir par le passé durant 1 saison,Claude LABORDE comme entraîneur.

  2. « Il faut que tous les efforts se concentrent sur les projets qui font obstacle au basculement vers un monde nouveau et meilleur (et ici-bas !). »

    Tout à fait d’accord, cher Paul. Mais je ne pense pas (ou plus) que de simples pressions suffiront à convaincre les bastions du vieux monde de céder à nos désirs. L’obstacle n’est pas constitué de leurs projets régressifs, mais des bastions eux-mêmes.
    Ces bastions, on les connaît parfaitement : les places financières, les banques… Tant que ces bastions n’auront pas mordu la poussière, ne nous berçons pas (ou plus) d’illusions, aucun nouveau monde ne sera possible.
    Non, il n’y aura pas de « hollandisme révolutionnaire »,pas plus que d’interdiction significative de la spéculation sur les variations de prix, pas plus que de régulations des banques par leurs acolytes politiques corrompus. Il n’y aura rien que des emplâtres pour permettre au vieux monde moribond de gagner du temps.
    Par contre, ces bastions sont considérablement fragilisés par la « Grande perdition ». Aidons-les à mourir. En douceur si possible (mais pas forcément que).
    Ce sera le sens de mes vœux 2013 — « Inversons la ‘stratégie du choc' » — déjà rédigés et en ligne dès le 1er janvier de l’an à suivre (j’ai quelques idées sur la stratégie et lui consacrerai mes prochains petits billets).
    En attendant 2013, « l’année du choc », bonne fin d’année 2012 à tout le monde 😀

    1. @ Le Yéti
       » Ces bastions, on les connaît parfaitement : les places financières, les banques…  »
      et enfin les politiques qui se font des fortunes grâce à ces deux-là .
      Cf le lien qu’a donné vigneron il y a peu de temps sur la fortune des 8 familles en Chine capitaliste .
      Qu’on ne vienne pas me dire ici que la Chine est une exception .

    2. Certes cher Ami, mais alors, était-il inutile, en pleine deuxième guerre mondiale? Au moment où les forces de l’Axe sont à l’apogée, que certains réflechissaient à ce que devrait être notre pays après l’effondrement des bastion, militaires, économique, politiques Allemands et de leurs collaborateurs nationaux?
      C’est grâce à cette reflexion au moment le moins crédible, que le CNR a pu imposé une véritable révolution sociale et sociétale.

      Paul nous disait, qu’on passerait des coalitions(on y est) aux conseils nationaux puis aux comités de salut public.
      Paul ensemence, avec d’autres pour qu’après les explosions de système qu’il prévoit, aux moments ultimes des crises, des projets humanistes et progressistes seront prêts pour s’imposer à ceux des ploutocrates(car ils en auront un) et à ceux, tout prêts des porteurs de calottes.

      Le prochain comité de salut public mondial devra savoir qu’il faudra un truc pacificateur de style bancor, une interdiction des paris sur la fluctuation des prix, ect…
      Des positions sur lesquels il devra y avoir consensus, à ce moment là chez tous les décideurs de bonne volonté,.

      1. @ Kerjean

        Le CNR, c’est après une guerre qui a fait des centaines de millions de morts !!! Commençons d’abord SVP par essayer une modeste « chute du mur de Berlin » 😉

      2. Des positions sur lesquels il devra y avoir consensus, à ce moment là chez tous les décideurs de bonne volonté,.

        Voilà bien une position qui vous a été apportée par le père Noël.

      3. « L’obstacle n’est pas constitué de leurs projets régressifs, mais des bastions eux-mêmes. » (Le Yeti)

        Les bastions en question on besoin pour affronter les difficultés du soutient des uns et de l’acceptation passive ou fataliste de beaucoup d’autres: il importe de dire pourquoi les choses ne peuvent pas redevenir « comme avant » et de montrer qu’il ne s’agit pas de catastrophes naturelles dont on pourrait au mieux atténuer les effets comme prétend le faire le PS.

        Mais surtout il ne semble pas raisonnable de supposer qu’une fois ces bastions renversés un monde acceptable résultera des seuls désirs de ceux qui les auront renversés: d’une part on a déjà donné, d’autre part les conceptions que presque tous partagent sur l’argent, le travail, les ressources disponibles, etc, font que seul un désastre d’une grande ampleur les rendraient caducs aux yeux de beaucoup.

      4. @ G L

        « Mais surtout il ne semble pas raisonnable de supposer qu’une fois ces bastions renversés un monde acceptable résultera des seuls désirs de ceux qui les auront renversés »

        Bien sûr que non, voilà pourquoi les travaux de pionniers des Jorion, Lordon, Todd et autres sont si importants pour défricher le terrain du monde nouveau.
        Mais tant que les bastions du vieux monde seront sur pieds et encore un tant soit peu vivants, rien ne sera possible.
        Je pense qu’il arrive toujours un moment où il faut se résoudre à précipiter l’issue d’une crise, plutôt que de la retarder. Je pense que ce moment est désormais arrivé. « L’agonie du capitalisme » annoncée par Paul et quelques autres n’est pas un vain mot. Et une agonie, ça se termine par la mort du malade. Passé un stade, l’acharnement thérapeutique ne peut rien apporter de bon. Rappelons-nous que les plus grandes avancées sociales sont intervenues pendant les périodes de grande crise.

      5. @Yeti
        contentons nous de plusieurs dizaines(80) c’est déjà pas mal. Quelques centaines, ça sera pour la troisième.

        Peu importe, ça ne se compte pas en terme de nombre de mort mais de cassure dans la légalité, la normalité.
        La Revolution de Velours n’a pas fait des milliers de morts et pourtant elle fait des avancées significatives.

        1792, c’est pas des millions de morts, mais c’est des gens qui avaient réfléchi et apporter quelques idées forces qu’ils ont pu instaurer dans un moment de vacance.

        Idem avec la république qui s’impose en France suite au désastre de 1871.

        Or, depuis 6 ans, Paul nous parle de capitalisme à l’agonie et de méga crises à venir. C’est pour ce moment là, quand il y aura vacance qu’il faut préparer les esprits.

    3. Yeti,

      Bonne remarque. Je propose de dire que les Americains ne sont pas les financiers de Wall Street. Seul un abus de pouvoir de ces derniers les autorise a parler pour tout leur pays.

  3. Il y a un premier travail de déblayage à faire… notamment à destination des journalistes.
    Lors d’une interview toute récente à la RTBF, lorsque vous avez abordé ce sujet, le journaliste s’est tout de suite raidi : « Mais alors, vous voulez fermer la bourse ? ».

    Je pense qu’il faut aussi observer que le mot « spéculation » (dans son sens le plus vague) est intégré au vocabulaire de beaucoup de monde, à tort ou à raison : est-ce qu’on ne « spécule » pas sur les variations de prix des billets d’avion low-cost, par exemple ? Pour ne pas parler des fluctuations des prix de l’énergie ou de l’immobilier, qui touchent à la vie quotidienne de ceux qui sont ou se veulent encore propriétaires… et influencent certains choix de vie à moyen ou court terme.

    Le mot « spéculation » lui-même est devenu flou, comme les pratiques qu’il recouvre, lesquelles ont réussi à se faire admettre comme nécessaires… ou naturelles.

    A un niveau plus profond, je pense qu’il ne faut pas sous-estimer l’attachement de M. Tout-le-Monde aux valeurs du « Gambling », via le fantasme du « Coup de Poker », du « Ouïnne For Laïfe », etc. Il y a une admiration très répandue pour les figures amorales de la finance spéculative. Dans l’imaginaire contemporain, la figure archétypale du « Trickster » revient en force… figure que le trader moderne ou l’homme politique sans scrupule (Sarkozy) peut sans peine prétendre incarner.

    Bref, un beau panier de crabes…

    1. Mais est ce que le terme  » vouloir fermer la bourse », n’est pas une accusation destiner à leurrer l’observateur en faisant passer Paul Jorion pour fantaisiste et l’obligeant à répondre sur unenquestion qui ne se pose pas en ces termes. Celà m’avait frappé lors d’un débat entre Paul Jorion et Catherine_Lubochinsky lors d’un Ce soir ou jamais en 2010 je crois ou elle avait employé exactement la même phrase.

      1. Il y a à mon avis, plusieurs dimensions à cette question « Vous voulez fermer la Bourse ? ».

        La première, c’est que pour certains la Bourse est le symbole le plus fort de l’Ancien Régime auquel ils s’identifient. Si vous leur dites : « Oui je veux fermer la Bourse ! », vous êtes l’ennemi et ils feront tout pour vous annihiler. Si vous leur dites, comme je le fais : « Non, mais le prix des actions doit se déterminer par fixing », il est possible de continuer à discuter.

        La seconde, c’est un test sur ce que vous comprenez à la finance et à l’économie. Si vous dites : « Oui je veux fermer la Bourse ! » et qu’on vous demande alors pourquoi et comment, sûr comme un et un font deux, vous arriverez en quelques phrases à vous déconsidérer parce que vous révélerez rapidement qu’il y a des aspects importants de la finance auxquels vous ne comprenez rien. La question est donc aussi une piège : une invitation à ce que vous vous déconsidériez.

        Il faudrait que je réécoute l’entretien pour me rappeler ce que j’ai dit exactement, mais vous connaissez ma réponse habituelle à la question : « Pourquoi faudrait-il fermer la Bourse : il existe un marché secondaire pour tout (y compris sur eBay pour tout ce qui passait pour invendable il n’y a pas longtemps), pourquoi n’y en aurait-il pas un pour les actions ? Ceci dit, il n’y a pas de raison pour que le prix des actions varie tout les deux millièmes de seconde : une fois par jour pour les grandes compagnies et une fois par semaine pour les petites suffit entièrement… »

        En répondant comme cela, je passe peut-être pour un ennemi mais au moins pour un ennemi avec qui on pourrait éventuellement parvenir à un compromis, voire même à une reddition honorable… Et, avantage supplémentaire, je dis vraiment ce que je pense.

      2. Bonjour à tou-te-s
        Bravo pour cette évolution constructive
        Merci à tou-te-s
        et bon petit bout d’An !

        « Dédicace 2013 »

        « Continuer à déblayer »
        Incite le fameux Paul Jorion
        Qui préfère ainsi égayer
        Le quotidien et ses questions !

        Après 2-mille-douce pas si douce
        Arrive 2-mille-tresse, gare aux fesses
        Pas la peine d’en avoir la frousse
        Car nous sommes capables de prouesses !

        Haro sur la spéculation
        Qui détraque la façon des prix
        En pariant sur leur variation
        Avec du réel le mépris !

        Ordre monétaire pacifié
        Déjà prôné mais sans succès
        Le bancor serait sanctifié
        Facteur d’équilibre sans excès !

        Pas question de fermer les bourses
        Justes marchés pour échanger
        Des actions mais sans faire la course
        Place au fixing sans déranger !

        Signature : luami CREER
        « Un médiateur d’ l’innovation
        Qui allie raison et passion
        Pour mieux vivre le temps restant
        Et en partager les instants ! »

        Bon voyage dans la Vie !
        http://luami.viabloga.com

      3. Objection votre honneur ! Où est votre pensée ? Le compromis ou la reddition ? Y a comme qui dirait une nuance de taille, de pierre de taille comme d’achoppement. Sauf si votre pensée s’écoule comme la rivière au travers de la roche vers l’océan, auquel cas, nulle objection votre honneur.

      4. Quand Michel Visart dit dans l’interview sur la RTBF « Mais vous voulez fermer les bourses !? », il me semble faussement naïf, connaissant lui-même la réponse. Visart ne me semble pas hostile, mais jouer un rôle de journaliste faire-valoir en amenant Paul Jorion à préciser sa pensée.

      5. En répondant comme cela, je passe peut-être pour un ennemi mais au moins pour un ennemi avec qui on pourrait éventuellement parvenir à un compromis, voire même à une reddition honorable…

        C’est qu’en plus il serait bon diplomate, le Jorion ! Pour ma part, je ne peux que plussoyer cette position. De manière générale, il me semble toujours préférable de laisser des portes de sortie à l’autre dans un conflit quel qu’il soit. L’humiliation du perdant par le vainqueur n’amène jamais rien de bon.

    2. C’est vrai qu’il faut sortir de ce mot spéculation et revenir à pari, on peut spéculer sur son avenir étant adolescent, mais ce n’est pas un pari (un pari, c’est gamin).
      C’est un peu comme avec l’argent, la double signification de la monnaie et du métal précieux, aide bien la cuisine financière, mais si on dit: « le temps, c’est de la monnaie », le soufflet retombe (enfin si on a une culture Française, ce n’est pas vrai aux states).
      Et évidement c’est la même chose pour prix et valeur ( 🙂 ).

  4. Bien sûr qu’il ne suffit pas d’avoir la bonne analyse des solutions pour qu’elles se réalisent, mais il me semble que les efforts de Paul portent beaucoup aussi sur le partage de ces idées avec des gens des milieux économiques et financiers, sur la recherche de convergences et de dialogue avec eux. Son travail et celui de quelques autres pourraient amener, à l’occasion d’une quelconque catastrophe, à un revirement d’opinion progressif des décideurs. Ce que j’aime dans sa façon de penser « l’époque », est qu’il s’adresse à de simples électeurs comme nous, mais aussi à ses collègues économistes et aux homme politiques — bref qu’il essaie de couvrir le territoire de la décision politique. Normalement, les bastions tiennent au-delà du raisonnable, mais quand ils s’écroulent, c’est parce que ce genre d’action a été mené longtemps et avec conviction.

    1. […]le partage de ces idées avec des gens des milieux économiques et financiers, sur la recherche de convergences et de dialogue avec eux. Son travail et celui de quelques autres pourraient amener […]

      La finance appauvrie, vide les budgets publics, tue, met au chômage, mutile la Terre etc…
      Les agents de la finance sont-ils mieux que la technique qu’ils servent ?
      Peut-on éviter l’identification entre l’homme et ses oeuvres, quand eux-même disent s’y consacrer en entier ?

      Ils sont méprisables, quoique individuellement récupérables et sans doute spontanément capables d’amendements, du moins je l’espère.
      Discuter avec l’ennemi finance est inutile, les haranguer pour qu’ils changent est une perte de temps.
      Mais on peut les utiliser…
      Espérer un retour au bien commun (« convergence ») ? Est-il même souhaitable ?

      L’opinion publique est la seule à convaincre.
      Le seule option est de retirer leur joujou de leur main, la spéculation.
      A partir de là, le restant – 20% du total – pourra faire un métier sans acrobatie, calme et reposant, donc utile au bien commun. Au point qu’ une nationalisation du Crédit ne serait pas un drame.

  5. Le truc, c’est qu’il y a souvent un double discours, entre une position national et un cadre de réflexion mondial.
    (par exemple, dans ma partie: http://www.momagri.org/FR/comite-de-parrainage.html
    le même Henri Brichart est capable à la FNPL de dire qu’il faut supprimer la régulation par les quotas, d’augmenter la productivité par unité de main d’œuvre, etc… et adhérer à momagri qui a le discours inverse….., ça doit être un fan de Chirac) .
    L’inertie des discours, les petites phrases partisanes (qui font qu’on est bien entre nous), l’incapacité d’expliquer une situation, sans qu’elle ne ce résume à une phrase à l’emporte pièce (vous êtes contre la croissance, etc…), tout cela (et la volonté de garder sa place) empêche qu’une réflexion mondial puisse être dite à une échelle nationale (et c’est l’intérêt de « la survie de l’espèce » de faire le chemin inverse).

  6. Que penseriez-vous de l’obligation de détenir des actions un peu plus longtemps avant de les revendre? Quand on achète un bien immobilier, il faut faire enregistrer l’achat chez un notaire. Cela prend souvent plus de deux mois. Un système similaire pour les valeurs mobilières ne ralentirait-il pas considérablement la spéculation. Par ailleurs, un achat immobilier implique de payer les travaux qui s’avèrent nécessaires pour maintenir le bien en état correct: pourquoi l’acheteur d’une action, bien  »informé » aurait-il le droit de la revendre sans prendre sa part des pertes éventuelles de l’entreprise qu’il abandonne?

  7. Il y a quelque chose d’ignoble dans la spéculation, mais qui ne se voit pas. Quand des joueurs parient dans un combat de coqs, les seuls à en souffrir sont les coqs, les perdants ne perdent que leur mise, ils n’en mourront pas, et si ce sont des accrocs qui se ruinent c’est leur problème. Quand on parie sur des fluctuations de prix, il peut sembler que le « jeu » porte simplement sur des pronostics plus ou moins bons, et que les parieurs, réputés faire ce qu’ils veulent de leur argent, n’engagent que celui-ci. Mais derrière ces fluctuations de prix, il y a des être humains, hommes femmes et enfants, qui se battent au quotidien pour leur survie. Bien sûr, aucun spéculateur ne parie explicitement sur les uns plutôt que sur les autres : ils ne voient, et ne veulent voir, que des titres financiers, c’est-à-dire un jeu de cartes à l’échelle planétaire. Mais, au-delà de cet écran, c’est bien sur la vie d’êtres humains qu’ils parient, et dont ils réduisent la condition à celle d’un combat de coqs dans une arène. C’est cela qui est ignoble, et c’est d’abord pour cela que la spéculation doit être interdite, comme l’a été la peine de mort.

    1. Comme d’habitude c’est un essai… qui contient forcément des raccourcis, des inexactitudes.
      Si je n’aborde pas le sujet comme Crapaud Rouge, les conclusions sont identiques.

      Qu’on se le dise et le répète, la spéculation n’est du vol légalisé qui enrichit certains au détriment des plus faibles, des moins informés.
      – Dans le cas de bulles spéculatives, la plupart des parieurs sont passifs. Une minorité est active, elle sait ce qu’elle fait et saura se retirer à temps. Elle gagne à tout coup ou presque. Elle entraînera une masse plus importante de personnes plus naïves : pourquoi pas moi se disent-elles ? Puis la spéculation se retournera contre ces parieurs inexpérimentés qui seront les dindons de la farce : ils auront acheté cher, en s’endettant un bien qui perdra une partie significative de sa valeur. C’est ce qui s’est passé en Irlande et en Espagne dans l’immobilier. Le résultat final est visible : des maisons saisies, des maisons inachevées, des maisons vides.
      – Concernant les matières premières, le schéma est le même mais l’épilogue est moins visible car toutes les matières premières finiront par être vendues tôt ou tard.
      – En termes de souffrance, je rejoindrais la position de Crapaud Rouge : ceux qui souffrent sont ceux qui triment à la production de ses matières premières, pas les paysans de la Beauce bien sur, mais les petits producteurs de Café, Cacao, les ouvriers travaillant dans les mines qui deviennent des produits jetables. On trime pour un salaire de misère quand les prix sont à la hausse, on se fait jeter comme un malpropre quand les prix sont orientés à la baisse.

      En début de cycle, les bénéfices, les revenus s’engrangent quand le marché est à la hausse. Il y a peu de perdant dans cette première phase haussière. Tant que le marché est à la hausse :
      – Dans l’immobilier, les promoteurs font des bénéfices considérables lors des premières ventes comme les premiers parieurs particuliers qui ont pu revendre leurs biens au bon moment. Quand les prix montent, les intermédiaires, les constructeurs, les banques, les agences immobilières, l’Etat (droits de mutation), les intermédiaires financiers retirent des bénéfices sous forme de revenus ou de marges supplémentaires.

      En fin de cycle, lorsque les prix s’écroulent, et qu’on revient au prix d’avant la bulle, il est possible déterminer qui a perdu et de qui a gagné.
      – Le particulier qui achète tôt mais ne revend pas ne gagnera rien, tout au plus aura t-il caressé l’espoir un moment d’être plus riche d’une plus value aussi imaginaire que passagère.
      – Les établissements de crédit ont augmenté leurs volumes de crédit, ont gonflé leur actif et engrangé des d’intérêt. Dans la face d’euphorie, elles auront distribué plus de salaires, de bonus à certains de leurs employés. Comme elles ne savent pas s’arrêter, elles s’engageront trop jusqu’au retournement de la bulle. Les gains passés seront effacés par des provisions pour défaut de paiement. Dans certains, elles seraient en quasi dépôt de bilan si une Banque Centrale n’était venu opportunément à leur secours pour injecter ou prêter les liquidités manquantes
      – Les promoteurs immobiliers, après avoir enregistré des ventes juteuses, se retrouveront avec un parc d’invendus et des dettes impossible à rembourser. Certains feront faillite laissant à la communauté le soin d’éponger leurs dettes.

      En fin de cycle, on se retrouve avec un stock de maisons invendues, des ménages et des promoteurs surendettés, des banques dans l’incapacité de récupérer une partie de l’argent prêté. Concernant les matières premières, il y aura des surstocks que ne pourront porter certaines entreprises qui feront alors faillites.
      Les salariés du bâtiment et de l’équipement des maisons seront directement affectés, pour certains se sera à nouveau le chômage.
      Le ralentissement de l’économie sera à la mesure de la croissance supplémentaire générée par la Bulle

      Premier bilan d’un cycle de bulle,
      – certains ont acquis un patrimoine immobilier qu’ils n’auraient jamais pu se constituer en période normale
      – d’autres ont touché des revenus exceptionnellement élevés pendant la montée de la bulle
      – d’autres ont pu travailler et gagner leur vie pendant la phase de monter de la bulle.
      – des stocks de maisons vides, saisies ou à l’abandon, ainsi que des stocks de matières premières dévalorisés restent sur le carreau.
      Le tout, grâce aux liquidités créées par les crédits bancaires qui ont nourri et entretenu la bulle, en contrepartie d’argent dette, c’est à dire de crédit en défaut de paiement.

      C’est à nouveau un excès de crédit, un excès d’argent dette qui est à l’origine de cette spéculation.
      – Le crédit nourrit la spéculation, le crédit nourrit ce vol légalisé.
      – La distribution du crédit n’est pas à mettre entre toutes les mains.

  8. On ne peut « déblayer » proprement une idéologie si on ne connait pas bien ses ennemis :
    Pour de nombreux militants du libéralisme que l’on peut trouver sur les blogs Yankees et frenchies l’équation : KEYNES=SOCIALISME est une formule illustrant leur prêt à penser. C’est à pleurer mais cela fait parti des dogmes. Et là, pour invalider cette équation/religion chez des sujets jeunes à qui la société offrira les emplois de managers les mieux payés, il va falloir lutter.

  9. Rétrospective 2012 sur les conférences dans ma région, en espérant que 2013 sera aussi fécond et permettra à d’autres d’ouvrir leurs horizons et contribuer à refonder la société.

    Préalables : Une information aussi fiable que possible est la clef pour ouvrir les portes de la compréhension, des décisions, des actions.

    Satisfaction : public nombreux pour les vedettes
    Regret : public clairsemé pour les autres alors que la qualité et la pertinence sont largement au rendez-vous.

    Liste non exhaustive des conférences 2012 :
    Jean Ziegler, André Cicolella (santé), Nicolas Lambert (histo du nucléaire), Pierre Rabhi et les Colibris, Alain Grandjean, Negawatt, Marie-Monique Robin, Jean-Paul Jaud (film « Tous cobayes ») et nos locaux : Jacques Muller (EELV, ex sénateur), Jean-Marie Brom (physicien nucléaire IRES), …….. et cerise sur la gâteau : PSDJ.

    Meillleurs voeux 2013 à toutes ces personnes engagées qui nous éclairent.

  10. Spéculation

    Je ne suis pas du tout convaincu par les considérations morales qui sont invoquées pour mettre un terme à la spéculation. C’est en quelque sorte faire oeuvre pour tous ceux qui en font, d’action liberticide et là ils entraînent peu ou prou la sympathie du plus grand nombre qui n’aime pas que l’on revienne sur ses libertés. Revenir sur une Liberté est donc quasi impossible.

    Par contre développer les arguments comme PJ l’a fait sur France Culture, que c’est devenu un prélèvement insupportable sur l’économie réelle, là, je crois qu’il y aura du monde pour appuyer cet argument appuyé par des faits. La goiffrerie de quelques uns contre l’intérêt du fonctionnement des entreprises et du développement, le rapport de force pourrait changer de camp ?

    1. Un complément du post précédent.

      Les mécanisme de la spéculation sont toujours semblables :
      – Toute spéculation se traduit par une bulle,
      – Tout bulle permet à ceux qui connaissent le mécanisme d’en tirer profit, de s’enrichir.
      – L’enrichissement de certains se concrétise lors de la montée de la bulle.
      – Contrairement à ce qu’on laisse croire, l’enrichissement ne se concrétise pas au travers de la valeur supplémentaire acquise par le bien objet de la spéculation mais dans les services périphériques qui permettent de mettre ce bien sur le marché. Cet enrichissement se fait par ponction d’argent dette, qui n’a jamais existé qui ne jamais remboursé (tout ou partie)

      La spéculation accapare, détourne et finalement vole » du crédit. C’est un prélèvement systématique et récurrent qui est détourné, et cela au dépends des besoins de l’économe réelle.

      Pour reprendre la conclusion de @Genetais , « C’est devenu un prélèvement récurrent et insupportable sur l’économie réelle ».

      Le volet morale pourrait être développé… il viendrait noiricr le tableau

  11. Inutile de « vouloir » la révolution : on sait ici que dans l’état du système (au sens le plus global du terme) elle se fera. Et d’ailleurs le volontarisme en ce domaine a déjà prouvé ses facultés de mener aux reculs. Quel sera le « vol de papillon » qui mènera à la « catastrophe » – au sens physique du terme – nul ne le sait ni ne le maîtrise. De quelles barbaries ce basculement s’accompagnera, on ne sait… mais ces barbaries ne sont-elles pas déjà là ?
    Alors que faire ? Penser, penser collectivement et encore penser, semer, semer, et encore semer dans le but qu’il y ait suffisamment d’hypothèses et de gens pour les porter afin de sortir de la période de seigneurs de la guerre qui est la notre.
    Sur le plan économique, sur le plan écologique, sur le plan politique, sur le plan humain…
    Et ce blog est, heureusement, un élément de cette démarche.
    Et bonne année à tous

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