Archives par mot-clé : dette

L’actualité de la crise : LE REBOND SE PRÉCISE, par François Leclerc

Billet invité

Les éléments d’un rebondissement de la crise du système financier sont en train d’être réunis. Sans même qu’il soit donné aux banques le temps de reprendre leur sarabande et d’en précipiter une nouvelle. Ou que la crise de l’immobilier commercial américain ait eu le temps d’éclater.

L’analyse qui prévoyait que les États, ayant les yeux plus gros que le ventre, ne pourraient pas digérer le financement de la crise est en train de se vérifier. Cela a commencé en Europe, laquelle a dans un premier temps tenu la vedette, et se poursuit maintenant aux États-Unis, sous des formes et dans un contexte différent.

En Europe, les banques sont au bout d’une pente glissante, celle de la première restructuration d’une dette souveraine. Manuel González-Páramo, l’un des dirigeants de la BCE, a solennellement averti qu’un tel épisode aurait des effets systémiques pires sur les marchés que n’en a eu la faillite de Lehman Brothers, dans l’espoir fou de l’empêcher.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : LE REBOND SE PRÉCISE, par François Leclerc

Partager :
Email This Post Email This Post

LA GRANDE BRETAGNE A L’ENCAN ?, par Emmanuel Quilgars

Billet invité

Quand on n’a plus d’argent pour payer ses dettes, on vent les bijoux de famille, n’est-ce pas ? Pourquoi alors l’Etat britannique ne ferait-il pas ce que les particuliers font d’eux-mêmes quand ils sont endettés ? C’est cette idée simple que, le lundi 7 mars, la chaîne publique Channel 4 a voulu expérimenter avec ses téléspectateurs, dans le cadre de l’émission Dispatches : « Selling off Britain » (littéralement : « vendre/liquider la Grande-Bretagne »).

Rappelons le contexte : au mois de février dernier, le gouvernement Cameron a été contraint de renoncer à son projet de vendre au moins la moitié des 258 000 hectares de forêts du pays. Un projet mal ficelé (il est apparu que l’opération ne serait pas rentable pour le Trésor, rien de garantissait l’accès du public aux forêts privatisées, etc.), une mobilisation citoyenne massive (une pétition de plus de 500 000 signatures, des manifestations ponctuelles) et une opinion largement hostile à la vente du domaine forestier (84 % selon un sondage) ont eu raison de cette « folie » (selon le mot d’Ed Miliband, le leader travailliste).

Continuer la lecture de LA GRANDE BRETAGNE A L’ENCAN ?, par Emmanuel Quilgars

Partager :
Email This Post Email This Post

L’actualité de la crise : LA VÉRITÉ PAS SOLUBLE DANS L’EAU, par François Leclerc

Billet invité.

Les analyses de Willem Buiter, économiste en chef de la mégabanque américaine Citigroup après avoir été blogueur du Financial Times (*) et professeur à la London School of Economics and Political Science, sont attentivement suivies par tous ceux qui s’efforcent de démêler les éléments de la crise financière. Il a notamment été l’inventeur de la stratégie de la création des good banks, dont il a proposé la création par les pouvoirs publics, une fois récupérés les dépôts des banques zombies (une autre de ses expressions favorites), relégués ensuite au rang de bad banks. A ce jour, cette orientation a été très soigneusement écartée par ceux qui auraient pu la décider.

En dépit de sa nouvelle situation, certaines de ses analyses restent accessibles. Une toute récente étude de 84 pages, en anglais et avec beaucoup de données chiffrées, est disponible ici. Sous la forme d’une interview, une version résumée de ses conclusions a paru dans le quotidien Français les Echos de ce lundi, que l’on trouve ici.

L’intérêt de l’analyse de Willem Buiter est en premier lieu de resituer la crise de la dette publique européenne dans son contexte mondial, et notamment américain. Et d’annoncer qu’elle va se généraliser. En second, de mettre en évidence qu’il n’y a pas de solution à cette crise s’il n’est pas pris en compte celle de la dette bancaire, dont il propose également une restructuration.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : LA VÉRITÉ PAS SOLUBLE DANS L’EAU, par François Leclerc

Partager :
Email This Post Email This Post

L’actualité de la crise : UNE BULLE TROP LOIN, par François Leclerc

Billet invité.

Après avoir sauté un premier obstacle, l’Europe reste à un tournant. Aujourd’hui mercredi, le Portugal a réussi son émission obligataire à un taux légèrement inférieur à la précédente, mais qui reste prohibitif. Soit 6,716%, un prix « acceptable et même favorable vu le contexte » selon Fernando Tereira dos Santos, le ministre des finances. Ayant valeur de tirs de préparation chez les artilleurs, l’intervention vigoureuse de la BCE sur les marchés de ces derniers jours n’y étant pas pour rien.

C’est reculer pour continuer de sauter, car de telles conditions aboutissent à renchérir le poids de la dette, le taux de son financement dépassant de loin les capacités de croissance du pays, de lourdes coupes budgétaires ayant déjà été effectuées.

D’ici au 4 février prochain, prochaine réunion des chefs d’Etats et de gouvernements européens, l’actualité va être rythmée par les émissions obligataires des pays qui naviguent au plus près de la zone des tempêtes. Et la pression va monter. Des discussions sont déjà en cours, dont seuls les échos publics sont perçus, afin d’étudier un aménagement sans attendre du fonds de stabilité européen (EFSF), mais elles font apparaître de fortes dissensions.

Alors que la Commission européenne plaide par la voix de José manuel Barroso, son président, pour une augmentation des moyens du fonds, discrètement appuyé par la BCE et le FMI, les Allemands et les Français s’y opposent. Berlin très catégoriquement, en déclarant qu’il n’est « pas sensé ni nécessaire de discuter d’un élargissement », Paris s’y reprenant à deux fois, pour finalement en refuser la seule urgence mais pas la nécessité.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : UNE BULLE TROP LOIN, par François Leclerc

Partager :
Email This Post Email This Post

LA DETTE PUBLIQUE… OU LE PARTAGE DU BUTIN ?, par Jean-Luc D.

Billet invité. Suivi d’une conclusion.

Les recettes de l’État français exprimées en pourcentage du produit intérieur brut (Cliquer sur le graphique pour l’agrandir)

La dette… toujours la dette. Partout, nous entendons le même discours transformant la dette publique en épée de Damoclès dont le fil tranchant et menaçant justifierait une nécessaire et irrémissible rigueur devant laquelle le bon peuple serait prié de s’agenouiller et de s’offrir en sacrifice sur l’autel du Dieu Marché.

Comment ne pas être dubitatif devant la généralisation d’un discours relayé jusqu’à la nausée par nos élites politiques et repris en un chœur assez peu dissonant par une majorité des médias ? Intox ou réalité ? Propagande ou vérité ?

Fort de la lecture de ce blog dont la 1ère qualité est de nous dessiller l’esprit en levant  le voile sur une réalité financière nébuleuse et donc complexe, mon daimôn me soufflait à l’oreille que ce discours sur la dette publique était trop insistant pour être vrai, trop simpliste pour décrire une réalité complexe, trop accusateur pour ne pas cacher derrière son index pointé une éventuelle autre cause à nos supposés malheurs d’aujourd’hui.

Continuer la lecture de LA DETTE PUBLIQUE… OU LE PARTAGE DU BUTIN ?, par Jean-Luc D.

Partager :
Email This Post Email This Post

L’actualité de la crise : LA PHASE II, par François Leclerc

Billet invité.

Longtemps, on a cru qu’avec la disparition des hiérarques portant chapeaux emmitouflés dans leur grand manteau, en rang d’oignons sur la tribune de la Place Rouge, on avait assisté à l’effondrement final de toute pensée figée orthodoxe. Au profit d’un pragmatisme devenu valeur suprême avec la mort proclamée de l’idéologie.

C’était sans compter avec de redoutables institutions, épargnées par la pensée libérale triomphante, et les hiérarques qui les personnifient. Aujourd’hui, les banques centrales sont les plus intransigeantes gardiennes d’une nouvelle orthodoxie, références ultimes d’un monde en décadence, à un point tel que l’on pourrait croire que leurs représentants ont en quelque sorte pris la relève. Investis d’une mission qui procède par conséquent du sacré, intransigeants dans son exercice et porteurs d’une parole ne souffrant pas la contradiction. Autres buts, mêmes méthodes, fin identique ?

On regrettera certainement Jean-Claude Trichet et le rituel de ses conférences de presse. Son art de tenir des propos sibyllins et d’en dire le moins possible, sa capacité à éluder l’essentiel pour ne retenir que l’accessoire, son approche quasiment divinatoire du grand mystère de la monnaie, dont il est le dépositaire. Ainsi que le magistral corpus théorique qui lui sert d’assise en tous temps, en tous lieux et à tout instant. Le pragmatisme étant réservé aux banquiers centraux américains, la rigueur doctrinale l’apanage des Européens.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : LA PHASE II, par François Leclerc

Partager :
Email This Post Email This Post

L’actualité de la crise : UNE PATATE TOUJOURS AUSSI CHAUDE, par François Leclerc

Billet invité.

Que réserve l’année qui vient à l’Europe ? Oser un pronostic a-t-il un sens dans un domaine où ils sont si souvent déjoués pour être si arrangeants ? A première vue, les regards sont tournés vers le sort qui va être réservé aux maillons faibles de la chaîne, déjà identifiés : le Portugal et l’Espagne, l’Italie et la Belgique. Avec pour thermomètre l’évolution de leurs taux obligataires, sans même attendre le début de l’année (1). Ainsi qu’en direction des Allemands et Français et de leurs laborieuses tentatives de colmater les brèches au fur et à mesure qu’elles apparaissent, à propos desquelles un coin du voile sera sauf retard levé dès janvier.

Pourtant, rien ne rend inexorable la continuation de la crise européenne, tout du moins sous la forme qu’elle a empruntée pour débuter. Un soudain élargissement de la zone des tempêtes est tout autant possible que la poursuite d’une situation profondément incertaine, la première hypothèse restant toujours probable. La crise n’en sera pas finie pour autant dans sa dimension européenne, sa dynamique pouvant emprunter plusieurs chemins, aucun n’aboutissant à sa solution. Voilà ce qui peut être prédit, en toute confiance si l’on ose dire.

Le même cortège de mots magiques et utilisés à tout propos va accompagner ses prochains épisodes : réduction de la dette, défaut et restructuration, compétitivité, croissance et récession, inflation et dévaluation. Les uns appelés à la rescousse en pure perte, sans trop s’appesantir sur ce qu’ils recouvrent réellement, les autres brandis comme autant de menaçants épouvantails, qu’il suffirait d’agiter. Sans plus de résultat dans les deux cas.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise : UNE PATATE TOUJOURS AUSSI CHAUDE, par François Leclerc

Partager :
Email This Post Email This Post

Une occasion manquée, par Jean-Pierre

Billet invité

Formidable! Il leur a fallu trois jours pour arriver enfin à une conclusion que l’on attendait depuis plus de trois mois. Et nos doctes dirigeants estiment avoir résolu le problème. Ils ne se rendent pas compte qu’ils viennent de l’aggraver. Pourtant, dans leurs élucubrations de dernière minute se cachait une idée formidable. Elle a malheureusement été balayée d’un revers de main par deux acteurs éminents : la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

De quoi s’agit-il? Comme on le sait, la Banque Centrale Européenne (BCE) n’a pas le droit d’acheter des emprunts d’Etat directement auprès des trésors concernés. Elle n’accepte ces titres que dans le cadre d’avances sur nantissement. Les titres doivent néanmoins être de qualité et leur notation ne peut être inférieure à BBB-. Mais depuis la rétrogradation de la Grèce sous ce seuil, la BCE n’a pas eu d’autre alternative que d’accepter tous les titres des pays membres de l’Union. Ne pas le faire eût sonné le glas de l’euro.

Bien sûr, cette procédure ne concerne que les banques. Ces dernières souscrivent aux émissions d’Etat après en avoir convenu les modalités avec le Trésor émetteur. Ensuite, ces banques négocient ces emprunts avec les investisseurs intéressés. De temps à autre, en fonction de leurs besoins en liquidités, elles mettent ces titres en pension auprès de la BCE et obtiennent un crédit très bon marché de sa part. La BCE gère ses différentes fenêtres de crédit en fonction de sa politique monétaire.

Depuis que la crise financière sévit, la BCE a dû introduire de nouvelles facilités pour soutenir le système bancaire. Elle acceptait des titres de piètre qualité, provenant même du secteur privé. Depuis le début de l’année, cependant, la BCE a commencé à enlever prudemment tous ces nouveaux filets de sauvetage. La crise était jugulée, paraissait-il. Jusqu’à ce que la prise de fonction d’un nouveau Premier Ministre en Grèce en octobre 2009, George Papandreou, ne fasse, par ricochet, trembler toute la zone euro. Comme tout politicien qui se respecte, la première chose qu’il entreprit après son élection fut de critiquer ses prédécesseurs, en affirmant avoir hérité de caisses vides et de comptes gravement déséquilibrés. Jusqu’alors, personne ne s’en souciait véritablement. Le 5 novembre, le gouvernement annonçait un déficit de 12,7% du PIB et une dette à 113,4%. Le 11 novembre, la Commission déclenchait une procédure pour déficits excessifs. Le 8 décembre, l’agence de notation Fitch abaissait la note de la Grèce de A- à BBB+.

Continuer la lecture de Une occasion manquée, par Jean-Pierre

Partager :
Email This Post Email This Post

Le bancor, solution thermodynamique à la crise (suite), par Zébu

Billet invité

Dans un premier billet et de manière très allusive et approximative, je suggérais l’hypothèse que le bancor pouvait être une solution à la crise et ce de manière thermodynamique. L’analogie entre les lois de la thermodynamique et la crise financière actuelle a pu sembler étrange. Et cette réaction n’est pas infondée, tant il semble de plus en plus vérifié que le fonctionnement du système financier actuel n’était qu’un vulgaire village Potemkine depuis presque 40 ans.

En effet, s’il est apparu étrange qu’une telle comparaison puisse être effectuée, ou plutôt que de telles lois physiques puissent être appliquées à un champ aussi inhabituel que l’économie, c’est bien parce que le système financier a quelque part réussi à justifier et légitimer sa sortie de la réalité, qu’on avait fini presque par oublier. Et les lois de la physique de le lui et de nous le rappeler depuis 2006 avec les subprimes. Dura Lex, Sed Lex.

En physique, un système est soumis aux lois de la thermodynamique, dont la plus fondamentale (principe zéro) est la thermométrie, basée sur la mesure de stabilité d’un système et son équivalence à d’autres systèmes, produisant ainsi un étalonnage des systèmes au travers d’un référentiel universel : un thermomètre. Or, tout le projet du système financier a été de pouvoir s’extraire des règles communes aux activités économiques, afin de s’autonomiser, produire ses propres lois puis de les imposer à tous, par le biais d’une globalisation rapide et irréversible. Ceci implique dès lors pour ce système, afin de s’extraire des lois de thermodynamique, de … supprimer l’étalonnage, le thermomètre.

Ce fut fait en 1971, avec la suppression par Nixon de la parité or/dollar, l’or ayant été à de multiples occasions dans l’Histoire le seul étalon monétaire universellement reconnu (la livre sterling abandonna elle aussi définitivement en 1931 sa parité d’avec l’or). D’autres mesures suivirent, comme le Décret Giscard de 1973 sur l’interdiction à la Banque de France de financer le Trésor, interdiction que l’on retrouve dans le traité de Maastricht pour la BCE. Le système financier n’ayant plus de système d’étalonnage, il put ainsi prétendre à son autonomie, c’est-à-dire à la soumission à ses seules lois, créés par lui et pour lui.

Continuer la lecture de Le bancor, solution thermodynamique à la crise (suite), par Zébu

Partager :
Email This Post Email This Post

Fonds vautours : le début de la fin ?, par « Moi »

Billet invité

Le but de cet article n’est pas d’expliquer ce que sont les fonds vautours, ni de décrire leurs méthodes rapaces qui les conduisent à fondre sur des Etats endettés qui retrouveraient une certaine solvabilité et, parfois, à s’emparer directement de manière légale des aides au développement. Nous renvoyons pour cela au rapport de la plate-forme « Dette et développement » et du CNCD qui nous a servi de base de travail pour l’élaboration du présent article, ou encore aux articles déjà parus sur ce blog ainsi qu’aux débats qui s’en sont suivis. Nous allons plutôt nous attacher à décrire les actions possibles, et qui nous semblent efficaces, pour lutter contre ces fonds, avec une perspective sur l’actualité récente.

Il est utile, dans un premier temps, de rappeler la situation historique qui rend possible l’existence de ces fonds vautours. Ainsi, il convient de remarquer que, jusque dans les années 1950, le recouvrement des dettes d’Etat n’était pas chose courante. Il était par ailleurs illégal d’acheter une créance dans le seul but d’obtenir un remboursement via une action judiciaire. C’est comme par hasard dans les années 80, celles de la révolution néo-libérale, que la situation change. Sous l’effet de plans de rééchelonnement des dettes inspirés par Washington et leur transformation en actifs commercialisables sur le marché secondaire, les premiers fonds vautours apparaissent aux Etats-Unis. Ils restent aujourd’hui encore majoritairement d’origine anglo-saxonne, mais basés dans des paradis fiscaux, ce qui empêche toute action à leur égard.

Continuer la lecture de Fonds vautours : le début de la fin ?, par « Moi »

Partager :
Email This Post Email This Post

Les agences de notation et la liberté d’expression, par Alain Gauvin

Billet invité

Une agence de notation a pour activité de noter la qualité de crédit d’une entreprise (ou d’un Etat) lorsque cette entreprise emprunte sur les marchés. L’agence de notation peut se livrer à cet exercice d’évaluation, de sa propre initiative, ou à la demande d’investisseurs susceptibles de souscrire à l’emprunt émis par l’entreprise. En notant cette dernière, l’agence se limite à donner sa propre opinion sur la capacité de ladite entreprise à rembourser la dette concernée.

Il est remarquable de constater que si les agences de notation (dont les principales sont Standard & Poors, Moody’s et Fitch) sont abondamment critiquées par voie de presse, elles ne sont, en revanche, jamais attaquées en justice. Contrairement aux banquiers, commissaires aux comptes, auditeurs et même avocats, les agences de notation font rarement face à des actions en responsabilité. Pourquoi les agences de notation bénéficient-elles d’une telle « immunité de fait » ? Doit-on en conclure que la responsabilité d’une agence de notation ne peut être mise en cause lorsque l’évaluation qu’elle fait d’une entreprise et la notation qu’elle lui donne sont erronées, voire trompeuses ?

La réponse à cette question de l’impunité des agences de notation se trouve dans un argument imparable, à ce jour, dont les agences se prévalent : leur notation ne constitue qu’une libre opinion protégée par le célèbre « 1er Amendement » de la Constitution américaine. Ce 1er Amendement est d’une force juridique et politique considérable puisqu’il interdit au Congrès de prendre une loi de nature à porter atteinte à la liberté d’expression¹.

Cependant, si le contentieux en matière de responsabilité des agences de notation est plus que rare, les choses pourraient bien changer avec la crise que nous traversons actuellement.

Continuer la lecture de Les agences de notation et la liberté d’expression, par Alain Gauvin

Partager :
Email This Post Email This Post

Le cynisme du « plan d’aide européen » à la Grèce, par Alain Monod-Broca

Billet invité

Les leçons de la dette grecque

Tout le monde s’inquiète du niveau d’endettement de la Grèce. Pourtant le premier chiffre que l’on trouve n’est pas affolant : sa dette publique se monte à un an de PNB (100%). D’autres pays ont dépassé ce niveau, d’autres encore l’atteindront prochainement sans créer une panique comparable. Le calcul est simple : un état endetté à hauteur de 1 an de PNB à un taux de 3% doit mobiliser 3% de la production annuelle du pays au titre du service de la dette, et beaucoup y arrivent.

Or les projections que j’ai pu consulter évaluent le service de la dette grecque dans quelques années à 7 ou 8% de son PNB. D’ou vient ce brutal accroissement qui aboutit à un niveau qu’aucun pays ne pourrait supporter?

Une deuxième information donne un début d’explication : le déficit du budget, de l’ordre de 13% du PNB, laisse prévoir une trop rapide croissance de cette dette. C’est préoccupant, mais pas catastrophique : la Grèce n’est pas la seule dans ce cas. Et cela ne conduit pas à une telle explosion des intérêts.

En fait les craintes inspirées par cette dette, le risque de la voir s’emballer, résultent de la conjonction de 3 facteurs :

– le niveau du déficit budgétaire ;
– la mauvaise politique d’émission de la Grèce ces dernières années ;
– la faible taille de l’économie grecque.

Le montant qu’un pays doit emprunter chaque année est la somme de 3 composantes :

– le montant du déficit budgétaire primaire ;
– le montant des intérêts dus sur la dette antérieure ;
– le montant des émissions arrivant à échéance et qu’il faut refinancer.

Continuer la lecture de Le cynisme du « plan d’aide européen » à la Grèce, par Alain Monod-Broca

Partager :
Email This Post Email This Post

Deux questions simplistes sur la dette

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je vais raisonner à grands coups de serpe, on ne m’en voudra pas : la question que j’essaie de résoudre est une question très générale où les détails importent peu.

Monsieur X gagne tant d’argent. Le montant est tel qu’il est obligé de le dépenser entièrement pour subvenir à ses besoins quotidiens. Il n’est pas pauvre mais dès qu’il doit acheter un objet qui coûte plus que 1 000 €, il doit avoir recours au crédit à la consommation. Mr. Y gagne deux fois autant que Mr. Y. Quand il achète une maison, il doit emprunter mais il a à part ça suffisamment d’économies pour payer cash l’achat d’une automobile. Mr. Z. gagne dix fois autant que Mr. X et il dépense tout son argent. Pour arriver à le faire, il va à l’opéra tous les mois, possède un yacht, achète des bijoux dispendieux à sa femme et se constitue petit à petit une collection de peintres contemporains. Il fait vivre des artistes et soutient l’industrie de luxe.

Mr. AAA gagne 40 fois autant que Mr. X. (Ah ! on passe aux choses sérieuses !) Mr. AAA ne peut pas dépenser tout l’argent qu’il gagne, il faut qu’il en « place » une partie. Il en met une partie à la Bourse et une autre partie, il la consacre à acheter des obligations, des emprunts d’État.

Les actions qu’il possède lui donnent droit à des dividendes. L’argent que les firmes dont il achète des actions consacrent au versement de dividendes (de manière générale, les dividendes constituent une part en hausse constante du profit des sociétés), c’est de l’argent qu’elles ne peuvent pas consacrer à leur refinancement. Sur les capitaux qu’elles doivent emprunter, elles verseront des intérêts – en particulier à Mr. AA+, le cousin de Mr. AAA. Le montant de ces intérêts se retrouvera transmis aux consommateurs des marchandises produites par ces firmes sous forme d’une surcote de leur prix : vendues à la foule des Mr. et Mme. X.

Question 1 : ne voudrait-il pas mieux, d’un point de vue de ce qui est « socialement utile » (petit hommage en passant à Lord Turner !), que l’argent versé aux actionnaires sous forme de dividendes soit plutôt réinvesti dans la firme – diminuant d’autant sa dette ?

Les obligations que possède Mr. AAA lui rapportent des intérêts. Ces intérêts constituent ce qu’on appelle la « charge de la dette d’État » que nous contribuons tous à rembourser. La charge de la dette d’État en France est un poste budgétaire substantiel : du même ordre de grandeur que l’impôt sur le revenu ; se situant entre le budget de l’éducation nationale et celui de la défense nationale.

L’argent que Mr. AAA consacre à acheter des obligations (1/3 de la dette française reste en France), c’est manifestement de l’argent qu’il a en trop, même après qu’il a consacré une partie de ses revenus à l’achat de biens de luxe. L’État lui verse des intérêts sur cette somme – contribuant à gonfler la dette publique, dont on nous rappelle avec insistance ces jours-ci quel grand souci elle nous cause – et au remboursement de laquelle il faut que nous consacrions tout notre effort, même au prix d’une réduction du bouclier social (« Il faut ce qu’il faut ! »… soupir…).

Question 2 : ne vaudrait-il pas mieux pour tout le monde que ces sommes que Mr. AAA a en trop et qu’il se voit obligé de placer dans des emprunts d’État, qu’on l’en soulage plutôt par l’impôt ? Il y aurait là un double avantage : la dette publique serait diminuée du montant de la somme, et il n’y aurait aucune charge de la dette attachée aux emprunts qui auraient dû être émis à la place.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :
Email This Post Email This Post

Escroquerie à la Réserve fédérale : de Bernanke à Bernankoff ?, par Onubre Einz

Billet invité. Vous avez été plusieurs à me signaler ce billet. Je me suis adressé à son auteur, Onubre Einz, lui demandant le droit de le reproduire ici, ce qu’il m’a très aimablement autorisé de faire. Comme il le dit sans ambiguïté : il ne s’agit que d’une hypothèse.

Dans un post récent, nous émettions des doutes sur la politique financière des USA ; les achats de bon du Trésor des USA nous servaient à exprimer de lourdes interrogations sur les acheteurs des bons émis, la thèse de l’achat en sous-main des titres nous paraissait plausible. La démarche que nous avons initiée est poursuivie ici en prenant pour base un examen serré des comptes de la Réserve fédérale (Fed).

Ces comptes donnent lieu à de sérieuses interrogations sur la politique menée par la Fed. Ces doutes concernent deux éléments : d’une part la sincérité des émissions de titres de dette par le gouvernement américain – qui est sujette à caution -, d’autre part un possible soutien au secteur immobilier via les opérations de rachat de créances titrisées des GSE Fannie Mae et Freddie Mac. Si notre lecture est vraie, la Fed sortirait de ses domaines d’attribution depuis l’arrivée de l’administration Obama avec des risques colossaux pour l’économie mondiale.

L’examen qui suit ne doit surtout pas être pris pour « argent comptant ». Nous formulons des hypothèses de lecture en les étayant pas un examen précis des comptes de la Fed. Nous ne prétendons en aucune manière dire le fin du fin de la politique financière des USA. Il ne faut pas plus voir dans les suppositions que nous formulons une énième expression de la théorie du complot ; les USA sont au cœur d’une tourmente pouvant laisser libre cours à des collusions entre acteurs financiers – privés et publics – afin de mettre en place des opérations douteuses de sauvegarde de l’économie américaine. On formulera simplement les raisons pour lesquelles la politique de la Fed pourrait avoir pris une direction inusitée dans un contexte historique exceptionnel.

Pour construire notre argumentation, nous avons utilisé deux documents : Les “Flow of Funds account Z.1″ de la Fed, tableau F. 108 et L. 108, Monetary Authority et les “Factors Affecting Reserve Balances H 4.1″ de la Fed, December 17 2009. Les données du quatrième trimestre qui figurent plus haut dans les graphiques sont extraites et compilées à partir du document H 41 de la Fed. Tous les chiffres des tableaux sont en Md de $.

L’examen des comptes de la Fed peut se diviser en deux : le passif de la Fed correspondant à la couverture financière de ses opérations, ces opérations elles-mêmes qui constituent ses actifs. Le plan que nous suivrons est donc simple, l’examen des couvertures sera suivi de celui des actifs de la F.E.D. Ce sont les actifs qui constitueront la matière de nos investigations. Au final, nous replacerons notre lecture des comptes de la Fed dans le cadre de la politique générale de l’administration Obama.

Continuer la lecture de Escroquerie à la Réserve fédérale : de Bernanke à Bernankoff ?, par Onubre Einz

Partager :
Email This Post Email This Post