À QUAND LA PROCHAINE CRISE ? par François Leclerc

Billet invité.

Janet Yellen, la présidente de la Fed, a cru pouvoir affirmer que nous pourrions ne pas faire l’expérience d’une nouvelle crise « de notre vivant », mais elle n’a pas clos le débat à son propos, quand bien même elle aurait raison. « À quand la prochaine crise ? » est une interrogation présente dans toutes les pensées sinon dans tous les discours. Dans un monde complexe où circulent tant de certitudes erronées, elle fait exception pour être laissée sans réponse d’autant qu’elle est doublée d’une autre sur ce qui la déclenchera.

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2017 : LA CRISE CHANGE D’ÉCHELLE, par François Leclerc

Billet invité

Il ne fait pas un temps à sortir de chez soi et les grands dirigeants occidentaux ne vont pas se presser à Davos. L’année s’annonce rude et pleine d’incertitudes et l’heure n’est pas à la réflexion stratégique sur les grands problèmes de ce monde. Ils attendront, il y a plus urgent à régler. Pour faire court, la confusion qui régnait en Europe change d’échelle pour s’étendre sur la planète entière. Un tournant s’opère dans le brouillard le plus complet.

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Crise ou effondrement ? cela ne tient qu’à nous !, par Zébu

Billet invité.

« Le glissement vers une complexité croissante, initialement opéré pour atténuer les tensions ou profiter d’un aubaine, est au départ une stratégie rationnelle et productive qui génère un rendement marginal favorable. Cependant, comme toujours, les tensions continuelles, les épreuves non anticipées et le prix élevé de l’intégration socio-politique se combinent pour faire baisser ce rendement marginal. Alors que celui-ci décline, la complexité, en tant que stratégie, génère des bénéfices comparativement plus faibles à des coûts de plus en plus élevés. Une société qui ne peut enrayer cette tendance, comme au moyen de l’acquisition d’un subside d’énergie, devient vulnérable aux poussées de tensions qu’elle ne put affronter car elle est devenue trop faible ou trop appauvrie, ainsi qu’au déclin du soutien de sa population. Si cette tendance se poursuit alors qu’une poussée de tension insurmontable est de plus en plus probable avec le temps, l’effondrement devient une question de probabilité mathématique. Avant qu’une épreuve survienne, il peut se produire une période de stagnation économique, de déclin politique et de recul territorial. »[1].

Quand Joseph A. Tainter écrit ces lignes en 1988, il ne pense pas forcément aux sociétés actuelles auxquelles il appartient (occidentale et nord-américaine) et il dresse surtout un inventaire de 3 cas (Empire Romain d’Occident, Mayas Classiques des Basses-Terres et société Chacoane du Sud-Est nord-américain) d’effondrement de sociétés antiques, qu’il entreprend d’analyser comme cas d’étude à l’appui de sa théorie : l’effondrement est essentiellement dû à une perte de rentabilité marginale[2] du fait de la complexité croissante que toute société organisée génère en se développant.

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PARLEMENT EUROPÉEN, « La Cohésion sociale en temps de récession », le mercredi 19 février 2014, de 15h à 18h30

« La Cohésion sociale en temps de récession »

Mercredi 19 Février 2014

Parlement européen. Bruxelles

Salle A1G3

15h-18h30

Inscription en ligne.

La crise économique et sociale qui secoue le monde depuis 2008 ne cesse d’être discutée, réinterprétée, expliquée. Conjoncturelle pour les uns, structurelle voire civilisationnelle pour les autres, les effets désastreux de cette crise mondialisée s’amplifient encore, sans que les analystes ne soient en mesure de proposer des solutions. En première ligne de cette crise globale, se trouvent les populations les plus fragiles. Accroissement des inégalités entre les plus riches et les plus pauvres, précarisation des classes moyennes, la crise accroît les tensions sociales. Jusqu’où ?

Lors de cette conférence, il s’agira notamment de revenir sur les mutations que le lien social va subir, et d’étudier les potentiels créatifs, en terme social et environnemental, que la conjoncture fait émerger. L’Espagne et la Grèce, qui sont à ce jour les pays les plus durement touchés par la récession, constituent des laboratoires en la matière.

En d’autres termes : que peut devenir la cohésion sociale en temps de récession prolongée ? Comment répondre au lien social détérioré ? Quelles formes de violences cela peut-il faire émerger ? Et, à l’inverse, quels types de résistances et de créativité cela peut-il engendrer ? Enfin, quelles peuvent être les réactions et les représentations, politiques comme sociales, à l’œuvre face à la multiplication de situations de récessions nationales, voire à l’émergence d’une dépression généralisée ?

Mot d’accueil

Yves Cochet, Député européen Verts/ ALE et Nikos Chrysogelos, député européen Verts/ALE

15h -16h:

Présentation de l’étude « Cohésion sociale en temps de récession en Europe »

 Alice Canabate, docteur en sociologie politique

Discutant : Paul Jorion, Anthropologue, sociologue. Professeur à la Vrije Universiteit Brussel

16h- 17h15:

Economie Ecologique: un nouveau schéma pour répondre à la crise sociale ? 

Joan Martinez Alier, Professeur d’économie et Chercheur à l’Université Autonome de Barcelone

Theodota Nantsou, Directrice politique du WWF Hellas

Professeur Petrakis, Economiste, Université d’Athènes.

17h15-18h30

La résistance sociale à la crise : les solutions pratiques

Yannick Vanderborght, Professeur de sciences politiques aux Facultés Universitaires Saint Louis

Barbara Helfferich, Directrice du Réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN)

Conclusion

Philippe Lamberts, Député européenVerts/ALE

 

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rtbf, MATIN PREMIÈRE, 5/5 de Marie Vancutsem dans le 5-7, lundi 7 octobre à 5h45

Nous recevrons l’anthropologue et économiste Paul Jorion. Avec lui, nous allons faire un bilan, cinq ans après le déclenchement de la crise financière. Système de régulation toujours inexistant au niveau du secteur bancaire et financier, liens parfois incestueux entre finance et justice… Où en sommes-nous, quelles alternatives existent, si elles existent, et peut-on espérer un avenir meilleur ?

Le podcast est ici. Aujourd’hui : spéculation et agences de notation.

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L’actualité de demain : DES CRISES POLITIQUES DE GRANDE PORTÉE MAIS SANS ISSUE, par François Leclerc

Billet invité.

Aux États-Unis, en Italie et au Portugal, trois crises politiques s’affichent simultanément, témoignant combien cet échelon de « crise » est atteint. Rien à voir entre elles, en raison de la diversité de leur contexte, si ce n’est leur intensité et, surtout, leur portée.

Les dirigeants politiques poursuivent leur course dans le vide, suspendus au sort de Silvio Berlusconi, alors que tous les signaux d’alarme ont été tirés à propos de la situation des banques du pays. Troisième puissance économique de la zone euro, l’Italie ne peut pas de ce point de vue être cataloguée parmi ces pays périphériques abandonnés à leur sort. Jean-Claude Junker, l’ancien président de l’Eurogroupe, résumait hier ce que la Grèce pouvait pour sa part attendre : « Dire aux Grecs que quoi qu’il advienne ils auront une aide, ce n’est pas un bon signal. Dire à nos compatriotes que quoi qu’il advienne les Grecs n’auront plus un sou, c’est contreproductif. Il faut savoir silence garder »…

Mais que dire aux Italiens dont les grandes entreprises sont vendues au rabais, leurs PME mendient le crédit et leurs banques et compagnies d’assurance regorgent de titres de la dette publique qui se dévalorise quand son taux augmente ? Les banques de la zone euro, au premier chef les françaises qui en étaient gorgées, se sont délestées de ces titres qui leur brûlaient les doigts, anticipant un dérapage et des pertes, faisant de l’Italie l’exemple à venir, mais qui se rapproche considérablement, d’une implosion, cette explosion vers l’intérieur. La BCE, qui a accepté en garantie les mêmes titres enregistrera les pertes qu’elle a jusqu’à maintenant su éviter avec les titres de la dette grecque. Si l’Italie devait à son tour tomber dans le trou, c’est toute l’Europe qui menacerait d’y tomber.

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Une autre approche pour une sortie de crise, par Rémi Chanrion

Billet invité.

Lorsqu’un gouvernement souhaite résorber sa dette publique, il cherche, le plus souvent, à diminuer le poids de son déficit public, dit autrement, de sa dette annuelle. Pour ce faire, il utilise deux leviers à sa disposition. A savoir l’augmentation des impôts et la réduction des dépenses. La méthodologie classiquement utilisée pour réduire les dépenses publiques est la suivante. Elle consiste dans l’examen des différents postes de dépenses (Education, Intérêt de la dette, Famille, Santé, Défense nationale etc.). Cet examen met alors en évidence les postes de dépenses qui pèsent le plus sur la situation financière du pays. Ils subiront alors une diminution de leur montant. Cette méthode qui entraine une baisse de la demande, dont découle un affaiblissement de la croissance, et qui aboutit à accroissement de la dette du pays est contreproductive, lorsqu’elle appliquée à la réduction des dépenses publiques.

Elle gagnerait, en revanche, à être appliquée aux agents économiques constitués par les ménages. Ainsi, il conviendrait, dans un pays donné, soucieux de réduire son déficit public tout en conservant, ou en augmentant, sa croissance, de procéder à l’examen de l’ensemble des postes de dépenses qui pèsent, non plus sur les comptes de l’Etat, mais désormais sur le portefeuille d’un ménage moyen. Et cela dans le but d’en faire ressortir les éléments pesant le plus sur le pouvoir d’achat du dit ménage. Ces dépenses sont classiquement, en mettant volontairement de côté la problématique complexe du prix des loyers, l’alimentation, le paiement des différents services nécessaire à l’activités du ménage (l’eau, électricité, moyens de communication constitués par la téléphonie et internet).

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HOE DURVEN ZE ? COMMENT OSENT-ILS ?

J’ai participé à une série de cinq films sur le monde financier intitulée : « Comment osent-ils ? ». C’est fait par Pieter de Vos dont vous aviez beaucoup aimé la vidéo sur l’évasion fiscale : Les chasseurs de fortune.

Les épisodes 1 à 3 sont d’ores et déjà en ligne et vous les trouverez ci-dessous. Les numéros 4 et 5 devraient suivre bientôt.

1er épisode : « Une crise bancaire par semaine »

2ème épisode : « Plus d’austérité que ça tu meurs »

3ème épisode : « Le paradis fiscal »

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UN TEMPS DE SILENCE ET DE CONFUSION, par Un Belge

Billet invité.

Cher Paul,

J’observe et je sens que le processus dans lequel nous sommes engagés, et auquel on donne le triste nom de Crise, est entré dans une nouvelle phase. En tout cas, impossible pour moi, depuis des semaines, de prétendre sérieusement avoir des choses nouvelles à formuler par écrit. Il me semble que je ne pourrai rien dire qui n’ait déjà été dit ou démontré. Il me semble aussi que toute l’intelligence mise en oeuvre jusqu’à présent sur le Blog continue de porter ses fruits, infiniment précieux, mais montre également ses limites face à une inertie colossale. Sur cette inertie, aucun intellect (aussi brillant soit-il) n’a de prise. Ce n’est pas en démontrant à un ivrogne qu’il est ivre qu’on le dissuade de boire. Cause toujours, pense-t-il en son for intérieur, tant qu’il lui reste encore un peu de jus au fond de sa bouteille….

Au stade où nous en sommes, que peut un texte ? Que peut une interview radio ? Que peut une capsule vidéo ? Beaucoup de choses, qui doivent être accomplies… mais pas l’essentiel, qui appartient au monde de l’action. Entre le monde de l’analyse et le monde de l’action, il y a un gouffre, qui ne se laisse franchir que par un saut, qu’il appartient à chacun d’accomplir ou de différer. Et là, nous touchons à ce qu’aucun média ne peut transmettre, et qui est du domaine de l’existence intime et incommunicable. Je pense que nous parvenons à un moment de nos histoires où l’important n’est plus ce que chacun pense, dit ou écrit, ni même ce que chacun fait… mais ce que chacun incarne, intrinsèquement et immédiatement, avant même d’ouvrir la bouche.

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PIQÛRE DE RAPPEL : L’avenir à court-terme

Passionnants en fait, ces mois qui ont suivi l’effondrement de Lehman Brothers. Dans mon billet du 24 janvier 2009, je répondais à un commentateur qui posait la question suivante : « Comment François Leclerc et Paul Jorion voient-ils l’avenir à court-terme (4-5 ans) ? »

Un horizon de quatre ou cinq ans en janvier 2009 ? Cela fait donc à peu près maintenant : mai 2013. Voici ce que j’écrivais il y a un peu plus de quatre ans.

Je vais me lancer. Je crois que ça ira beaucoup plus mal avant que ça n’aille mieux. Et la raison en est la suivante, c’est que si vous et moi voyons bien que seul un saut radical nous sortira du désastre actuel, ceux qui nous ont conduits là feront tout ce qui est en leur pouvoir – et le pouvoir ils en disposent en ce moment – pour remettre la machine en marche par des demi-mesures. Il y arriveront partiellement, pour des effets de surface, mais ils n’y arriveront pas sur les questions de fond parce que la machine sous sa forme présente est irréparable.

Pendant ce temps-là, des gens comme moi, comme vous sur ce blog, auront fait d’excellentes propositions sur ce qu’il convenait de faire. Ceux qui nous ont conduits là, ceux qui se sont trompés du tout au tout dans leurs analyses mais tiennent toujours le haut du pavé, continueront comme avant : prétendant qu’ils ont quand même raison – d’une certaine manière – que les « réformes », les privatisations doivent se poursuivre pour la raison incompréhensible X ou Y, que c’est la faute « en dernière instance » au Président Clinton, et ainsi de suite, … remplissez les pointillés.

Mais cela ne leur servira à rien parce qu’il deviendra de plus en plus clair à tout le monde – inexorablement – que c’est leur néo-libéralisme qui nous a conduits là où nous en sommes, et rien ni personne d’autre. Alors, alors finalement, « au stade de l’écoeurement », on se mettra à écouter ce que nous sommes en train de dire. Mais il faudra de la patience parce qu’il faut toujours énormément de patience quand c’est de l’histoire qu’il s’agit.

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L’actualité de demain : POUR UN PROGRAMME DE MESURES « NON CONVENTIONNELLES », par François Leclerc

Billet invité.

La pagaille européenne prend des dimensions renouvelées. Il faut aussi aller la rechercher dans une étude réalisée par KPMG, le groupe de services financiers, pour la découvrir dans toute sa profondeur et ne pas s’en tenir à ses manifestations les plus spectaculaires qui s’expriment sous la forme du véritable « krach politique » qui s’approche, pour reprendre l’expression appropriée de Martine Orange dans Médiapart.

Il s’avère que les créances douteuses des banques européennes atteindraient 1.500 milliards d’euros (dont 600 milliards pour les seuls établissements britanniques, espagnols et irlandais). Au lieu de nettoyer leurs bilans et constater des pertes en vendant leurs portefeuilles, ce qui viendrait contrevenir au renforcement de leurs fonds propres et inquiéterait les investisseurs, celles-ci préfèrent proroger leurs prêts (les faire rouler).

Nous venons seulement d’arriver, au bout de tant de longues années, à cette constatation qui dès le début de la crise aurait dû s’imposer : les banques sont plus atteintes qu’elles ne veulent le reconnaître et leur désendettement est prioritaire, sans que l’on puisse attendre qu’elles y parviennent par elles-mêmes en faisant de nouveaux dégâts. Les États auraient dû intervenir et appliquer avant l’heure le modèle chypriote de mise à contribution des actionnaires et des créanciers, qui était à l’époque impensable. Quitte à en assumer les conséquences systémiques qui n’auraient manqué d’apparaître, aboutissant à une reconfiguration d’ensemble du système bancaire européen et de la dette souveraine.

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LA LIBRE BELGIQUE, 2013 : LE DÉFI DES DETTES PUBLIQUES, par Paul Jorion et Bruno Colmant, le 23 février 2013

OPINION

2013: le défi des dettes publiques

Une opinion de Paul Jorion, anthropologue, chargé de cours à la VUB, et Bruno Colmant, économiste, chargé de cours à l’UCL.

Il y a, bien sûr, un ralentissement généralisé du rythme de croissance mondiale, phénomène classique de tassement conjoncturel qui succède avec la régularité du pendule aux périodes de crédit excessif, comme celle qui a caractérisé la période 2001-2007, périodes de surexploitation de l’effet de levier qu’autorise l’endettement, débouchant sur un « moment Minsky ». Un tel « moment » s’exprime par un retour brutal au seul roc solide de l’économie : celui de l’argent sonnant et trébuchant, alors que les reconnaissances de dette – qui étaient fondées sur des châteaux en Espagne – feront apparaître, dans la vérité de leur prix, la différence qui existe entre la richesse qui a véritablement été créée et celle qui ne reposait que sur des espoirs infondés.

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FINANCER LA FIN DU MONDE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Après les Britanniques, les Français s’essaient à écrire dans la Loi le monde bancaire idéal qu’ils recherchent.

Les Britanniques cernés par les côtes de leur île ont une représentation naturelle des frontières qui font le vivre ensemble. L’irréalisme de la globalisation financière leur est évidente car ils savent d’instinct qu’elle n’est pas gouvernable. Néanmoins, il est une réalité nouvelle qui a produit la possibilité de l’excès de levier financier déclencheur de la crise : c’est la globalisation de l’espace conceptuel par le numérique. L’information circule sans coût. Cela permet toutes les constructions spéculatives fondées sur l’exploitation du temps incompressible nécessaire à l’intelligence humaine pour rapprocher les concepts de la réalité. Les modèles financiers se construisent et se détruisent infiniment plus vite que la réalité qu’ils prétendent anticiper.

La prospérité de la City s’est tout entière construite sur un impérialisme intellectuel et scientifique visant à concentrer à Londres les flux d’information. Les autorités britanniques de stabilité financière ont concrètement expérimenté avec la dévaluation de la livre en euro la disproportion qu’elles ont laissé prospérer entre le rythme du pouvoir réel et le rythme du pouvoir conceptuel. Grâce à la City, personne ne se rend mieux compte que les Britanniques de la déstabilisation irréversible du réel par le conceptuel financiarisé sans limite.

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LA CRISE, SES CAUSES, SES DILEMMES ET SES SOLUTIONS, par Jacques Sapir

Billet invité. L’entêtement dans les politiques d’austérité est maintenant susceptible de transformer une situation de récession en authentique dépression. Tout le monde le sait, sauf nos dirigeants et les prétendus « experts » qui les conseillent. Bien entendu, le fait que tout le monde le sache sauf eux nous fera une belle jambe une fois que la dépression sera là. Combien de fois se tournera-t-on encore vers les mêmes financiers, auteurs de catastrophes pour leur demander de nous indiquer la voie ? Seuls les partis pris idéologiques ont-ils encore voix au chapitre ? La prise en compte du démenti par les faits est-elle vraiment morte et enterrée ?

La crise de la zone Euro est largement analysée comme une crise des dettes souveraines. Cette analyse conduit à donner une priorité à la réduction des déficits et de la dette, ce qui mène à l’adoption de politiques d’ajustement plus ou moins brutales suivant les pays. Or, aujourd’hui, il est clair que ces politiques ne fonctionnent pas et, en réalité, aggravent la situation à la fois dans les pays considérés mais aussi dans l’ensemble de la zone Euro. En réalité, c’est l’analyse de base qui est en cause. La crise de la zone Euro n’est pas une crise de la dette mais une crise issue des décalages accumulés de compétitivité, en raison de l’impossibilité, depuis 1999 de compenser ces dits décalages par des dévaluations. Ces décalages ont conduit les pays à accumuler des dettes excessives dans le long terme (depuis 1999) même si des causes conjoncturelles ont aussi joué.

Dans ce texte, nous analyserons ces politiques, les raisons de leur inefficacité et leurs conséquences, avant d’aborder la question de l’avenir à court et moyen terme de la zone Euro.

I. Des politiques qui « ne marchent pas ».

Des mesures, souvent extrêmement brutales d’ajustement structurel ont été mises en place, soit par décision du gouvernement soit dans le cadre d’accords de refinancement par les institutions européennes (FESF puis MES), dans les différents pays qui connaissent des problèmes importants pour refinancer leurs dettes. Ces politiques sont par ailleurs en passe d’être consolidées par le nouveau Traité Européen qui devrait être ratifié d’ici à cet hiver.

Ces politiques sont largement comparables à celles qui ont été mises en œuvre au début de la Grande Dépression des années 1930 (en particulier en Allemagne) et dont il est acquis qu’elles ont aggravé dans des proportions considérables cette crise.

Tableau 1

Comparaison entre la politique menée par le Chancelier Brüning en 1930-1932 et les politiques de rigueur en Europe continentale.

On constate cependant aujourd’hui, avec désormais de 2 à 3 ans de recul que ces politiques ne donnent pas les résultats escomptés. Une analyse des rentrées fiscales menée sur 3 pays  (Grèce, Espagne et Italie) le montre éloquemment.

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