Archives par mot-clé : consommation

POUR UN MONDE UN PEU MEILLEUR, OU MÊME BEAUCOUP, par François Leclerc

Billet invité.

L’Europe fait figure de mauvaise élève comparée aux États-Unis en terme de croissance. Mais les 2,4% de progression de l’activité économique américaine de 2014, qui connaissent un tassement, font pâle figure comparés aux 3,4% réalisés en moyenne dans les années 90. Comme attendu, c’est la consommation qui tire la croissance – elle y contribue pour 70% – mais les dépenses des Américains ont seulement retrouvé leur niveau de 2006, ce qui relativise le constat.

D’où provient l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages ? De la baisse du prix de l’essence et de la diminution du chômage, est-il expliqué. Ce qui ne rend pas compte de la nature des nouveaux emplois et de leur rémunération, ni de l’accroissement des inégalités de répartition des revenus. L’illustrant, les grandes villes américaines ont connu en avril des manifestations très suivies pour réclamer une augmentation du salaire horaire minimum. A New York, ils étaient entre 10.000 et 15.000 dans la rue, salariés précaires et sous-payés, travaillant dans la restauration rapide, s’occupant d’enfants, dans les secteurs de la santé, du bâtiment ou travaillant dans les aéroports.

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Le devoir de consommer, par AncestraL

Billet invité.

Avoir c’est être. Avoir, c’est être ? Avoir n’est pas être – sinon on aurait choisi un des deux mots pour parler des deux en même temps. En vérité, il faudrait plutôt dire les choses moins simplement.

Avoir (quelque chose qui me représente) c’est être (en apparence quelqu’un, aux yeux du monde puis des miens) [la philosophie du langage – ma branche préférée de la philosophie – explique très bien que l’on parle très mal : vouloir tout simplifier pour rendre « plus facile », rend en fait tout plus obscur et moins précis !].

Comme j’analysais ce vendredi soir, pour la première fois depuis, cette incroyable succession d’événements liés à la publication des billets La Dette ! et ses suivants (qui me voyaient plongé dans les tréfonds de la terreur à l’idée de m’endetter, pour ensuite, débordé de gratitude envers tant d’humanité – on m’a tant donné sans rien demander en retour… à moi qui ne demandait rien sauf de témoigner), je me suis dis que le piège était toujours là. Lequel piège ? Celui de l’« avoir, c’est être ».

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IL FAUT EUTHANASIER LE CONSOMMATEUR, par Michel Leis

Billet invité.

Tout le monde connaît la célèbre phrase de J.M Keynes sur l’euthanasie des rentiers, écrite à propos d’une crise qui par son ampleur n’est somme toute pas si éloignée de la nôtre. La Troïka nous propose aujourd’hui une nouvelle voie pour sortir de la situation actuelle : l’euthanasie du consommateur, ou pour être plus précis l’élimination du consommateur qui subsiste en nous. Après une grosse décennie où le pouvoir d’achat a été mis à mal par les politiques de désindexation, la hausse des coûts de l’énergie, des dépenses de santé ou de logement et autres stratégies de création de valeur menées par les entreprises (liste non limitative), une nouvelle phase se met en place sous le vilain nom de politiques d’austérité. Des programmes pilotes sont déjà en cours dans les pays du sud de l’Europe, réduisant la consommation aux fonctions essentielles pour une part croissante des individus.

Comme souvent dans les politiques menées par des groupes d’experts, l’euthanasie du consommateur n’est pas un but en soi, mais la conséquence de mesures prises pour répondre à cette question lancinante, comment sauver le système ? Il faut pourtant saluer le caractère visionnaire et le courage de cette approche novatrice, même si elle découle d’autres préoccupations. Visionnaire, car réduire progressivement une consommation qui comporte encore trop de superflus est un acte écologique qui économise des ressources rares, permettant enfin aux élites de jouir pleinement de leurs privilèges sans préoccupation inutile.

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LA MACHINE À FABRIQUER LE CONSENTEMENT EST EN PANNE, par Michel Leis

Billet invité. Réponse à L’ÉTAT SE MEURT, L’ÉTAT EST MORT de Bertrand Rouziès-Leonardi.

Et si ce qui était en jeu n’était pas une incapacité généralisée à fabriquer le consentement ? Cet épuisement serait tel qu’il entrainerait un peu partout la remise en cause des institutions. Le pain et les jeux et la consommation d’un côté, l’accrochage à des normes sociales ancrées dans un dogme de l’autre (religieux ou politique), rien n’y fait, l’individu n’y trouve pas son compte. C’est peut-être le seul point commun de tous ces mouvements qui traversent un peu partout la planète. En Occident, la spécificité de la norme de progrès était d’avoir remplacée une dimension qui se voulait intemporelle (le pouvoir absolu et la religion) par une dimension future qui portait l’espoir de beaux lendemains. La dimension temporelle a changé à la fin des Trente glorieuses avec une dimension plus immédiate, celle de la consommation. Mais cette dimension tourne à vide, elle est remise en cause par la crise et ne reste plus que le vide et la peur. La dimension locale est peut-être la seule à porter encore une dimension d’appartenance, d’où le succès apparent des mouvements régionalistes comme des initiatives locales ou les stratégies des villes évoquées dans votre billet. La proximité permet de mobiliser les citoyens. Dans cette analyse, le vote blanc ne fait que refléter le vide, mais peut-on survivre dans le vide ? Dans d’autres régions du monde, c’est la volonté du pouvoir d’ancrer le consentement dans une dimension intemporelle fondée sur un dogme qui pose question. On n’impose pas une norme sociale, mais en même temps, des situations disparates permettent encore à des logiques traditionnelles de s’imposer. Pour combien de temps encore ? Une norme sociale ne se décrète pas, elle finit par s’imposer. Il est urgent de tracer une voie, histoire de redonner une dimension temporelle et collective aux aspirations individuelles, sauf à se perdre dans le vide.

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LA DÉMOCRATIE EN VOIE DE CONFISCATION, par Michel Leis

Billet invité.

Si la pression qu’exerce le monde de la finance sur les institutions politiques est au cœur du débat actuel, elle ne me semble être que l’expression particulière d’un rapport de force plus généralisé entre pouvoir économique et pouvoir politique. La place dévolue à l’économie dans le débat public a cru au fur et à mesure que les moyens à disposition du pouvoir politique se réduisaient comme peau de chagrin, de par la propre volonté du pouvoir politique.

La période de l’après-guerre et de la guerre froide avait engendré une politique de type keynésienne, marquée par une intervention massive de l’État au travers de projets de prestige, de dépenses militaires massives, d’une intervention dans le social. Quand le financement des déficits américains par la planche à billets a rendu impossible de maintenir la fiction de la convertibilité du dollar, quand le choc pétrolier a renchéri le coût de l’énergie, et que la consommation de masse a commencé à donner des signes d’épuisement, les lampions de la fête se sont éteints un à un. Le dernier feu d’artifice fut la guerre des étoiles qui a donné une victoire temporaire à l’Amérique après bien des batailles perdues. Il a signé la fin de la guerre froide, tout du moins sous la forme d’une rivalité entre blocs.

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QUE VEUT L’HOMME MODERNE ?, par Michel Leis

Billet invité.

Que veut l’homme moderne ? Cette formulation un peu désuète qui fleure bon les années 60 et 70 pose à mon sens la question de la corrélation entre le discours politique et la norme sociale dominante.

Il me semble que le progrès a été la norme sociale dominante du long XIXe et du court XXe siècle. Deux visions du progrès concurrentes s’opposent, l’une fondée sur les mérites de l’individu et l’autre fondée sur un État qui organise et planifie le partage des richesses. Progrès économique d’un côté, progrès social de l’autre, l’un étant la porte d’accès à l’autre suivant le point de vue auquel on se place. En donnant une dimension temporelle (le futur) à l’amélioration des conditions de vie de chacun, la norme de progrès canalise les attentes des individus. À partir de la seconde moitié du XIXe, des partis puissants vont porter ces aspirations et donner un sens et un contenu au débat public (l’essence même de la démocratie ?), même si l’accès au pouvoir par les urnes n’est pas toujours au programme. L’adhésion des masses aux grands errements collectifs de « l’Âge des extrêmes » n’est qu’un dévoiement de ces deux visions antagonistes, née de la crise de l’entre-deux-guerres et des frustrations nées d’une sortie de conflit mal maîtrisé.

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RÉFORMES !, par Michel Leis

Billet invité.

Une fois de plus Bruxelles enjoint à un pays, en l’occurrence la France, d’entreprendre des réformes « structurelles ». Préserver l’existant au travers de réformes importantes fait irrésistiblement penser à cette célèbre citation du roman de Lampedusa, Le Guépard : « Il fallait se dépêcher de tout changer afin que rien ne change ». Cette véritable antienne du monde occidental ne fonctionne évidemment pas, n’a jamais fonctionné et ne fonctionnera probablement jamais. Il existe une dynamique du changement. Dans un monde ouvert, nulle entité ou nul groupe d’individus ne peut prétendre avoir le contrôle de tous les évènements et tous les paramètres. Le changement initié pour préserver ou améliorer une situation à un instant donné a des effets en cascade qui finissent par dépasser totalement le contexte initial. L’effet aile de papillon ne fonctionne jamais aussi bien que dans nos sociétés complexes. On est dans le « paradoxe des conséquences » de Max Weber : des résultats que nul ne souhaite, qui fragilisent le plus grand nombre et vont au-delà des espérances de quelques-uns.

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LE CLIENT AU CENTRE DE L’ÉCONOMIE ? OUI ET NON !, par Jean-Luc Schellens

Billet invité.

« Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front ! »

Ce châtiment biblique indique en fait que l’homme produit pour consommer et consomme pour produire. Cercle vertueux ou spirale infernale, telle est bien la question essentielle !

Donc l’homme produit et consomme. Et la richesse créée par la production procure les revenus nécessaires à la consommation, l’argent ayant été inventé pour faciliter le passage de l’un à l’autre (mais aussi pour remplacer l’appropriation par la violence ou par le droit du « premier occupant » qui prévalait avant son invention).

Mais comment s’établit l’équilibre entre la production et la consommation ? Entre l’offre et la demande ? Et surtout qui l’établit ? Est-ce le marché « autorégulé » par la « main invisible » chère à Adam Smith qui fait que l’offre crée en fait la demande, ou plutôt les « parties prenantes » du marché qui équilibrent l’offre et la demande en fonction de leurs rapports de forces comme l’explique Paul Jorion à travers ses différents ouvrages [1] ?

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DE L’AUSTÉRITÉ EN MILIEU (ENCORE) TEMPÉRÉ, par Michel Leis

Billet invité.

Les discussions autour du multiplicateur budgétaire traduisent cette difficulté constante pour les économistes à modéliser les interactions entre macro et micro-économie. Devant la complexité de la tâche, ils définissent des modèles simplifiés et des séries de coefficients censés retracer l’impact de telle ou telle variation entre des grands indicateurs liés par une logique évidente. Ce sont des boîtes noires avec une entrée et une sortie, quand survient le crash, on ouvre la boîte noire et l’on ne découvre… rien ou presque.

Le problème du passage du micro au macro reste celui de la compréhension et de l’agrégation des comportements des acteurs. Aux hypothèses de rationalités qui conduiraient à des comportements  prévisibles s’oppose l’observation régulière de divergences importantes entre la prévision et les réalisations. Pour contourner ce problème, j’utilise régulièrement dans mes billets[1] le concept de normalisation des comportements (ou des stratégies pour les entreprises) qui se conformeraient à des référentiels implicites. Norme de consommation, norme de production, norme de profit et même norme de pouvoir, ces normes collectives fonctionnent sur une dynamique permanente : la norme naît du comportement des acteurs les plus dynamiques du groupe, le groupe se reconnaît dans la norme. Celle-ci donne en référence un modèle de réussite et un éventail de moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir. La hiérarchie provient avant tout des déviations par rapport aux voies tracées par la norme, la non-observance conduit à la damnation sociale ou à la faillite de l’entreprise. Cette normalisation collective n’est pas seulement un outil d’analyse permettant d’agréger des comportements, elle joue un rôle fondamental parce qu’elle induit l’acceptation par le plus grand nombre des règles du jeu qui demeurent foncièrement inégalitaires et maintient ce caractère tempéré caractéristique des sociétés occidentales depuis un demi-siècle.

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20 ans de marché unique : Ceux qui ne sont pas de la finance (V)

Hier, dans la troisième livraison de mon compte-rendu de l’événement « 20 ans de marché unique », j’avais mentionné les noms de deux personnes dont les propos détonaient par rapport à la componction commune aux autres interventions, et faisaient déraper du coup la belle logique de l’autosatisfaction : Bianca Schulz, directrice du Centre Européen des Consommateurs, et Veronica Nillson, secrétaire confédérale de la Confédération européenne des syndicats. J’ai voulu les voir chacune et les entendre en-dehors du cadre de l’événement pour leur poser la question : qu’arrivez-vous en fait à obtenir ?

Je ne vous rapporterai pas leurs paroles individuelles, mais l’image globale qui se dégage de leurs propos.

Je ne surprendrai pas les lecteurs du blog en leur disant que les rapports de ces organisations avec la Communauté européenne se situe manifestement à l’intérieur d’un vaste rapport de force, et que celui-ci n’est, pour commencer, pas spécialement favorable aux institutions qu’elles représentent l’une et l’autre, vus les moyens financiers dont disposent les interlocuteurs qu’elles ont en face d’elles.

Intervient ensuite la pesanteur de l’Union Européenne en tant que telle : 27 nations avec pratiquement autant de langues différentes, plus 27 susceptibilités nationales, auxquelles s’ajoutent encore des susceptibilités régionales à l’intérieur-même de ces nations (je vous écris de la Belgique où a eu lieu avant-hier un scrutin communal haut en couleurs de ce point de vue là). Du coup, ces textes proposés au vote se voient affaiblis dans un premier temps par une cacophonie de considérations clochemerlesques, le manque de souffle soulignant l’absence d’un véritable projet européen en provenance des peuples.

Ces textes sont encore affaiblis davantage dans un second temps par une complication surajoutée, censée refléter la complexité technique des problèmes à résoudre. Quelques questions précises de ma part portant sur les mesures proposées en ce moment en vue d’une unification bancaire m’ont rapidement convaincu cependant que dans ce cas précis en tout cas, la prétendue complication est à usage stratégique et vise à décourager les interlocuteurs « citoyens » pour qui le rapport de force est a priori déjà défavorable.

J’ai quitté chacune de ces deux jeunes femmes de bonne volonté en l’assurant du soutien du Blog de Paul Jorion et je l’ai encouragée à se tourner vers nous si nécessaire. Proposition bien reçue car, me suis-je entendu dire, c’est la même petite clique que l’on retrouve dans la quasi-totalité des think tanks prétendument rivaux.

Au moment de se quitter j’ai perçu dans chacun de ces deux regards la même interrogation : « Est-il complètement fou pour manifester un tel enthousiasme par les temps qui courent ? » Si celui-ci devait s’avérer contagieux, ce serait déjà un premier pas en avant.

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BFM Radio, le lundi 7 décembre à 10h46

Par essais et erreurs

« Contrôlons la monnaie », affirment les monétaristes, « et le reste prendra soin de lui-même ». « Pas si vite ! », dit Keynes, « la monnaie peut se porter très bien dans une économie de sous-emploi. Le mécontentement social qui résulte alors du chômage est un facteur déstabilisant, encourageant même certains à prôner un autre système économique. Il faut au contraire mettre le plein-emploi au centre des préoccupations ; les autres facteurs, comme la monnaie, seront réglés ensuite ». « Peut-être », corrige Schumpeter, « mais rien ne vaut la fuite en avant technologique. L’humanité bénéficie de son progrès par un plus grand bien-être, et l’accroissement des richesses corrige tous les défauts qui pourraient apparaître ! »

Le fait est que l’on a d’un côté la production et de l’autre, la consommation, et que rien ne va si le volume de l’un et de l’autre ne sont pas les mêmes. Alors, ou bien on dit comme Jean-Baptiste Say qu’ils sont automatiquement égaux – même s’il y a malheureusement des petits délais ou des écarts dans l’ajustement nécessaire. Ou bien on prétend avoir trouvé la recette-miracle qui permet que les deux coïncideront toujours. Ou bien encore, on ajuste l’un à l’autre de force – comme en Union Soviétique – et l’on a à la fois cinq salariés par poste et rien sur les étagères des magasins.

Dans la pratique – comme l’innovation technologique chère à Schumpeter ne se commande pas – on procède par essais et erreurs. Et quand la solution de Keynes ne marche pas, on passe à celle de Friedman. Ou l’inverse.

Pourquoi cela ne marche-t-il jamais ? Parce que le système est beaucoup plus compliqué qu’on ne veut le reconnaître, et qu’il y a toujours des facteurs dont on n’a pas tenu compte, soit intentionnellement (on introduit toujours des hypothèses simplificatrices), soit par accident.

Ajuster de force n’est pas la solution mais cela veut-il dire que la méthode par essais et erreurs puisse être employée indéfiniment ? On a vu où ça mène – et avec la complexité croissante qu’a permis l’informatique, les ajustements de tirs sont de plus en plus coûteux. Pour que tout ce qui est produit soit aussi consommé, il faut que les ménages aient assez d’argent. S’il leur en manque on complète par le crédit. Là aussi on sait où ça mène : on crée des pyramides de créances, qui finissent un jour par s’écrouler– comme en 2007 aux États-Unis, et il faut alors des années pour se remettre sur pied.

Or – on le sait – il faudra de moins en moins de monde pour produire tout ce dont on a besoin. Imaginer qu’il y aura toujours en face de l’offre une demande de même volume – par l’opération du Saint Esprit – relèvera donc toujours davantage du vœu pieux. Keynes avait raison : pour que les gens ne remettent pas en question le système économique au sein duquel ils vivent, il faut qu’ils soient heureux. Pour cela, il faut assurer, disait-il, le plein emploi. Mais s’il disait cela, c’est parce que le seul moyen qu’il envisageait pour eux d’obtenir les revenus qui leur permettraient de consommer, était qu’ils travaillent. Et si l’on reprenait la question dans l’autre sens ? En partant plutôt du fait qu’il faudrait que les gens soient heureux. Et en déduisant tout le reste à partir de là : le travail, l’argent, etc. Juste pour voir !

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BFM Radio, le lundi 30 novembre à 10h46

La « reprise sans emploi » et les nombreux Dubaï à venir

L’expression paradoxale « reprise sans emploi » est apparue au début de l’année pour convaincre le public qu’une reprise était parfaitement possible alors même que le taux de chômage n’arrête pas de progresser. Si reprise il y a, les chiffres de l’emploi ne sont en effet pas très bons : + 2 % en France en Octobre, ainsi qu’une perte d’emplois se montant « seulement » à 466 000 emplois perdus aux États-Unis, chiffre qui serait de 544 000 si n’était pas intervenu un très salutaire « ajustement en fonction des variations saisonnières ». Et cet « ajustement en fonction des variations saisonnières » attire notre attention sur le côté très « statistique » de la reprise actuelle – qui se lit dans les chiffres et les indices, bien davantage que dans le monde que nous observons autour de nous.

De quoi s’agit-il avant tout ? On le sait : des retombées des plans de relance, les « primes à la casse » en particulier, suivi de restockage, essentiellement. Pour le reste, la faible remontée du trafic maritime constatée ces dernières semaines, préluderait selon les prévisions à une retombée au plus bas au second semestre de l’année prochaine.

La notion de « reprise sans emploi » voudrait suggérer qu’il ne s’agirait que d’une question de patience : que les emplois sont en route, handicapés seulement par un délai qui s’explique aisément. Comment s’expliquerait ce retard ? Par le fait que quand l’emploi repart, il faut d’abord résorber les réserves de main d’œuvre qui se sont constituées quand – plutôt que de les licencier au plus fort de la crise, certains salariés furent mis en temps partiel, et que la première chose à faire sera d’abord de les réemployer à temps plein, avant de réembaucher toute main d’œuvre nouvelle.

Le défaut de la dette d’un fonds souverain de Dubaï la semaine dernière nous rappelle brutalement qu’une « reprise sans emploi » – pour autant qu’elle puisse en être une – ne constitue en tout cas qu’une reprise extrêmement fragile. Nos sociétés sont en effet des sociétés « de consommation », et pour qu’une économie reprenne, elle ne peut se passer de consommateurs.

Nous nous sommes habitués au cours des vingt dernières années à ce que les salaires puissent être complétés – si nécessaire – par du crédit. Les faits se sont chargés de nous rappeler – depuis l’assèchement du crédit de l’été 2007 – que les banques ne prêtent volontiers qu’aux « bons risques » et ni les chômeurs, ni les travailleurs menacés de licenciement ne tombent malheureusement dans cette catégorie.

La bonne santé des presqu’îles en fronde de palmier de Dubaï dépend essentiellement de ceux qui viennent y passer leur temps libre. Sans eux, elles ne sont rien d’autre que des monceaux de dettes. De même pour les hôtels qui couvrent la surface du monde : seuls peuvent les faire vivre les touristes ou les hommes d’affaires qui viennent y passer la nuit. L’immobilier commercial américain attend – on le sait – sa vague de refinancement en 2011 et 2012. Si d’ici-là les consommateurs ne sont pas réapparus dans les centres commerciaux, de nombreux nouveaux Dubaï viendront hanter les nuits de leurs bailleurs de fonds.

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