Archives par mot-clé : corruption

« Corruption ça suffit ! », c’était hier soir au Théâtre de la Ville

Quand je suis arrivé au Théâtre de la Ville à Paris hier soir, il y avait quelques centaines de personnes devant la porte. Je me suis dit : « C’est bien : cet événement mérite une telle attention ! »

Une fois m’être présenté, j’ai été conduit à l’intérieur par l’entrée des artistes. Et là, j’ai découvert que la salle de 1500 sièges était comble : les personnes que j’avais vues devant le théatre n’étaient que le trop-plein à qui l’on refusait hélas l’entrée.

Je parlerai tout à l’heure des intervenants et de la réaction de cette immense salle à leurs propos et je ne mentionnerai ici que l’arrivée, après quelques minutes, de Christiane Taubira et l’étonnant mélange d’ovation et de huées qui l’a accueillie.

Edwy Plenel n’en revenait pas. J’ai eu l’occasion de le croiser à deux reprises dans les coulisses et à chaque fois il a tenu à m’en parler : « C’est inattendu : on ne l’attendait pas ! » Mais il jubilait !

L’ovation et les huées se comprenaient l’une et les autres : d’une part, caution offerte par la ministre de la justice à l’expression d’un ras-le-bol par la société civile, d’autre part, exaspération vis-à-vis d’un gouvernement cautionnant jour après jour les dérives intolérables dénoncées par les intervenants.

Atmosphère exaltante de grand-messe et de nuit du 4 août combinées dont j’ai dit que j’y reviendrais tout à l’heure (quand j’aurai, une fois revenu chez moi, davantage à ma disposition pour rédiger mon billet qu’un smartphone !)

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 17 OCTOBRE 2014 (retranscription)

Retranscription de la vidéo Le temps qu’il fait le 17 octobre 2014. Merci à Olivier Brouwer.

Bonjour, nous sommes le vendredi 17 octobre 2014. Et dans deux jours, on sera dimanche, et dimanche, à 19h, si vous habitez Paris, ou si vous avez la possibilité de vous rendre jusque-là, à 19h, au Théâtre de la Ville, il y a un grand événement sur la corruption. J’en fais partie.

La corruption, la lutte anti-corruption ne fait pas partie, je dirais, de mon image de marque, mais il y a des choses que j’avais dites dans un papier qui s’appelait « Comment on devient l’anthropologue de la crise », qui ont plu à ces messieurs dames qui sont les croisés de la lutte anti-corruption, et ils ont eu l’amabilité de me demander de me joindre à leurs travaux, à leur activité, et vous verrez en particulier que j’ai accepté de signer l’appel, la déclaration qui aura lieu au même moment que ce spectacle. Les participants vont faire une déclaration commune, et c’est de gaieté de cœur, bien entendu, que je signe ça. Le papier que j’ai mis, le billet que j’ai mis en ligne sur le blog avant d’aller dormir, hier soir, est un papier qui s’appelle « Corps rompus » et qui parle de cela aussi.

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CORPS ROMPUS, par Albert Mince

Billet invité.

Hasard des vacances et du travail, pendant quelques semaines j’ai coupé presque tout lien avec l’actualité, juste après l’affaire Bygmalion. Courant septembre, en renouant avec mes flux d’information, voilà, pêle-mêle, les déclarations surréalistes de Macron, la honte Thévenoud, l’indigne Morelle, le douteux Cambadélis, le feuilleton de mœurs Hollande et Valérie, la surprise Andrieux, Moscovici soupçonné, l’indépassable Flosse, l’encore plus indépassable couple Balkany (!), les affaires Sarko (épisode numéro…?), et encore cette semaine, le cas Yves Jégo examiné, le maire de Bobigny en difficulté…

À quelques jours de la rencontre publique organisée par Mediapart au Théâtre de la Ville, le 19 octobre, force est de constater que la question des effets de la corruption en politique ne perd pas en intensité.

Aussi loin que je m’en souvienne, c’est-à-dire les années 1980, ce n’est pas nouveau : les « affaires » sont incessantes. Pourquoi ne choquent-elles pas plus ? La corruption, c’est un signal, une information très forte, ou qui devrait l’être.

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Corruption : LE LAIT DÉBORDE DE PARTOUT, par François Leclerc

Billet invité.

L’exemple doit venir d’en haut, et les dirigeants espagnols n’y faillissent pas. Il n’y a que du beau linge impliqué dans le nouveau scandale qui secoue la société espagnole, dont un ancien directeur général du FMI, Rodrigo Rato. Précédemment ministre de l’économie et pilier du Partido Popular de Mariano Rajoy dont il avait failli prendre la place, il est présentement conseiller de plusieurs grandes entreprises.

Avec quatre vingt-six personnalités du monde politique et syndical et des milieux d’affaires, membres des conseils d’administration des caisses d’épargne espagnoles – les Cajas – Rodrigo Rato a été pris la main dans le pot à confiture pour avoir bénéficié de l’octroi de cartes de crédit émises par ces dernières. Tous les ont utilisées pour des achats personnels à discrétion, et sans bourse délier : voyages, hôtels et restaurants, bijoux et oeuvres d’art… Dans certains cas, cela a été jusqu’à des retraits de liquide, pour des montants atteignant des centaines de milliers d’euros.

Des inculpations pour infraction au droit des sociétés et détournement de fonds par l’Audience nationale, la juridiction en charge des affaires financières, sont attendues. Mais les révélations ne sont pas toutes finies, d’autres Cajas susceptibles d’avoir suivi l’exemple et distribué le même type de largesses. Devant le Congrès, Mariano Rajoy a affirmé que le gouvernement allait être inflexible.

Vous avez dit corruption ? vous avez dit oligarchie…

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Théâtre de la Ville : « Corruption, ça suffit ! », le dimanche 19 octobre à 19h00

CORRUPTION, ÇA SUFFIT !
La vérité des affaires, la vertu de la République

Mediapart vous invite à une grande rencontre publique

Le dimanche 19 octobre à 19h00 au Théâtre de la Ville

À l’occasion de la parution des ouvrages des journalistes Fabrice Arfi de Mediapart, « Le Sens des affaires » (Calmann-Lévy), Benoît Collombat de France Inter, « « Histoire secrète du patronat » (La Découverte), et d’Antoine Peillon de La Croix, « Corruption » (Seuil), nous vous invitons le dimanche 19 octobre, au Théâtre de la Ville à 19h00, pour une grande soirée publique de témoignages et d’alerte de la société civile sur les ravages de la corruption et ses encouragements par certaines dérives politiques et économiques. La corruption est la peste des Etats et le fléau des peuples. Nous en sommes tous, collectivement, les victimes invisibles. Avec la présence exceptionnelle de Roberto Scarpinato, procureur général auprès du parquet de Palerme, qui vit sous protection policière depuis plus de vingt ans pour son combat sans relâche, contre toutes la mafias, criminelles ou financières.

Cette soirée sera présentée par Edwy Plenel et animée par Fabrice Arfi, Benoît Collombat et Antoine Peillon.
Avec Roberto Scarpinato, Procureur général auprès du parquet de Palerme, Eric Alt, magistrat, Chantal Cutajar, universitaire, William Bourdon, avocat, Monique Pinçon-Charlot, sociologue, Antoine Garapon, magistrat, éditeur, Jean-Paul Philippe, policier, Cynthia Fleury, philosophe, Paul Jorion, anthropologue, Pierre Lascoumes, sociologue et François Morin, économiste.

Le dimanche 19 octobre à 19h
Théâtre de la Ville
2, Place du Châtelet
75004 Paris
Entrée libre dans la limite des places disponibles
En partenariat avec le Théâtre de la Ville
Avec le soutien des éditions Calmann-Lévy, La Découverte et Le Seuil.

 

Stéphane Paoli fera un 3D spécial corruption le 19 octobre au matin sur France Inter.

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BOUFFER OU SE FAIRE BOUFFER, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

Après deux stages bidon pôle-emploi, les petits gars sur les chantiers font leur bilan philosophique, ils te disent « dans la vie, ou tu bouffes ou tu te fais bouffer » ; quelques-uns, avec raison, disent « je ne veux bouffer personne, mais je ne veux pas me laisser bouffer » ; ces gars- là comprennent très bien comment fonctionne l’ordre hiérarchique et la servitude qui leur est imposée. Pour les maîtres, évoquer la possibilité que les serviteurs « au fond » aiment ça est tout à fait rassurant, d’où le succès de l’expression « servitude volontaire », laquelle permet de faire comme s’il existait « une servitude volontaire ».

« Plaisir » signifie surtout « évitement du déplaisir », il faut juste comprendre que notre système nerveux fonctionne avec un circuit du plaisir et un circuit du déplaisir, la mise en ordre hiérarchique permet d’abaisser le niveau d’agressivité, lorsque chacun a trouvé sa place et l’accepte, cela se mesure à l’abaissement de la concentration des métabolites de la catécholamine dans les urines.

Ce dispositif social « très primaire » de régulation du circuit de la récompense est ce que nous avons trouvé jusqu’ici de plus efficace (enfin pas vraiment). C’est cette structure d’ordre hiérarchique qui demande la croissance et… bientôt notre dernier pas dans le vide. Nous pouvons très facilement inventer des dispositifs sociaux permettant d’équilibrer notre circuiterie interne de façon bien plus subtile ; mais pour cela il me semble nécessaire de démonter l’hypocrisie sociale qui consiste à flétrir la corruption alors qu’elle est le moyen de défense des moins cons parmi les peu doués selon les critères des maîtres, en même temps que l’instrument de leur pouvoir

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LE NIVEAU DE TOLÉRANCE

Dans le remarquable livre qu’il consacra en 1954 au Grand krach. 1929, John Kenneth Galbraith faisait observer que contrairement à ce qu’il semblerait, la corruption et la fraude n’augmentent pas durant les périodes de crise : c’est seulement le niveau de tolérance du public à leur égard qui baisse.

Le danger pour les corrompus et les fraudeurs est qu’il est difficile de prévoir où se situera l’étiage : jusqu’où le niveau de tolérance du public baissera-t-il ? Avec les conséquences que l’on imagine aisément à une baisse drastique.

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LA DOMINATION QUI VIENT, par Jean-Luce Morlie

Billet invité

Dans son numéro de novembre, la revue Books consacre un dossier de vingt-quatre pages aux divers aspects de « la Russie, l’État-mafia » ; l’ensemble des textes qui y sont rassemblés montre l’inverse de ce que nous pourrions considérer, de loin, comme la reconstitution d’un « État autoritaire ».

Deux courts extraits permettront d’en mesurer l’enjeu.

« …ce que les Occidentaux appellent corruption n’est pas un fléau affectant le système, mais le fondement même de sa marche normale. »

Vladislav Inozemtsev [1], La dictature des médiocres, Books  p.31

« La corruption est un puissant moyen d’intégration du bas en haut et du haut en bas de la société. »

 Lev Goudkov [2], – La vraie nature du système, Books, p.28

Le reste du dossier est à l’avenant ; il dit l’avenir qui nous attend après l’effondrement, lorsque  nous avons un cousin dans l’administration, dans la police ou simplement : « bien avec Untel ».  Que pouvons-nous espérer ? Que faire quand nous n’en n’avons pas ?

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CORRUPTION ET SORCELLERIE DES MÉDIAS, par Jean-Luce Morlie

Billet invité

Des deux côtés de la méditerranée, les peuples s’indignent de la corruption tandis que dans le même temps, les journaux alignent « affaires » sur « affaires ». Mardi matin sur France Culture, Marc Voinchet  abordait la corruption en compagnie de Pierre Lascousmes, de Raphael Einthoven et de Leyla Dakhli, tandis que Pierre Péan était « l’invité sur bande magnétique ». Je crois utile d’interroger cette montée « en puissance médiatique » du thème de la corruption avant que la saturation de nos consciences n’occulte, une fois encore, son historicité au nom de sa naturalité supposée (Lucien Ayissi  Corruption et Gouvernance ). Sur la même radio, à 18h, dans sa chronique quotidienne, Alain-Gérard Slama reprenait ce thème pour souligner en substance que, par la corruption, le capitalisme creusait sa propre tombe ! Alors au fond, si la situation est si sérieuse, les médias auraient pu s’en occuper avant et avec autant de pugnacité, le phénomène est si massif ! Devant cet état de fait, il me semble légitime de tenter de comprendre comment cette spectaculaire mise en avant-scène pourrait n’avoir pour effet que de permettre, sans plus d’examen, de tourner la page du rôle de la corruption dans l’histoire des soixante dernières années du capitalisme ?

Pour nos sociétés européennes, les travaux de Pierre Lascoumes sur la corruption montrent sa prégnance quotidienne (l’attribution d’un logement social, etc.) et pas seulement en haut de l’échelle ; les formes diffèrent selon les pays, les « petites enveloppes » envers les fonctionnaires sont moins nombreuses en France qu’en Grèce, mais les « réseaux » de passe-droit y ont leur place. Globalement, cette gangrène exige sans doute d’autres conceptualisations que le raisonnement fonctionnaliste de type « huile dans les rouages » ou le pessimiste anthropologique anhistorique qui l’attache à la « nature humaine ». Un affinement de notre conception de la corruption est peut-être d’autant plus nécessaire que la menace du « tous pourris » (dont Einthoven se prêtait à produire l’écho) détournent de l’examen du passé par l’annonce de son traitement par les « ayatollahs de vertus », selon l’expression de Voinchet :  dans l’Italie des années trente, le fascisme désignait les mafias « hors l’État » et autorisait leur chasse tandis qu’il s’appropriait de ses  pratiques violentes à l’intérieur du tout État.

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BFM Radio, lundi 31 mai à 10h46 – La faute à pas d’chance ou la faute à quelqu’un ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je ne sais pas si vous avez remarqué comme moi, l’évolution insensible qui se fait dans les esprits dans la représentation que l’on se fait des causes premières de la crise. Au départ, je veux dire en 2007 ou en 2008, on a surtout été impressionné par sa soudaineté : le coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. Il est vrai que ça n’avait pas été une bonne idée de faire signer des contrats de crédit au logement d’une trentaine pages, et rédigés en anglais, par des emprunteurs latino-américains. Il est vrai aussi que ça n’avait pas été une bonne idée de fixer le montant du prêt en comptant seulement sur la hausse du prix de l’immobilier due à une bulle, en se disant que si les choses tournent mal, autrement dit que l’emprunteur ne puisse pas rembourser, on pourra se refaire facilement en opérant la saisie du logement et en le remettant en vente.

Mais enfin, cela relevait plus de l’esprit « tête de linotte » que du grand banditisme. Si quelqu’un évoquait la fraude, il était toujours rassurant de se dire – comme l’avait fait remarquer John Kenneth Galbraith à propos de la crise de 1929 : qu’on découvre énormément de fraude en période de crise parce que personne ne veut être le lampiste et que du coup les langues se délient. On est à la recherche des coupables et les chances augmentent, par conséquent, qu’on en découvre. Il ne s’agirait donc pas d’un regain de la fraude, mais d’une hypersensibilité à la possibilité-même de celle-ci.

Mais il s’est fait que le secteur financier a refusé d’endosser pleinement sa responsabilité dans l’origine de la crise. Dans les mois qui ont suivi la chute de Lehman Brothers, il a tenté de reprendre le pouvoir qui lui avait brièvement échappé par une mise de fonds sans précédent : un million de dollars par parlementaire, par membre du Congrès, si l’on en croit le président Obama, qui en est réduit de son côté à quêter cinq dollars par ménage américain pour contrer l’offensive.

Ayant lamentablement échoué dans son attaque frontale contre le milieu financier, l’administration américaine s’est tournée vers les seules tactiques ouvertes à celui pour qui le rapport de force est défavorable : harceler l’ennemi par tous les moyens possibles.

Le résultat, on l’a vu lors de l’audition des dirigeants de Goldman Sachs devant la sous-commission d’investigations du Congrès américain, le 27 avril : Mr. Lloyd Blankfein, le P-DG de la firme, a joué à l’anguille, tandis que, face à lui et sans se démonter, Carl Levin, président de la dite sous-commission, posait nonchalamment le coude sur un énorme dossier, et dit en substance à son interlocuteur : « Cause toujours mon lapin : j’ai là 980 pages d’accusations ».

Et la question se pose alors à propos de l’épaisseur du dossier : « Faute à pas de chance », apparaissant sous un jour défavorable en raison d’une hypersensibilité toute conjoncturelle à la fraude, « ou bien faute à quelqu’un » ? Comme nous ne savons pas ce que contiennent exactement ces 980 pages, nous serions sans doute restés dans l’expectative. Mais il n’y pas que la justice pour intenter des procès, il y a – et surtout aux États-Unis – les journalistes de la presse financière et les blogueurs : rien que de connaître l’épaisseur du dossier leur a donné des ailes, ils remplissent aujourd’hui à la vitesse grand V les blancs dans nos explications. Leur acte d’accusation à eux est d’ores et déjà beaucoup plus volumineux que celui de l’Administration, et rien ne permet de penser que leur effort soit près de faiblir.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Pouvoir et corruption, par Tchita

Billet invité.

Nos démocraties modernes sont filles des Lumières, dit-on souvent avec raison. La raison, justement, était invoquée avec ferveur par les penseurs de l’époque comme la panacée face à l’obscurantisme. Nos structures sociales modernes sont toutes peu ou prou subordonnées à cette idée simple : les individus et les peuples, à condition d’être convenablement éduqués, sont tous accessibles à la raison, sensibles à ses arguments, susceptibles d’en tirer l’amour pour ce système qui les élève et les responsabilise, finalement à même d’en devenir les plus ardents défenseurs.

Naturellement, nos Diderot, Montesquieu et autres grands penseurs n’étaient pas naïfs. Ils savaient que l’homme étant ce qu’il est, certaines conditions étaient nécessaires pour maintenir un système démocratique. Montesquieu érigeait la vertu en véritable socle de la république. Elle était pour lui synonyme d’amour de la république, de l’égalité, de la frugalité enfin. Développant son propos, il arrive au principe fondateur de la séparation des pouvoirs, aujourd’hui si mis à mal. Le subtil équilibre nécessaire à la prospérité de la démocratie est ainsi tissé, décrit, analysé. Nos institutions actuelles en sont la traduction plus ou moins fidèle.

Pourtant, quelque chose a mal tourné. L’équilibre aujourd’hui est rompu, l’égalité foulée aux pieds, la frugalité ignorée, l’amour de la république ânonnée ad nauseam pour mieux être vidée de son sens. Nous assistons sur ce blog à une chronique de ce délitement, jour après jour. Paul Jorion et François Leclerc en décortiquent les différentes phases. On peut cependant se demander ce qui a rendu les mécanismes de défense de nos sociétés inopérants, la cause première qui fit dérailler la belle mécanique de nos ancêtres. Où l’appel à la raison a-t-il failli ?

Dans un billet récent, Paul Jorion nous a régalés d’un panorama non exhaustif de sa carrière, expliquant comment on devient « l’anthropologue de la crise ». L’un des passages les plus commentés concernait ses expériences à la lisière du club très fermé des « décideurs » dans les différentes entreprises où il a pu travailler :

Les décideurs aiment caractériser le critère d’appartenance à leur club en termes de compétence, mon expérience de dix-huit ans m’a cependant convaincu que ce critère était en réalité d’un autre ordre : la tolérance personnelle à la fraude.

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