De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Ouvert aux commentaires.

I- La « mentalité primitive »

Jacques Athanase GILBERT

Votre parcours est particulièrement atypique, marqué en particulier par cette étonnante transition du chercheur au blogueur. Au-delà, votre pensée s’enracine dans le champ de la transdisciplinarité, empruntant à la fois à la philosophie, à l’anthropologie, à la sociologie et à l’économie. Comment appréhendez-vous cet itinéraire ?

Continuer la lecture de De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Partager

De l’anthropologie à la guerre civile numérique (XIV), Les règles comptables, entretien réalisé le 21 mars 2016

Jacques Athanase GILBERT

La dématérialisation de l’économie se fait au détriment des travailleurs. La réalité objective n’est-elle pas une réalité de prédation ?

Continuer la lecture de De l’anthropologie à la guerre civile numérique (XIV), Les règles comptables, entretien réalisé le 21 mars 2016

Partager

France Info – Un monde d’idées, mardi 10 novembre 2015

jorion

Je me suis entretenu avec Olivier de Lagarde au sujet de « Penser tout haut l’économie avec Keynes » dans son émission « Un monde d’idées ».

Partager

Le Journal du Dimanche, Paul Jorion : « On ne joue pas avec l’arme monétaire », le 11 octobre 2015

Paul Jorion : « On ne joue pas avec l’arme monétaire »

Bruna Basani : L’économie américaine peine à créer des emplois et déprime les marchés, sommes-nous à la veille d’un nouveau krach ?

Les marchés font plutôt le constat que nous sommes face à une stagflation qui bloque la reprise de l’économie et non pas face au scénario de type « subprimes » qui avait ébranlé leur confiance en 2008. Mais cela crée de la volatilité. Et il y a un facteur aggravant car on réalise dans le même temps que les entreprises innovantes ne créent pas beaucoup d’emplois. Elles génèrent du temps partiel et des jobs précaires. C’est pour cela que l’écart se creuse, en particulier outre Atlantique, entre la courbe du chômage et celle du sous-emploi en forte progression qui, elle, intègre les postes à mi-temps.

Continuer la lecture de Le Journal du Dimanche, Paul Jorion : « On ne joue pas avec l’arme monétaire », le 11 octobre 2015

Partager

Trends – Tendances, Les questions économiques neutres et « apolitiques » et… les autres, jeudi 27 août 2015

Les questions économiques neutres et « apolitiques » et… les autres

Imaginons que l’on prenne une mesure conforme au fonctionnement de l’économie telle que le décrit la science économique, il serait logique de considérer que cette mesure est indépendante de la variété des opinions que l’on rencontre, qu’elle est neutre et « apolitique » et que son traitement peut donc être « purement technique ».

Continuer la lecture de Trends – Tendances, Les questions économiques neutres et « apolitiques » et… les autres, jeudi 27 août 2015

Partager

IMAGINE, demain le monde : À bas le court-termisme !,
N° 109, mai-juin 2015

IMAGINE, demain le monde, mais aujourd’hui en librairie. Ma chronique pour ce magazine.

À bas le court-termisme !

« À bas le Court-termisme ! », et j’ajouterai aussitôt : « Et honte à l’obsolescence programmée ! »

Voilà des choses qui devaient être dites !

Et maintenant ?

Maintenir notre bonne planète en état pour que nous continuions d’y vivre est une exigence essentielle. En tirer le maximum de profit dans le minimum de temps est au contraire le meilleur moyen de la rendre invivable à brève échéance ; certains cycles physico-chimiques essentiels comme ceux de l’azote ou du phosphore sont déjà menacés.

Continuer la lecture de IMAGINE, demain le monde : À bas le court-termisme !, N° 109, mai-juin 2015

Partager

Keynes : Le « profit comptable » nous empêche de voir grand

Le 19 avril 1933, John Maynard Keynes est invité à donner la première des « Finlay Lectures » à University College à Dublin. Dans cette conférence, il évoque spécifiquement la situation irlandaise. Il en réécrira le texte, en le décontextualisant et en en généralisant le propos. L’article paraît sous le titre de « National Self-Sufficiency », l’autosuffisance nationale, dans deux numéros successifs du New Statesman : le 8 et le 15 juillet ; il paraît également aux États-Unis, dans la Yale Review dont le numéro est daté de juin 1933.

Keynes se prononce en faveur de l’autosuffisance. Il s’enflamme à son habitude contre la libre circulation des capitaux à vocation spéculative et déclare que

« Je me range […] aux côtés de ceux qui voudraient restreindre l’intrication des nations, plutôt que de ceux qui voudraient la voir s’étendre. Les idées, le savoir, la science, l’hospitalité, les voyages – telles sont les choses qui de par leur nature devraient être internationales. Mais faisons en sorte que ce qui peut être fait chez soi le soit autant qu’il est raisonnable et pratique de le faire, et, surtout, faisons en sorte que la finance soit essentiellement nationale » (Keynes [1933] 1982 : 236).

Les propos sont convenus et ne reflètent guère l’enthousiasme qui caractérise généralement les interventions orales de Keynes. On ne peut manquer de se demander si le thème de l’autosuffisance ne lui a pas été imposé par le cadre ou par ses hôtes et qu’il se contente là de les obliger.

Continuer la lecture de Keynes : Le « profit comptable » nous empêche de voir grand

Partager

LE MONDE, « Réalité comptable » et vérité, lundi 17 – mardi 18 mars 2014

« Réalité comptable » et vérité

Dividendes accordés aux actionnaires en hausse, bonus accordés aux dirigeants des mêmes entreprises en hausse eux aussi, alors que leurs résultats sont en berne. Ne s’agit-il pas pourtant pour ces deux postes, dividendes et bonus, de parts prélevées sur les bénéfices ?

M. Antony Jenkins, patron de la banque britannique Barclays depuis août 2012, époque où celle-ci avait été décapitée suite au scandale de la manipulation des taux LIBOR, détient peut-être la clé du mystère.

À son entrée en fonction M. Jenkins avait promis de mettre un terme à la culture d’avidité et de corruption qui avait conduit à la déchéance de la banque, assurant en particulier qu’elle renouait avec le quakerisme de ses origines. Or, malgré ses bonnes intentions, le chef de la Barclays est aujourd’hui sur la défensive pour avoir augmenté les bonus de 200 millions de livres (240 millions €) alors que les chiffres de sa banque sont en baisse. M. Jenkins a affirmé que si une banque cesse de verser de gros bonus, « elle entre dans une spirale mortifère. Votre image de marque se détériore et vous pouvez très rapidement tomber de la première à la deuxième ou à la troisième division… ».

Le patron de la Barclays aurait pu dire que le meilleur moyen de devenir riche est d’avoir déjà l’air d’être riche. La banque BCCI l’avait bien compris au temps de sa splendeur dans les années 1980 : elle avait obtenu de quelques milliardaires, contre rémunération, qu’ils affirment confier leurs intérêts à la banque – ce qu’ils se gardaient bien de faire par ailleurs. Quand la BCCI s’avéra être une usine à traiter l’argent sale, elle s’effondra.

Plus le climat se détériore, plus il est important pour apparaître différent des autres, d’avoir l’air en bonne santé, et donc d’augmenter les dividendes distribués et les bonus attribués. Principe contradictoire avec le fait qu’il s’agit de postes alimentés par les bénéfices et, moins ceux-ci sont substantiels, plus minces devraient être les sommes à distribuer. Certains critiques de Jenkins le lui ont rappelé : réduisez la manne à distribuer au prorata de la baisse des bénéfices et si certains employés ne peuvent être pénalisés selon vous à aucun prix, modifiez le barème en leur faveur.

Augmenter dividendes et bonus quand l’entreprise est en difficulté équivaut à son pillage. Sa dépouille est dépecée entre dirigeants et actionnaires aussi longtemps que l’illusion perdure. Quand celle-ci se dissipe, le prix de l’action s’effondre et la firme fait faillite.

Apparaît ici la marge de manœuvre considérable dont disposent les dirigeants d’une firme dans l’allocation des bénéfices mentionnés à son bilan. C’est à tort qu’on imagine que le roc des chiffres comptables prévient toute dérive de dividendes et de bonus en hausse dans une conjoncture de bénéfices en baisse, au détriment d’autres postes comme le refinancement de la firme ou la recherche et le développement, sans même mentionner le parent pauvre du partage des bénéfices, pour ne pas dire son souffre-douleur : les salaires des employés du rang, que les a priori de la règlementation comptable considèrent des coûts plutôt que les « avances » en travail » qu’ils sont en réalité.

Témoin du caractère de moins en moins déterminant des chiffres comptables dans le partage des bénéfices, le fait que l’on préfère parler aujourd’hui de « chiffres de reporting », suggérant qu’ils ont valeur informative plutôt que contraignante.

Les chiffres financiers publiés au bilan sont le visage de l’entreprise que les dirigeants veulent offrir aux actionnaires, reflet d’un bras de fer séculaire engagé entre eux. Exercice ambigu par nature puisque l’idéal supposé de transparence est neutralisé par le souci censément légitime des firmes de ne rien révéler de leur véritable fonctionnement, domaine du « secret commercial ».

Les stock options furent inventés en 1975 pour araser l’antagonisme entre dirigeants et actionnaires. Grâce à elles, ceux-ci bénéficient tous ensemble d’une hausse du cours de l’action, et leurs intérêts s’alignent. Il était jusque-là de l’intérêt des dirigeants de veiller à l’intégrité des chiffres financiers, rempart contre l’avidité des actionnaires. Avec les stock-options cela cesse d’être le cas.

S’ouvrit alors l’ère de la comptabilité dite « imaginative » où les grandes firmes d’audit surent s’illustrer.  On garde le souvenir par exemple du « cash swap », dont la logique fut approuvée dans un livre blanc de la firme d’audit Arthur Andersen, qui accompagna en 2001 sa cliente Enron dans sa chute. Dans le cash swap les deux contreparties échangent des sommes identiques (oui, vous avez bien lu !), transaction censée constituer davantage qu’une opération blanche au prétexte que les sommes « échangées » sont comptabilisées sous des rubriques différentes chez l’une et l’autre partie et relèvent de traitements fiscaux distincts.

Si les dirigeants d’entreprise disposent d’une marge de manœuvre considérable dans les décisions qu’ils prennent à partir du portrait comptable de leur firme, celui-ci évalue très mal de son côté son état de santé. Pensons en particulier aux deux variables que sont le taux d’escompte utilisé pour actualiser les flux de trésorerie futurs et la dépréciation du goodwill, la valeur marchande de l’image de marque telle qu’elle se reflète dans la capitalisation boursière de l’entreprise, variables auxquelles le bilan global est très sensible. C’est la direction de la firme qui décide s’il y a eu ou non dépréciation du goodwill, tandis que la détermination du taux d’escompte des flux de trésorerie à venir intègre de manière synthétique sa vision subjective de son propre avenir, de celui de sa branche et, pourquoi pas ? du futur de la planète tout entière.

Partager

PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – Profit, par Michel Leis

Billet invité.

Voilà un mot à tiroir, un mot que l’on entend tous les jours, son apparente limpidité le met à l’abri de tout soupçon, mais certainement pas de la critique. Hors de la sphère économique, un profit est un avantage que l’on peut tirer d’une situation quelconque, on profite d’une opportunité, de la défaillance de son adversaire. Par extension, on parle du profit des entreprises qui serait l’avantage monétaire tiré de leur exploitation, mais il existe une ambiguïté fondamentale : en France, le profit n’existe pas en tant que tel dans la comptabilité. Il y a des soldes intermédiaires de gestion, un résultat net, mais nulle trace d’une ligne « profits ». Cette ambiguïté autorise la circulation de définitions et de concepts de nature différente. Pour certains, le profit est la rémunération du capital engagé dans l’entreprise, d’aucuns évoquent le profit économique, qui prend en compte la rémunération dont aurait bénéficié le capital s’il avait été placé sur un compte à terme ou tout autre produit financier. Le profit est fuyant, il s’évapore dans des paradis fiscaux, il est insuffisant, la faute aux charges qui accablent les entreprises, bien sûr. Profits records nous annonce-t-on, hausse du dividende versé par action, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes. Ah non, il paraît que nos entreprises ne sont pas compétitives, que leurs performances ne sont pas à la hauteur de leurs concurrentes.

Continuer la lecture de PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – Profit, par Michel Leis

Partager